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Des familles d’otages et l’opposition s’insurgent contre le projet d’occuper Gaza

Yaïr Lapid : ce plan "entraînera la mort de tous les otages" ; d'après d'anciens otages, le Hamas dispose de capteurs pour détecter les soldats à l'approche et de bombes prêtes à exploser

Des militants bloquant l'autoroute Ayalon à Tel Aviv, lors d'une manifestation pour réclamer la libération des otages détenus dans la bande de Gaza et contre le gouvernement, le 5 août 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Des militants bloquant l'autoroute Ayalon à Tel Aviv, lors d'une manifestation pour réclamer la libération des otages détenus dans la bande de Gaza et contre le gouvernement, le 5 août 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Des familles d’otages et des députés de l’opposition ont dénoncé mardi le projet du gouvernement d’occuper toute la bande de Gaza, quitte à mettre en danger les otages toujours détenus par le groupe terroriste palestinien du Hamas.

« La direction prise par le cabinet et le gouvernement conduira à la mort de tous les otages – de faim, de coups et de torture – ou à leur assassinat lors d’opérations menées par l’armée israélienne », a déclaré Yaïr Lapid, chef de l’opposition, dans un communiqué très virulent.

« En échange, nous exercerons notre autorité sur plus de deux millions de Palestiniens, nous paierons leur électricité et leur eau, nous leur construirons des écoles et des hôpitaux avec l’argent du contribuable israélien », a-t-il poursuivi.

« Vous annexez, vous payez. À partir de ce moment-là, tout est à notre charge. »

« Les réservistes continueront à payer le prix de leur refus de servir » a déclaré Lapid.

« Ce sont les contribuables qui paieront le prix de l’annexion. »

Le chef du parti Les Démocrates, Yaïr Golan, participant à un rassemblement devant le bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 4 août 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il a également averti qu’une telle décision isolerait Israël sur la scène internationale et anéantirait tout espoir de soutien régional pour la reconstruction après la guerre.

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le chef du parti Les Démocrates, Yaïr Golan, a déclaré : « Chers parents, regardez vos enfants. Si la vision messianique et perturbée de [Bezalel] Smotrich et [Itamar] Ben Gvir se réalise, vos enfants, qui entrent en CP, tomberont eux aussi dans une guerre sans fin à Gaza. »

L’ancien général a également pointé du doigt le ministre des Finances Bezalel Smotrich et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, affirmant que ces deux responsables ultranationalistes « n’ont jamais voulu libérer les otages ».

« Smotrich et Ben Gvir ont toujours voulu l’occupation, la présence juive et un gouvernement militaire à Gaza ; pour réaliser leur vision fanatique, ils sont prêts à sacrifier les otages et les soldats », a ajouté Golan.

Il a averti que « quiconque s’opposerait à leur folie messianique totale serait immédiatement qualifié de traître, exactement comme ils le font actuellement avec le chef d’état-major de Tsahal, [Eyal] Zamir, qu’ils acclamaient il y a encore quelques jours ».

Selon de nombreux médias, le chef d’état-major s’opposerait à l’occupation de toute la bande de Gaza.

Une mère d’otage : le chef d’état-major devrait démissionner si le plan est approuvé

Anat Angrest, dont le fils Matan Angrest est retenu captif à Gaza, a déclaré à la chaîne N12 que les familles des otages sont en contact avec Zamir et qu’elle sait qu’il s’oppose à toute action qui mettrait leur vie en danger.

Anat Angrest, tenant une photo de son fils Matan, retenu en otage à Gaza, interpelant le député Simcha Rothman, à la Knesset, à Jérusalem, le 4 août 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Si le gouvernement décide d’étendre la guerre aux zones où des otages sont détenus, je m’attends à ce que Zamir démissionne de son poste et affirme clairement qu’il ne mettra pas en danger les otages », a déclaré Angrest à la chaîne de télévision.

Elle a également souligné que son fils Matan est soldat et que Zamir est responsable de lui. « Je ne crois pas qu’en tant que commandant, [Zamir] enverrait des soldats non pas pour secourir un [soldat] blessé sur le terrain, mais plutôt pour le mettre en danger et le tuer. »

Elle a toutefois déclaré craindre que le gouvernement ne mette malgré tout son projet controversé à exécution, soulignant que « tous les responsables de la sécurité qui soutenaient un accord il y a quelque temps ont été remplacés », faisant référence à la destitution par le gouvernement de l’ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, de l’ancien chef de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, Ronen Bar, et de l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, Herzl Halevi.

« J’entends également des soldats combattants dire qu’ils ont l’impression que le plan consiste à démolir pour reconstruire, qu’ils abattent petit à petit un bâtiment après l’autre pour préparer le terrain à la concrétisation du fantasme d’une nouvelle implantation », a-t-elle poursuivi.

Gal Gilboa-Dalal, dont le frère Guy Gilboa-Dalal est retenu captif à Gaza, a déclaré à la chaîne N12 : « Nous ne pouvons pas nous permettre » de mettre en danger les otages par des opérations militaires là où ils sont détenus, ajoutant : « Nous devons les sortir de là vivants, ceux qui ont survécu jusqu’à présent. »

« Et en même temps, je ne crois pas qu’il faille rester les bras croisés et attendre que le Hamas les relâche », a-t-il déclaré.

« Cela n’arrivera pas. Sans pression militaire, ils ne reviendront pas. J’espère que nous savons ce que nous faisons. »

Par ailleurs, des centaines de personnes se sont rassemblées mardi pour un sit-in dans la rue Kaplan à Tel Aviv, devant le siège du ministère de la Défense, sous l’égide de Mishmeret 101, un groupe de militants silencieux vêtus de blanc.

Menés par Viki Cohen, mère de l’otage Nimrod Cohen, et par Maccabit Meïr, tante des otages Ziv et Gali Berman, ainsi que d’autres personnes, les manifestants ont marché depuis la Place Dizengoff jusqu’à la rue Kaplan.

« Ce gouvernement est en train de détruire toutes nos valeurs », a déclaré Cohen.

« Nous entendons parler de la conquête de Gaza, ce qui signera l’arrêt de mort de nos otages, cela les transformera en ‘Ron Arad’ », a-t-elle ajouté, faisant référence à un pilote de l’armée de l’air disparu en 1986 et qui n’a jamais été retrouvé, mais qui est présumé mort.

« Nous ne pouvons pas laisser cela se produire, et c’est pourquoi nous sommes ici pour continuer à nous battre et dire : ‘Ça suffit, arrêtez.’ »

Vicky Cohen, mère de l’otage Nimrod Cohen, s’adressant aux manifestants assis devant les quartiers généraux de l’armée de la Kirya, à Tel Aviv, le 5 août 2025. (Crédit : Tanya Zion-Waldoks/Mouvement de protestation pour la démocratie)

Cohen a déclaré à Netanyahu que le moment était venu de renoncer à sa soif de vengeance, d’écouter le peuple, de mettre fin à la guerre et de libérer tous les otages afin que la société israélienne puisse commencer à se reconstruire et à enterrer ses morts.

Idit Ohel, mère de l’otage Alon Ohel, a déclaré qu’elle n’avait pas grand-chose à dire, si ce n’est que son fils lui manque énormément.

« Il me manque tellement que parfois j’oublie ce que c’est que d’être la mère d’Alon », a déclaré Ohel.

« C’est dur de parler, difficile de rester debout, douloureux de marcher. Le plus éprouvant, c’est de respirer en sachant que mon fils est là-bas. Je ne souhaite ça à personne. »

Des manifestants bloquant l’autoroute Ayalon à Tel Aviv pour protester contre un projet d’occupation de Gaza malgré le risque pour les otages, le 5 août 2025. (Crédit : Tanya Zion-Waldoks/Mouvement de protestation pour la démocratie)

À la fin de la manifestation, les participants ont entonné une chanson pour commémorer ce qui aurait été le sixième anniversaire d’Ariel Bibas, enlevé avec sa mère et son petit frère le 7 octobre 2023. Tous les trois ont été brutalement tués en captivité. Leurs corps ont été rendus et ont été enterrés en février.

Des dizaines de manifestants ont également brièvement bloqué la circulation sur l’autoroute Ayalon, à Tel Aviv.

Le Hamas serait capable de détecter les troupes de Tsahal si elles s’approchent des otages

La chaîne N12 a également rapporté mardi que d’anciens otages libérés ont averti les responsables de la sécurité, ainsi que les familles des otages toujours détenus à Gaza, que le groupe terroriste palestinien du Hamas dispose de moyens technologiques – tels que des caméras équipées de capteurs ou des bombes prêtes à exploser – pour détecter l’approche des troupes de Tsahal.

Cette combinaison de six photos non datées des otages, en haut à gauche, Hersh Goldberg-Polin, Ori Danino, Eden Yerushalmi ; en bas à gauche, Almog Sarusi, Alexander Lubnov, et Carmel Gat. (Crédit : Forum des familles des otages et disparus via AP)

Il existe en effet des précédents. Le Hamas a déjà tué des otages alors que des soldats israéliens se trouvaient à proximité : l’été dernier, des geôliers du Hamas ont exécuté à bout portant six otages qui étaient détenus dans un tunnel sous la ville de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, alors que l’armée israélienne menait menait des opérations dans la région. Quelques jours plus tard, les corps de ces six otages ont été retrouvés.

La guerre à Gaza a éclaté lorsque quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut le sud d’Israël le 7 octobre 2023, tué plus de 1 200 personnes, principalement des civils, enlevé 251 otages de tous âges, et commis de nombreuses atrocités et en utilisant la violence sexuelle comme arme à grande échelle.

Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent toujours 50 otages, dont 49 des 251 personnes enlevées par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023.

Parmi eux se trouvent les corps d’au moins 28 personnes dont le décès a été confirmé par l’armée israélienne, et 20 seraient encore en vie. Les autorités israéliennes ont fait part de leurs vives inquiétudes concernant le sort de deux autres personnes. Le Hamas détient également le corps d’un soldat de Tsahal tué à Gaza en 2014.

Le Hamas a relâché 30 otages – 20 civils, 5 soldates et 5 ressortissants thaïlandais – ainsi que les corps de huit otages israéliens au cours de l’accord de cessez-le-feu en vigueur entre janvier et mars, puis un autre otage, un citoyen américaino-israélien, en mai, en guise de « signe de bonne volonté » envers les États-Unis.

Il avait précédemment libéré 105 civils au cours de la semaine de trêve de la fin novembre 2023, et quatre otages avaient été libérées auparavant, au cours des premières semaines de la guerre.

En échange, Israël a libéré quelque 2 000 terroristes palestiniens emprisonnés, des prisonniers sécuritaires et des suspects de terrorisme gazaouis arrêtés pendant la guerre.

Huit otages vivants ont été secourus par les soldats et les dépouilles de 49 otages ont été récupérées, notamment celles de trois Israéliens qui ont été tués accidentellement par Tsahal, ainsi que le corps d’un soldat tué en 2014.

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