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Kiev demande à Israël de retenir à Haïfa un navire russe chargé, selon lui, de blé volé

Après avoir tenté d’empêcher son accostage, l’Ukraine demande de bloquer son départ et affirme que "le commerce illégal de biens volés ne doit pas être toléré"

Vue du port de Haïfa, le 15 mars 2026. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)
Vue du port de Haïfa, le 15 mars 2026. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Israël aurait autorisé un navire russe transportant du blé ukrainien volé à accoster à Haïfa, a affirmé mardi Kiev, appelant les autorités israéliennes à empêcher le navire de quitter le port.

Le navire russe ABINSK aurait été chargé par des bateaux en provenance de ports situés dans des zones d’Ukraine occupées par la Russie, selon la journaliste ukrainienne Kateryna Yaresko, du projet SeaKrime du Centre Myrotvorets.

Depuis que la Russie s’est emparée de vastes étendues de terres agricoles en Ukraine début 2022, Kiev accuse Moscou de récolter et d’exporter illégalement vers des pays tiers des céréales produites dans les territoires occupés, souvent à l’aide de navires appartenant à une « flotte fantôme ».

Axios a rapporté mardi que l’ambassadeur ukrainien Yevgen Korniychuk avait rencontré de hauts responsables du ministère israélien des Affaires étrangères le 27 mars pour leur demander d’empêcher le navire, qui ferait apparemment partie de cette flotte fantôme, d’accoster en Israël.

Le navire ayant finalement été autorisé à accoster, le procureur général ukrainien a rencontré mardi l’ambassadeur d’Israël à Kiev, Michael Brodsky, pour demander à Israël d’empêcher son départ du port, selon l’article.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a également appelé son homologue israélien, Gideon Saar, pour évoquer cette cargaison, a indiqué Kiev.

Sybiha « a attiré l’attention sur un navire russe transportant des céréales volées à l’Ukraine qui a été autorisé à accoster dans un port israélien ».

Il a ajouté que « l’exportation illégale de produits agricoles ukrainiens volés s’inscrit dans le cadre plus large de l’effort de guerre de la Russie. Un tel commerce illégal de marchandises volées ne doit pas être toléré ».

Les navires de la « flotte fantôme » présentent généralement des structures de propriété opaques et suscitent des inquiétudes quant aux risques environnementaux. Vieillissants et peu réglementés, ces pétroliers sont sujets aux déversements, aux pannes mécaniques et aux fuites, menaçant les écosystèmes marins.

Ils naviguent généralement sans assurance occidentale de premier rang ni certification de sécurité, et font appel à des assureurs ou à des experts en navigabilité peu connus, deux exigences pourtant indispensables pour les navires commerciaux de haute mer, ont indiqué des sources du secteur maritime et de l’assurance proches du dossier.

Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar aux côtés de son homologue ukrainien Andrii Sybiha, à Kiev, en Ukraine, le 23 juillet 2025. (Crédit : Shlomi Amsalem/GPO)

S’adressant au Kyiv Post, l’ambassade d’Ukraine en Israël a qualifié l’arrivée du navire de « violation flagrante du droit international et de sa souveraineté territoriale ».

« Nous appelons les autorités israéliennes à examiner cette affaire de manière approfondie, à agir conformément à leurs obligations internationales et à veiller à ce que le territoire de l’État d’Israël ne soit pas utilisé comme voie de transit pour des marchandises issues d’activités illégales », a déclaré l’ambassade.

Le Kyiv Post a souligné que le port de Haïfa constitue une plaque tournante régionale pour les importations et les exportations, en particulier depuis les perturbations du transport maritime dans le Golfe liées à la guerre avec la République islamique d’Iran. Il n’était toutefois pas clair si le blé était destiné au marché israélien ou à un transit terrestre.

Si la présence de blé ukrainien volé à bord du navire est confirmée, cet incident pourrait signifier qu’Israël a enfreint les sanctions imposées par les États-Unis et la communauté internationale à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Des moissonneuses récoltent du blé dans le village de Zghurivka, en Ukraine, le 9 août 2022. (Crédit : Efrem Lukatsky/AP)

Les relations entre Israël et l’Ukraine sont fragiles depuis le début de l’invasion russe en 2022.

L’Ukraine est « furieuse », a indiqué l’ambassadeur de Kiev au Times of Israel.

« Israël ne serait pas très content si nous commencions à acheter à l’Iran », a déclaré Korniychuk.

« Nous évitons de le faire. Nous pensons pouvoir vous demander la même chose concernant la Russie. »

Le 27 mars, il a remis au département économique du ministère des Affaires étrangères des preuves indiquant que le navire transportait des céréales volées, mais, selon Korniychuk, Israël attendait une demande officielle du procureur général ukrainien.

Mardi, Brodsky a reçu la demande officielle et l’injonction du tribunal ukrainien, qu’il a transmises au ministère des Affaires étrangères.

« Le ministère des Affaires étrangères, le ministère de la Justice et les douanes israéliennes étaient tous au courant », a déclaré Korniychuk.

« Ils auraient au moins pu retarder la procédure jusqu’à ce qu’ils reçoivent des informations complémentaires, mais ils ne l’ont pas fait. »

« Il s’agit clairement d’une violation du droit international et des accords conclus entre les deux pays », a déclaré Korniychuk.

« Nous essayons donc d’agir dans le respect des règles bilatérales en vigueur. »

Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a contacté vendredi le bureau du président ukrainien Volodymyr Zelensky pour la deuxième fois ces dernières semaines afin d’organiser le premier entretien téléphonique entre les deux dirigeants depuis plus d’un an, ont indiqué une source israélienne et une source ukrainienne au Times of Israel.

Le bureau de Zelensky a rejeté la demande, invoquant un problème d’agenda, mais les efforts se poursuivent pour tenter d’organiser une conversation.

Le mois dernier, Zelensky a affirmé que Netanyahu cherchait à maintenir une position neutre entre Moscou et Kiev, alors même que la Russie fournissait, selon lui, des renseignements cruciaux au régime iranien dans le cadre de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre Téhéran.

L’Ukraine avait dès 2022 demandé à bénéficier du système de défense antimissile israélien Dôme, une possibilité écartée par Netanyahu afin de ne pas s’aliéner la Russie.

Les responsables israéliens ont longtemps défendu cette ligne en invoquant le contrôle de la Russie sur l’espace aérien syrien avant la chute du régime de Bashar el-Assad en 2024. Si depuis lors, certains responsables israéliens se sont montrés disposés à rompre plus ouvertement avec Moscou, mais Netanyahu s’est abstenu de le faire.

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