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A Jérusalem, une conférence sur l’antisémitisme plus consensuelle que l’an dernier

L'événement organisé par le ministre des Affaires de la diaspora Amichai Chikli a souligné la menace du djihadisme, ainsi que les dangers provenant de la droite et de la gauche

De droite à gauche : Amichai Chikli, ministre des Affaires de la diaspora, Leo Terrell, chef de l'équipe spéciale du président américain Donald Trump chargée de lutter contre l'antisémitisme, et Scott Morrison, ancien Premier ministre australien, lors de la Conférence internationale sur la lutte contre l'antisémitisme à Jérusalem, le 27 janvier 2026. (Autorisation : Guy Sidi)
De droite à gauche : Amichai Chikli, ministre des Affaires de la diaspora, Leo Terrell, chef de l'équipe spéciale du président américain Donald Trump chargée de lutter contre l'antisémitisme, et Scott Morrison, ancien Premier ministre australien, lors de la Conférence internationale sur la lutte contre l'antisémitisme à Jérusalem, le 27 janvier 2026. (Autorisation : Guy Sidi)

L’an dernier, la Conférence internationale sur la lutte contre l’antisémitisme, qui est parrainée par le gouvernement, avait suscité la controverse, en raison de la présence de politiciens d’extrême droite. L’édition de cette année, en revanche, s’est avérée plus discrète.

Mardi, lors de la conférence, la politique de droite était très bien représentée grâce une liste d’invités haute en couleurs incluant des influenceurs, des défenseurs d’Israël et des politiciens étrangers, dont certains d’extrême droite, ainsi que des intellectuels associés à des mouvements conservateurs, en Israël et dans le monde entier.

Toutefois, la participation du président israélien Isaac Herzog, du président et directeur général des Fédérations juives d’Amérique du Nord Eric Fingerhut et d’autres voix « mainstream » a contribué à tempérer l’ambiance au Centre international des congrès de Jérusalem.

Avant l’édition de l’an dernier, plusieurs dirigeants juifs de premier plan s’étaient retirés, invoquant la participation de politiciens européens d’extrême droite. Mais cette année, le ministre des Affaires de la diaspora Amichai Chikli a décidé de travailler en étroite collaboration avec les dirigeants de la communauté de la diaspora, dans le but d’éviter que la controverse ne se répète, ont rapporté des sources au Times of Israel.

Les débats ont encore largement porté sur la menace que font peser les mouvements djihadistes à l’étranger – un sujet cher à l’extrême droite européenne -, ainsi que sur les dangers liés aux réseaux sociaux d’une part, et aux mouvements de la droite et de la gauche d’autre part.

« Cette conférence a pour objectif de bannir le politiquement correct, d’appeler l’enfant [l’antisémitisme] par son véritable nom, et de mobiliser toutes les forces dans la lutte idéologique et physique contre les héritiers des nazis modernes », a indiqué Chikli dans son discours de bienvenue. « Il ne s’agit pas seulement de la lutte du peuple juif. Il s’agit de la lutte du monde libre contre l’impérialisme et la tyrannie de l’islam radical. »

Un écran vidéo montre le président Isaac Herzog s’exprimant lors de la Conférence internationale sur la lutte contre l’antisémitisme à Jérusalem, le 27 janvier 2026. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Herzog a inauguré la conférence, organisée à l’occasion de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, avec un triste constat : 81 ans après l’extermination de six millions de Juifs pendant la Shoah, l’antisémitisme reste une force puissante et mortelle.

« La Shoah a été la plus grande catastrophe de l’histoire de l’humanité et de celle de notre peuple », a affirmé Herzog.

« Le même poison ancestral — la haine des Juifs — a toujours porté le même nom : l’antisémitisme. Appelons-le par son nom. »

Chikli, dont le ministère a organisé la conférence, a pour sa part indiqué que l’un des principaux objectifs de l’événement était d’aider Israël à entretenir des liens avec les partis politiques qui combattent déjà l’islam radical à l’étranger. Il a invité plusieurs membres de partis d’extrême droite en Europe, historiquement associés à des éléments antisémites.

Parmi les politiciens liés à l’extrême droite présents à l’événement figuraient le leader des Démocrates suédois Jimmie Åkesson, le sénateur brésilien Flávio Bolsonaro, le député belge Sam van Rooy et le législateur néerlandais Geert Wilders.

La conférence a également réuni des dirigeants actuels et anciens, notamment le Premier ministre albanais Edi Rama, l’ancien chancelier autrichien Sebastian Kurz et l’ancien Premier ministre australien Scott Morrison, dont le pays a été le théâtre d’une fusillade terroriste qui avait pris pour cible une célébration de Hanoukka le mois dernier, au cours de laquelle 15 Juifs avaient perdu la vie.

Le ministre argentin de la Justice, Mariano Cúneo Libarona, le ministre hongrois des Affaires européennes, János Bóka, et l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, étaient aussi présents.

Parmi les influenceurs et les leaders d’opinion présents sur scène se trouvaient l’auteur et cinéaste conservateur Dinesh D’Souza, l’avocate britannique Natasha Hausdorf, Seth Dillon, directeur du site satirique conservateur américain Babylon Bee, et Noa Cochva, ancienne Miss Israël, désormais engagée dans la défense publique de l’État juif.

Lundi, au premier jour de la conférence, les délégués se sont réunis pour une session plénière à la Knesset, suivie d’une soirée de gala à laquelle a assisté le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Chikli a remis un prix d’honneur à Leo Terrell, directeur du groupe de travail du ministère américain de la Justice chargé de lutter contre l’antisémitisme. Il a en outre rendu hommage au militant conservateur assassiné Charlie Kirk, remettant un prix à son pasteur, Rob McCoy.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et d’autres personnalités lors d’un gala organisé en amont de la Conférence internationale sur la lutte contre l’antisémitisme à Jérusalem, le 26 janvier 2026 (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Mardi, s’adressant aux participants à la conférence, Morrison, un conservateur, s’est concentré sur l’impact de la montée de l’antisémitisme en Australie. Il a décrit la peur et le traumatisme au sein de la communauté juive, soulignant que les sociétés démocratiques doivent affronter des vérités inconfortables afin de préserver le pluralisme.

Faisant référence à l’attentat terroriste perpétré en décembre à Bondi Beach, à Sydney, Morrison a fait valoir que les défaillances des dirigeants et de l’éducation, associées à un manque de clarté morale, ont permis à l’extrémisme de s’enraciner dans le pays.

« L’antisémitisme prospère lorsque le ressentiment vient remplacer la responsabilité », a constaté Morrison. « Les sociétés dépendent de l’action morale individuelle. Lorsque la défaillance est vue, d’un point de vue moral, comme une injustice systémique, les normes libérales s’effondrent. »

L’intervention de Morrison a suivi celle du rabbin Yehoram Ulman, cofondateur du mouvement Habad de Bondi beach et beau-père du rabbin Eli Schlanger, l’une des victimes de l’attaque.

Ulman a exhorté les Juifs à ne pas reculer face à l’hostilité, affirmant que la réponse, face à la haine, doit être « plus de vie juive, plus de fierté juive, plus de visibilité juive — et non moins ».

Il a appelé à un renforcement de l’éducation morale, notamment par l’instauration d’une minute de silence quotidienne dans les écoles, afin d’encourager la réflexion et la responsabilité, une priorité de longue date pour le mouvement Habad.

« L’antisémitisme n’est pas une théorie. Il ne s’agit pas d’un débat politique. Ce n’est pas un titre à la une des journaux », a-t-il martelé. « C’est un siège vide à la table du Shabbat. »

Le rabbin Yehoram Ulman, beau-père du rabbin Eli Schlanger, victime de la fusillade de masse à Bondi Beach, prenant la parole lors de ses funérailles, dans une synagogue de Bondi, à Sydney, en Australie, le 17 décembre 2025. (Crédit : Mark Baker/Pool/AP Photo)

« L’héritage de ceux que nous avons perdus doit être une source de force, et non de crainte », a-t-il ajouté, exhortant les nations à élever leurs enfants « dans le respect d’une valeur supérieure à eux-mêmes ».

Dans un autre discours, Rama a souligné le rôle joué par l’Albanie durant la Shoah. Ce pays à majorité musulmane avait en effet accueilli des Juifs qui fuyaient la persécution nazie, sortant de la guerre avec une population juive plus importante qu’auparavant.

Selon Rama, cette histoire a résulté d’un instinct moral profondément ancré chez les Albanais ordinaires, dont beaucoup ont risqué leur vie pour protéger des familles juives. L’antisémitisme, a-t-il affirmé, ne se limite pas à la haine des Juifs. Il s’agit d’une « atteinte à l’architecture morale de l’humanité elle-même ».

« La haine ne commence pas par la violence », a mis en garde Rama. « La haine commence par le langage, par l’indifférence, par la banalisation. » L’antisémitisme, a-t-il ajouté, « n’est pas un problème juif. C’est un test civilisationnel, le test de notre humanité. Et l’histoire nous a déjà montré ce qui arrive lorsque nous ratons ce test. »

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