La licorne israélo-américaine Deel rachète Clarity face aux fausses embauches
Deel intègre l'IA de Clarity pour vérifier l'identité des candidats, détecter les deepfakes et contrer la fraude à l'embauche lors de la gestion de leurs équipes internationales
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Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Lundi, la licorne israélo-américaine Deel, à l’origine d’une plateforme de paiement et de ressources humaines, a annoncé le rachat de Clarity, startup de détection de deepfakes de Tel-Aviv, afin d’aider les entreprises à faire face à la menace sécuritaire alimentée par l’IA que représentent les faux candidats à l’emploi.
Aucune modalité financière n’a été divulguée, mais des sources évaluent la transaction entre 45 à 50 millions de dollars. Il s’agit de la 15e acquisition de Deel, sa première en Israël.
Créée fin 2022 par son PDG, Michael Matias, sa directrice de la technologie, Natalie Fridman, et son directeur de la stratégie, Gil Avriel, avec son siège de R&D à Tel-Aviv, Clarity a développé un logiciel pour détecter les deepfakes et s’en protéger, afin d’aider les entreprises à s’assurer que les personnes qu’elles embauchent sont bien celles qu’elles prétendent être, et d’empêcher les acteurs malveillants d’obtenir un emploi et d’accéder à des informations sensibles.
Suite au pogrom du 7 octobre 2023, jour où des terroristes du Hamas ont déferlé dans le sud d’Israël pour y tuer plus de 1 200 personnes et faire de très nombreux otages, Clarity a travaillé avec le gouvernement israélien pour authentifier des images vidéo sensibles. Les chercheurs en IA de Clarity ont permis de vérifier l’authenticité des images de guerre et des témoignages d’otages au moment où une profusion de vidéos et d’images circulaient sur les réseaux sociaux, certaines tournées par des terroristes du Hamas, d’autres par des habitants de Gaza, et d’autres, enfin, générées par des outils d’IA générative à des fins de manipulation et de tromperie.
À ce jour, Clarity a levé 16 millions de dollars, notamment auprès de Walden Catalyst Ventures et Bessemer Venture Partners, avec la participation de Fusion, Secret Chord Ventures, Ascend Ventures et Flying Fish Partners.
Dans le cadre de cette acquisition, la technologie d’IA propriétaire de Clarity et son équipe d’ingénierie rejoindront Deel afin de construire des outils internes d’identité et de sécurité, de la vérification biométrique d’identité avant l’embauche à la détection de deepfakes en passant par les vérifications d’antécédents et l’analyse comportementale, jusqu’à la fourniture d’équipements informatiques pour les nouvelles recrues et la gestion de l’accès sécurisé des employés après leur intégration.
« Les deepfakes, la fraude à l’identité et les attaques par usurpation d’identité sont de plus en plus sophistiqués, ce qui change la façon dont les entreprises recrutent et se développent à l’échelle mondiale », explique l’entrepreneur franco-israélien Alex Bouaziz, cofondateur de Deel. « Le fait d’accueillir au sein de Deel Clarity et ses talents de niveau mondial en matière d’IA nous donne les moyens d’intégrer une sécurité d’identité de confiance directement dans notre plateforme. »
« Ce qui permet aux clients d’embaucher, intégrer et gérer en toute confiance des équipes vérifiées à l’échelle mondiale, avec des garanties qui s’adaptent à la nature changeante des menaces », ajoute Bouaziz.
Fondée en 2019 par Bouaziz, qui a étudié au Technion de Haïfa, et Shuo Wan, Deel est à l’origine d’une plateforme mondiale de paie et de conformité conçue pour simplifier le recrutement, la paie et la gestion des employés, indépendamment de leur localisation.
Selon la société, sa plateforme permet d’ores et déjà à plus de 40 000 entreprises d’embaucher et payer leurs collaborateurs, et ce dans plus de 150 pays. La licorne, qui emploie près de 7 500 personnes travaillant à distance, est valorisée à près de 17 milliards de dollars, avec un chiffre d’affaires annuel récurrent de plus de 1,5 milliard de dollars.
La menace que représente la fraude à l’emploi est de plus en plus pressante à une époque où les visages, les voix et les documents peuvent être falsifiés en temps réel, et où les deepfakes peuvent être utilisés pour des entretiens d’embauche en ligne grâce à l’émergence d’outils d’IA générative.
La technologie des deepfakes utilise l’apprentissage profond pour créer des images d’apparence très réaliste de personnes réelles ainsi que de leur voix. Les modèles d’IA générative et les chatbots tels que ChatGPT sont utilisés par des acteurs malveillants pour créer rapidement des deepfakes, à l’aide d’outils sophistiqués aisément accessibles, souvent à faible coût voire totalement gratuitement. D’ici 2028, une candidature sur quatre reçue par les entreprises sera fausse, selon une étude du cabinet Gartner.
Ces dernières années, les attaques par usurpation d’identité lors du processus de recrutement sont devenues une importante source de menaces cybernétiques.
La semaine passée, le Département d’État américain et le FBI ont fait savoir que la Corée du Nord disposait d’un réseau d’informaticiens qualifiés — en Corée comme à l’étranger — qui se faisaient passer pour des ressortissants d’autres pays afin d’obtenir un emploi via des plateformes en ligne. Une fois embauchés, ils accèdent aux systèmes internes, aux données sensibles et aux infrastructures critiques à des fins d’espionnage, de vol de données, de fraude ou d’activités malveillantes.
« La confiance ne devrait pas s’arrêter à la vérification d’antécédents le premier jour », conclut Michael Matias, PDG de Clarity.
« Nous avons créé Clarity pour vérifier l’identité sur le long terme, à une époque où l’IA rend la fraude plus convaincante que jamais. »
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