La querelle s’intensifie : Zamir accuse Katz de nuire à la préparation militaire
Benjamin Netanyahu va convoquer le chef d’état-major et le ministre de la Défense après que ce dernier a réaffirmé sa décision d'ordonner la révision du rapport externe sur l’enquête de Tsahal du 7-Octobre
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Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, a répondu lundi au ministre de la Défense, Israel Katz, qui avait ordonné de réexaminer les conclusions d’un panel d’anciens officiers supérieurs, chargé d’étudier les investigations menées par les militaires sur les défaillances entourant le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
Dans la continuité de ces échanges, Katz a rapidement réaffirmé sa décision en réponse à Zamir, insistant sur le fait que le contrôleur de l’establishment de la Défense émettrait des recommandations concernant l’examen interne de Tsahal dans un délai de 30 jours.
À la suite de la déclaration de Katz, les médias israéliens ont rapporté que le Premier ministre Benjamin Netanyahu devait convoquer Zamir et Katz pour une réunion à huis clos visant à résoudre ce différend public.
Une réunion distincte, qui se tiendra avant ou après, rassemblera les membres de l’establishment de la Défense au sens large pour évaluer la situation, compte tenu des tensions accrues à la frontière nord, après l’élimination dimanche du chef d’état-major du groupe terroriste chiite libanais Hezbollah par Tsahal.
Lundi, Zamir a accusé Katz de nuire à la préparation militaire en gelant pendant 30 jours les promotions qu’il avait prévues. Il a déclaré n’avoir pris connaissance des actions de Katz que lundi matin, par le biais des médias, alors qu’il assistait à un exercice surprise sur le plateau du Golan.
Zamir a déclaré que le rapport préparé par le général de division (Rés.) Sami Turgeman et d’autres anciens officiers supérieurs concernant le 7-Octobre « avait été dès le départ destiné à l’usage du chef d’état-major, afin d’examiner la qualité des enquêtes et des processus intégratifs d’apprentissage au sein de Tsahal, et non à des fins politiques ».
Il a défendu le rapport et qualifié la décision de Katz de « déroutante ». Il a indiqué que l’équipe de Turgeman « avait entendu plus d’une centaine de témoignages, mené des enquêtes approfondies et suivi un processus professionnel ».
« Une autre évaluation de 30 jours par le contrôleur de l’establishment de la Défense, sans porter atteinte à sa dignité, n’est pas pertinente », a déclaré Zamir, après que Katz a annoncé que le contrôleur de l’establishment de la Défense, le brigadier général (Rés.) Yaïr Volansky, soumettrait une évaluation du rapport de Turgeman dans un délai d’un mois.
« Tsahal est la seule institution du pays à avoir mené une enquête approfondie sur ses propres échecs et à en avoir assumé la responsabilité », a poursuivi Zamir.
« Si un examen plus approfondi est nécessaire pour compléter le tableau, il doit prendre la forme d’un panel externe, objectif et indépendant qui examinera des sujets tels que l’interface entre les échelons militaires et politiques », a-t-il déclaré.
Interrogé sur la décision de Zamir de licencier certains officiers et d’en censurer d’autres pour leurs échecs le 7-Octobre, ce que Katz a également ordonné à Volansky d’examiner, le chef d’état-major a déclaré : « Il s’agit de mesures internes à Tsahal qui ne nécessitent pas d’approbation. »
« Il est inapproprié de laisser entendre que les critères, qui ont été examinés avec le plus grand sérieux, ne sont pas équitables, surtout compte tenu du temps et de la réflexion que j’ai personnellement consacrés à la décision concernant chaque officier », a poursuivi Zamir.
Selon le chef d’état-major, la décision de Katz de geler les promotions au sein de l’armée pendant 30 jours « nuit à la capacité de Tsahal et à son processus de préparation aux défis à venir ».
Zamir a toutefois indiqué qu’il « continuerait à mener les discussions sur la dotation en personnel comme prévu, conformément à ses attributions, et les transmettrait au ministre pour approbation, comme requis ».
Katz a annoncé sa décision au lendemain du licenciement par Zamir de plusieurs officiers supérieurs et de la sanction d’autres pour leur rôle dans les échecs du 7-Octobre, sur la base des conclusions de l’enquête Turgeman qui a jugé les investigations menées par Tsahal sur ses propres échecs inadéquates ou inacceptables.
Depuis plusieurs mois, Katz mène une croisade de plus en plus virulente contre Zamir au sujet des nominations à des postes élevés au sein de Tsahal, promouvant de manière sélective certains officiers et refusant de nommer d’autres avec lesquels il ne semble pas être d’accord. Certains responsables militaires ont averti que Katz tentait de politiser l’armée en prenant le contrôle des nominations aux postes élevés.
« J’apprécie le chef d’état-major, qui sait qu’il est subordonné au Premier ministre, au ministre de la Défense et au gouvernement israélien », a déclaré Katz dans un communiqué en réponse à Zamir, lundi.
« Je n’ai pas l’intention de débattre dans les médias. »
« Le contrôleur de l’establishment de la Défense soumettra ses conclusions dans un délai de 30 jours, et ce n’est qu’après cela que je prendrai mes décisions concernant les nominations, conformément à mon rôle et à mon autorité », a ajouté Katz.
Lundi soir, des hauts responsables anonymes de Tsahal ont vivement critiqué le ministre de la Défense dans des déclarations faites à la Treizième chaîne : « Le ministre Katz ne s’intéresse pas à l’Iran ou au Hezbollah, mais aux élections du Likud. Une ligne rouge a été franchie aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’un incident tactique. Le rapport Turgeman a été élaboré pendant sept mois, et maintenant Katz suspend toutes les nominations. Il interfère dans le travail. »
« Nous parlons de la sécurité du pays. Le chef d’état-major ne cédera pas et ne se couchera pas. Zamir n’a pas de base. Il ne permettra pas à la politique de s’immiscer dans Tsahal. Tout cela précède la réunion de la commission du Likud et les primaires », ont déclaré les responsables.
Le chef du parti Kakhol Lavan, Benny Gantz, a exprimé lundi son soutien sans réserve à Zamir pour avoir pris « une mesure difficile mais nécessaire » en demandant des comptes aux commandants pour leur rôle dans les événements du 7 octobre 2023.
« Je souhaite soutenir le chef d’état-major, le lieutenant-général Eyal Zamir, qui a imposé et exigé une responsabilité personnelle de la part des commandants. C’est le rôle du chef d’état-major », a déclaré Gantz, lui-même ancien chef d’état-major de Tsahal, avant une réunion de faction.
« Je suis sûr qu’il n’a pas été facile pour Eyal d’appeler ses frères d’armes des décennies précédentes, de leur demander des comptes et de leur imposer des sanctions, mais cela est nécessaire pour Tsahal et pour le pays », a souligné Gantz.
Le chef du parti Yisrael Beytenu, le député Avigdor Liberman, a accusé le gouvernement de ne pas être parvenu à vaincre complètement le Hamas et le Hezbollah, tout en politisant l’armée.
Malgré deux années de guerre et une « victoire totale » revendiquée, Israël est aujourd’hui confronté à « un front ouvert à Gaza et au Liban », ainsi qu’en Iran, a déclaré Liberman à la presse avant la réunion hebdomadaire de son parti à la Knesset.
« Le renforcement du Hezbollah et du Hamas est plus important que les dommages que nous leur infligeons. Ils deviennent plus forts que jamais », a-t-il ajouté, faisant référence aux récentes frappes de Tsahal contre ces deux groupes terroristes.
Au-delà des défis militaires actuels, les Israéliens se trouvent désormais confrontés à un « nouveau front » sous la forme d’un conflit entre le ministre de la Défense et le chef d’état-major de Tsahal, a-t-il poursuivi.
Cette « folie » est « dangereuse » et « la seule façon d’atteindre la vérité est de mettre en place une commission d’enquête nationale » qui enquêtera sur « absolument tout le monde », a déclaré Liberman, appelant les membres de la coalition « qui ont un minimum de sens des responsabilités » à « se lever et à soutenir la mise en place » d’une telle enquête.
« Il y a un autre message qui ressort de cet événement : la politisation de l’armée. Les gens ne progressent plus en fonction de leurs compétences et de leurs capacités professionnelles, mais en fonction de leurs relations. Ils progressent en fonction de leur proximité et de leur capacité à dire ‘oui’ à tout. La politisation détruira l’armée », a déploré Liberman, ancien ministre de la Défense.
Depuis qu’il a été nommé ministre de la Défense fin 2024, Katz a annulé les nominations de plusieurs officiers supérieurs choisies par Zamir et son prédécesseur, Herzl Halevi.
Si certaines de ces suspensions semblaient avoir une justification rationnelle, d’autres ont suscité des interrogations au sein de l’armée.
Katz a également retardé pendant plusieurs semaines la promotion de dizaines de colonels et de généraux de brigade, affirmant que Zamir les avait approuvées sans consultation préalable. Il n’a pas encore statué sur les nominations à trois postes de général de division, alors que les officiers qui les occupent actuellement arrivent au terme de leur mandat.
En règle générale, les nominations à des postes de haut rang, à l’exception de celles des généraux supérieurs, sont soumises à l’approbation du ministre de la Défense après avoir été examinées lors de réunions internes de Tsahal. Katz a prétendu à tort que, selon la loi, il était responsable des promotions des hauts gradés au sein de l’armée.
En août, Katz a publiquement critiqué le chef de l’armée pour avoir annoncé une liste de nominations à des postes de haut rang, affirmant que Zamir l’avait fait sans le consulter. À la fin du mois, les deux hommes ont annoncé être parvenus à un accord sur le processus de nomination au sein de l’armée, mais leur querelle semble avoir refait surface.
Sam Sokol et Ariela Karmel ont contribué à cet article.
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