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Le père et le frère jumeau d’un soldat tombé servent ensemble au front en son honneur

Après la mort d'Ori Locker, 19 ans, le 7 octobre, son père Eyal et son jumeau Tamir ont canalisé leur douleur en s'engageant ensemble dans la réserve

Stav Levaton est correspondante militaire pour le Times of Israel.

Tamir (à gauche) et Eyal Locker (à droite). (Crédit : Autorisation)
Tamir (à gauche) et Eyal Locker (à droite). (Crédit : Autorisation)

Tamir Locker, 19 ans, était en permission au domicile familial à Pardes Hanna, dans le nord du pays, Le 7 octobre 2023, où il profitait du week-end avec son père Eyal, sa mère Orit et son jeune frère Elad.

Son frère jumeau, Ori, servait dans la brigade Golani et se trouvait alors sur sa base, près de la plage de Zikim, le long de la frontière nord de Gaza. À 4 heures du matin, quelques heures avant le début de l’invasion et du pogrom meurtrier perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, Ori a passé son dernier appel à Tamir. Mais ce dernier dormait et il n’a pas répondu.

Vers 6 h 30, les sirènes d’alerte ont retenti à travers le pays, signalant des roquettes, c’est alors qu’ils ont vu les informations sur les attaques qui balayaient le pays.

Tamir a reçu un appel de son officier commandant lui ordonnant de rejoindre sa base immédiatement. Au moment où il a raccroché, il a ressenti une vive douleur au côté.

« Papa, Ori est mort », a dit Tamir, mais son père a refusé de le croire.

Peu après, le père Eyal a également été mobilisé pour rejoindre les rangs des réservistes sur le front nord. Mais alors que le chaos régnait, Tamir et Eyal ont demandé la permission de rester à la maison jusqu’à ce qu’ils aient des nouvelles d’Ori.

Alors que les heures passaient et qu’ils restaient sans nouvelles, Eyal a insisté pour attendre à l’extérieur l’arrivée des officiers chargés d’informer les familles des soldats tombés au combat.

Sergent Ori Locker (Crédit : Armée israélienne)

« Il ne voulait pas qu’ils frappent à sa porte », explique Tamir. « Il voulait les accueillir en personne. »

Père et fils ont attendu devant leur maison toute la journée puis, jusqu’au lendemain matin. À 9 heures, dimanche, Eyal a finalement dit à Tamir d’enfiler son équipement de combat, qu’ils iraient eux-mêmes chercher Ori.

Mais au moment de partir, une voiture, une voiture s’est arrêtée devant leur maison. Trois officiers en sont descendus pour confirmer ce que Tamir redoutait depuis la veille : Ori avait été tué.

« J’ai eu l’impression que c’était la fin du monde, que tout s’écroulait autour de moi », se souvient Tamir. « C’était comme si mon âme était déchirée en deux et que celle d’Ori quittait mon corps pour me dire adieu. »

Au cours des jours qui ont suivi le massacre meurtrier perpétré par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, au cours duquel les terroristes du groupe ont assassiné plus de 1 200 personnes et en ont enlevé 251 pour les emmener dans la bande de Gaza, des familles à travers tout le pays ont été anéanties par l’annonce de pertes brutales, comme ce fut le cas pour celle d’Ori.

La famille Locker, de gauche à droite : Tamir, Orit, Eyal, Ori et Elad. (Crédit : Autorisation)

Pour Eyal et Tamir, affronter cette épreuve signifiait transformer leur chagrin en moteur : réaliser leur rêve de longue date de servir ensemble, côte à côte, dans l’armée israélienne.

« Même avant la mort d’Ori, nous savions que c’était quelque chose que nous voulions faire », explique Tamir, aujourd’hui âgé de 21 ans, commandant de parachutistes, qui a terminé son service en juillet et s’apprête à rejoindre son père dans le service de réserve. « Il n’y a rien de plus fort et de plus émouvant que de servir avec son père. »

Eyal, 53 ans, a servi il y a une trentaine d’années dans la brigade des parachutistes. Il est aujourd’hui volontaire dans le service de réserve, en tant que commandant adjoint de compagnie du corps blindé. Lorsque l’occasion de servir aux côtés de son fils s’est présentée, il n’a pas hésité une seconde.

« Cela m’a semblé naturel », a-t-il déclaré. « C’est un endroit où je peux le protéger, du moins je l’espère. »

Pour Orit, voir son mari et son fils en uniforme ensemble lui a apporté un certain réconfort, sans pour autant apaiser complètement ses inquiétudes.

Tamir (à gauche) et Ori Locker (à droite) sur une photo prise avant le 7 octobre 2023. (Crédit : autorisation)

« Je ne peux pas dire que je n’ai pas peur », admet-elle. « Même lorsque nous pensions que tout irait bien à Gaza, la situation a soudainement basculé », fait-elle référence à l’invasion surprise du Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre.

L’unité d’Eyal, qu’il décrit comme « très soudée et familiale », avait déjà accueilli Tamir au début de la guerre. Après que la brigade des parachutistes eut déclaré les soldats endeuillés inaptes au combat, Tamir avait intégré pour une courte période l’unité de réserve de son père, déployée à la frontière libanaise.

« La première fois que j’ai remis mon uniforme [après le 7 octobre], c’est quand mon père m’a emmené avec lui dans la réserve », se souvient Tamir.

« C’est là que j’ai décidé que, quoi qu’il arrive, je serais avec lui une fois démobilisé. »

Pendant un mois, les deux hommes ont servi ensemble, Tamir devenant le plus jeune membre d’une unité de réservistes chevronnés.

« Tout le monde avait été démobilisé avant même ma naissance », sourit-il.
« C’était comme si j’étais le petit frère de tout le monde. »

L’unité regroupe des soldats issus de différentes brigades et de milieux socio-économiques et ethniques variés.

Tamir (à gauche) et Eyal Locker (à droite). (Crédit : Autorisation)

« En tant que réserviste, ni l’origine ni la profession ne comptent », souligne Tamir. « Qu’importe la personne que l’on porte sur la civière, nous sommes tous animés par la même mission : rendre à notre pays ce qu’il nous a donné. »

Ce sentiment d’unité et de service, explique-t-il, lui a été inculqué dès son plus jeune âge par ses parents, ainsi qu’à ses frères.

Orit raconte qu’elle et Eyal ont élevé leurs trois enfants dans un foyer profondément patriote, où l’on mettait l’accent sur le don de soi sans rien attendre en retour.

« Ce n’est pas un hasard s’ils se sont engagés dans des rôles de combat », coonfie-t-elle. « En tant que mère, leur décision ne m’a pas ravie, mais je connais mon mari… et je sais que mes fils le suivraient. Eyal était si fier de les voir et de suivre leur parcours. »

Lors d’exercices d’entraînement avec l’unité de son père, Tamir a été ému par le dévouement des réservistes plus âgés, certains pères de familles nombreuses, d’autres chefs d’entreprises prospères, qui accomplissaient leur devoir sans hésitation.

« S’ils y arrivent, il est clair que, moi qui ai 21 ans, je peux aussi le faire », dit-il.

Relever le défi

Alors que la plupart des unités de Tsahal imposent une limite d’âge de 50 ans, la présence d’hommes plus âgés parmi les réservistes est rare. Beaucoup, comme Eyal, continuent néanmoins de se porter volontaires. Aujourd’hui, les soldats de plus de 50 ans représentent 5 % des forces de réserve de l’armée, il y en a deux fois plus depuis le début de la guerre.

Eyal a déclaré que tant tant qu’il en aura les capacités physiques, il continuera à servir comme volontaire dans le service de réserve.

Des soldats réservistes israéliens lors d’un entraînement militaire sur le plateau du Golan, dans le nord d’Israël, le 30 octobre 2023. (Crédit : David Cohen/Flash90)

« Au bout du compte, le sentiment de contribuer activement [à l’effort de guerre] est quelque chose qu’aucune somme d’argent ne peut égaler », déclare-t-il. « Donner de soi-même sans rien attendre en retour, c’est quelque chose qui me fait du bien. »

Après avoir passé du temps avec l’unité de son père, Tamir dit vouloir suivre ses traces.

« Jusqu’à 50 ans ou plus, tant que mon corps me le permettra, je resterai dans la réserve », assure-t-il, citant son père comme modèle. « Je vois mon père et ses amis. Je vois le sourire dans leurs yeux. »

Pour Eyal, la camaraderie de ses frères d’armes a été un soutien crucial après la mort d’Ori, un lien qui l’aide à porter le poids de cette perte.

Orit le confirme. « Les gens me demandent comment je peux laisser mon mari servir dans la réserve et me laisser seule », raconte-t-elle. « Ce n’est pas facile, mais c’est ce qui aide Eyal, c’est sa thérapie. »

Tamir (à gauche), Eyal (au centre) et Ori Locker (à droite). (Crédit : Autorisation)

Selon Tamir, servir aux côtés de son père a pris une signification bien plus profonde après la perte de son frère.

« C’est notre façon de rendre hommage à Ori : servir ensemble et parler de lui sans arrêt », dit-il.

Eyal, lui, perpétue la mémoire d’Ori au quotidien, sur le champ de bataille comme en dehors. Il porte la bretelle du fusil de son fils, ornée du symbole de la brigade Golani : un olivier vert.

Un contraste marqué avec son propre uniforme, composé d’un béret rouge et de bottes rouges de parachutiste, qui attire souvent l’attention et suscite des questions.

Eyal Locker, portant la bretelle du fusil de son fils Ori, tombé au combat. (Crédit : Autorisation)

« Je leur raconte alors l’histoire d’Ori », explique-t-il. « C’est une personne de plus qui se souviendra de lui. »

L’héritage d’une vie interrompue

L’histoire derrière cette bretelle Golani, et l’héritage qu’elle incarne, remonte aux premières heures du 7 octobre.

À l’aube, Ori patrouillait le long de la barrière frontalière de Gaza avec son chef de section, le capitaine Itay Maor, 23 ans, et son meilleur ami, le sergent Amit Tsur, 19 ans, lorsqu’ils reçurent un signalement d’infiltration terroriste près de la communauté de Netiv Haasara. Les trois hommes se précipitèrent sur place et, avec l’aide de soldats d’une autre batterie et d’un char, ils ont réussi à déjouer l’attaque.

Quelques instants plus tard, un message par talkie-walkie leur annonce la présence d’autres terroristes près de leur avant-poste. Alors qu’ils revenaient en toute hâte, ils tombèrent sur un véhicule blindé Namer de leur unité, immobilisé et assiégé par des terroristes tentant d’y pénétrer. Les trois hommes ont sauté de leur véhicule etont engagé dans un combat désespéré, mais ils étaient en infériorité numérique et ils ont finalement été submergés. Tous trois sont tombés au combat.

Ori a été retrouvé avec ses chargeurs vides, témoignage silencieux qu’il s’était battu jusqu’à sa dernière balle.

Tamir (à gauche) et Ori Locker (à droite). (Crédit : Autorisation)

« Avec le recul, nous avons compris qu’Ori est tombé durant la première heure et demie de la guerre », raconte Eyal.

Depuis ce jour, le temps semble s’être figé pour la famille. « Notre vie n’est plus la même… c’est comme un plat sans assaisonnement », confie-t-il.

Eyal souhaite que l’on se souvienne d’Ori tel qu’il était : un jeune homme qui aimait la vie, la nature et les éclats de rire partagés avec ses amis, comme n’importe quel garçon de 19 ans.

« C’était un garçon plein de rêves, et tous ont été brisés en une seule journée », dit Orit à propos de son fils.

« Je suis sûr que si Ori était encore en vie, il aurait rejoint les réservistes », dit Tamir. « Cela aurait fait un titre plus cool : ‘Des jumeaux servent dans la réserve aux côtés de leur père’ ».

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