Les US s’opposent à l’annexion de la Cisjordanie par Israël, mais s’abstiennent de condamner le projet E1
L'administration Trump dit vouloir « une Cisjordanie stable » ; un haut responsable de l'UE et les ministres des Affaires étrangères de plusieurs pays arabes et musulmans dénoncent Jérusalem au sujet d'un projet d'implantation controversé
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Vendredi, l’administration Trump a réaffirmé son opposition à l’annexion de la Cisjordanie par Israël. Elle a toutefois délibérément évité de condamner le très controversé projet de construction par Jérusalem d’implantations dans la zone E1.
Interrogé sur ce projet, le Département d’État a repris une déclaration qu’il avait déjà donnée sur la politique menée par Israël en Cisjordanie, sans jamais mentionner la zone E1.
« Comme le président l’a clairement indiqué, les États-Unis n’approuvent pas l’annexion de la Cisjordanie par Israël. Une Cisjordanie stable garantit la sécurité d’Israël et s’inscrit dans l’objectif de l’administration actuelle, qui est de parvenir à la paix dans la région », peut-on lire dans un communiqué attribué à un porte-parole du Département d’État, qui a été transmis aux journalistes qui avaient posé des questions.
Ces commentaires sont intervenus alors qu’Israël fait face à des critiques internationales de plus en plus vives pour avoir, en début de semaine, donné son feu vert au projet E1, lequel, selon ses partisans comme ses détracteurs, pourrait sonner le glas de la création d’un État palestinien indépendant, en divisant de fait la Cisjordanie en deux et en empêchant toute continuité territoriale palestinienne.
« La décision du gouvernement israélien de publier des appels d’offres pour la construction du projet d’implantation E1 est inacceptable », a pour sa part écrit vendredi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans un message publié sur le réseau social X. « Nous sommes opposés depuis longtemps à cette mesure. »
La France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Italie avaient déjà condamné ce projet israélien. Jeudi, une chaîne de télévision israélienne a rapporté que l’Union européenne préparait un ensemble de sanctions au cas où Jérusalem lancerait la construction de nouveaux logements dans cette implantation.
L’appel d’offre lancé cette semaine porte sur la construction de sept complexes résidentiels comprenant 1 234 logements dans la zone E1, qui relieraient les régions de Jérusalem et de Maale Adumim. Ces logements font partie des quelque 3 400 habitations prévues dans la zone E1 dont le gouvernement a approuvé la construction en août 2025. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, avait alors salué cette décision, affirmant qu’elle « mettait pratiquement fin à l’illusion de la solution à deux États ».
Le projet avait été gelé pendant des années en raison d’une vive opposition internationale, notamment de la part des précédentes administrations américaines, qui craignaient que la construction de nouvelles implantations sur cette parcelle de terrain en grande partie inhabitée ne rende impossible la création d’un État palestinien viable.
Même son de cloche de la part des ministres des Affaires étrangères de la Turquie, de l’Égypte, de l’Indonésie, de la Jordanie, du Pakistan, du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis ont condamné la politique d’établissement d’implantations menée par Israël en Cisjordanie. Ils ont déclaré rejeter catégoriquement le projet d’extension des implantations dans la zone E1, source de controverse.
« Les ministres appellent à une action immédiate pour mettre un terme au projet d’implantations dans la zone “E1”, pour abroger toutes les mesures prises à cet égard et cesser toutes les activités de colonisation ainsi que toute autre mesure visant à modifier le caractère géographique et démographique du territoire palestinien occupé », ont-ils affirmé dans un communiqué conjoint. Ce projet, ont-ils ajouté, représente une « escalade dangereuse », qui favorise davantage l’expansion des implantations et l’annexion des terres palestiniennes.
L’extension de la zone E1 devrait permettre de relier Jérusalem et Maale Adumim, réduisant ainsi à néant toute perspective de continuité territoriale palestinienne entre les centres urbains de Bethléem, Jérusalem-Est et Ramallah.
Les militants pro-implantations israéliens cherchent pour leur part à développer cette zone afin de faire obstacle à la création d’un État palestinien.
« Honteux » et « profondément choquant »
Par ailleurs, vendredi, la Grande-Bretagne, le Canada et l’Australie ont condamné la décision « honteuse » d’Israël de clore l’enquête sur la mort de sept travailleurs humanitaires qui avaient été tués à Gaza en 2024.
Les employés de World Central Kitchen – trois Britanniques, un ressortissant américain et canadien, un Polonais, un Australien et un Palestinien – avaient perdu la vie dans une frappe de drone qui avait visé leur convoi de véhicules, alors qu’ils venaient de superviser le déchargement d’une cargaison d’aide alimentaire.
L’armée israélienne avait qualifié l’incident de « tragique erreur ».
« Depuis plus de deux ans, nous faisons pression sur Israël pour qu’il enquête rapidement et de manière approfondie sur cette affaire, et qu’il traduise les responsables en justice », ont déclaré les trois pays dans un communiqué commun. L’annonce par l’armée israélienne « selon laquelle elle ne mènerait pas d’enquête pénale sur cette frappe, sans autre explication, est tout simplement honteuse », est-il écrit dans le communiqué.
Cet incident avait suscité l’indignation à l’international et relancé les appels en faveur de la sécurité des travailleurs humanitaires à Gaza.
« Annoncer cette décision à l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, jour durant lequel le monde rend hommage au courage et au sacrifice des acteurs humanitaires, est particulièrement scandaleux », a ajouté le communiqué conjoint.
Le 1er avril 2024, l’armée israélienne avait ordonné une frappe contre un convoi de véhicules de WCK dans lequel des soldats soupçonnaient la présence d’un tireur du Hamas, malgré le faible degré de certitude de cette évaluation et en violation du règlement de l’armée. Cette frappe avait coûté la vie à sept travailleurs humanitaires.
Selon l’enquête, l’armée n’avait pas identifié les véhicules comme appartenant à WCK au moment où la frappe avait été ordonnée.
L’enquête a révélé que WCK avait engagé une force de sécurité armée pour accompagner le convoi et le protéger contre les pillages – une mesure qui n’avait pas été coordonnée avec l’armée.
« Après avoir examiné l’ensemble des conclusions de l’évaluation des faits, il a été décidé que, malgré des défaillances dans le processus ayant conduit à conclure que des membres du Hamas se trouvaient à bord des véhicules, les décisions des commandants n’avaient pas constitué un acte criminel, compte tenu de la succession de signaux suspects et du contexte opérationnel global », a expliqué l’armée israélienne.
L’organisation américaine World Central Kitchen a également condamné cette décision, qu’elle a jugée « incompatible avec la vérité dans son intégralité » et « profondément choquante ».
Elle a exigé la mise en place d’une commission indépendante chargée d’enquêter sur les frappes aériennes, arguant que « l’armée israélienne ne peut pas enquêter de manière crédible sur sa propre conduite ».
Jeudi, l’Australie a fait part de son indignation face à la clôture de l’enquête et a convoqué l’ambassadeur d’Israël dans le pays, une initiative rapidement suivie par la Pologne.
« Le ministère des Affaires étrangères de la République de Pologne déplore vivement les informations reçues le 19 août 2026 concernant la clôture de la procédure », a fait savoir le ministère dans un communiqué. « La Pologne a proposé une évaluation critique des mesures prises à ce jour, dans l’objectif d’établir les circonstances et le déroulement de la tragédie. Elle a indiqué qu’une enquête parallèle était en cours, sous la direction du parquet de Przemysl. »
Elle a également « exprimé son espoir que la partie israélienne fournisse aux autorités polonaises compétentes toutes les explications et tous les éléments nécessaires dont les enquêteurs polonais ont fait la demande ».
Le vice-ministre des Affaires étrangères, Ignacy Niemczycki, a déclaré vendredi à la radio publique PR1 : « Cette décision est pour le moins surprenante. »
« Nous estimons que le recours à la force doit être proportionné et qu’un usage inapproprié de la force doit être sanctionné ; nous attendons donc des éclaircissements à ce sujet », a-t-il ajouté.
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