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Au 700e jour de captivité, les familles d’otages exigent un accord de libération

Des ex-otages appellent le gouvernement à reprendre les négociations plutôt qu’à élargir la guerre, près de deux ans après l’enlèvement de 251 personnes par le Hamas

Une installation sur la place des Otages à Tel Aviv marque les 700 jours écoulés depuis le massacre du 7 octobre 2023, le 5 septembre 2025. (Crédit : Rei Ash/Mouvement de protestation pro-démocratie)
Une installation sur la place des Otages à Tel Aviv marque les 700 jours écoulés depuis le massacre du 7 octobre 2023, le 5 septembre 2025. (Crédit : Rei Ash/Mouvement de protestation pro-démocratie)

Des manifestations se sont tenues vendredi dans tout Israël pour marquer les 700 jours écoulés depuis l’invasion et le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, et pour réclamer un accord visant à obtenir la libération des otages encore détenus dans la bande de Gaza.

Quarante-sept des personnes enlevées en Israël lors de l’assaut meurtrier sont toujours en captivité, dont 20 à 22 seraient encore en vie. Le Hamas détient également la dépouille d’un soldat tué en 2014.

Les anciens otages libérés et les familles de ceux qui sont toujours en captivité ont mené des manifestations vendredi matin, exigeant que le gouvernement revienne à la table des négociations avec le Hamas, qui aurait accepté un accord proposé. Ils ont également appelé l’exécutif à ne pas étendre la guerre, estimant qu’une escalade augmenterait encore les risques pour les otages.

« Gouvernement israélien, arrêtez de chercher des excuses ! Il faut conclure un accord maintenant, avant qu’il ne soit trop tard », a déclaré jeudi le Forum des familles des otages et des disparus dans un communiqué publié à la veille des rassemblements.

« Un cadre pour le retour des otages et la fin de la guerre est sur la table, mais Netanyahu continue de le torpiller pour des raisons politiques, contre la volonté de plus de 80 % de la nation et à l’encontre de l’avis des responsables de la sécurité », a dénoncé le forum.

Une manifestante à Haïfa marque les 700 jours depuis le massacre du 7 octobre 2023 avec une pancarte sur laquelle on peut lire « Avant tout, tous les otages ! », le 5 septembre 2025. (Crédit : Miri Porat/Mouvement de protestation pro-démocratie)

Le mois dernier, le Hamas a indiqué qu’il acceptait un accord similaire à celui que Jérusalem avait auparavant validé et promu. Celui-ci prévoyait le retour de 10 otages vivants et les dépouilles de 18 otages assassinés, en échange d’un cessez-le-feu de 60 jours et de la libération de centaines de prisonniers sécuritaires palestiniens ainsi que d’un millier de détenus gazaouis. L’accord devait servir de base à de nouvelles négociations sur le retour des otages restants et la fin définitive de la guerre.

Depuis plusieurs semaines, Israël affirme toutefois qu’il ne négociera que sur la base d’une libération de l’ensemble des otages et d’une fin de guerre à des conditions qu’il juge acceptables. Celles-ci comprennent la capitulation du Hamas, la démilitarisation de Gaza et la mise en place d’un nouveau gouvernement civil dans l’enclave qui n’inclut ni le Hamas ni l’Autorité palestinienne (AP). Cette dernière administre certaines zones de Cisjordanie et reste largement reconnue à l’international comme le représentant légitime des Palestiniens.

Tôt vendredi matin, sur la place des Otages à Tel Aviv, des manifestants ont disposé au sol un grand « SOS » jaune, à côté d’un sablier symbolisant l’urgence pour les captifs. Beaucoup portaient des t-shirts et des couvre-chefs jaunes.

D’autres rassemblements ont eu lieu, notamment à Haïfa, à Kfar Saba et à divers carrefours du pays. À Ness Ziona, des manifestants ont défilé devant le domicile du ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar.

À Jérusalem, ils se sont rassemblés devant la résidence présidentielle, tandis qu’un petit groupe manifestait devant la Knesset.

Depuis Kiryat Gat, où ils ont été relogés temporairement après les massacres, des survivants et membres du kibboutz Nir Oz ont tenu une conférence de presse. Parmi les intervenants figuraient les anciens otages Arbel Yehoud et Ilana Gritzewsky, dont les compagnons Ariel Cunio et Matan Zangauker sont toujours détenus à Gaza, ainsi qu’Iaïr Horn, dont le frère Eitan est encore aux mains des terroristes dans l’enclave. La mère des frères Cunio, Sylvia, a également pris la parole.

Leur kibboutz a été en grande partie détruit lors de l’attaque du 7 octobre, quand des terroristes du Hamas ont pris d’assaut toutes les maisons de la petite communauté, à l’exception de six sur quelque 200, assassinant ou enlevant un habitant sur quatre – soit 117 personnes sur environ 400.

Libérée lors du premier accord de trêve conclu en novembre 2023, Gritzewsky a déclaré que « 645 jours se sont écoulés depuis mon retour, et mon amour n’est toujours pas libre. Mon souffle est resté là-bas, avec Matan et tous les autres otages ».

L’ex-otage Ilana Gritzewsky s’exprimant sur la Place des otages, à Tel Aviv, le 19 avril 2025. (Crédit : Alon Gilboa/Forum des familles des otages et disparus)

« J’ai des millions d’histoires à raconter sur ce que c’est que d’être en enfer, d’être en captivité », a déclaré Iaïr Horn, libéré dans le cadre d’un accord conclu plus tôt cette année. « Je peux raconter comment nous ne recevions pratiquement rien à manger, combien l’air était irrespirable dans les tunnels, ou encore que le peu d’eau que nous buvions était salée. Mais après 700 jours, il semble que cela n’intéresse plus personne et que le fait de garder des gens en captivité soit devenu normal. »

« Je n’aurais jamais imaginé que nous atteindrions le 700ᵉ jour et que je devrais me tenir ici pour parler de mon frère Eitan, encore otage, et de mes amis toujours détenus », a-t-il poursuivi.

« Il n’y a pas assez de mains pour tenir toutes ces pancartes, c’est pourquoi nous avons donc besoin de vous tous. Je ne veux pas connaître le sort du frère de Ron Arad » [un pilote israélien disparu il y a des dizaines d’années] « ni celui de Tzur Goldin, le frère de Hadar » [un soldat tué en 2014 dont la dépouille est toujours aux mains du Hamas à Gaza]. « Je veux être avec mon frère, maintenant. »

Des manifestants devant le domicile du ministre des Affaires étrangères Gideon Saar à Ness Ziona réclament la libération des otages. (Crédit : Vardit Alon-Korpel/Mouvement de protestation pro-démocratie en Israël)

Lorsque Yehoud, kidnappée et détenue par le groupe terroriste palestinien Jihad islamique, a pris la parole, elle a évoqué en larmes tout ce qui avait été perdu lorsque les terroristes du Hamas ont fait irruption dans le « paradis privé » de Nir Oz le 7 octobre.

« Nous avons été arrachés à ce lieu pour être emmenés dans les profondeurs de l’enfer à Gaza », a raconté Yehoud, qui a été détenue pendant 482 jours. « En captivité, il n’y a pas de jours spéciaux, on survit d’un jour à l’autre, chaque minute est une éternité et chaque seconde comporte le risque d’être exécuté. »

« Le niveau d’angoisse est immense, les abus et les souffrances terribles. Chaque souffle peut être le dernier », a-t-elle poursuivi, avant de s’adresser directement à Ariel Cunio, toujours aux mains des terroristes ainsi que son frère David.

« Je me bats, ne cède pas, mon amour. Toi aussi, continue à t’accrocher à l’espoir et ne lâche rien, pas une seconde. Nous n’abandonnerons pas et nous ne craquerons pas, pas même une seconde, jusqu’à ce que tu reviennes parmi nous. »

Sylvia Cunio, la mère d’Ariel et David s’est elle aussi exprimée. « Nos amours, vous êtes la nation d’Israël, c’est pour vous que nous avons immigré en Israël. Pour être ensemble. On n’abandonne pas les Juifs. Nous n’abandonnons personne », a-t-elle dit.

Sylvia Cunio, mère des otages David Cunio et Ariel Cunio, lors d’une manifestation pour la libération des captifs à Carmei Gat, le 17 février 2025 (Crédit : Forum des familles des otages et des disparus)

Elle a accusé le gouvernement d’avoir choisi de ne pas ramener ses fils, affirmant « qu’ils auraient pu être ici depuis longtemps, mais pour des raisons politiques lamentables, mes enfants souffrent. Mes petites-filles Emma et Yuli grandissent dans un cauchemar, à cause de ces politiques désastreuses ».

Elle a ajouté « Arielito sheli, Papito sheli (mon Arielito, mon papito, les surnoms qu’elle donne à ses fils) », mêlant hébreu et espagnol, sa langue maternelle, « je vous aime. Soyez forts. Nous faisons tout notre possible pour vous ramener. »

Les familles des otages dirigeront le service du soir du Shabbat

À 15 heures, des représentants de plusieurs communautés frontalières de Gaza, menés par des survivants de la captivité du Hamas et des membres des familles de ceux qui sont toujours retenus en otages, dirigeront un office de prière vendredi soir sur la place des Otages, à la veille du 101e sabbat depuis le pogrom de ce samedi noir de 2023.

« Les familles des otages invitent tout Israël à se joindre à nous et à se tenir à nos côtés pour lancer un appel commun : nous refusons un 102e Shabbat sans les otages », a déclaré le Forum des familles des otages dans un communiqué.

« Chaque jour est crucial pour les otages. Nous n’avons pas le luxe d’attendre un jour de plus » poursuit le texte, appelant les représentants de Jérusalem à « remplacer la table du dîner du Shabbat par la table des négociations, et à ne pas la quitter tant que la date et les modalités de la libération du dernier otage n’auront pas été fixées. »

Des manifestants à Kikar Bet Berl, près de Kfar Saba, marquent les 700 jours de captivité à Gaza. (Crédit : Gabriel Meltzer/Mouvement de protestation pro-démocratie en Israël)

Ces manifestations se sont tenues alors qu’Israël se prépare à une nouvelle offensive majeure pour prendre le contrôle de Gaza-City, dans le nord de la bande de Gaza. Ce plan a suscité l’indignation de nombreuses familles d’otages, qui craignent que leurs proches ne soient tués, soit par erreur lors des combats, soit volontairement par leurs ravisseurs du Hamas, comme cela s’est déjà produit par le passé lorsque les forces israéliennes s’étaient approchées des lieux où les otages étaient détenus.

Des responsables militaires et sécuritaires de haut rang seraient également opposés à cette opération, dont la mise en œuvre pourrait prendre des mois selon les estimations de Tsahal.

Les groupes terroristes de Gaza détiennent actuellement 48 otages, dont 47 des 251 personnes enlevées par le Hamas le 7 octobre 2023. Parmi eux figurent les corps d’au moins 26 victimes dont la mort a été confirmée par Tsahal. Vingt otages seraient encore en vie, et deux autres suscitent de vives inquiétudes quant à leur sort, selon des responsables israéliens. Le Hamas retient aussi la dépouille d’un soldat tué à Gaza en 2014.

Depuis le début de la guerre, le Hamas a libéré 30 otages – 20 civils israéliens, cinq soldats et cinq ressortissants thaïlandais – ainsi que les dépouilles de huit captifs israéliens exécutés, pendant un cessez-le-feu entre janvier et mars. Un otage supplémentaire, un citoyen à la double nationalité américaine et israélienne, a été libéré par les terroristes en mai, présenté comme un « geste » envers les États-Unis. Le groupe terroriste avait libéré 105 civils lors d’une trêve d’une semaine fin novembre 2023, et quatre otages avaient été libérées avant cela, pendant les premières semaines de la guerre.

En échange, Israël a relâché environ 2 000 Palestiniens, dont des prisonniers sécuritaires et des terroristes, ainsi que des Gazaouis arrêtés pendant la guerre.

Huit otages ont par ailleurs été secourus vivants par les troupes israéliennes, tandis que les corps de 51 autres ont été retrouvés, dont trois tués par erreur par Tsahal alors qu’ils tentaient d’échapper à leurs ravisseurs, ainsi que la dépouille d’un soldat tué en 2014.

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