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A l’école Ohr Torah de Toulouse, « faire bloc » face à la douleur, dix ans après

Des dizaines de personnes, anciens élèves, professeurs, parents d’élèves assistent, les yeux mouillés, à la cérémonie devant l’Arbre de vie, érigé en souvenir des victimes

L'entrée de l'école Ohr Torah, anciennement Ozar Hatorah, à Toulouse, le 16 mars 2022. (Crédit : Valentine Chapuis/AFP)
L'entrée de l'école Ohr Torah, anciennement Ozar Hatorah, à Toulouse, le 16 mars 2022. (Crédit : Valentine Chapuis/AFP)

« C’est une famille ici »: Venus de Paris, Lisbonne, Londres pour une commémoration dimanche au collège-lycée Ohr Torah à Toulouse, dix ans après la tuerie de Mohamed Merah, les anciens élèves de l’école juive avaient besoin de « faire bloc ».

Adolescents et jeunes adultes, présents le 19 mars 2012 quand « l’horreur » a frappé trois écoliers et un professeur, se prennent dans les bras, se tiennent la main, se racontent ce qu’ils sont devenus, embrassent leurs anciens professeurs.

« C’est ici qu’on on a grandi ensemble, dansé, rigolé », confie Ava Ouaknine, 19 ans, amie de Myriam Monsonégo, fillette de 7 ans abattue dans la cour de l’école par le tueur au scooter.

Dans cette cour de récréation, prendre la parole est une façon pour elle de « retracer l’histoire (de Myriam), la faire vivre ». « La douleur est intense, ce qui s’est passé a été traumatisant et l’absence ne sera jamais comblée. Mais c’est la volonté de vivre et la solidarité au sein de l’établissement qui seront les plus fortes ».

Au moment de son discours poignant en souvenir de Myriam, des larmes coulent silencieusement sur les visages.

Reproduction photo of 8-year-old Miriam Monsonego, daughter of school headmaster Rabbi Yaacov Monsonego, who was killed in a shooting attack at the Ozar Hatorah School in Toulouse, France, early Monday morning. (photo credit: Flash90)
Miriam Monsonégo, fille du rabbin Yaacov Monsonégo, tués par Mohamed Merah à l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse en mars 2012. (Crédit : Flash90)

Se relever

Les anciens élèves disent leur attachement à l’établissement. « C’est une famille ici, souligne Julien Benarroche, étudiant au Portugal, les professeurs ne sont pas juste des professeurs, ils nous ont aidés, nous ont assistés, nous ont suivis dans les cours mais aussi dans notre vie personnelle. Ils nous ont aidés à nous relever ».

Laurence Cohen est la mère d’une ancienne élève qui était en seconde au moment des faits. Avant le début des discours, elle appelle sa fille qui vit en Israël, en branchant la vidéo: « Regarde la cour, tes amis ».

« Après le bac, elle est partie vivre en Israël avec tout un groupe de copines. C’est très émouvant de se dire que ça fait 10 ans déjà. On est très soudés ».

Devant l’école, des roses de toutes les couleurs ont été accrochées à des grilles. Des dizaines de personnes, anciens élèves, professeurs, parents d’élèves assistent, les yeux mouillés, à la cérémonie dans la cour de l’école Ohr Torah, devant l’Arbre de vie, érigé en souvenir des victimes.

Se livrer, verbaliser

« J’avais 16 ans, cela a changé ma vie. Ca a été très dur, je faisais des cauchemars. Puis je me suis reconstruite et finalement ça m’a aidée à réussir, à avancer, à persévérer. Je me suis dit ‘j’ai de la chance d’être là’ et ça m’a boostée pour mes études », confie Sharon Benitah, qui a fait le voyage depuis New York.

Après ses études à Toulouse, Jonathan Chetrit, 27 ans, s’est installé à Paris, est devenu avocat et a publié un livre des témoignages d’élèves, professeurs, parents d’élèves Toulouse 19 mars 2012. L’attentat de l’école Ozar Hatorah par ceux qui l’ont vécu.

Jonathan Chetrit sur le plateau de l’émission « 28 minutes » sur Arte. (Crédit : capture d’écran YouTube / 28 minutes – ARTE)

Emu à l’issue de la cérémonie de dimanche, il dit avoir eu « besoin (avec son livre) de remettre les victimes au centre, de donner la parole aux témoins directs, aux élèves qui étaient présents à l’école ce matin-là. Leur donner la parole pour qu’ils puissent enfin témoigner, enfin se livrer, car ils avaient besoin de verbaliser ».

Bien avant Samuel Paty, fait-il remarquer, un professeur de collège de France avait été tué au nom d’Allah.

Un peu plus loin, Carine Chaput, professeur d’anglais, prend ses anciens élèves dans ses bras. « On est une région de rugby, on était un pack, on était une mêlée, c’est ça qui nous tenait debout », dit la femme de 58 ans, en repensant aux jours qui ont suivi l’attentat.

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