Ben Stiller dévoile l’héritage de ses célèbres parents en vidant leur maison
L'acteur-réalisateur braque sa caméra sur lui-même alors que lui et sa sœur examinent les relations réelles et scéniques de leurs parents
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Ben Stiller et Amy Stiller dans « Stiller & Meara: Nothing is Lost ». (Crédit : Autorisation d'Apple TV+)
Jerry Stiller et Anne Meara avec l'animateur Ed Sullivan, à gauche, le 29 mai 1970. (Crédit : AP Photo/Archives)
Jerry Stiller et Ben Stiller dans une image d'archive tirée de « Stiller & Meara: Nothing is Lost ». (Crédit : Autorisation d'Apple TV+)
Anne Meara Stiller, Jerry Stiller, Ben Stiller et Amy Stiller dans une image d'archive tirée de « Stiller & Meara: Nothing is Lost ». (Crédit : Autorisation d'Apple TV+)
Jerry Stiller et Ben Stiller dans une image d'archive tirée de « Stiller & Meara: Nothing is Lost ». (Crédit : Autorisation d'Apple TV+)
Ben Stiller et Anne Meara Stiller dans une image d'archive tirée de « Stiller & Meara: Nothing is Lost ». (Crédit : Autorisation d'Apple TV+)
NEW YORK — Il existe peu d’activités plus émouvantes et bouleversantes que celle qui consiste à vider la maison d’un être cher après son décès. Mais lorsque l’acteur, réalisateur, producteur, avatar de la génération X et fils de deux grandes célébrités, Ben Stiller, a dû affronter cette tâche, il a fait ce qui lui venait naturellement : il l’a filmée.
C’est cet acte d’auto-documentation qui est la véritable vedette de « Stiller & Meara: Nothing is Lost », le nouveau documentaire diffusé en streaming sur Apple TV+. Tandis que, parmi ceux dont la mission consiste à fouiller dans des cartons remplis de vieilles affaires, beaucoup se sentent partagés entre perplexité (« Mais pourquoi ont-ils gardé ça ? ») et nostalgie (« Je n’avais pas repensé à ce voyage depuis des lustres »), rares sont ceux qui tombent sur des archives audio et vidéo prêtes à être diffusées. Et seul un enfant de célébrités pouvait savoir qu’il existait un public désireux de découvrir tout cela.
Jerry Stiller, l’une des deux moitiés du duo comique Stiller & Meara, était un réalisateur inarrêtable, souvent au grand dam de sa famille composée de sa femme Anne Meara, de son aînée Amy et de son cadet, connu sous le nom de Benjy avant qu’il ne se rebaptise Ben. Au départ, ces enregistrements avaient un but professionnel. Ainsi que le montre ce film à maintes reprises, le numéro de Stiller & Meara reposait essentiellement sur une exagération de leur véritable relation. Pour créer leurs sketches, il leur suffisait de se rendre dans une pièce et de se parler, improvisant et échangeant des plaisanteries jusqu’à ce que quelque chose fasse mouche. Ces improvisations initiales étaient ensuite retravaillées, jusqu’à devenir des sketchs parfaitement ficelés que le duo, à l’apogée de sa carrière, présentait ensuite devant un public de 30 millions de téléspectateurs dans le « Ed Sullivan Show ».
Stiller et Meara n’ont pas débuté en tant que « Stiller & Meara ». Ces deux jeunes acteurs ambitieux, qui se sont mariés au milieu des années 1950, ont vite réalisé que leurs tournées théâtrales respectives les éloignaient l’un de l’autre. Et malgré l’absence de formation en comédie de sa femme, Jerry Stiller a rapidement décelé son talent naturel. Ils ont alors créé une série de sketchs – assez semblables aux réalisations de Mike Nichols et Elaine May -. C’est toutefois en s’inspirant de leur propre vie qu’ils ont réellement découvert la recette du succès.
Stiller était juif et Meara était irlandaise. Dans leur sketch « Computer Dating », qui associait de manière déconcertante Hershey Horowitz et Mary Elizabeth Doyle, ils ont réussi à prouver l’adage selon lequel il existe une universalité dans le spécifique : tous les publics l’ont en effet adoré. Leur plus grand fan était peut-être le faiseur de stars Ed Sullivan lui-même, qui avait un lien personnel avec le duo. Sullivan était en effet irlandais et sa femme, Sylvia Weinstein, était juive.
Si le fait de mettre en scène les particularités de leur vie personnelle pour faire rire a parfois pu s’avérer thérapeutique pour le couple, les archives montrent toutefois que cela s’est également révélé très éprouvant. Stiller croyait aux vertus des répétitions intensives, tandis que Meara avait davantage tendance à improviser. Cette dynamique selon laquelle « les contraires s’attirent », si elle a donné lieu à de formidables comédies, est aussi devenue une source de tension dans leur relation, une relation qui était, bien sûr, le moteur de leur travail.
On comprend aisément que cela puisse prêter à confusion, et en particulier pour les enfants. Dans le documentaire, Amy Stiller raconte un moment où elle avait cru que ses parents se disputaient alors qu’ils ne faisaient que répéter, avant de les surprendre plus tard en train de se disputer pour de vrai. Ben Stiller enchaîne ensuite avec des images de Stiller & Meara livrant cette même anecdote dans un talk-show (dans lequel les enfants étaient souvent invités à se produire, parfois au risque d’être un peu ridiculisés).
Le film du Jeune Stiller ne cherche toutefois pas à dénoncer, même si l’absence parentale en est un thème majeur. Il déborde d’amour familial, de pardon et d’introspection. Dans des interviews avec sa propre femme et ses enfants, Ben admet rapidement être coupable d’avoir donné la priorité à sa carrière plutôt qu’à sa famille, et ce, même si ce sujet très sensible l’a personnellement touché durant son enfance. (La vie serait plus facile pour tant de stars de cinéma si les grands films n’étaient pas tournés au Canada – mais c’est tellement moins cher là-bas.)
Élargir ainsi le sujet peut surprendre certains spectateurs, qui s’attendaient à un documentaire classique sur Stiller et Meara. Mais une fois réorienté, le film se transforme en une enquête beaucoup plus intéressante sur la psychologie des artistes. S’il révèle quelques secrets, notamment le problème d’alcoolisme de Meara, c’est dans le but – plus large – de mieux comprendre. Jerry Stiller n’a jamais reconnu que sa femme était alcoolique (elle a finalement suivi un programme des Alcooliques Anonymes et assisté régulièrement aux réunions), et c’était peut-être une erreur. Mais son déni venait d’un amour profond. Stiller aimait tellement Meara qu’il justifiait tous ses défauts, se reprochant même souvent de la faire trop travailler.
Il apparaît également clairement que leur mariage s’est épanoui et que leurs carrières ont prospéré lorsqu’ils ont mis fin à leur duo Stiller & Meara. Jerry Stiller a connu son plus important succès auprès du grand public dans le rôle du colérique Frank Costanza dans « Seinfeld », puis dans celui d’Arthur Spooner dans « The King of Queens ». Meara, pour sa part, a enfin pu se consacrer à des rôles plus dramatiques au cinéma et au théâtre. Une production off-Broadway de la pièce de John Guare « The House of Blue Leaves » est notamment présentée comme salvatrice.
Nous allons, pour plupart, survivre à nos parents, et nous devrons nous occuper des objets qu’ils laisseront derrière eux. Peu d’entre nous auront la chance d’être sollicités par des entreprises comme Apple, désireuses de distribuer un film retraçant nos réflexions sur cette expérience. Mais, ainsi que le prouve « Stiller & Meara », il y a de l’universel dans le particulier. Et ce nouveau film contient des éléments qui toucheront chacun d’entre nous.
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