Israël se dirige vers des élections décisives, où l’ordre public, la gouvernance et la moralité sont en jeu
Violences en Cisjordanie, gangs meurtriers, chaos des haredim… ces dérives trouvent leur origine dans un Premier ministre ayant privilégié le pouvoir aux intérêts nationaux
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées
David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Dans le village de Jalud, près de Naplouse, lundi, un groupe de résidents d’implantations extrémistes aurait incendié un bâtiment et passé à tabac un adolescent palestinien de 14 ans, un épisode qui, aujourd’hui, est presque considéré comme mineur dans le flot croissant des violences juives en Cisjordanie.
Selon la radio de l’armée, une douzaine de résidents d’implantations auraient pris part à l’attaque, tandis que des soldats israéliens seraient restés sur place sans intervenir pendant plusieurs minutes. Toujours selon Galei Tzahal, les soldats (non) impliqués appartenaient à une unité de réservistes formée à la gestion des menaces nucléaires, biologiques et chimiques, abach en hébreu, et non à la lutte contre le terrorisme, palestinien ou juif. Ils avaient été déployés en Cisjordanie en raison de la pénurie chronique d’effectifs de Tsahal.
Dans un communiqué, Tsahal a confirmé qu’un Palestinien avait été blessé lors de l’incident « et évacué pour recevoir des soins médicaux ». L’armée a ajouté que les soldats « étaient intervenus pour disperser le rassemblement à l’aide de mesures de contrôle des foules, avaient interrogé les civils présents et arrêté un civil israélien, qui sera remis à la police pour la suite de la procédure ».
Et c’est vrai. Un Israélien a bien été arrêté. … Il a été présenté à un tribunal et remis en liberté dès le lendemain.
Le correspondant militaire de la station a ajouté mercredi matin que nombre des assaillants n’avaient pas cherché à dissimuler leur visage, manifestement peu préoccupés par la possibilité d’être arrêtés, et moins encore d’être poursuivis. Il a également indiqué que l’identité de nombreux résidents d’implantations extrémistes impliqués dans une recrudescence d’attaques contre des civils palestiniens ces dernières semaines est connue du Shin Bet, qui s’est pourtant abstenu de toute action concertée à leur encontre.
Ainsi, alors que le terrorisme juif en Cisjordanie reste largement impuni, l’organisation de défense des droits de l’Homme Yesh Din a recensé en avril 378 incidents de violences commises par des résidents d’implantations contre des Palestiniens et leurs biens au cours des près de six semaines de la guerre contre la République islamique d’Iran, entre le 28 février et le 8 avril, période durant laquelle l’attention nationale était ailleurs. Huit Palestiniens ont été abattus et 200 autres blessés.
Le chef d’état-major de Tsahal, Eyal Zamir, a condamné le mois dernier la violence des habitants des implantations, qui ont également visé des soldats, les qualifiant de « moralement et éthiquement inacceptables » et notant, avec une sobriété lourde de sens, qu’elles constituaient aussi un obstacle stratégique majeur. Il s’est toutefois révélé incapable d’y mettre un terme.
Tsahal est censée intervenir et arrêter les auteurs de ces attaques, mais elle préfère généralement laisser la police procéder aux arrestations. La responsabilité principale, ainsi qu’une partie des moyens, incombe en effet à la police et au Shin Bet. Tous deux sont légalement habilités, par exemple, à recueillir des renseignements sur les citoyens juifs en Cisjordanie, ce qui n’est pas le cas de Tsahal.
Dans la répartition complexe et souvent confuse des responsabilités en Cisjordanie, la Police des frontières, force paramilitaire, est théoriquement subordonnée à Tsahal. La police israélienne, reconnaissable à ses uniformes bleus, dispose d’une force du district de Judée-Samarie, chargée d’un territoire très vaste avec des effectifs relativement limités. Même si ces différentes composantes de l’appareil de défense et sécuritaire israélien étaient encouragées par leurs commandants et leurs responsables politiques à réprimer le terrorisme juif en Cisjordanie, la faible probabilité de poursuites judiciaires efficaces constituerait un puissant facteur dissuasif.
Or, aucun encouragement de ce type ne provient de deux ministres clés, profondément hostiles aux Palestiniens de Cisjordanie et fervents partisans à la fois de la souveraineté israélienne sur l’ensemble du territoire et de la relocalisation « volontaire » de la population palestinienne au-delà des frontières élargies d’Israël : Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale, en charge de la police, et Bezalel Smotrich, ministre des Finances et membre du ministère de la Défense, doté d’une une autorité étendue sur la Cisjordanie.
Ces deux hommes sont des suprémacistes juifs. Ben Gvir est un activiste anti-arabe de longue date, condamné pour incitation au racisme et pour son soutien au mouvement raciste Kach, une organisation désignée comme terroriste. Smotrich, arrêté en 2005, détenu pendant trois semaines par le Shin Bet sans jamais être inculpé dans le cadre d’un complot visant à faire exploser des véhicules sur une autoroute israélienne lors du désengagement de Gaza, souhaite voir Israël devenir une théocratie gouvernée selon les lois de la Torah. Ben Gvir n’a pas servi dans Tsahal dans sa jeunesse, ayant été exempté en raison de ses positions extrémistes. Smotrich a repoussé son service militaire lorsqu’il était étudiant et n’a servi que brièvement.
Il y a trois ans, peu après l’entrée en fonction de l’actuel gouvernement israélien, le correspondant militaire du Times of Israel, Emanuel Fabian, publiait un article intitulé L’armée ne peut (ou ne veut) pas empêcher les attaques des habitants des implantations . Le titre s’est avéré prémonitoire. Mais l’ampleur des violences aujourd’hui relève d’un tout autre ordre.
La stratégie devient désormais de plus en plus explicite. Notre correspondant chargé des implantations, Jeremy Sharon, écrivait au début du mois un article intitulé Après avoir vidé des hameaux palestiniens de leurs habitants, les radicaux juifs veulent faire de même dans toute la Cisjordanie. Une semaine plus tard, illustrant cette orientation stratégique, le gouvernement a approuvé la création d’un nombre record de 34 nouvelles implantations en Cisjordanie.
À plusieurs reprises éconduit par ses responsables politiques alors qu’il plaide pour l’enrôlement de dizaines de milliers de jeunes haredim éligibles, Zamir dirige une armée poussée au bord de ce qu’il a lui-même décrit comme un risque d’effondrement. Tsahal, qui combat simultanément la République islamique d’Iran, le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah et le groupe terroriste palestinien du Hamas, tous deux soutenus par Téhéran, serait donc incapable d’endiguer le terrorisme juif meurtrier en Cisjordanie, que certains de ses propres soldats en uniforme tolèrent.
Il doit également faire face à ce qu’il a dénoncé lundi comme des « comportements contraires à l’éthique » et une « rébellion » contre les valeurs de Tsahal au sein même de ses rangs. Ces dérives ont été illustrées par un réserviste ayant vandalisé une statue de Jésus dans le sud du Liban, ainsi que par une tendance croissante des soldats à arborer sur leurs uniformes des insignes se proclamant au service du Messie et véhiculant des messages incitant à la haine et à la violence.
Un malaise sur tous les fronts
Le malaise qui affecte les différentes forces de sécurité israéliennes ne se limite pas à la Cisjordanie, au sud du Liban ou aux autres fronts de guerre.
La police israélienne, sous l’autorité de Ben Gvir, s’est révélée incapable d’enrayer la vague de criminalité meurtrière au sein de la communauté arabe israélienne, qui a fait environ 250 morts l’an dernier et près de 100 depuis le début de cette année. Par ailleurs, un rapport du contrôleur de l’État publié mardi a conclu que le racket et d’autres formes de criminalité étaient hors de contrôle dans le Néguev, en particulier dans les localités bédouines, où la gouvernance s’est effondrée. Le ministre a rejeté ces conclusions, les qualifiant de déformées.
Le meurtre de Yamenu Binyamin Zelka, chef d’équipe chez Pizza Hut à Petah Tikva, par un groupe de jeunes juifs qui lui ont tendu une embuscade à la fin de son service, le jour de Yom HaAtsmaout, parce qu’il leur avait poliment demandé de cesser d’utiliser des bombes de peinture dans le restaurant, a révélé de manière glaçante, la montée des crimes brutaux commis par des gangs d’adolescents juifs dans le centre d’Israël.
La propension de la police placée sous l’autorité de Ben Gvir, à faire preuve de laxisme face aux manifestations violentes des ultra-orthodoxes, tout en ciblant les manifestants antigouvernementaux non violents, a atteint un point culminant mardi soir, lorsque des extrémistes haredim ont fait irruption dans la cour du chef de la police de Tsahal. Celui-ci n’était pas chez lui, mais sa femme et ses enfants s’y trouvaient.
Cette attaque a été perpétrée par la « Faction de Jérusalem », des extrémistes issus de la communauté ultra-orthodoxe, dans le cadre d’une série de troubles à l’ordre public destinés à protester contre l’arrestation de réfractaires haredim et à en dissuader la poursuite, autrement dit à empêcher les rares cas où Tsahal tente, comme la loi l’y oblige, de faire appliquer les ordres de conscription.
Que des groupes de jeunes hommes haredim, qui devraient être en train d’effectuer leur service militaire obligatoire, consacrent au contraire leur temps libre, en violation de la loi, à bloquer des routes, à manifester devant les centres de recrutement de Tsahal, à attaquer des soldats de Tsahal et désormais à cibler directement un officier supérieur, ne devrait, bien sûr, surprendre personne.
Pas dans un contexte où le gouvernement israélien défie ouvertement la Haute Cour, ainsi que toute conception démocratique d’égalité et de responsabilité partagée, en maintenant une large exemption du service militaire pour les ultra-orthodoxes et en s’apprêtant à la renforcer encore par voie législative.
À qui incombe la responsabilité
En réalité, la responsabilité de l’ensemble des dérives brièvement évoquées ci-dessus, qui illustrent toutes l’effondrement de l’ordre public et d’une gouvernance responsable, incombe entièrement au gouvernement israélien, et en dernier ressort à l’homme qui en a dirigé les rênes pendant plus de 15 des 17 dernières années.
Benjamin Netanyahu était le mieux placé, grâce aux informations du renseignement, à ses années d’expérience et aux leviers du pouvoir, des moyens nécessaires pour comprendre à l’avance que le Hamas se préparait à lancer une invasion le 7 octobre 2023. Il n’en a pas été capable et, depuis lors, s’oppose fermement à la mise en place de la commission d’enquête nationale indispensable pour garantir qu’une telle tragédie ne se reproduise plus.
C’est encore Netanyahu qui, en privilégiant le pouvoir au détriment des intérêts fondamentaux de l’État et de ses citoyens, a, pendant près de quatre ans, cédé aux exigences de ses partenaires de coalition ultra-orthodoxes et, malgré les appels désespérés des commandants de Tsahal et les besoins d’une armée régulière et d’une force de réserve poussées au-delà de leurs limites, a exempté la communauté à la croissance la plus rapide du pays de sa part de responsabilité dans la défense d’Israël, tout en finançant son judaïsme dévoyé par les impôts de ceux qui servent.
C’est également Netanyahu qui a choisi, en toute connaissance de cause, d’introduire deux voyous suprémacistes juifs, dangereux et destructeurs, au cœur même du gouvernement israélien, et de leur confier un pouvoir et des responsabilités considérables sur les forces de l’ordre, les politiques publiques et la vie quotidienne en Cisjordanie, ainsi que sur la sécurité nationale. Ce n’est pas un hasard non plus si c’est lui qui a nommé, il y a six mois, l’ancien officier supérieur de Tsahal David Zini à la tête du Shin Bet, après avoir, selon certaines informations, renoncé auparavant à le choisir comme secrétaire militaire en raison de son caractère jugé « trop messianique ».
Tout cela en diabolisant et en discréditant le système judiciaire, suscitant une hostilité telle envers les juges parmi ses partisans que la Cour suprême n’est plus en mesure de tenir ses audiences sans courir un risque réel d’attaque de la part des manifestants.
D’ici six mois, Israël devrait se rendre à nouveau aux urnes. La campagne électorale a démarré cette semaine avec la fusion de leurs partis par les anciens Premiers ministres Naftali Bennett et Yaïr Lapid, dans le but de tenter à nouveau de détrôner Netanyahu, comme ils l’avaient fait pendant 18 mois entre 2021 et 2022. Leur collègue de l’opposition, Gadi Eisenkot, a, quant à lui, refusé de les rejoindre, tandis que les sondages instantanés indiquent que le bloc sioniste anti-Netanyahu, toujours fragmenté, reste en deçà de la majorité à la Knesset.
Netanyahu a abusé de son autorité de Premier ministre pour transformer la cérémonie officielle du 78e Yom HaAtsmaout en ce qui s’apparentait à un lancement de campagne personnel. Il restera, comme toujours, un adversaire redoutable, qualifiant ses opposants de gauchistes dangereux pour la sécurité de l’État tout en se dégageant de toute responsabilité dans une direction qui a, en pratique, gravement compromis la sécurité extérieure et intérieure d’Israël.
Espérons qu’un nombre suffisant d’Israéliens saura voir, de ses propres yeux, la direction que prend le pays sous l’administration actuelle. Car chaque jour qui passe, marqué par l’anarchie et la violence, rend cette réalité à la fois plus effrayante et plus indéniable.
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







