Réouverture de la plage de Zikim : l’ambiance balnéaire n’enlève rien aux traumatismes
Le site a rouvert après 2 ans et 20 millions de shekels de travaux. L'inauguration officielle a été reportée à la demande des personnes endeuillées
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Venus de Sderot, Oren Weizmann (à gauche) et Itzik Abergel (à droite), sur la plage de Zikim dans la semaine qui a suivi la réouverture du site, deux ans après le massacre du 7 octobre 2023, le 21 octobre 2025. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)
Des personnes marchent sur la plage de Zikim, près de la frontière avec la bande de Gaza, après sa réouverture au public le 16 octobre 2025. (Liron Moldovan/Flash90)
Des personnes profitent de la plage de Zikim, dans le sud d'Israël, haut-lieu d'un massacre commis par le Hamas le 7 octobre 2023, quelques jours après sa réouverture aux visiteurs, le 21 octobre 2025. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)
Des baigneurs passent du temps sur la plage de Zikim, dans le sud d'Israël, haut-lieu d'un massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, quelques jours après sa réouverture aux visiteurs, le 21 octobre 2025. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)
Le tout nouveau parking de la plage de Zikim, dans le sud d'Israël, le 21 octobre 2025. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)
Des baigneurs sur la plage de Zikim, dans le sud d'Israël, le 29 août 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Mike Rudolph, juif américain originaire de Chicago, profite de la plage de Zikim une semaine après sa réouverture au public, deux ans après le massacre du 7 octobre 2023, le 21 octobre 2025. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)
Ce mardi, les vagues qui clapotaient sur le rivage et les parasols qui flottaient énergiquement au vent donnaient à la plage de Zikim des airs de grande sérénité.
Depuis un bar voisin, des haut-parleurs diffusaient de la musique aux quelques vacanciers venus se prélasser sur le gazon artificiel, vert et frais, ou installés à l’ombre de parasols d’un blanc immaculé, installés il y a peu sur la vaste étendue de sable, ou encore en train de s’ébattre dans les vagues écumantes qui roulaient sur la plage rouverte au public.
Rien, dans cette scène idyllique, ne donne une idée des horreurs qui ont eu lieu sur le sable de Zikim un peu plus de deux ans plus tôt, lorsque des terroristes du Hamas ont débarqué et massacré 18 personnes, dont 17 civils.
Mais pour ceux qui ont passé quelques heures sur cette plage, le traumatisme du 7 octobre 2023 est aussi inévitable que la marée qui monte.
« J’étais heureux mais en même temps, cela me fait bizarre de revenir ici deux ans après les événements », confie Itzik Abergel, venu de Sderot, tout en pinçant les cordes de sa guitare acoustique, une cigarette aux lèvres. « Ça a quelque chose de surréaliste. »
Fermée depuis le 7 octobre 2023, date à laquelle elle a été déclarée zone militaire d’exclusion, cette plage, qui a rouvert la semaine dernière, vient de passer un cap symbolique qui accompagne le retour à la vie de cette région limitrophe de Gaza, dévastée par l’attaque.
La réouverture de Zikim, plage la plus proche de Sderot et des communautés durement touchées proches de la bande de Gaza, a été saluée par de nombreux visiteurs, mardi dernier, comme une étape importante pour enfin surmonter les traumatismes d’il y a deux ans, célébrer la fin apparente de la guerre et la libération de tous les otages vivants, même si toutes les tensions n’ont pas totalement disparu.
Allongé sur le sable près d’Abergel, venu fêter son 49e anniversaire, le surfeur Oren Weizmann explique que sa présence sur ce morceau de rivage, après deux ans d’absence, est un « acte de défi » pour se remettre du stress post-traumatique subi à la suite de l’attaque.
« Je suis de retour sur cette plage pour me fortifier… c’est ce que j’ai dit à mon psychologue du ministère de la Défense », explique-t-il au Times of Israel.
Le 7-Octobre, ce natif de Sderot, âgé de 50 ans, a vu le Hamas dévaster sa ville natale, et il a, depuis, du mal à retourner à une vie normale.
Avant le pogrom, il était traité pour un stress post-traumatique après avoir servi comme soldat d’infanterie pendant l’opération Bordure protectrice, il y a de cela plus de dix ans. Ses insomnies et ses crises de panique sont revenues en force après le pogrom.
Weizmann se dit soulagé de revenir sur son terrain de prédilection : « J’adore cet endroit, cela me permet de respirer », explique-t-il.
Mais dans le même temps, il se sent inquiet, à si peu de distance de la frontière d’où les hommes armés du Hamas ont surgi. Il fait toutefois en sorte de se rassurer, notamment grâce à l’omniprésence des soldats dans les environs.
Derrière lui, à moins de deux kilomètres, on aperçoit la barrière frontalière de Gaza qui s’étend jusqu’à la mer.
Le 7-Octobre, des milliers de terroristes lourdement armés, dirigés par le Hamas, ont pris d’assaut d’autres parties de la barrière et ont pénétré sur le sol d’Israël, s’introduisant dans différentes communautés pour assassiner, mutiler, violer et kidnapper. À certains endroits, des terroristes à bord de deltaplanes motorisés se sont infiltrés en Israël par les airs.
Ce même matin, 38 terroristes du Hamas ont pris la mer à bord de vedettes rapides depuis la bande de Gaza. Aux environs de 6 h 45, deux de ces bateaux, transportant chacun cinq hommes armés, ont atteint la plage de Zikim, où 32 civils s’étaient réfugiés, pensant échapper à un barrage massif de tirs de roquettes.
Alors que les soldats, face à cette attaque par la mer, battaient en retraite vers les toilettes et l’abri anti-bombes où 20 civils s’étaient réfugiés, des hommes armés du Hamas ont assassiné deux pêcheurs sur la plage, ainsi qu’un chauffeur de camion de 26 ans qui se trouvait sur le parking.
C’est quand les soldats se sont enfoncés davantage dans les terres vers le parking et les dunes de sable, où d’autres se cachaient, que les terroristes ont lancé l’assaut sur les toilettes et l’abri anti-bombes, tuant 14 personnes. Un soldat qui s’était précipité seul vers les toilettes pour tenter d’arrêter l’attaque a également perdu la vie.
Quatre des terroristes ont réussi à contourner les soldats et à s’emparer de leur jeep militaire, prenant alors la direction du kibboutz Zikim. Six autres ont continué à pied. Les soldats sont parvenus à repousser les envahisseurs avant qu’ils n’atteignent le kibboutz.
Le 8 octobre, deux terroristes ont été abattus par des tirs de la marine et des troupes terrestres à proximité de la plage de Zikim. Certains corps n’ont pu être récupérés dans les toilettes et l’abri anti-bombes que le 13 octobre, ainsi que l’a révélé une enquête de l’armée israélienne sur sa réponse aux attaques à Zikim et aux alentours.
L’armée, après l’attaque, a rapidement déclaré le lieu « zone militaire d’exclusion ». Un statut qu’il a conservé jusqu’au 15 octobre dernier, lorsque l’armée a approuvé une recommandation du Commandement sud visant à rouvrir la plage de Zikim.
Au cours des deux années qui se sont écoulées, la plage a fait l’objet de travaux de rénovation d’un montant de 20 millions de shekels, menés par le Conseil régional de Hof Ashkelon qui a ainsi reconstruit un bar sur la plage, créé de nouvelles zones de gazon artificiel, et installé une série de parasols sur la vaste étendue de sable.
Un grand parking a également été réaménagé. Il était toutefois encore presque vide mardi.
Une cérémonie officielle d’inauguration était prévue mardi dernier. Mais elle a été reportée par le conseil régional, à la demande des familles endeuillées qui ont perdu des proches dans le massacre, a rapporté un porte-parole.
La nouvelle date de la cérémonie n’a pas encore été annoncée.
« Un long processus de guérison »
Pour rejoindre la plage, il faut passer devant une base d’entraînement militaire entourée d’une clôture barbelée, et emprunter une route bordée de palmiers qui mène à l’immense parking récemment rénové.
La plage, tout comme le parking, était pratiquement déserte mardi après-midi, avec seulement quelques dizaines de personnes éparpillées ici et là. Au bar, situé juste à côté d’un abri anti-bombes, plusieurs soldats de la base voisine, venus passer un moment.
Des jeunes hommes jouaient au football sur le sable. Des familles installées sur des chaises de plage dégustaient des tranches de pastèque avec un verre de limonade.
Vêtu d’un t-shirt aux couleurs du Forum des familles des otages et des disparus ainsi que d’un bonnet de bain bleu et blanc, Mike Rudolph était venu à la plage pour assister à la cérémonie d’inauguration – qui a depuis été annulée.
Cet habitant de Chicago, en vacances en Israël pour sept semaines, a raconté avoir pris le premier vol disponible dès l’annonce de l’accord de cessez-le-feu, au début du mois, une annonce suivie du retour des 20 derniers otages encore en vie. Il séjourne actuellement à Tel Aviv.
La plage de Zikim marquait la dernière étape de la journée qu’il venait de passer à parcourir les communautés frontalières de Gaza en cours de reconstruction. Après avoir assisté aux funérailles de l’otage assassiné Ronen Engel, à Nir Oz, il s’est rendu sur le site du massacre du festival de musique électronique Nova, avant de prendre la direction de Zikim, dès qu’il a réalisé qu’il avait le temps d’assister à la cérémonie officielle de réouverture de la plage.
Après avoir appris que l’inauguration avait été annulée, Rudolph a décidé de rester sur place, et de profiter du coucher du soleil. Il a planté un drapeau israélien dans le sable, et s’est installé sur une chaise longue.
« J’adore Israël… J’ai l’air d’un meshugana avec ça, mais je m’en fiche », a-t-il confié, montrant son bonnet de bain avec un sourire. « J’ai 70 ans. Ils peuvent bien penser ce qu’ils veulent. »
Ce retraité est un bénévole infatigable. C’est après la guerre du Kippour, en 1973, qu’il est venu pour la première fois dans le pays. Il avait alors travaillé pendant trois semaines au kibboutz Ein Harod. Depuis, il est revenu à de multiples reprises, notamment en novembre 2023, pour aider 23 kibboutzim et moshavim différents à la suite de l’attaque.
« C’est très émouvant, très fort de se tenir ici, de savoir ce qui s’est passé sur cette plage », a déclaré Rudolph au Times of Israel.
Il a avoué qu’il espérait retrouver un pays un peu plus animé après le retour des otages.
« Je ne ressens pas le bonheur que je pensais ressentir », a-t-il expliqué. « Il faudra beaucoup de temps pour guérir. Ce pays est brisé. »
« Comme si nous avions été kidnappés » pendant deux décennies
Depuis le début de la guerre, Abergel s’est installé à Tel-Aviv, loin de sa femme et de ses quatre enfants, estimant qu’il était trop douloureux pour lui de rester près de la frontière avec Gaza après avoir été témoin du massacre dans sa ville natale. « C’est comme regarder dans un miroir noir », a-t-il indiqué.
Assis sur le sable, son chien endormi à ses côtés, le guitariste a raconté comment il avait fui les terroristes du Hamas le 7 octobre, lors de l’attaque.
Il se souvient avoir pris la route avec sa femme et ses enfants en direction de Beit Kama, un kibboutz situé à environ 17 kilomètres. De là, il a poursuivi vers le nord jusqu’à Kfar Yona, à la sortie de Netanya. Sur place, ils ont trouvé refuge auprès d’une famille assez gentille pour les héberger pour la nuit. Le lendemain matin, ils ont repris la route vers Tel Aviv.
Selon Abergel, la menace d’une incursion planait sur le sud d’Israël depuis des années, avant le 7 octobre.
« Depuis vingt ans, à Sderot, c’est comme si nous avions été kidnappés. Il y a eu des otages ces deux dernières années. Mais toute la périphérie de Gaza est prise en otage depuis bien plus longtemps », a-t-il expliqué.
Dans ses activités musicales, Abergel utilise le nom de scène « Zitzik », un surnom que lui a donné son ami d’enfance David Ben Dayan, l’un des policiers tués lors de l’attaque brutale du Hamas à Sderot, qui a fait plus de 50 morts.
Les deux hommes partageaient une passion fervente pour la musique. « Nous avons grandi ensemble. Il était comme un grand frère pour moi. Il me donnait tout le temps des surnoms. ‘Zitzik’ est resté, c’est celui qui m’a tout de suite plu », s’est-il souvenu.
Même s’il est toujours basé à Tel Aviv, le musicien tente de se réhabituer progressivement à la vie à Sderot aux côtés de sa famille, avec l’aide du temps, d’innombrables séances de thérapie, ainsi que de sa guitare.
« Il y a une ambiance incroyable ici. Beaucoup de paix et de calme, beaucoup d’amour et de chaleur », a-t-il raconté à propos de la zone frontalière de Gaza. « Je veux vivre. Je meurs d’envie de vivre, et je me battrai pour cela, aussi longtemps qu’il le faudra. »
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