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Reportage

Résilience dans la reconstruction : Le kibboutz Kissufim cherche à doubler sa population

Alors que la démolition des bâtiments endommagés se poursuit, de nouveaux travaux de construction vont débuter afin de reloger les personnes évacuées et d'accueillir des dizaines de nouvelles familles

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

La grange laitière rénovée du kibboutz Kissufim, près de la frontière avec Gaza, après avoir été endommagée lors du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, le 28 juillet 2025. (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)
La grange laitière rénovée du kibboutz Kissufim, près de la frontière avec Gaza, après avoir été endommagée lors du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, le 28 juillet 2025. (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)

Dans l’espoir de bâtir un avenir meilleur, le kibboutz Kissufim, situé près de la frontière avec Gaza, prévoit de doubler sa population et compte déjà des dizaines de nouvelles familles désireuses de s’installer dans cette communauté ravagée par la guerre.

Depuis la dévastation qui l’a frappée le 7 octobre 2023, lorsque des terroristes armés du Hamas ont massacré 14 des 270 habitants, ainsi que six ouvriers étrangers, la communauté réside dans des logements temporaires à Omer, à proximité de Beer Sheva, dans le sud du pays. Les déplacés espèrent pouvoir rentrer chez eux l’été prochain.

Lior Carmel, le président du kibboutz, qui réside dans une autre communauté, Netzer Sereni, indique au Times of Israel que 40 % de la population de Kissufim a plus de 60 ans et que le kibboutz a pris la décision d’accueillir environ dix nouveaux membres par an, en privilégiant les jeunes et les familles.

« Des dizaines de familles ont déjà déposé leur candidature pour vivre ici. Mais nous lancerons le processus lorsque nous commencerons à construire, dans environ six mois », explique-t-il.

Il précise que les personnes ayant déjà déposé leur candidature se répartissent en trois groupes : des célibataires de moins de 30 ans tombés amoureux de Kissufim alors qu’ils faisaient du bénévolat dans les champs, qu’ils faisaient du nettoyage ou qu’ils aidaient à assurer la sécurité après le 7-Octobre ; six familles ayant loué un logement avant l’invasion du Hamas et ayant décidé de demander leur adhésion ; et d’autres personnes qu’il n’a pas encore rencontrées.

« Beaucoup de jeunes veulent se sentir impliqués dans la reconstruction d’Israël après le 7-Octobre, et s’installer près de la frontière avec Gaza est un moyen d’y parvenir », a-t-il déclaré.

Des maisons du kibboutz Kissufim détruites par les terroristes du Hamas lors de l’assaut barbare et sanglant du 7 octobre 2023. (Crédit : Naama Shaked)

Le kibboutz prévoit de construire 25 logements au cours des deux ou trois prochaines années. L’Autorité Tekuma, l’administration publique chargée de la réhabilitation des communautés frontalières de Gaza, versera 14 millions de shekels, auxquels le kibboutz ajoutera 6 millions de shekels.

« Nous recherchons des personnes qui souhaitent vivre en communauté, avec tous les avantages et les inconvénients que cela implique », déclare Carmel.

Le mode de vie communautaire de Kissufim implique que ses membres respectent le droit de chacun de pratiquer sa religion chez soi. La piscine est ouverte à Shabbat et des barbecues ainsi que des activités communautaires y sont organisés.

« Il y a ici une solidarité et un engagement mutuel, mais il faut aussi respecter les accords collectifs, faire beaucoup de bénévolat et contribuer à hauteur d’au moins 1 000 shekels par mois et par foyer pour financer des services tels que l’éducation, la santé et les activités communautaires et culturelles », explique-t-il.

Des terroristes du Hamas aperçus près du carrefour de Gama, dans le sud d’Israël, à proximité de Reïm et Kissufim, lors du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien le 7 octobre 2023. (Crédit : South First Responders)

Renaître de ses cendres

Selon une enquête menée par l’armée israélienne, le 7-Octobre, environ 150 terroristes des forces de l’unité « Nukhba » (« élite » en arabe) du Hamas ont atteint le secteur de Kissufim. Une quarantaine d’entre eux ont attaqué la base de Tsahal située dans le kibboutz, tandis qu’une soixantaine ont semé la terreur dans la région, assassinant des civils.

Vingt-cinq terroristes ont été abattus sur la base militaire, trente à l’intérieur du kibboutz et une cinquantaine dans les environs. Une autre cinquantaine s’est retirée vers Gaza, certains ayant été blessés lors des combats avec les forces israéliennes, selon l’enquête de Tsahal.

Vingt-neuf soldats ont perdu la vie en tentant de repousser les terroristes, et plus de vingt autres ont été tués sur la base militaire.

Shlomo Mantzur, assassiné par des terroristes du Hamas dans le kibboutz Kissufim le 7 octobre 2023 avant que son corps ne soit enlevé et emporté à Gaza avant d’être restitué en février 2025. (Crédit : Autorisation)

Parmi les personnes assassinées dans le kibboutz, le 7-Octobre, figurait Shlomo Mantzur, âgé de 85 ans. Son corps a été emporté à Gaza et ses restes ont finalement été restitués à Israël en mars.

Parmi les victimes figurait également Reuven Heinik, 56 ans, résident d’Ashkelon et directeur de longue date de la laiterie du kibboutz. Le 9 octobre, soit deux jours après l’assaut barbare et sanglant du Hamas, il s’était rendu en voiture à Kissufim pour s’occuper des vaches, mais il avait été surpris et tué par des terroristes qui se cachaient encore à l’intérieur de la laiterie. Pour éliminer les terroristes armés, les hélicoptères et les chars de Tsahal avaient détruit le bâtiment, avec les bovins à l’intérieur.

Parmi les autres dégâts matériels, on peut citer le supermarché du kibboutz et un bâtiment abritant des ateliers d’artistes, dans lequel Mantzur fabriquait ses bijoux.

Selon Carmel, 97 % des 140 bâtiments résidentiels et publics ont été endommagés le 7-Octobre, dont 28 ont depuis été démolis. Neuf autres bâtiments, dont la maison de Shlomo, sont en cours de démolition.

La nouvelle laiterie, baptisée « Reuven » en l’honneur du directeur assassiné par le Hamas le 7 octobre 2023 Reuven Heinik, au kibboutz Kissufim, dans le sud d’Israël, le 5 novembre 2025. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

La laiterie a été entièrement reconstruite, modernisée et baptisée du nom du directeur assassiné, Reuven, grâce à 17 millions de shekels provenant de la compensation fiscale foncière et de dons.

La rénovation des maisons et des bâtiments publics est en cours.

La construction de vingt nouveaux logements destinés aux personnes revenant d’Omer débutera prochainement.

Carmel prévoit que 90 % des habitants reviendront dans leur kibboutz dans les deux prochaines années, y compris les jeunes.

Le kibboutz Kissufim, situé près de la frontière avec Gaza, dans le sud d’Israël, avant son invasion par les terroristes du Hamas le 7 octobre 2023. (Crédit : Kibboutz Kissufim)

« L’État a agi de manière équitable »

Le kibboutz Kissufim est privatisé et les habitants sont propriétaires de leur logement. Carmel explique qu’il y a eu un délai entre l’annonce des fonds disponibles et le début des travaux, car il a été nécessaire d’impliquer et de consulter chaque famille individuellement.

La pénurie persistante d’ouvriers palestiniens du bâtiment, conjuguée à une hausse mondiale du coût des matières premières, a entraîné une dépréciation des fonds que les habitants pensaient initialement obtenir pour rénover leurs logements, ce qui a engendré une grande frustration.

« Nous ne sommes que des agriculteurs », déclare Benny Hasson, qui dirigeait jusqu’à récemment les poulaillers du kibboutz et dont la maison a été endommagée le 7-Octobre.

L’agriculteur Benny Hasson devant le portail du kibboutz Kissufim, dans le sud d’Israël, le 5 novembre 2025. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

« Où sommes-nous censés trouver le reste ? », demande-t-il.

« Il est vrai que pour les maisons individuelles, certains membres n’obtiendront pas ce qu’ils pensaient obtenir. On leur a donné une somme d’argent, ils ont construit un rêve, et cet argent a perdu de sa valeur. Ils doivent adapter leurs projets et sont déçus », explique Carmel.

Néanmoins, selon lui, la situation économique du kibboutz est relativement bonne, car il dispose d’une économie diversifiée comprenant l’agriculture, la production d’énergie solaire et des emplois à l’intérieur et à l’extérieur de la communauté. Les personnes les plus touchées économiquement par le 7-Octobre sont celles qui occupaient des emplois privés qui ne pouvaient pas être exercés à distance et qui devront donc retrouver un emploi.

« Il n’y en a jamais assez, mais l’État a agi de manière équitable », affirme-t-il, en allouant un budget de 76 millions de shekels pour la rénovation des bâtiments publics et résidentiels, ainsi que 16 millions supplémentaires que le kibboutz utilisera pour moderniser les infrastructures anciennes et endommagées. L’État prend même en charge les 12 % de frais généraux facturés par la société de gestion responsable des travaux.

Lior Carmel, président du kibboutz Kissufim. (Crédit : Autorisation)

« Ce que nous recevons couvrira plus ou moins le coût réel de la rénovation », a indiqué Carmel, ajoutant que 3 millions de dollars supplémentaires provenant de dons seront utilisés pour moderniser un bâtiment éducatif et entreprendre des améliorations qui s’imposaient depuis des années.

Ce qui le préoccupe, c’est l’état émotionnel de sa communauté.

« Dans une communauté de 270 personnes, 50 ont été assassinées [membres et résidents du kibboutz, travailleurs étrangers et soldats]. Environ 80 terroristes ont débarqué, les cinq derniers se sont retranchés dans la laiterie et dans les buissons jusqu’au 11 octobre. C’est fou », s’exclame-t-il.

« Les gens doivent retrouver confiance. Un exemple en est la confiance non pas envers les Arabes, mais envers la langue arabe. De nombreux travailleurs de Kissufim sont arabophones. Ils ont une carte d’identité israélienne et ils sont totalement loyaux envers l’État. Mais quand les gens les entendent parler arabe, cela ravive les souvenirs du 7-Octobre. »

Hommages improvisés à des soldats tels que Regev Amar, tombé au combat contre des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023 au kibboutz Kissufim, dans le sud d’Israël, le 5 novembre 2025. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Carmel fait partie de ceux qui, en Israël, réclament la mise en place d’une commission d’enquête nationale une fois que tous les otages seront de retour.

« Les gens ont besoin de savoir que ce qui s’est passé fait l’objet d’une enquête approfondie, que la vérité est révélée et que le Premier ministre assume ses responsabilités et présente ses excuses », a-t-il souligné.

« Le fait que lui et son gouvernement ne le fassent pas est très affaiblissant. Les gens en parlent beaucoup. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu résiste aux appels en faveur d’une commission d’enquête nationale et il a déclaré que son gouvernement souhaitait mettre en place une commission d’enquête « bénéficiant d’un soutien public aussi large que possible », et non une commission rejetée, selon lui, par « au moins la moitié du pays ».

Des conteneurs renfermant les effets personnels des membres et des résidents du kibboutz Kissufim qui vivent toujours dans des logements temporaires à l’extérieur du kibboutz, le 5 novembre 2025. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Quelque 25 personnes sont déjà revenues vivre au kibboutz.

« Nous avons ouvert une crèche qui accueille sept enfants âgés de 0 à 6 ans », ajoute Carmel avec enthousiasme.

Le conseil régional d’Eshkol est actuellement en train de construire une nouvelle crèche sécurisée pour le kibboutz.

« Il est très important pour nous d’entendre les sons émis par les bébés. »

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