WASHINGTON – Michael Herzog n’est pas connu pour faire les gros titres.
Sa capacité à travailler en toute discrétion et en coulisses avec des fonctionnaires de tous bords politiques a conduit le Premier ministre Benjamin Netanyahu à lui demander de rester ambassadeur d’Israël aux États-Unis, alors qu’il avait été nommé par le précédent gouvernement formé par les anciens Premiers ministres Naftali Bennett et Yaïr Lapid.
Herzog a dirigé l’ambassade de Jérusalem à Washington pendant trois années turbulentes dans les relations entre Israël et les États-Unis, les deux dernières ayant été marquées par les efforts controversés du gouvernement Netanyahu pour réformer en profondeur le système judiciaire du pays, puis par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 et la guerre de Gaza qui s’en est suivie pendant plus de quinze mois.
Son mandat a entièrement coïncidé avec l’administration du président américain Joe Biden, qui a trouvé un terrain d’entente avec le gouvernement Bennett-Lapid, et les Accords d’Abraham, encore naissants, ont continué à se développer à cette époque. Ces efforts se sont intensifiés après le retour au pouvoir de Netanyahu en décembre 2022, mais ils ont connu d’importants revers en raison des bouleversements survenus en Israël et de la matérialisation de menaces extérieures qui ont bouleversé l’ordre du jour de la région.
Lors d’une longue interview la semaine dernière, Herzog a affirmé que Biden avait apporté à Israël un soutien sans précédent à la suite de l’assaut barbare et sadique du Hamas, même si ce soutien a fluctué au fur et à mesure que les réactions internes à la poursuite de la guerre par Israël ont fait sentir leurs effets.
L’ex-envoyé a évoqué la décision de Biden de retenir une cargaison de bombes de 900 kg destinée à Israël, arguant qu’elle avait été annoncée de manière bâclée alors que l’administration avait déjà commencé à conclure des accords avec Israël sur la question – accords qui se sont avérés essentiels pour éviter une crise après que le président américain a initialement émis une « ligne rouge » contre une opération de l’armée israélienne dans la ville de Rafah, au sud de Gaza, que ses adjoints ont reconnu par la suite comme n’étant pas fondée.
Herzog a néanmoins insisté sur le fait que Biden avait une affinité pour Israël au plus profond de ses kishkes (« tripes » en yiddish), même si ce sentiment n’était pas partagé par tous les membres de son administration.
L’ancien ambassadeur a accusé les bureaucrates du Département d’État de retarder régulièrement les livraisons d’armes à Israël pour des raisons liées aux droits de l’homme, alors qu’aucune directive de ce type n’avait été émise par Biden.
Herzog est ainsi devenu la dernière personnalité impliquée à intervenir dans le débat sur les transferts d’armes que l’administration Biden avait tenté d’enterrer en rejetant à maintes reprises les affirmations de Netanyahu sur la lenteur des livraisons.
Herzog a relancé la polémique en rejetant les affirmations des responsables américains selon lesquelles Washington aurait simplement cessé d’accélérer les livraisons d’armes à un stade ultérieur de la guerre, les soumettant ainsi aux procédures d’approbation normales.
« Avec tout le respect que je vous dois, cela n’explique pas pourquoi certains matériels dont nous avions besoin… ont été bloqués pendant six, sept ou huit mois. Cela ne s’explique pas seulement par la lenteur de la bureaucratie. Il y avait des [bureaucrates] qui ont tout simplement bloqué ces choses, et il y avait des fonctionnaires juridiques qui ont exercé une pression très forte sur les hauts responsables du Département d’État, y compris sur le secrétaire [d’État Antony] Blinken, pour qu’ils s’opposent aux transferts d’armes », a déclaré Herzog.
Quatre hauts fonctionnaires du Département d’État de Biden, à qui l’on a présenté les affirmations de l’ancien ambassadeur, les ont catégoriquement démenties. L’un d’entre eux a déclaré que Herzog avait mal compris le processus d’approbation des transferts de munitions aux États-Unis. Au début de la guerre, l’administration Biden s’est efforcée d’honorer toutes les commandes d’armes israéliennes en cours ; mais une fois ces commandes achevées, le Département d’État a dû procéder à de nouvelles évaluations pour chaque nouvelle demande, ce qui a pris beaucoup plus de temps, a fait valoir le fonctionnaire de l’administration Biden.
« Le gouvernement israélien était habitué à ce que tout aille vite, à ce qu’il n’ait pas de besoin immédiat [avant la guerre], ce qui l’a frustré », a déclaré le fonctionnaire.
« Beaucoup d’entre nous ont travaillé jour après jour pour s’assurer que les choses n’iraient pas trop lentement, et je me sens donc personnellement offensé par ces mots. »
Il s’agit d’une accusation choquante lancée par l’ancien ambassadeur, qui n’est pas connu pour de telles critiques publiques, mais qui n’est plus soumis au protocole diplomatique depuis qu’il a quitté ses fonctions à la fin du mois dernier.
L’élection de Donald Trump a marqué la fin du mandat de Herzog, Netanyahu nommant un allié plus aligné politiquement sur les politiques de droite qu’il espère faire avancer maintenant qu’un Républicain est de retour à la Maison Blanche.
Cela ne signifie pas pour autant que Netanyahu et Herzog n’ont pas bien travaillé ensemble. Pendant des années, ce dernier a représenté le premier dans les négociations diplomatiques qu’Israël menait avec les Palestiniens, la Syrie et la Jordanie.
Herzog était si discret dans son travail que lorsque Netanyahu est venu informer son jeune frère Isaac Herzog de certaines de ces négociations, le chef de l’opposition de l’époque et actuel président d’Israël a été complètement pris au dépourvu.
Mais l’ambassadeur Herzog en a manifestement vu assez au cours des deux dernières années pour rompre avec son ancien patron – ce qui indique que l’homme de 72 ans a achevé son dernier mandat de représentant de Netanyahu.
Bien qu’avec une certaine prudence, Herzog a critiqué divers aspects de la gestion de la guerre par Netanyahu, qu’il s’agisse de son refus de proposer plus tôt une alternative viable au Hamas, de sa décision d’intensifier le différend avec l’administration Biden concernant l’opération israélienne prévue à Rafah ou du refus d’accorder un rôle, même indirect, à l’Autorité palestinienne (AP) dans la bande de Gaza.
Herzog n’a même pas exclu la possibilité que des considérations politiques aient motivé la prise de décision du Premier ministre qu’il représentait dans le cadre des pourparlers concernant les otages avec le Hamas.
L’ancien ambassadeur a estimé qu’Israël aurait dû chercher à conclure un accord global prévoyant la libération de tous les otages en une fois en échange de la fin de la guerre. Il a reconnu que cette idée n’était pas réalisable compte tenu des contraintes politiques à Jérusalem, mais il a fait valoir que Tsahal aurait été en mesure de reprendre le combat contre le groupe terroriste palestinien à une date ultérieure, une fois les captifs libérés.
Il a admis que le Hamas n’aurait peut-être jamais accepté cette idée et serait peut-être resté réticent à conclure un accord, même si le Premier ministre avait fait preuve de plus de souplesse en ce qui concerne les termes de l’accord par étapes qui a finalement été conclu le mois dernier.
Tout en défendant la loi soutenue par le gouvernement et adoptée par la Knesset l’année dernière pour mettre fin à l’Office très controversé de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), il a tenu à dénoncer la période de mise en œuvre de 90 jours de la loi, qu’il juge trop courte. Herzog a fait valoir que cette période ne laissait pas suffisamment de temps à Israël pour travailler avec les organisations internationales afin de s’assurer que le vide laissé par l’UNRWA serait correctement comblé, sans conséquences humanitaires négatives dans la bande de Gaza déchirée par la guerre.
L’ancien ambassadeur s’est montré plus critique à l’égard de la refonte du système judiciaire présentée par le gouvernement de Netanyahu, du moins en ce qui concerne sa portée et l’absence de dialogue à ce sujet.
« Si le désir de refonte judiciaire était compréhensible et justifié, la manière dont cela a été fait a nui à l’unité nationale et a envoyé un mauvais message à nos ennemis comme à nos amis », a estimé Herzog.
« Pour nos ennemis, nous apparaissions comme affaiblis par une dissension interne. Et pour nos amis américains, nous avons été perçus comme érodant les valeurs communes qui constituent un pilier fondamental de nos relations. »
Tout au long de ses deux heures d’interview, Herzog a souligné les éléments positifs de la gestion des relations bilatérales par les deux parties.
« N’oublions pas l’aide sans précédent que les États-Unis ont apportée à Israël dans cette guerre. Nous regardons constamment le verre à moitié vide – ou plus exactement – nous nous concentrons sur le quart vide du verre, plutôt que sur la partie la plus importante qui est pleine », a-t-il souligné.
Mais compte tenu de la prudence dont Herzog a fait preuve au cours des trois dernières années – et en réalité tout au long de sa carrière – ses critiques semblaient avoir beaucoup plus de poids que ses louanges.
Herzog a conclu l’entretien en appelant Israël à ne pas abandonner ce qui est devenu de plus en plus une bataille difficile pour s’assurer que le soutien des États-Unis à Israël à Washington reste une question de consensus bipartisan.
La semaine dernière, cependant, les cent sénateurs américains se sont unis pour soutenir une résolution remerciant Herzog pour son travail.
À son arrivée en 2021, les Démocrates lui disaient constamment qu’Israël les avait négligés.
« Maintenant que la Maison Blanche et les deux chambres du Congrès sont contrôlées par les Républicains, je crains que l’idée ne s’impose qu’il n’est pas nécessaire d’investir dans le maintien d’un soutien bipartisan à Israël », a déclaré Herzog.
« Ce serait une erreur, car dans deux ans, l’une des chambres pourrait être contrôlée par les Démocrates, et dans quatre ans, les Démocrates pourraient reconquérir la Maison Blanche. »
Cette interview a été traduite de l’hébreu, éditée et condensée dans un souci de clarté et de concision.
Times of Israel : On parle beaucoup du caractère unique des relations entre les États-Unis et Israël. Pouvez-vous nous éclairer sur ce point en vous référant à votre séjour à Washington ? J’ai cru comprendre que vous étiez peut-être le seul ambassadeur à bénéficier de réunions hebdomadaires le vendredi avec le conseiller américain à la Sécurité nationale, Jake Sullivan, et d’autres hauts fonctionnaires de l’administration Biden.
Ambassadeur Michael Herzog : Je suis ambassadeur depuis novembre 2021, soit plus de trois ans. Je subdiviserais cette période en trois parties.
La première année a été celle du gouvernement des [anciens Premiers ministres Naftali] Bennett et [Yaïr] Lapid, dont l’objectif principal était l’élaboration des Accords d’Abraham. Elle a également été marquée par la visite historique de Biden en Israël. Nous l’avons préparée de manière approfondie et elle s’est concrétisée vers la fin de cette première année.
La deuxième année a vu la mise en place du dernier gouvernement dirigé par le Premier ministre Netanyahu. Il a cherché à faire avancer un plan de refonte du système judiciaire, ce qui a entraîné une forte pression sur nos relations [avec les États-Unis].
La troisième partie de mon mandat a commencé le 7 octobre [2023] et les quinze mois de guerre qui ont suivi.
Dans l’ensemble, ce fut une période tumultueuse, en particulier pendant la guerre, qui fut une période très, très difficile.
Je dirais qu’au fond, les relations avec les États-Unis étaient bonnes, mais qu’il y avait aussi de très lourdes pressions auxquelles nous devions faire face, en particulier pendant l’année de la refonte judiciaire et, plus encore, pendant la guerre, en raison des divergences de vues entre Washington et Jérusalem sur la réalité de la situation.
Au cours de la guerre, des pressions très fortes ont été exercées de toutes parts, ce qui a demandé un travail considérable pour résister et prévenir une crise entre Israël et les États-Unis en temps de guerre – une guerre que je qualifierais d’existentielle.
Cela a demandé beaucoup de travail. J’étais en contact quotidien avec la Maison Blanche, le Département d’État et d’autres encore. Nous avions également des réunions hebdomadaires le vendredi avec des personnes très haut placées, ce qui a été très utile. Je ne pense pas que cela ait été fait auparavant. Mais ce n’est pas le plus important, car j’étais en contact avec ces personnes tous les jours, plusieurs fois par jour. C’était 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, sans interruption.
L’administration Biden m’appelait à n’importe quelle heure, et il y avait aussi des appels en provenance d’Israël au milieu de la nuit. J’ai eu accès aux plus hauts niveaux [des deux gouvernements], ce qui m’a permis de travailler avec succès ici.
Comment avez-vous utilisé cet accès pour tenter de gérer ou de prévenir les crises ?
J’ai dû servir de médiateur entre Jérusalem et Washington, qui avaient souvent des positions contradictoires sur la guerre, très difficiles à concilier.
En voici un exemple : nous avons connu une grave crise liée à l’intention d’Israël de lancer une opération à Rafah. L’administration avait très, très peur de cette offensive, car elle pensait qu’elle exacerberait une crise humanitaire déjà terrible et qu’elle entraînerait le déplacement de centaines de milliers de personnes. Ils craignaient des dommages collatéraux massifs et l’impact que cela pourrait avoir sur l’Égypte [voisine].
La manière dont ces préoccupations ont été exprimées a donné l’impression à Israël que les États-Unis s’opposaient à l’action à Rafah en toutes circonstances.
Cette impression a également été renforcée par le fait que le président Biden a, à un moment donné, parlé publiquement de « ligne rouge ».
Lorsque vous entendez « ligne rouge », cela signifie clairement « ne le faites pas ». Cela a poussé les deux parties à monter dans les tours. Israël a dit : « Nous le ferons, avec ou sans les États-Unis, afin de gagner la guerre. » Et les États-Unis ont effectivement dit : « Ne le faites pas. »
J’ai alors compris qu’il allait y avoir une très grosse crise autour de cette question. Biden a également bloqué une cargaison de bombes de 900 kg, qui étaient les armes les plus importantes dont nous avions besoin pendant la guerre.
Ce que j’ai fini par faire, c’est contacter l’administration Biden et lui dire : « Si vous affirmez vraiment qu’il ne faut pas aller à Rafah quoi qu’il arrive, alors il y aura effectivement une crise parce que nous ne pouvons pas gagner la guerre sans nous occuper de la frontière de Gaza avec l’Égypte, des tunnels sous Rafah et des quatre bataillons du Hamas qui y sont stationnés, si près des localités israéliennes. Il y avait également des otages. Il était tout simplement impossible de ne pas entrer dans Rafah. Alors si vous nous dites : ‘Ne le faites pas quoi qu’il arrive’, nous avons un problème. Alors nous avons un problème. »
Mais si vous nous dites : « Ne le faites pas tant que vous n’avez pas fait A, B, et C » – tenir compte de la situation humanitaire, présenter un plan militaire qui réduise les dommages collatéraux, etc… – alors nous pouvons en discuter.
J’ai alors entamé un dialogue entre nos deux gouvernements pour discuter de ces mêmes questions. Ce dialogue a été très constructif. Tsahal a présenté ses plans humanitaires et opérationnels, puis les a ensuite adaptés. Nous avons pu passer d’une crise à une opération à Rafah que l’administration Biden ne voyait pas d’un très bon œil, mais qu’elle a pu accepter. Mon intervention était nécessaire pour faire face à cette crise.
Lorsque j’ai interrogé les fonctionnaires de Biden à ce sujet, ils m’ont répondu que c’était grâce à leur intervention qu’Israël avait modifié ses plans pour Rafah afin de mieux tenir compte de la situation humanitaire. Quant à savoir s’il existait réellement une ligne rouge, ils ont répondu qu’il y en avait peut-être une au départ, mais qu’elle avait ensuite été remplacée par une « ligne rose ».
Lorsque je leur ai demandé s’il s’agissait vraiment d’une ligne rouge, ils m’ont répondu : « Non. Nous voulons simplement que vous vous assuriez qu’il n’y aura pas de catastrophe humanitaire et que vous limitiez les dommages collatéraux. »
Dans le cadre du dialogue que j’ai initié, nous avons créé des groupes de travail pour traiter différentes questions, dont un groupe humanitaire.
Grâce à ce dialogue, ils ont également mieux compris ce que nous avions l’intention de faire, ce qui les a amenés à changer d’avis. De notre côté, nous avons également procédé à des ajustements. Le plan que nous avons finalement mis en œuvre était meilleur que le plan initial que nous avions présenté.
Peu importe que ce soit grâce aux Américains ou grâce à nous. En fin de compte, c’est mieux. Le premier plan était beaucoup plus [intense]. Il comprenait deux divisions. J’imagine qu’il aurait causé beaucoup plus de dégâts et de dommages humanitaires.
L’une des réunions de ce groupe de travail n’a-t-elle pas été annulée par Netanyahu en raison du vote américain autorisant l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies d’une résolution appelant à un cessez-le-feu dans la bande de Gaza ?
Oui, il y a eu une discussion entre nos gouvernements parce que nous estimions, et je pensais à juste titre, qu’aucune résolution ne devait être adoptée sans conditionner le cessez-le-feu à la libération des otages.
Vous n’avez pas accepté l’argument américain selon lequel la résolution demandait la libération des otages dans la même phrase que la demande de cessez-le-feu ?
Nous avons estimé qu’elle n’était pas assez claire et qu’elle ouvrait la voie à tous les pays pour réclamer un cessez-le-feu inconditionnel. Nous nous attendions donc à ce que les États-Unis opposent leur veto à cette résolution et la polémique a éclaté lorsque cela ne s’est pas produit.
Pensez-vous que Netanyahu a commis une erreur en répondant par une annulation de la réunion sur Rafah ? Parce que ce que les États-Unis ont dit, c’est qu’ils ont présenté l’administration Biden comme étant en désaccord avec Israël sur la nécessité de conditionner un cessez-le-feu à la libération des otages, alors que les deux parties étaient encore d’accord sur ce point.
Il est vrai que les États-Unis ont toujours dit qu’il n’y aurait pas de cessez-le-feu sans la libération des otages, et ils ont agi en conséquence. Mais la manière dont cela a été exprimé dans le texte de la résolution du Conseil de sécurité n’était pas assez claire, et nous pensions que les États-Unis auraient dû être plus fermes sur ce sujet.
Je ne suis pas convaincu qu’il était judicieux d’intensifier la crise comme nous l’avons fait, mais en fin de compte, [cette épreuve] ne nous a pas empêchés de parvenir à un consensus sur l’opération de Rafah.
Et vous savez quoi ? C’est assez drôle, car qui se souvient aujourd’hui de tout le drame qui a entouré Rafah ? Les deux camps ont grimpé sur de très hauts cocotiers comme si Rafah était une sorte de Stalingrad ou je ne sais quoi.
Nous avons pris quelque chose qui était un défi opérationnel militaire concernant le démantèlement des quatre derniers bataillons du Hamas et nous l’avons transformé en quelque chose qui est pratiquement devenu un problème stratégique.
Ainsi, quand Netanyahu a déclaré avoir dit « non » à l’administration Biden quand celle-ci a refusé d’autoriser Israël à entrer à Rafah, exagérait-il ?
La réalité est telle que je l’ai décrite. Je pense que cela répond à votre question.
Les bombes de 900 kg étaient-elles les seules à être retenues par les États-Unis ou y avait-il vraiment un embargo, comme l’ont dit certains dans l’entourage de Netanyahu ?
Premièrement, il n’y a pas eu d’embargo. Le mot « embargo » signifie qu’ils bloquent tout et que vous n’obtenez rien. Certaines personnes en Israël ont employé le mot « embargo » de façon injuste.
Ce qui s’est passé, c’est qu’ils ont retenu la livraison de bombes de 900 kg en raison d’une décision du président liée à l’Opération Rafah. C’était une mauvaise décision, notamment parce qu’il l’a prise alors que nous avions déjà commencé à trouver des accords concernant Rafah, et que le moment était donc très mal choisi…
Ils ne nous ont pas non plus prévenus avant qu’il n’annonce sa décision. Nous l’avons appris lors de son interview sur CNN. Nous savions [à l’avance] qu’ils avaient retenu une cargaison, mais lorsque j’ai demandé pourquoi, je n’ai reçu aucune réponse claire de la part de mes homologues de la Maison Blanche et du Département d’État. Ils ne m’ont pas dit que le président avait pris sa décision à cause de Rafah. Mais le président a ensuite expliqué sur CNN que c’était pour cette raison qu’il avait retardé l’envoi de la cargaison. C’était un très mauvais moment.
Les bombes de 900 kg ont été retenues par le président, mais un grand nombre d’autres équipements ont été bloqués ce dernier, mais par la bureaucratie du Département d’État. Cette bureaucratie, dont une partie est problématique, voire hostile à l’égard d’Israël, a tenté d’empêcher tout transfert d’armes en invoquant les droits de l’homme, la loi Leahy et d’autres raisons similaires. Et [ces bureaucrates du Département d’État] ont réussi à bloquer plusieurs expéditions, y compris des licences d’exportation, pendant des mois.
J’ai passé beaucoup de temps à m’occuper de cette question et nous avons pu débloquer un certain nombre de ces matériels immobilisés. Mais au terme de l’administration Biden, il n’y avait pas que les bombes de 900 kg qui ne nous avaient pas été remises. D’autres choses restaient bloquées, principalement dans le cadre du processus d’approbation du Département d’État.
L’administration Biden a insisté sur le fait qu’elle n’avait rien suspendu d’autre que les bombes de 900 kg. Ce qu’ils reconnaissent, c’est qu’à un certain moment de la guerre, ils ont cessé d’accélérer les livraisons d’armes et ont exigé que tout passe par les étapes normales d’approbation, ce qui prend un peu plus de temps.
Avec tout le respect que je vous dois, cela n’explique pas pourquoi certaines choses dont nous avions besoin, comme les licences d’exportation et les licences pour des produits importants pour notre industrie de la défense, ont été bloquées pendant six, sept ou huit mois. Cela ne s’explique pas seulement par la lenteur de la bureaucratie. Certains [bureaucrates] ont tout simplement bloqué ces choses, et certains fonctionnaires juridiques ont exercé une pression très forte sur les hauts responsables du Département d’État, y compris sur le secrétaire Blinken, pour qu’ils n’autorisent pas les transferts d’armes.
Certains hauts fonctionnaires du Département d’État se sont montrés très compréhensifs et serviables, et nous avons sincèrement apprécié leurs efforts. Mais au bout du compte, les rouages de la bureaucratie tournaient très lentement là où les fonctionnaires sympathisants d’Israël étaient moins nombreux. Je comprends qu’ils aient dû procéder à des évaluations, mais celles-ci ont pris autant de temps parce que des personnes moins sympathiques les ont délibérément menées lentement.
(La réponse de l’administration Biden se trouve au bas de cet article).
Comment pouvez-vous savoir avec certitude que c’est ce qui s’est passé ?
Parce que je travaillais sur ce dossier tous les jours et que je conversais avec beaucoup de gens, et que je recevais des informations du Département d’État sur ce qui se passait là-bas.
Les bureaucrates ont-ils pu dicter la politique de l’administration, ou était-ce vraiment ce que l’administration voulait faire ?
Je ne pense pas que c’était ce que l’administration voulait faire, et certainement pas la Maison Blanche. Mais le processus de fourniture d’armes comporte de nombreuses étapes. Il commence au Pentagone et passe par tout un processus, puis il arrive au Département d’État et suit un processus complètement distinct.
Blinken a donc approuvé ces blocages du Département d’État ?
Blinken doit signer les transferts à la toute fin du processus d’approbation du Département d’État, mais il y a de nombreuses étapes avant que ces transferts n’arrivent sur son bureau. Ce qui s’est passé, c’est que nous avons réalisé à un moment donné que les choses étaient bloquées en amont dans le processus d’approbation du Département d’État. Nous avons donc mis en place un système dans lequel nous avons demandé à une personne haut placée au sein du Département d’État de suivre les premières étapes de l’approbation de chaque transfert, et nous lui avons dit ce qui était bloqué, quels envois étaient prioritaires pour nous et ce que nous devions accélérer.
Nous avons résolu bon nombre de problèmes de cette manière en travaillant avec la Maison Blanche, le Département d’État et le Pentagone, ainsi que l’attaché militaire de notre ambassade et des représentants du ministère de la Défense, afin de nous assurer que l’armée israélienne disposait des outils dont elle avait besoin tout au long de la guerre. Néanmoins, il y a eu des blocages.
Je tiens à le souligner que la décision politique de la Maison Blanche n’a consisté qu’à retarder un seul envoi de bombes de 900 kg, mais le Département d’État a retardé d’autres choses pendant plusieurs mois. C’était une lutte quotidienne.
Pour être honnête, nous avons également reçu beaucoup de choses pendant la guerre. Nous avons reçu un grand nombre de munitions, un supplément sans précédent [à l’aide américaine à Israël], et beaucoup d’aide dans divers domaines. Mais en même temps, certaines choses ont été retardées.
Cela a-t-il influencé la guerre ? L’administration Biden disait souvent que les cargaisons en question ne seraient de toute façon pas livrées à Israël avant un an ou deux.
Certains de ces équipements étaient des choses dont nous avions besoin en temps réel au cours de la guerre. Nous avons fini par y arriver, c’est un fait. Mais non sans difficultés. Nous avons dit aux Américains : « Ces [blocages] n’ont pas de sens parce que beaucoup d’entre eux concernent des missiles guidés avec précision. Que voulez-vous que nous fassions ? Que nous utilisions des missiles moins précis et que nous causions davantage de dommages collatéraux ? »
Nous leur avons également présenté des chiffres concernant leur propre utilisation de ces mêmes armes en Irak et en Afghanistan – je peux vous indiquer le nombre de milliers de ces bombes de 900 kg que les Américains ont utilisées à Bagdad. Nous avons eu un débat très animé à ce sujet.
Dans certains cas, les agréments parvenaient sur le bureau de Blinken, qui devait alors décider s’il apposait la signature finale ou s’il transmettait le dossier au Congrès pour qu’il l’approuve. Il existe toutes sortes de considérations politiques quant à la nécessité de recevoir l’approbation du Congrès pour chaque envoi. Nous étions en pleine année électorale, et il est donc arrivé que l’administration ne veuille pas soumettre certains éléments au Congrès, car cela aurait provoqué un débat politique et aurait mis l’administration sous le feu des critiques. Cela a également retardé les choses pour nous.
Mais l’administration peut aussi contourner le Congrès et c’est ce qu’elle a fait.
Dans un cas, ils ont contourné le Congrès en émettant une notification d’urgence. Cela leur a permis de simplement notifier le transfert au Congrès, plutôt que de lui demander de l’approuver. Avec l’approbation du président, Blinken a signé le transfert de stocks de munitions de chars et d’artillerie qui étaient essentiels pour nous pendant la guerre. Ils n’ont fait cela qu’une seule fois, et c’était au début de la guerre. Ce n’était pourtant pas anodin, et je leur reconnais le mérite de l’avoir fait.
Je vais vous donner un autre exemple : nous avions demandé à recevoir des bulldozers, mais ils craignaient que nous les utilisions pour créer une zone tampon qui réduirait la taille de Gaza, et ils ont donc retardé la livraison.
L’administration a-t-elle compris que la médiatisation de ces blocages pourrait lui porter préjudice sur le plan politique, et a donc préféré agir discrètement ?
C’est exact. Et à mesure que nous nous rapprochions des élections, de plus en plus de considérations politiques ont commencé à s’infiltrer, notamment en ce qui concerne le moment où il convenait d’envoyer les choses au Congrès pour qu’il les approuve. L’administration préférait combiner les choses et les faire approuver en une seule fois. Elle a longuement réfléchi au moment opportun pour le faire.
Il était préférable pour la position politique de Joe Biden au sein des Démocrates de suspendre discrètement les livraisons d’armes à Israël ?
Nous avons dit aux Américains : « Ces [blocages] n’ont pas de sens parce que beaucoup d’entre eux concernent des missiles guidés avec précision. Que voulez-vous que nous fassions ? Que nous utilisions des missiles moins précis et que nous causions davantage de dommages collatéraux ? »
Biden a dû faire face à des pressions contradictoires. D’une part, Biden, au fond de lui, était bienveillant et voulait aider Israël dans la guerre. Et c’est ce qu’il a fait.
N’oublions pas l’aide sans précédent que les États-Unis ont apportée à Israël dans cette guerre. Nous regardons constamment le verre à moitié vide – ou plus exactement – nous nous concentrons sur le quart vide du verre, plutôt que sur la partie la plus importante qui est pleine.
Ils nous ont accordé un supplément qui n’avait jamais été accordé auparavant, en plus de l’aide habituelle que nous recevions. Ils nous ont envoyé des munitions et des systèmes d’armes tout au long de la guerre. Ils ont déployé des porte-avions et nous ont aidés à vaincre deux attaques massives de l’Iran. Ils ont envoyé une batterie de systèmes de missiles de défense THAAD, ce qui impliquait le déploiement de troupes sur le terrain, ce qui n’avait pas été fait depuis très longtemps. Ils ont fait tant de choses que nous négligeons souvent.
Cela ne signifie-t-il pas que le concept d’Israël se défendant seul n’est plus d’actualité ?
Je pense toujours que ce principe est valable. Les atteintes à ce principe ont été très marginales. Personne ne se bat pour nous contre le Hezbollah. Personne ne se bat pour nous contre le Hamas. Personne n’a attaqué l’Iran en notre nom. Nous avons fait tout cela.
Nous avons pu déjouer les attaques iraniennes grâce au soutien que nous avons reçu des États-Unis et à la coalition qu’ils ont mise en place. Mais c’est nous qui avons supporté l’essentiel du fardeau et du prix de cette guerre. Nous n’avons pas demandé aux États-Unis d’envoyer des soldats se battre à notre place. Leur aide a été très importante, tant pour dissuader l’Iran et le Hezbollah que pour protéger l’État d’Israël contre les attaques iraniennes. À cet égard, ils méritent nos remerciements.
Quoi qu’il en soit, il y a eu un élément négatif [dans la gestion de la guerre par les États-Unis] qui a empêché, ou du moins ralenti, le transfert des choses dont nous avions besoin lorsque Biden a cherché à éviter les débats au Congrès qui l’ont exposé aux critiques des progressistes de son parti.
Je ne pense pas que le président Biden ait voulu être présenté comme quelqu’un qui a bloqué les armes dont Israël avait besoin en temps de guerre. C’est pourquoi il a toujours dit qu’il n’avait retenu que les bombes de 900 kg et que tout le reste progressait.
Dans ce cas, pourquoi retarder la livraison d’armes s’il y avait encore un risque de fuite et d’être accusé d’agir contre Israël ?
Il devait faire face à des pressions contradictoires et c’est ainsi qu’il a tenté de manœuvrer. À ceux qui voulaient qu’il retienne les armes, il montrait la cargaison de 900 kg de bombes et disait que c’était ce qu’il avait fait. Mais à nous, il disait qu’il ne retenait rien d’autre que cette seule cargaison.
Je dirais que j’ai ressenti une différence entre l’attitude générale de la Maison Blanche et celle du Département d’État.
J’ai eu le sentiment que la Maison Blanche avait une vision plus stratégique du monde. Et bien sûr, le personnel, avec à sa tête le président Biden. Nous avions des divergences d’opinion avec lui, mais au fond de lui, il aime vraiment Israël. C’est quelque chose qui vient de ses kishkes [« entrailles » en yiddish], et cela a eu un impact sur ceux qui l’entouraient. Par conséquent, nous avons pu avoir des discussions de fond avec ses collaborateurs, même si nous n’étions pas d’accord.
Mais au Département d’État, les attitudes étaient différentes. Il y avait beaucoup de bureaucratie hostile au sein de cette institution, et nombreux étaient ceux qui croyaient encore que tout le Moyen-Orient tournait autour du conflit israélo-arabe.
J’ai dit un jour en plaisantant que même en cas de guerre nucléaire avec l’Iran, 50 % des points de discussion du Département d’État resteraient les mêmes qu’il y a vingt ans à propos du conflit israélo-arabe. C’est ce qui ressortait clairement des conversations que j’ai eues avec eux.
Toutefois, la majeure partie de la politique de l’administration concernant le Moyen-Orient a été définie par la Maison Blanche.
Quant au secrétaire Blinken. Je ne peux pas dire qu’il ait été hostile de quelque manière que ce soit. Sur les questions essentielles, il a apporté son soutien et il était très proche du président Biden – plus proche que beaucoup de gens ne le pensent.
Nous avons travaillé avec lui et ses adjoints, que je ne qualifierais pas non plus d’hostiles. Cependant, ils ont apporté avec eux des considérations supplémentaires dans la discussion et, en raison de la bureaucratie susmentionnée à laquelle ils ont dû faire face dans le département, ils ont fourni moins de résultats au bout du compte.
Qu’en est-il de l’humiliation que vous a infligée Wendy Sherman, alors secrétaire d’État adjointe ?
Cela s’est produit après l’adoption par la Knesset d’une loi invalidant la loi sur le désengagement interdisant aux Israéliens d’entrer dans les implantations [du nord de la Cisjordanie] évacuées [unilatéralement] en 2005.
J’ai été convoqué au bureau de Wendy Sherman. Cependant, le compte-rendu était plus dramatique que ce qui s’est réellement passé. Elle a bien sûr exprimé son mécontentement à l’égard de la loi, et je lui ai expliqué notre point de vue. Je connais Wendy Sherman depuis vingt ans et, lorsque je me suis levé pour partir à la fin de la réunion, elle m’a serré dans ses bras.
Pouvons-nous revenir au 7 octobre et à ce qu’a été cette journée pour vous en tant qu’ambassadeur d’Israël aux États-Unis ?
L’attaque a commencé alors que nous étions encore le 6 octobre et la veille de Simhat Torah aux États-Unis.
Je me trouvais à l’extérieur de Washington et j’ai reçu un appel d’un très haut commandant de Tsahal qui criait : « Nous sommes en guerre ! Nous sommes en guerre ! Le Hamas a lancé une guerre contre nous ! »
« Biden devait faire face à des pressions contradictoires et c’est ainsi qu’il a tenté de manœuvrer. À ceux qui voulaient qu’il retienne les armes, il montrait la cargaison de 900 kg de bombes et disait que c’était ce qu’il avait fait. Mais à nous, il disait qu’il ne retenait rien d’autre que cette seule cargaison. »
Je ne savais pas ce qui se passait. J’ai ouvert [le] site [d’information] Ynet et j’ai vu qu’il y avait un barrage de roquettes tirées sur Israël. Je ne savais pas encore qu’une invasion était en cours, mais j’ai immédiatement réalisé que la situation était différente.
J’ai alors fait trois choses : j’ai annulé tous mes projets et je suis immédiatement retourné à Washington. J’ai contacté tous les membres du personnel de l’ambassade et leur ai ordonné de rentrer immédiatement de leurs congés de Soukkot, et j’ai déclenché les protocoles d’urgence pour que le travail se poursuive toute la nuit.
Et vous avez contacté Brett McGurk, le principal conseiller de Biden à la Maison Blanche ?
Une fois que j’ai mieux compris ce qui se passait, j’ai immédiatement pris contact avec Brett, lui écrivant qu’il y avait eu une invasion et que nous étions en guerre. Il m’a répondu : « Nous sommes avec vous. »
Dès lors, nous avons commencé à avoir des contacts avec l’administration plusieurs fois par jour. Dès le début, le président Biden a fait une déclaration très émouvante de soutien à Israël et s’est rendu dans le pays peu de temps après.
Mais avant son arrivée, Israël a failli ouvrir un deuxième front contre le Hezbollah.
En Israël, on a d’abord pensé que le Hezbollah essaierait de reproduire le scénario du Hamas avec sa propre attaque. Le concept mis en œuvre par le Hamas le 7 octobre a été conçu par le Hezbollah. Depuis des années, il prévoit d’infiltrer Israël et de s’emparer de communautés et de bases militaires à la frontière nord. Le Hezbollah avait mis en place une force d’élite appelée Radwan, composée de plusieurs milliers de combattants, et avait construit des infrastructures le long de la frontière libanaise – infrastructures que nous avons découvertes à la fin de l’année dernière. Elle comprenait des bunkers souterrains dotés de tout l’équipement nécessaire à une telle attaque. Les combattants du Hezbollah arrivaient dans ces bunkers en civil, revêtaient des uniformes militaires, s’emparaient d’une arme, d’un appareil de communication, d’une voiture ou d’une moto et lançaient un raid en Israël.
Les agences de renseignement israéliennes ont estimé que c’est ce que le Hezbollah ferait après le 7 octobre, et une recommandation a donc été faite peu après pour qu’Israël mène une attaque préventive. Une opportunité opérationnelle s’est présentée, sur laquelle je ne veux pas m’étendre, mais il y a eu des discussions pour savoir s’il fallait aller de l’avant.
« J’ai immédiatement pris contact avec Brett, lui écrivant qu’il y avait eu une invasion et que nous étions en guerre. Il m’a répondu : ‘Nous sommes avec vous’. »
L’attaque préventive préconisée concernait les bipeurs qui ont explosé en masse un an plus tard ?
Le plan d’attaque comportait des éléments similaires, mais nous ne les avions pas tous préparés à l’époque. Rétrospectivement, si nous avions lancé une offensive majeure contre le Hezbollah, je ne pense pas que nous aurions pu achever notre campagne terrestre à Gaza. Je pense également que nous aurions reçu beaucoup plus de missiles du Hezbollah que nous n’en avons reçu un an plus tard [lorsqu’Israël a lancé sa grande offensive contre le groupe terroriste].
Le président Biden est intervenu et a tenté de nous convaincre de ne pas mener une telle attaque.
Et Netanyahu a réussi à convaincre [les dirigeants du parti HaMahane HaMamlahti, Benny] Gantz et [Gadi] Eisenkot de rejoindre le gouvernement et de voter contre.
Entre autres choses. Ils venaient d’entrer au gouvernement cette nuit-là et s’étaient opposés à cette action. Ils avaient de l’influence à cet égard.
C’est alors qu’une alerte a été donnée par les renseignements sur une vingtaine de parapentes du Hezbollah en route vers Israël depuis le Liban. On a d’abord cru que le Hezbollah était en train de lancer une attaque. Les pilotes israéliens se trouvaient déjà dans des avions prêts à réagir.
(Les parapentistes se sont révélés être une volée d’oiseaux, et l’attaque israélienne a été annulée à la dernière minute).
Je voulais vous interroger sur les efforts déployés par les États-Unis pour amener Israël à planifier le « jour d’après » à Gaza. Le secrétaire d’État Blinken a abordé cette question dans l’un de ses derniers discours, affirmant que l’incapacité d’Israël à prévoir qui dirigerait Gaza après le Hamas avait conduit à une situation où le Hamas restait le principal pouvoir en place dans la bande de Gaza. Comment réagissez-vous face à ces frustrations ?
Israël a tardé à aborder cette question et à la planifier. Lorsque j’ai tenté de l’aborder, le gouvernement m’a répondu que le faire trop tôt risquait de permettre au Hamas, encore trop puissant à l’époque, de détruire toute solution de remplacement que nous tenterions de mettre en place.
Je reste convaincu que cette question aurait pu être discutée et planifiée plus tôt, mais c’est ainsi.
Des efforts ont tout de même été déployés, et Ron Dermer, ministre des Affaires stratégiques, a été l’homme de confiance chargé de mener les discussions avec les Émirats arabes unis. Ces discussions ont abouti à un stade très avancé concernant une alternative au Hamas, intégrant des accords généraux sur le « jour d’après ».
Nous avons ensuite décidé de présenter ce plan à Tony Blinken, alors responsable de ce dossier au sein de l’administration Biden. Nous lui avons demandé d’en assurer la promotion et de le soumettre aux parties concernées. Blinken a accepté le défi et a commencé à travailler avec nous pour combler les lacunes restantes.
Il souhaitait faire avancer ce plan avant la fin du mandat de l’administration Biden, mais après les élections présidentielles américaines, la possibilité d’un accord sur les otages est apparue, et Israël a décidé d’en faire sa priorité absolue. En conséquence, Blinken n’a pas pu finaliser son projet ni présenter un plan complet.
(Blinken a toutefois exposé les grandes lignes de ce plan lors d’un discours devant l’Atlantic Council à Washington, lors de sa dernière semaine en fonction. Mais ce discours a été largement éclipsé par les développements des négociations sur les otages, et le plan n’a été officiellement adopté par aucune des principales parties prenantes.)
J’étais d’avis qu’en proposant un plan pour le « jour d’après » plus tôt – malgré l’opposition politique massive au sein de la coalition de Netanyahu – nous aurions pu exercer une pression sur le Hamas pour qu’il accepte un accord sur les otages.
Dermer n’a commencé à avancer son plan que ces derniers mois, mais Israël aurait dû s’y atteler bien plus tôt. Ce retard est en partie lié à des considérations politiques internes.
Le plan de Dermer incluait-il un rôle pour l’Autorité palestinienne ?
Pas dans la phase initiale. Après tant de mois de guerre et un lourd tribut payé, nous ne jugions pas opportun de transférer l’autorité sur Gaza à un organisme corrompu, incapable de la gérer efficacement. L’AP doit encore entreprendre les réformes nécessaires, et nous avons convenu avec l’administration Biden que tout plan pour l’après-guerre serait conditionné à une réforme en profondeur de l’AP, sans toutefois définir précisément ce que cela impliquerait.
Cela dit, il est important de faire la distinction entre collaborer avec certains Palestiniens de Gaza, qui pourraient être affiliés d’une manière ou d’une autre à l’AP, et donner à cette dernière les moyens – notamment financiers – de réellement administrer Gaza.
Je pense que Ramallah ne devrait pas être autorisé à prendre des décisions concernant Gaza à ce stade. Mais s’il y a des personnes, à Gaza, affiliées d’une façon ou d’une autre à l’Autorité palestinienne, je ne pense pas que ce soit un problème, tant qu’elles sont contrôlées par l’agence [de sécurité intérieure du] Shin Bet et qu’elles ne sont pas terroristes.
C’était votre opinion, mais était-ce celle de votre gouvernement ?
Nous avons fait preuve d’une extrême prudence qui a conduit le gouvernement à rejeter tout ce qui faisait, même de loin, penser à l’Autorité palestinienne. C’est ce qui a rendu les discussions sur la question particulièrement ardues.
Mais la participation de l’AP à la gestion de Gaza, après-guerre, n’était-elle pas la principale condition du soutien des alliés arabes ?
Tout dépendait du pays auquel on s’adressait. Par exemple, les Émiratis n’étaient pas moins insistants que nous sur la nécessité d’une réforme de l’AP. Ils nous disaient craindre que l’AP s’oppose aux propositions des Émirats arabes unis si elle prenait effectivement part aux décisions concernant Gaza.
Dans quelle mesure la situation actuelle – à savoir que seul le Hamas peut prétendre contrôler Gaza après plus d’un an de combats – est-elle liée au fait qu’Israël a refusé de discuter sérieusement de l’éventualité qu’une force gouvernementale alternative prenne le pouvoir ?
En considérant ce qui s’est passé à Gaza depuis le début de la guerre, je ferais le distinguo entre ce qu’Israël a réussi à faire sur le champ de bataille et ce qu’il a réussi à faire politiquement.
Je pense que le Hamas a pris un sérieux coup qui fait qu’il n’est plus en capacité de mener un autre 7 octobre. Il n’a plus rien à voir avec ce qu’il était auparavant.
Nous sommes en retard, en matière de démantèlement des capacités politiques du Hamas, et nous en voyons le résultat dans les scènes qui se déroulent aujourd’hui à Gaza. Le Hamas gouverne toujours fortement Gaza.
Je ne sais pas s’il était réellement possible, en pleine guerre, de faire émerger une alternative viable. Mais je pense que nous aurions dû être un peu plus souples et proactifs, à un stade bien plus précoce, de façon à dégager un horizon permettant d’entrevoir ce à quoi Gaza pourrait ressembler sans le Hamas, dans l’après-guerre. Hélas, les pressions politiques israéliennes ont très certainement retardé le processus.
J’imagine que ces pressions vont s’accentuer à l’approche de la transition entre la première et la deuxième phase de l’accord sur les otages. D’un côté, Israël affirme qu’il ne mettra pas fin à la guerre tant que le Hamas sera toujours au pouvoir. En effet, l’un de nos objectifs de guerre est d’écarter le Hamas du pouvoir.
Mais aux yeux du Hamas et du reste du monde, la deuxième phase signifie la fin de la guerre – ce qui signifie [ostensiblement] que le Hamas est toujours au pouvoir.
Il s’agit là d’une [incohérence] majeure qui va atteindre son point d’orgue dans les prochaines semaines.
Pensez-vous que nous irons jusqu’à la deuxième phase de l’accord ?
Il est difficile pour moi d’envisager de concilier ce que le Hamas considère comme la phase deux et ce qu’Israël voit comme la phase deux, alors que le Hamas reste à la tête de Gaza après plus de quinze mois de guerre.
Si le choix entre préserver l’accord et poursuivre la guerre se présente, quel conseil donneriez-vous à Israël ?
Si cela ne tenait qu’à moi, j’aurais essayé de conclure un accord global à un stade précoce, plutôt que l’accord par étapes que nous avons actuellement.
Je pense qu’Israël pourra toujours reprendre les combats [contre le Hamas] après la libération de tous les otages. Je me doute que ce n’est pas politiquement viable en Israël, et il est possible que le Hamas ne l’aurait pas accepté non plus parce qu’il pourrait bien considérer la détention d’otages israéliens comme sa seule garantie de rester au pouvoir. Pour autant, je pense que c’était la chose à faire pour conclure un accord global et faire revenir tout le monde [en même temps].
Étant donné que nous ne sommes plus dans cette situation, comment recommanderiez-vous à Israël de procéder ?
Aujourd’hui, la situation est un peu plus complexe. L’administration précédente et l’administration actuelle ont toutes deux assuré Israël que, si les négociations concernant la deuxième phase échouaient, nous pourrions reprendre l’action [militaire] contre le Hamas. J’ignore dans quelle mesure cette administration s’appuiera sur Israël pour passer à la deuxième phase de l’accord. Nous verrons bien.
Vous avez mentionné les pressions politiques israéliennes. Pensez-vous que des considérations politiques ont également influencé Netanyahu lors des négociations concernant les otages ?
Je n’ai pas physiquement pris part aux négociations. Je travaillais plutôt sur les relations entre Jérusalem et Washington. J’entends dire ici et là que des considérations politiques ont pesé sur les décisions de Netanyahu concernant cette question. Je ne l’exclus pas.
Mais je ne suis pas certain qu’il y aurait eu un accord, même si [Netanyahu] avait été plus ouvert plus tôt. C’est le Hamas qui se trouve en face, quoi qu’on fasse.
L’administration Biden a cherché à ne pas adresser de reproches directs à Netanyahu, en répétant à qui voulait l’entendre que le Hamas était le principal obstacle à un accord, même si, en privé, il était admis que Netanyahu était parfois le principal obstacle. Vous en ont-ils fait l’aveu ?
Pour eux, l’essentiel de la faute incombe au Hamas – que ce soit en public ou en privé. Ils n’ont en effet pas exclu [en privé] qu’il y ait eu des pressions politiques sur Netanyahu, mais quand bien même [Netanyahu] les aurait ignorées et se serait montré plus souple sur la question du corridor de Philadelphi ou d’autres questions, qui sait si le Hamas aurait accepté un accord.
Je vais vous donner un exemple : il y a eu un changement de position du Hamas au début du mois de juillet. Ce changement s’est produit après l’opération à Rafah et la forte pression [militaire] …
On peut dire que c’est la pression militaire qui a amené le Hamas à accepter l’accord, mais on peut aussi dire le contraire.
En fin de compte, ce qui a amené le Hamas à accepter l’accord, ce sont deux choses : la première est le fait que le Hamas était convaincu qu’Israël ferait face à une guerre régionale, qui le sauverait [le groupe terroriste]. Mais après nos frappes sur l’Iran puis sur le Hezbollah, qui ont donné lieu à un cessez-le-feu qui a coupé le lien que [le chef du Hezbollah Hassan] Nasrallah avait créé entre le Liban et Gaza, le Hamas a compris que la région en avait assez et que le temps ne jouait pas en sa faveur. Cela l’a vraiment poussé à accepter un accord. La deuxième raison tient à la collaboration entre l’administration sortante et l’administration entrante, ainsi qu’à l’intervention de Trump et de son envoyé Steve Witkoff dans l’équation. Ils ont été très utiles pour faire avancer l’accord.
Il y a eu un savant mélange de pression militaire et de frappes puissantes sur l’axe iranien couplées à la prise de fonctions de l’administration Trump, qui a travaillé avec l’administration sortante de façon à parvenir à l’accord.
Ce n’est pas une critique de Biden que de dire que Witkoff, après une réunion avec Netanyahu, a réussi à faire ce que Biden n’est pas parvenu à faire en plus d’un an de réunions et d’entretiens ?
Loin de moi l’idée de critiquer qui que ce soit. Mais c’est un fait que l’arrivée de Trump et Witkoff nous a permis de franchir la ligne d’arrivée.
Vous parlez des pressions exercées par Trump et Witkoff des deux côtés qui ont contribué à la conclusion de cet accord – pas seulement des pressions sur le Hamas, n’est-ce pas ?
Tous les accords supposent que les deux parties concèdent quelque chose et en tirent quelque chose – Witkoff a fait ce qu’il fallait avec les deux parties en présence.
Soyons honnêtes, le cadre suivi par Witkoff est le même que celui présenté par Biden en mai 2024. Il s’agit à l’origine d’une proposition israélienne adossée à des points discutés par Israël et les États-Unis, puis reprise par Biden. Mais il s’agit bien d’une proposition israélienne.
Il y a un an, vous m’avez informé de la position d’Israël qui s’opposait au démantèlement de l’UNRWA en pleine guerre. Depuis, la Knesset a adopté une loi – approuvée par la coalition – qui va dans ce sens, interdisant à l’Office controversé de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient d’opérer en Israël et interdisant aux autorités israéliennes tout contact avec les fonctionnaires de l’UNRWA à Gaza et en Cisjordanie. Pouvez-vous expliquer l’évolution de la réflexion du gouvernement sur cette question ?
L’UNRWA pose trois problèmes. Le premier est de perpétuer le problème des réfugiés palestiniens. Deux agences onusiennes s’occupent des réfugiés : l’une pour les Palestiniens et l’autre pour le reste du monde, avec des critères différents pour chacune d’entre elles, pour des raisons politiques.
Le deuxième problème est son système éducatif, qui incite à l’hostilité à l’égard d’Israël. Nous avons vu leurs manuels, et ils n’ont pas changé.
Le troisième problème est lié à sa participation à l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza. Avec ses quelque 13 000 employés, elle était la principale agence chargée de la situation humanitaire dans la bande de Gaza.
À l’époque, nous avions dit que nous ne voulions pas que ce soit l’UNRWA qui remplisse ce rôle, mais que si elle devait cesser ses activités immédiatement, cela provoquerait une crise humanitaire. Nous avons estimé qu’il fallait mettre en place un processus de transition au cours duquel d’autres agences pourraient être créées.
Mais la Knesset a ensuite adopté cette loi et fixé un délai de mise en œuvre de 90 jours. Je pense que cette période de transition est trop courte pour procéder aux ajustements humanitaires nécessaires et pour que d’autres agences internationales soient prêtes à intervenir et à combler le vide.
Cependant, cet effort [de suppression progressive de l’UNRWA] était déjà en cours depuis un an. Malheureusement, l’administration Biden n’a pas suffisamment coopéré à cet effort, et le secrétaire général de l’ONU s’y est activement opposé. Espérons que les choses seront différentes avec l’administration Trump.
Dans certaines zones, cependant, le remplacement de l’UNRWA restera un défi qu’Israël devra relever. Actuellement, la situation est un peu plus facile à gérer car il y a un cessez-le-feu et que beaucoup plus d’aide humanitaire parvient à Gaza. Mais si nous reprenons les combats, nous aurons toujours un problème.
Je ne sais toujours pas comment Israël traitera cette question en Judée et en Samarie, étant donné que l’UNRWA y gère une grande partie du système scolaire. Ce sera un défi majeur, et je n’ai pas encore vu de plan israélien bien organisé sur la manière de mettre en œuvre cette loi sans nuire de manière significative à la situation existante dans cette région.
Voulez-vous aborder la question des manifestations que vous avez subies tout au long de la guerre devant votre domicile et devant l’ambassade ?
Immédiatement après le déclenchement de la guerre à Gaza, des manifestations de masse ont commencé devant l’ambassade et devant mon domicile, et, par la suite, devant les domiciles de nombreuses autres personnes. À un moment donné, un militaire américain s’est immolé devant notre ambassade après avoir crié qu’Israël commettait un génocide à Gaza. À partir de ce jour, un campement permanent a été établi juste à côté de l’entrée de l’ambassade, le trottoir étant entièrement occupé par des drapeaux palestiniens et des pancartes contre Israël. Les manifestants occupaient le trottoir et harcelaient, attaquaient ou menaçaient toute personne qui entrait ou sortait de l’ambassade.
Le personnel a été contraint de se rendre chaque jour à l’ambassade à bord de convois de véhicules, comme si nous nous trouvions en Afghanistan.
De temps à autre, il y avait également des manifestations de masse devant l’ambassade, qui rassemblaient des centaines, voire des milliers de personnes.
Il y a également eu des manifestations devant chez moi où les gens criaient « Mike le génocidaire » et d’autres slogans de ce genre. Ils harcelaient mes voisins, versaient du liquide rouge sur ma voiture pour symboliser le sang – et bien évidemment, personne n’a été arrêté. On pouvait voir [sur les images] les agents des services secrets dire aux manifestants d’éviter de verser le liquide sur eux.
Dans l’un des cas, 800 manifestants sont arrivés devant chez moi, sans que nous ayons été prévenus. J’ai dû me dépêcher de faire sortir ma famille à peine quelques minutes avant leur arrivée. C’était très désagréable.
Toutes nos tentatives pour obtenir l’intervention de la municipalité de Washington et des services secrets sont restées vaines. On nous a toujours dit que c’était une question de droits du Iᵉʳ amendement. Je répondais : « D’accord, mais qu’en est-il de nos droits ? Nous avons aussi des droits. » Mais cela n’a servi à rien.
Les manifestants ont violé toutes les réglementations municipales en vigueur à Washington. Le bruit était insupportable. Ils ont utilisé des mégaphones et des sirènes, ce qui rendait impossible le travail ou la concentration dans l’ambassade.
J’ai parlé au maire de Washington, je lui ai écrit, mais rien n’a changé. Finalement, après quelques mois, j’ai écrit une lettre très dure au Département d’État dans laquelle j’accusais le gouvernement américain de violer la Convention de Vienne, qui l’oblige à fournir des services de base aux ambassades pour qu’elles puissent fonctionner. Un haut fonctionnaire du Département d’État a alors pris sur lui de veiller à ce que les manifestants soient repoussés au-delà du trottoir et à ce que leur campement soit démantelé. Une « zone du Iᵉʳ amendement » a été créée et les manifestants ont été complètement repoussés. Mais il a fallu près de sept mois pour régler ce problème.
Ces manifestations ont également eu lieu devant les domiciles de hauts fonctionnaires de l’administration Biden.
Les mêmes personnes qui avaient manifesté devant l’ambassade ont protesté devant le domicile de Blinken. Finalement, elles ont aussi été repoussées en raison d’une directive du gouverneur de Virginie. [Blinken] a également souffert de cette situation. Je sais que ses petits-enfants ont dû, pendant un certain temps, se promener dans leur maison avec des bouchons d’oreille. Mais nous étions la cible principale.
Regardez qui était également visé au sein de l’administration : il s’agissait principalement de fonctionnaires juifs.
Mais l’argument que j’ai présenté aux responsables américains était qu’ils allaient trop loin dans l’application du Iᵉʳ amendement. Il existe un équilibre entre leurs droits et les nôtres, qui n’a pas été respecté.
On craignait également que je sois victime d’une attaque physique ou d’une autre personne se trouvant dans les locaux de l’ambassade lors de ces manifestations. Cette éventualité n’était pas à exclure.
En ce qui concerne la refonte du système judiciaire, quelle tension a-t-elle exercé sur les relations entre Israël et les États-Unis ?
Cela a fait peser une énorme tension sur nos relations. Israël et les États-Unis entretiennent des relations spéciales. J’en suis convaincu. L’un des piliers sur lesquels repose cette relation est le concept de valeurs partagées. Il y a d’autres piliers, comme le fait que nous ne demandons jamais aux États-Unis d’envoyer des soldats se battre pour nous et que nous nous défendons par nous-mêmes.
Cependant, le pilier le plus fondamental est celui des valeurs partagées, et c’est ce qui différencie la relation entre les États-Unis et Israël des liens qu’ils entretiennent avec d’autres pays non démocratiques du Moyen-Orient.
Lorsque la refonte judiciaire a été lancée, les États-Unis ont eu l’impression, en raison de la manière dont elle a été annoncée, qui était très ambitieuse, et de la tension qu’elle a provoquée en Israël, qu’Israël érodait le concept de valeurs communes entre les États-Unis et Israël.
Puis les gens ont commencé à dire : « Si c’est le cas, alors peut-être que la relation n’est pas si spéciale que ça. »
Nous avons reçu d’innombrables demandes de renseignements de la part de l’administration Biden et d’organisations juives qui s’inquiétaient de la direction que prenait Israël et de la nature de l’État. En effet, l’image qui se dégageait d’Israël était celle d’une tentative radicale [par le gouvernement] de modifier [le système judiciaire d’une manière] qui ne faisait pas l’objet d’un consensus et qui n’était pas le fruit d’un accord ou d’un dialogue.
L’administration Biden et les organisations juives à l’étranger ont-elles simplement mal compris ce que le gouvernement israélien essayait de faire ?
Le plan dévoilé par le ministre de la Justice [Yariv Levin] peu après la formation du gouvernement [en décembre 2022] était extrêmement ambitieux et très difficile à expliquer.
« Si le désir de modifier le système judiciaire était compréhensible, la manière dont cela a été fait a nui à l’unité nationale et a envoyé un message erroné à nos ennemis comme à nos amis. »
Par la suite, le gouvernement a tenté de dialoguer et d’assouplir le projet, mais ce n’est pas ce qu’il a fait au départ. On a eu beau essayer de l’expliquer ou d’affirmer que les réformes visaient à rapprocher le système judiciaire israélien du système américain – ce qui n’est pas vrai.
On a créé l’image d’une menace pour la démocratie israélienne et, par extension, d’une menace pour la relation spéciale entre Israël et les États-Unis, ce qui a exercé une forte pression sur moi.
L’administration Biden a d’abord tenté de régler ce problème sans faire de vagues, mais elle a fini par s’y opposer publiquement.
Kamala Harris en a parlé lors de la célébration des 75 ans de l’Indépendance d’Israël que vous avez organisée en 2023.
Lors de la fête de Yom HaAtsmaout à l’ambassade [de 2023], [le député HaTzionout HaDatit] Simcha Rothman est venu. Parce qu’il était connu comme un leader de la refonte judiciaire et que nous craignions que des manifestants le suivent, comme cela avait été le cas par le passé, j’ai pensé qu’il était judicieux d’informer l’équipe de la vice-présidente de sa venue, afin qu’il n’y ait pas de surprise.
Une fois qu’elle avait été prévenue, je me suis demandé si elle viendrait s’exprimer lors de l’événement. Cependant, elle est venue et a ajouté une phrase à son discours [soulignant l’importance d’un système judiciaire indépendant]. Mais ce n’était pas le sujet principal de son discours, qui était très bon.
Estimez-vous que l’administration Biden ait géré correctement la question de la refonte du système judiciaire ou qu’elle soit allée trop loin dans ses critiques ?
Il s’agit toujours de déterminer où se situe la limite entre l’expression d’une position de principe concernant ce qui se passe dans une autre démocratie et l’ingérence dans la situation interne d’Israël.
L’administration s’est efforcée d’éviter cette dernière, mais je pense qu’à un moment donné, la pression interne aux États-Unis a commencé à jouer un rôle et l’administration a estimé qu’elle devait s’exprimer plus publiquement.
Je peux cependant dire que, pendant toute cette période, les manifestations en Israël ont donné l’image d’une démocratie dynamique, avec des centaines de milliers de personnes participant à des manifestations hebdomadaires pacifiques.
Si le désir de modifier le système judiciaire était compréhensible et justifié, la manière dont cela a été fait a nui à l’unité nationale et a envoyé un message erroné à nos ennemis comme à nos amis. Pour nos ennemis, nous avons été présentés comme un pays affaibli par des dissensions internes. Et pour nos amis américains, nous avons été perçus comme érodant les valeurs communes qui constituent un pilier fondamental de nos relations.
Si vous vous en souvenez bien, la Maison Blanche a également reporté une réunion avec le Premier ministre pendant très longtemps en raison de la question de la refonte judiciaire, ce qui a créé beaucoup de tensions dans nos relations.
Des proches de Netanyahu ont même tenté de vous rendre responsable de cette situation.
Ils ont tenté de me faire porter le chapeau, comme si c’était à cause de moi qu’il n’y avait pas eu de réunion, et non à cause de la refonte judiciaire. Des personnes de son entourage m’ont donc critiqué à ce sujet. Finalement, une réunion a eu lieu en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York en septembre 2023, et lors de cette réunion, Biden l’a invité à la Maison Blanche.
À ce moment-là, nous étions sur le point de conclure un accord de normalisation avec l’Arabie saoudite, mais la guerre a éclaté et a tout changé.
Pourquoi pensez-vous que nous étions sur le point de faire une percée si Netanyahu n’avait même pas commencé à discuter de la composante palestinienne de l’accord, qui était sans doute la partie la plus difficile ?
C’est vrai, mais nous avions l’impression que nous nous dirigions tout droit vers un accord. Les choses étaient en marche. Je ne peux pas vous dire ce que le Premier ministre aurait accepté en fin de compte concernant la question palestinienne, mais il y avait déjà l’intention de tenir des réunions en octobre (sur ce sujet), et il y avait une véritable dynamique.
Les analystes aiment à dire que le prix du volet palestinien a augmenté après le 7 octobre. Êtes-vous d’accord avec cette affirmation ?
Je suis d’accord pour dire que cette question a été soulevée depuis la guerre. Je pense que le fait que nous n’ayons pas réussi à conclure un accord de normalisation pendant le mandat de Biden signifie que le prix va encore augmenter, car les deux tiers du Sénat seront nécessaires pour confirmer le pacte de défense que l’Arabie saoudite cherche à signer avec les États-Unis. Maintenant que Biden n’est plus président, les Démocrates augmenteront le prix de leur soutien à l’accord. Il n’est pas certain non plus que tous les Républicains voteront en faveur de l’accord. Il vous faudra environ quinze Démocrates, et ceux qui seront nécessaires risquent d’augmenter le prix de la composante palestinienne.
Vous avez été nommé par le gouvernement Bennett-Lapid, mais vous êtes resté dans le gouvernement Netanyahu. Qu’est-ce que cela fait de représenter un gouvernement qui ne vous a pas nommé ?
Lorsque Netanyahu a été réélu, il m’a demandé de rester. Il aurait pu me remplacer, mais il me connaissait. Je l’avais représenté dans des négociations diplomatiques par le passé, tant en ce qui concerne les Palestiniens que la Syrie et d’autres questions.
Il m’a demandé de rester et j’ai accepté. J’avais l’impression de représenter le pays et c’est dans cette optique que j’ai œuvré pendant cette période. Rétrospectivement, je ne regrette pas d’avoir agi ainsi.
Je voulais également aborder la question du soutien bipartisan à Israël, car c’est un sujet très important pour moi, et je ne peux pas dire qu’il ait toujours été pris au sérieux en Israël.
Aux États-Unis, on a eu l’impression qu’Israël se souciait davantage de ses liens avec les Républicains ou avec Trump que de ses relations avec les Démocrates.
J’ai travaillé d’arrache-pied tout au long de mon mandat pour établir des relations entre les différents partis, et j’ai même fait un peu de discrimination positive avec les Démocrates qui avaient l’impression que personne en Israël ne se souciait d’eux ou ne leur parlait.
Je n’ai pas parlé aux factions radicales comme le « Squad », qui, je pense, ne voulaient ni me parler, ni même m’écouter. Mais à part eux, j’ai parlé à tout le monde, et cela m’a aidé lors de votes cruciaux concernant Israël.
Je crains que, maintenant que la Maison Blanche et les deux chambres du Congrès sont contrôlées par les Républicains, on puisse penser qu’il n’est pas nécessaire d’investir dans le maintien d’un soutien bipartisan à Israël. Ce serait une erreur, car dans deux ans, l’une des chambres pourrait être contrôlée par les Démocrates, et dans quatre ans, les Démocrates pourraient reconquérir la Maison Blanche.
Nous ne devons pas être considérés comme une question partisane.
Il y a quelques jours, un vote a eu lieu au Sénat concernant les sanctions à l’encontre de la Cour pénale internationale (CPI). Tout d’un coup, la question est devenue partisane, alors que des efforts considérables avaient été déployés pour parvenir à un accord bipartisan sur le sujet.
« J’ai travaillé d’arrache-pied tout au long de mon mandat pour établir des relations entre les différents partis, et j’ai même fait un peu de discrimination positive avec les Démocrates qui avaient l’impression que personne en Israël ne se souciait d’eux ou ne leur parlait. »
L’un des moments dont je suis le plus fier, c’est lorsque Lindsey Graham a fait adopter à l’unanimité par le Sénat une résolution me remerciant pour mes services. Cette résolution a reçu le soutien unanime des 100 sénateurs, ce qui n’est pas facile à obtenir.
Dans quelle mesure la perception qu’ont les Américains du traitement préférentiel accordé par Israël aux Républicains est-elle exacte ou juste ?
Dans mes relations avec notre gouvernement, il m’a été donné d’essayer de faire des percées auprès des Démocrates.
Je pense que la perception selon laquelle Israël donne la priorité à ses liens avec les Républicains est née en grande partie au cours du premier mandat de Trump, en raison des relations étroites qu’il entretenait avec Netanyahu. Cette attitude a donné l’impression qu’Israël mettait toutes ses cartes dans le panier républicain.
Just before recess, I met this week with friends from both sides of the aisle on Capitol Hill to discuss a wide range of issues important to both our countries. Thank you for your friendship! ???????????????? pic.twitter.com/p7uFfQMx7x
— Ambassador Michael Herzog (@AmbHerzog) July 28, 2023
Lorsque je me suis promené au Capitole après avoir pris mes fonctions, des parlementaires, y compris des membres influents du parti démocrate, me l’ont constamment répété et j’ai dû insister sur le fait que ce n’était pas vrai.
Or, personne à Jérusalem ne m’a demandé de ne m’adresser qu’aux Républicains.
L’année dernière, les Républicains ont invité Netanyahu [à s’adresser au Congrès au sujet de la guerre]. J’ai dit au Premier ministre Netanyahu qu’il fallait le faire aussi avec les Démocrates, et il a accepté.
En définitive, le chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a en partie torpillé l’effort. Il a déclaré qu’il voulait se concentrer sur l’adoption du budget supplémentaire. Lorsque je lui ai demandé d’indiquer une date ultérieure qui lui conviendrait, il a refusé de répondre. Il essayait de trouver un équilibre entre les différentes factions de son parti.
Israel is a sovereign democracy. It is unhelpful, all the more so as Israel is at war against the genocidal terror organization Hamas, to comment on the domestic political scene of a democratic ally. It is counterproductive to our common goals.
— Ambassador Michael Herzog (@AmbHerzog) March 14, 2024
Mais il a également prononcé un discours l’année dernière dans lequel il a appelé à des élections législatives anticipées en Israël pour remplacer Netanyahu.
Depuis ce discours, nous nous sommes parlés. Il s’est justifié et a dit qu’il ne m’avait pas prévenu parce qu’il savait que j’essaierais de le convaincre de ne pas le faire. Il m’a dit plus tard qu’il avait fait ce qu’il devait faire et que j’avais fait ce que je devais faire, même si nous avions eu un différend à ce sujet.
Quoi qu’il en soit, certains en Israël – y compris des hauts fonctionnaires impliqués dans le processus de décision – pensent qu’il est préférable de donner la priorité aux liens avec les Républicains.
Il est vrai que le plus grand défi pour Israël vient de l’aile progressiste du parti démocrate. Il y a également des défis du côté républicain, de la part de l’aile antisémite ou de l’aile isolationniste.
As I said at our #Pride reception yesterday evening: “Every person is a human being created in the image of G-d. Therefore we are all entitled to dignity, freedom and respect.” Thank you @UnderSecStateJ @RepDWStweets @RepMarkPocan @HHS_ASH for joining us. ????????????️???????????? pic.twitter.com/q9i5uzWDVI
— Ambassador Michael Herzog (@AmbHerzog) June 30, 2022
L’hostilité est encore plus ressentie du côté des Démocrates parce qu’ils sont plus nombreux.
C’est pourquoi il convient d’investir davantage dans ce dossier. Une partie de notre travail consiste à faire passer le message qu’il n’y a pas de contradiction entre le fait d’être pro-Israël et de croire en des valeurs progressistes ou libérales.
Quels sont les exemples qui vous viennent à l’esprit et qui montrent que vos liens avec les Démocrates ont porté leurs fruits ?
Les sénateurs Bernie Sanders et Chris Van Hollen ont récemment voté en faveur d’un embargo sur les armes à destination d’Israël. Ce fut un combat très difficile. J’ai parlé personnellement avec de nombreux sénateurs, et certaines de ces conversations ont été très difficiles, car ils m’ont dit qu’Israël commettait des crimes de guerre. Mais en fin de compte, ils ont voté avec nous.
J’ai rencontré Van Hollen et d’autres et j’ai été attaqué de toutes parts. Je n’ai pas fui le combat et certains d’entre eux m’ont dit par la suite qu’ils appréciaient mon engagement à leurs côtés.
Dans quelle mesure l’image d’Israël aux États-Unis a-t-elle été ternie par la guerre ?
L’une des conclusions que j’ai tirées de mon mandat est que la majorité du peuple américain soutient toujours Israël.
Malgré tout le bruit et les protestations – et il y en a beaucoup – la majorité de la population américaine soutient fondamentalement Israël et sait distinguer les bons des méchants.
Cependant, l’image d’Israël a été ternie par les images de destruction à Gaza, ce qui a créé l’image d’un Israël exerçant une force brutale sans discernement. Il a fallu faire face à cette situation en permanence : la question des dommages collatéraux et l’affirmation selon laquelle nous n’en faisons pas assez sur le plan humanitaire.
Ce fut un combat difficile dans l’arène publique, à n’en pas douter.
Et dans quelle mesure les dommages causés sont-ils réversibles ?
Je pense que c’est réversible à long-terme, mais Israël devra investir et penser différemment à la façon de mener la guerre des cœurs et des esprits. Il s’agit d’une guerre parallèle à celle qui se déroule sur le champ de bataille, et Israël n’est toujours pas préparé à la mener efficacement.
Je pense que toute cette notion de hasbara [diplomatie publique] est une expression archaïque. Il faudrait plutôt parler de communication stratégique.
Il ne s’agit pas d’essayer d’expliquer rétrospectivement ce que nous avons fait. Le fait même d’utiliser l’expression hasbara indique un état d’esprit qui n’a rien à voir avec la réalité que nous avons vécue ici pendant la guerre.
Si quelqu’un pense qu’un point de presse quotidien du porte-parole de Tsahal et d’autres de nos actions menées tout au long de la guerre étaient suffisants, il se trompe.
Il faudrait un autre groupe entier de personnes chargées de cette lutte, avec un financement et une stratégie à la fois proactive et réactive. Nous ne sommes pas bien préparés pour cela, et je le dis avec tout le respect que je dois aux personnes qui font ce travail très dévoué au nom de l’État d’Israël.
Comment s’est déroulée votre fonction d’ambassadeur alors même que votre frère occupait le poste de président ?
Cela ne m’a pas influencé dans la pratique. Il est président. J’étais ambassadeur. Nous sommes habitués à ce genre de situation depuis de nombreuses années. Lorsque [mon frère] était à la tête de l’opposition, je représentais Netanyahu dans les négociations. À l’époque, il ne savait même pas que je voyageais au nom de Netanyahu. Lorsque Netanyahu (en tant que Premier ministre) a informé Isaac Herzog (alors chef de l’opposition) de ces négociations et de mon rôle dans celles-ci, [mon frère] a été choqué. Nous avons toujours gardé une certaine distance par rapport à ces choses.
Je me souviens que vous n’étiez pas à l’aise avec l’idée que vous aviez collaboré avec votre frère pour tenter de convaincre l’ambassadeur américain en Israël de l’époque, Tom Nides, de rencontrer le ministre des Finances, Bezalel Smotrich.
Il est faux de dire que j’ai travaillé avec mon frère sur ce dossier. Il a proposé à Nides d’organiser une réunion avec Smotrich. Lorsque j’en ai pris connaissance, j’ai fait la même suggestion : au lieu de boycotter Smotrich, l’administration devrait essayer de lui parler. Je pensais que ce serait plus productif pour les deux pays, mais ce n’est pas comme si j’avais agi en coordination avec mon frère.
Mon travail consistait à collaborer avec le Premier ministre et les principaux ministres du gouvernement. La seule fois où j’ai travaillé avec mon frère, c’est lorsqu’il s’est rendu aux États-Unis et que nous avons dû coordonner ce déplacement.
Que pensez-vous de l’approche de l’administration Biden à l’égard de l’Iran ?
Lorsque je suis arrivé, nous étions dans une situation où l’administration Biden se précipitait vers un accord. Elle voulait revenir au JCPOA [l’accord nucléaire avec l’Iran, appelé Joint Comprehensive Plan of Action] et a entrepris de reprendre les discussions avec l’Iran. Nous avons déployé beaucoup d’efforts pour tenter d’empêcher cela, car nous avions le sentiment qu’ils reviendraient à un accord très problématique, en particulier parce que le JCPOA se rapprochait de plus en plus de son échéance. Nous entrions dans une période très délicate où le délai de sortie de l’Iran était beaucoup plus court, ce qui rendait les conditions [d’un accord] beaucoup plus difficiles.
En août 2022, les efforts des États-Unis pour revenir à l’accord ont pris fin, malgré les efforts déployés par des personnes comme [l’envoyé spécial des États-Unis pour l’Iran de l’époque] Rob Malley.
L’effondrement s’est concrétisé lorsque les Iraniens ont tenté de franchir un pont trop loin en demandant aux États-Unis de retirer le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) de la liste des organisations terroristes étrangères dressée par les États-Unis.
Cela nous a donné l’occasion de lutter plus efficacement contre cette décision, car on considérait que c’était aller trop loin que de retirer de cette liste l’organisation terroriste d’État la plus efficace au monde, dans le cadre des efforts déployés pour parvenir à un accord. Cette question a été soumise à la discussion avec le président Biden, qui s’y est finalement opposé.
Le fait que nos décideurs en Israël et moi-même aux États-Unis ayons mis cette question à l’ordre du jour a contribué à la décision de Biden de renoncer à cette idée. Nous avons travaillé à mobiliser l’opinion publique américaine et le Congrès. Les gens connaissent moins bien les détails de l’accord nucléaire, mais lorsque vous parlez d’une organisation terroriste comme le CGRI, il est plus facile de rallier l’opinion publique américaine à cette cause.
Quelqu’un de très haut placé dans l’administration Biden nous a dit que nos efforts étaient comme un rayon laser qui atteignait la cible.
« Le fait que nous n’ayons pas réussi à conclure un accord de normalisation pendant le mandat de Biden signifie que le prix de la composante palestinienne va encore augmenter. »
Par conséquent, les efforts visant à relancer l’accord sur le nucléaire iranien n’ont plus été à l’ordre du jour, d’autant plus après l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la coopération instaurée entre la Russie et l’Iran. De nombreux responsables américains nous ont dit qu’ils ne pouvaient pas conclure d’accord avec l’Iran tant que celui-ci aidait la Russie.
Israël souhaitait-il que les États-Unis fassent quelque chose après avoir bloqué les efforts iraniens visant à retirer le CGRI de la liste des organisations terroristes ?
À ce stade, l’administration Biden a compris qu’elle ne pouvait pas revenir sur le JCPOA et a donc tenté de parvenir à un nouvel accord avec l’Iran. Elle n’a même pas appelé cela un accord, car si elle disait qu’il s’agissait d’un « accord », elle devrait le soumettre à l’approbation du Congrès. Elle a donc cherché à conclure des mini-accords, qu’elle a appelés des « ententes », en vertu desquels l’Iran gèlerait son enrichissement en uranium à 60 %, s’abstiendrait d’ajouter de nouvelles centrifugeuses et ouvrirait ses installations nucléaires à davantage d’inspections. En contrepartie, les États-Unis s’engageaient à ne pas ajouter de nouvelles sanctions et à débloquer éventuellement des fonds gelés que l’Iran pourrait utiliser dans des circonstances humanitaires.
Cet effort a progressé sur une base très, très limitée, mais c’est tout ce que l’administration a réussi à faire. Elle a simplement cherché à gagner du temps et à maintenir la situation en l’état.
De manière plus générale, la menace iranienne comporte deux aspects : la question nucléaire, qui reste à l’ordre du jour puisque l’Iran se trouve à un stade très dangereux de ses efforts. Les États-Unis et Israël doivent se concentrer sur cette question au cours de l’année à venir. Grâce à ce que nous avons réussi à accomplir dans cette guerre, nous sommes aujourd’hui en bien meilleure position pour contrer le programme nucléaire iranien.
L’autre facette de la menace iranienne contre laquelle nous avons essayé de lutter était son hégémonie régionale, mais celle-ci a fini par être largement traitée dans le cadre de la guerre.
Vous avez mentionné votre rôle dans les négociations avec le régime Assad en Syrie au nom du Premier ministre Netanyahu. Pensez-vous que c’était une erreur d’essayer de conclure un accord de paix avec le régime Assad, compte tenu de la façon dont les choses se sont déroulées ?
Les tentatives de conclure un accord avec la Syrie ont commencé dès le mandat de Rabin, avec Ehud Barak et Ehud Olmert. La dernière tentative de conclure un accord a eu lieu fin 2010 et début 2011. Je faisais partie de l’équipe qui négociait au nom de Netanyahu, et les discussions semblaient sérieuses. Mais le « Printemps arabe » a éclaté, et tout le monde a estimé qu’il était inutile de poursuivre ces négociations alors qu’un soulèvement se déroulait en Syrie.
Ces négociations portaient-elles sur un retrait israélien du plateau du Golan ?
Oui, cela a fait partie intégrante de la discussion, qui a également porté sur les accords de sécurité, les garanties américaines et toutes sortes de questions connexes.
En raison du Printemps arabe, nous n’avons pas atteint un stade vraiment avancé dans ces négociations.
Netanyahu a mené ces discussions en 1998 par l’intermédiaire de Ron Lauder et d’autres personnes. Il les a reprises lorsqu’il est revenu au gouvernement (en 2009).
Même si Netanyahu a longtemps nié avoir négocié un éventuel retrait israélien du plateau du Golan.
D’accord. Mais le retrait d’une partie du plateau du Golan faisait bel et bien partie des discussions. Les conditions étaient très claires : la Syrie devait écarter complètement l’Iran et ses mandataires de toute implication dans le pays, établir des relations diplomatiques complètes avec Israël et faire preuve d’ouverture à l’égard de l’Occident. Il y avait toutes sortes de choses à faire pour que [le retrait israélien ait lieu], et personne ne peut vous dire si cela aurait changé la réalité ou si cela aurait tenu.
Et maintenant, qu’envisagez-vous de faire ?
J’ai l’intention de rester aux États-Unis pendant une courte période. Tout d’abord, pour me reposer et rattraper mon retard de sommeil.
Et dormir sans être dérangé par les manifestants.
Tout à fait.
C’était vraiment une période très agitée, avec des pressions très intenses. Je doute qu’aucun autre ambassadeur israélien aux États-Unis ait été contraint de faire face à de telles pressions de la part des deux camps.
Aujourd’hui, j’essaie de comprendre les choses et je prends mon temps pour planifier la suite de ma carrière.
Répondant aux critiques de Herzog, un ancien haut fonctionnaire du Département d’État de Biden a déclaré au Times of Israel :
En dehors des bombes de 900 kg, l’administration n’a retardé aucun matériel de défense et n’a pas non plus retardé l’examen d’un quelconque matériel de défense pour Israël. Point final.
Au lendemain du 7 octobre, l’administration Biden s’est efforcée d’honorer toutes les commandes en cours d’Israël, ce qui pouvait être fait très rapidement. Il était très facile d’honorer toutes les commandes en cours – tout ce qui pouvait être livré à partir des stocks américains. Ensuite, lorsqu’il s’agissait de nouvelles commandes, le Département d’État devait recommencer à zéro et procéder à un examen approfondi de la manière dont ces fournitures seraient utilisées. Ce processus est plus long car il faut tout reprendre depuis le début.
Le gouvernement israélien était habitué à ce que tout aille vite, mais il n’avait pas non plus besoin des choses immédiatement. Aucun bureaucrate ne pouvait arrêter ces ventes car le président Biden – comme le dit l’ambassadeur Herzog – ne voulait pas qu’elles s’arrêtent. Elles se sont donc poursuivies.
Y avait-il un éventail de points de vue au sein du département sur la manière de traiter la question de Gaza et sur la manière de traiter le soutien des États-Unis à Israël ? Absolument. Mais en fin de compte, c’était au secrétaire et au président de décider, et c’est pourquoi chaque fois qu’une décision parvenait au secrétaire, il soutenait la fourniture d’armes à Israël.
En ce qui concerne les approbations d’urgence, en particulier, nous avons utilisé un certain nombre de critères. Il s’agissait davantage d’une politique informelle visant à déterminer s’il fallait ou non aller de l’avant dans une situation d’urgence. Nous avons utilisé ces critères de manière générale, dans le monde entier, y compris pour l’Ukraine. Il y a eu deux urgences pour Israël, toutes deux en décembre 2023. Les critères à prendre en compte étaient les suivants : leurs stocks étaient-ils insuffisants pour un élément particulier ? Le transport de cet équipement serait-il suffisamment rapide pour faire la différence ? Pouvions-nous procéder différemment ?
En ce qui concerne les bulldozers, nous nous interrogions sur la manière dont ils seraient utilisés, mais les Israéliens nous ont dit que ce n’était pas une priorité et qu’ils comptaient se concentrer sur d’autres choses qui, selon eux, avançaient trop lentement. Si les bulldozers n’étaient pas une priorité pour eux, ils ne l’étaient pas non plus pour nous, car nous avions de toute façon des questions en suspens à ce sujet.
Il faut reconnaître que [l’ambassadeur Herzog] a beaucoup travaillé sur ce dossier. Ils étaient très frustrés de voir que les choses n’avançaient pas aussi vite qu’au lendemain du 7 octobre, et je pense qu’il s’agissait simplement d’un manque de compréhension du fonctionnement de notre processus, car les choses avaient pu avancer si rapidement auparavant. Le contraste était saisissant entre le fait d’honorer une commande qui avait déjà fait l’objet d’une procédure et le fait de repartir de zéro.
En règle générale, Israël entame ses processus des années à l’avance. Ce n’est pas un partenaire typique. Ils savent exactement ce qu’ils veulent lorsqu’ils négocient leur protocole d’accord quinze ans avant qu’il ne prenne fin.
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