Israël en guerre - Jour 237

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Les critiques s’élèvent contre la façon dont le gouvernement gère les liens avec les États-Unis

Le fossé grandissant entre Jérusalem et Washington sur la manière de gérer la guerre à Gaza a suscité la grogne des opposants et des membres de la coalition gouvernementale

Montage : À gauche, le président américain Joe Biden, à Wallingford, en Pennsylvanie, le 8 mars 2024. À droite,  le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Tel Aviv, le 28 octobre 2023. (Crédit : AP Photo)
Montage : À gauche, le président américain Joe Biden, à Wallingford, en Pennsylvanie, le 8 mars 2024. À droite, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Tel Aviv, le 28 octobre 2023. (Crédit : AP Photo)

La menace du président américain Joe Biden de ne pas livrer d’armes en cas d’incursion de grande envergure dans Rafah a suscité de vives critiques à l’intérieur du pays à l’encontre du Premier ministre Benjamin Netanyahu, les critiques fustigeant à la fois sa gestion des relations avec les États-Unis et les dénonciations « insultantes » de ses alliés d’extrême-droite à l’égard de l’allié le plus proche de Jérusalem.

« Le gouvernement est entièrement responsable du fait que cette affaire soit devenue un désaccord public en temps de guerre », a déclaré le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, sur la radio 103FM jeudi, en condamnant ce qu’il a qualifié de « gestion ratée » des relations bilatérales par le gouvernement.

Lapid a cité des remarques faites par Netanyahu lors de Yom HaShoah – le Jour de commémoration de  la Shoah -, dans lesquelles il s’engageait à faire cavalier seul en cas de besoin, quelques jours après la signature par Biden d’un projet de loi obtenu à grand peine, qui prévoit l’allocation de milliards de dollars d’aide étrangère à l’armée israélienne.

« Il n’était pas prévu d’en arriver là », a déclaré le chef de l’opposition. « Le Premier ministre, une minute après que les Américains nous ont donné 14 milliards de dollars, se tient à Yad Vashem à Yom HaShoah et déclare que ‘si Israël doit rester seul, il restera seul’. Les Américains ont été offensés par cette déclaration. »

Sur CNN mercredi soir, Biden a annoncé que son administration cesserait de fournir des armes offensives à Israël si ce dernier lançait une incursion terrestre dans les zones peuplées de la ville de Rafah, au sud de Gaza, dans le cadre de son opération visant à renverser le groupe terroriste palestinien du Hamas.

« J’ai été très clair avec Bibi [surnom de Netanyahu] et le cabinet de guerre : ils n’obtiendront pas notre soutien s’ils vont dans ces foyers de population », a déclaré Biden.

Les soldats de l’armée israélienne en opération à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 8 mai 2024. (Crédit : Armée israélienne/AFP)

L’interview accordée à CNN constitue la déclaration publique la plus sévère faite par Biden sur la question, alors que l’inquiétude grandit au sein de l’administration quant au fait qu’Israël ne prévoit pas de tenir compte des avertissements américains contre une opération majeure qui, selon la Maison Blanche, ne prendrait pas en compte le million et plus de Palestiniens réfugiés dans la ville la plus méridionale de la bande de Gaza.

En réponse à l’annonce de Biden, plusieurs membres du gouvernement de droite radicale de Netanyahu ont critiqué Biden, l’accusant de faiblesse et alléguant que ses actions étaient favorables au Hamas.

Le ministre du Patrimoine, Amichaï Eliyahu (Otzma Yehudit), a accusé Biden de suivre la voie de l’ancien Premier ministre britannique Neville Chamberlain, qui a tenté d’apaiser le dictateur allemand nazi Adolf Hitler en 1938. Itamar Ben Gvir, leader du parti Otzma Yehudit et ministre de la Sécurité nationale, a simplement tweeté : « Le Hamas (aime) Biden. »

En réponse, Lapid a exigé que Netanyahu renvoie Ben Gvir, déclarant que le fait de ne pas le faire « met en danger chaque soldat de l’armée israélienne et chaque citoyen de l’État d’Israël ».

La chef sortante du parti Avoda, Merav Michaeli, s’en est également pris à Netanyahu et à son gouvernement, écrivant sur X qu’ils « continuent d’aggraver la situation stratégique d’Israël et nous rapprochent de plus en plus d’un danger existentiel ».

« C’est ce que Netanyahu a fait tout au long de son mandat. Aujourd’hui, tout cela est étalé au grand jour, et son acolyte est un jeune homme embarrassant qui ne sait que crier ‘c’est moi le patron ici' », a-t-elle écrit, en faisant référence à Ben Gvir.  « Netanyahu est dangereux pour Israël », a-t-elle ajouté.

Depuis le début de la guerre avec ses différents fronts – contre le Hamas, le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, les Houthis du Yémen, tous soutenus par l’Iran – Israël a reçu des armes et des munitions, par voie aérienne et maritime, presque entièrement des États-Unis.

Mais malgré l’annonce de Netanyahu d’un « plan pluriannuel pour libérer Israël de sa dépendance à l’égard des achats extérieurs », des sources de l’industrie de la défense ont déclaré en janvier qu’aucune préparation n’avait été faite à ce jour pour de nouvelles lignes de production, et qu’aucune instruction n’avait été donnée aux usines pour qu’elles développent leurs capacités de production locale au lieu de dépendre des importations.

« Notre relation avec les États-Unis est le point d’ancrage le plus solide du concept de sécurité d’Israël. Ceux qui ne comprennent pas cela ou qui disent des bêtises et nuisent délibérément à nos relations – nuisent à la sécurité d’Israël », a déclaré au Times of Israel le député Evgeny Sova, du parti d’opposition Yisrael Beytenu.

Le leader de l’opposition Yaïr Lapid s’exprimant lors d’une cérémonie de commémoration de la Shoah au Kibboutz Yad Mordechaï, dans le sud d’Israël, le 5 mai 2024. (Crédit : Elad Gutman)

« Les tweets stupides des membres du gouvernement à l’égard des États-Unis nous causent des préjudices stratégiques. La responsabilité incombe en premier lieu au Premier ministre Benjamin Netanyahu pour ne pas avoir arrêté ce torrent qui a commencé avant même le 7 octobre. »

Certains membres de droite du gouvernement ont exprimé leur soutien à l’ancien président américain Donald Trump et leurs critiques à l’égard de Biden ces derniers mois.

En février, Ben Gvir avait déclaré que « si Trump était au pouvoir, la conduite des États-Unis serait complètement différente », tandis que le ministre du Patrimoine Amichaï Eliyahu avait averti que Biden « nous mène à un désastre ».

Le mois dernier, le ministre de la Diaspora, Amichaï Chikli, a déclaré que s’il avait été Américain, il aurait voté pour Trump.

Les critiques à l’encontre de Netanyahu et de ses alliés sont venues non seulement de l’opposition, mais aussi de membres de sa propre coalition, le député Matan Kahana (HaMahane HaMamlahti) écrivant sur X que « les relations avec les Américains devraient être gérées d’une manière qui nous permette de rester sur nos positions […] dans le cas de l’opération de Tsahal à Rafah, par exemple ».

« Les déclarations inutiles et stupides et les dommages causés à la confiance par le non-respect des décisions convenues avec les Américains nuisent à notre capacité à défendre notre position dans les moments et les points importants », a-t-il déclaré.

Le fait que Jérusalem « traîne les pieds » en ce qui concerne l’aide à Gaza « constitue une rupture de confiance avec notre ami », a-t-il ajouté. « Il en va de même des déclarations offensantes à l’encontre du président Biden et de l’ingérence inutile dans la politique intérieure américaine à l’encontre d’un président en exercice. »

La présidente de la commission du Statut des femmes de la Knesset, la députée Pnina Tamano-Shata, dirigeant une session à la Knesset, à Jérusalem, le 2 avril 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La collègue de Kahana, la députée Pnina Tamano-Shata (HaMahane HaMamlahti), a semblé être d’accord, déclarant au Times of Israel « qu’il est préférable et nécessaire pour Netanyahu de résoudre les différends avec le gouvernement américain à huis clos », de préférence avant qu’ils ne deviennent publics.

À la question de savoir qui est responsable du fossé grandissant avec les États-Unis au sujet des opérations de Tsahal à Gaza, Danny Danon (Likud) a répondu que la seule chose à reprocher au gouvernement était d’avoir ralenti le rythme des opérations militaires l’année dernière.

« Nous aurions dû avancer à toute vitesse et nous serions déjà dans l’après-Rafah », a-t-il déclaré.

Son commentaire fait écho aux critiques de la droite, comme le président du parti Tikva Hadasha, Gideon Saar, qui s’est déjà plaint « qu’il était nécessaire d’agir plus rapidement » dans la bande de Gaza.

Le président Isaac Herzog est également intervenu, déclarant que « même lorsqu’il y a des désaccords et des moments de déception entre amis et alliés, les différends devraient être résolus d’une certaine manière, et il nous incombe à tous d’éviter les déclarations et les tweets sans fondement, irresponsables et insultants qui nuisent à la sécurité nationale et aux intérêts de l’État d’Israël ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le président Isaac Herzog à la cérémonie de Yom HaShoah, à Yad Vashem, à Jérusalem, le 5 mai 2024. (Crédit : Capture d’écran Yad Vashem)

S’exprimant lors d’une cérémonie nationale commémorant la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie, Herzog a annoncé qu’il souhaitait « remercier le président Biden, qui est un grand ami de l’État d’Israël et qui l’a prouvé dès le premier jour de la guerre ».

Une majorité écrasante d’Israéliens estiment que Netanyahu doit assumer la responsabilité des échecs stupéfiants qui ont conduit à l’assaut barbare et sadique du Hamas, au cours duquel des terroristes ont tué près de 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et en ont enlevé 252 autres.

62 % des Israéliens – Juifs et Arabes – estiment qu’il est temps que les responsables des échecs du 7 octobre démissionnent de leurs fonctions, selon un sondage réalisé le mois dernier par l’Institut israélien de la démocratie (IDI).

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