Israël en guerre - Jour 281

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Analyse

Netanyahu veut-il vraiment développer la production d’armes en Israël ?

Le Premier ministre a souligné à deux reprises la nécessité de l'autosuffisance, et le ministère de la Défense a pris le mois dernier une décision de principe en ce sens. Mais rien n'a encore changé

Équipement militaire fourni par les États-Unis arrivant en Israël, décembre 2023. (Crédit : Bureau du porte-parole du ministère de la Défense)
Équipement militaire fourni par les États-Unis arrivant en Israël, décembre 2023. (Crédit : Bureau du porte-parole du ministère de la Défense)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a récemment affirmé à deux reprises qu’Israël devait réduire sa dépendance aux équipements militaires importés.

Il l’a dit lors d’une conférence de presse d’un samedi soir, mais comme les médias n’ont guère prêté attention à cette déclaration, il l’a répétée au début d’une réunion du cabinet du dimanche qui suivait.

« L’armée israélienne se prépare à ne plus dépendre du reste du monde », a affirmé le Premier ministre, ajoutant que la guerre contre le Hamas avait contraint Israël à des dépenses plus importantes que prévu en matière de défense. Le gouvernement devra investir dans un « plan pluriannuel pour affranchir Israël de sa dépendance aux achats étrangers », a-t-il déclaré. « Il nous faudra nous équiper localement, grâce à des moyens de production locaux. »

Depuis le début de la guerre engagée sur plusieurs fronts – contre le groupe terroriste Hamas, le groupe terroriste chiite libanais Hezbollah et les Houthis – Israël est approvisionné en armes et en munitions, par voie aérienne et maritime, presque exclusivement par les États-Unis. Le groupe Telegram du ministère de la Défense rassemble la plupart des données à ce sujet, et des livraisons importantes y sont annoncées tous les deux ou trois jours.

Pour se rendre compte de l’ampleur de l’engagement des Etats-Unis en faveur de la sécurité d’Israël, il suffit de voir le nombre d’avions et de bateaux qui sont arrivés en Israël. Les dirigeants américains répètent aussi dans tous leurs discours leur soutien indéfectible à Israël.

Le premier avion transportant des armes américaines a atterri en Israël le 11 octobre, selon le ministère de la Défense. Depuis lors, l’approvisionnement a été constant. Le 20 octobre, moins de deux semaines après le début de la guerre, le ministère de la Défense a indiqué que le 45e avion américain, transportant des armes, des jeeps et des ambulances militaires, avait atterri.

Une livraison de véhicules blindés en provenance des États-Unis atterrit en Israël, le 6 décembre 2023. (Crédit : ministère de la Défense)

L’arrivée de 100 avions et de cinq cargos a été signalée début novembre (ainsi qu’un achat de 10 milliards de shekels auprès des entreprises de l’industrie militaire israélienne). Le 2 novembre, Israël recevait 3 000 tonnes d’armes américaines, des véhicules blindés, des équipements et des casques de protection et bien d’autres choses encore.

Un mois après le début de la guerre, le ministère de la Défense a annoncé l’arrivée dans le port d’Ashdod d’un navire transportant 2 500 tonnes de matériel militaire répartis dans 170 conteneurs. Le navire, qui semblait être parti des États-Unis, était escorté par un navire de guerre de la marine israélienne.

Au total, au cours du premier mois de la guerre, Israël a reçu 123 avions et sept navires transportant 7 000 tonnes d’armes et d’équipements militaires.

Un mois plus tard, le 6 décembre, le ministère de la Défense a annoncé l’arrivée du 200e avion, portant ainsi à 10 000 tonnes le total des équipements militaires. Et les livraisons se poursuivent.

Décision de principe

À la mi-décembre, le ministère de la Défense a pris la décision de principe de changer de politique et de renforcer les industries militaires locales au lieu de continuer à dépendre excessivement des importations d’armes.

« L’une des leçons que nous avons tirées de la guerre est la nécessité de renforcer notre indépendance et notre industrie », écrivait alors Eyal Zamir, directeur général du ministère de la Défense. « C’est la politique du ministre de la Défense Yoav Gallant et nous nous efforçons de l’appliquer. »

Zamir a ajouté que les investissements dans l’expansion des lignes de production locales étaient essentiels pour répondre aux besoins de Tsahal, qu’ils auraient des avantages à long terme et qu’ils généreraient un flux de trésorerie massif dans l’économie tout en soutenant les futures exportations de défense.

Machines dans une usine de fabrication de véhicules blindés, 27 décembre 2023. (Crédit : ministère de la Défense)

Le président de l’Association des industriels d’Israël, Ron Tomer, a récemment déclaré au Times of Israel qu’il y a quatre mois, certaines lignes de production de l’industrie militaire israélienne, notamment celles qui fabriquent des pièces pour les véhicules blindés, étaient sous-exploitées et que l’on craignait que les restrictions budgétaires n’entraînent une réduction des commandes et un déficit d’équipement de Tsahal.

« Nous craignions qu’un manque de budget de Tsahal ne se traduise par une réduction des équipements en général », a expliqué Tomer. « Il existe en Israël environ 200 entreprises impliquées dans les différentes étapes de la construction de véhicules blindés. Si Tsahal réduit le nombre de véhicules blindés dont il a besoin, les entreprises qui exploitent les lignes de production qui fabriquent les pièces cessent d’être économiquement viables ; les pièces n’étant pas exportées séparément. »

La guerre a souligné la nécessité de maintenir ces entreprises, a-t-il ajouté. Des véhicules blindés endommagés ont été retirés de Gaza et 95 % d’entre eux ont été réparés et remis en service. « Imaginez ce qui se passerait si cette industrie [locale de pièces détachées et de maintenance] n’existait pas et si nous devions envoyer des véhicules blindés à l’étranger pour les faire réparer », a ajouté Tomer.

Qu’est-ce qu’Israël devra encore importer ?

Même avec l’augmentation prévue de la production militaire locale, Israël ne fabriquera pas d’avions de chasse, d’hélicoptères, de navires de guerre ou de sous-marins. Les systèmes internes installés dans les avions, les hélicoptères, les sous-marins et les navires devront également être importés, car les fabricants étrangers ne permettent pas de séparer le produit principal des systèmes installés, à l’exception d’ajustements locaux pour les logiciels de navigation et de correspondance.

Des sources au sein de l’industrie de la défense auraient cru comprendre de Netanyahu que ses objectifs de stimulation de la production locale se concentraient principalement sur la fabrication d’obus, d’armes de précision, de drones, de chars, de jeeps et de divers systèmes de radars.

Machines dans une usine de fabrication de véhicules blindés, 27 décembre 2023. (Crédit : ministère de la Défense)

La plupart de ces produits sont déjà fabriqués en Israël, l’industrie la plus importante étant celle des armements de toutes sortes. Il existe également une volonté d’établir une capacité de conversion de missiles simples en armes de précision, via des systèmes tels que le kit Joint Direct Attack Munition (JDAM) fabriqué par des entreprises américaines, notamment Boeing.

Un autre produit qu’Israël voudrait fabriquer est le missile Hellfire, utilisé par Tsahal depuis des dizaines d’années. Ces roquettes sont lancées à partir d’hélicoptères ou de navires et sont destinées à des cibles plus petites telles que des véhicules. Le missile est généralement utilisé pour frapper des terroristes de manière ciblée et dispose d’une version plus petite équipée de petites lames plutôt que de matériaux explosifs afin de minimiser les dommages.

Lors de l’opération Bordure protectrice de 2014, l’administration Obama avait interrompu la livraison de missiles Hellfire destinés aux hélicoptères Apache de l’armée de l’air israélienne afin de faire pression sur Netanyahu pour qu’il mette fin à ce conflit. L’armée de l’air a décidé d’adapter ses missiles Spike pour pouvoir les lancer depuis les Apache, afin de ne pas dépendre des futures livraisons de missiles Hellfire.

Les membres du cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une réunion pour approuver le budget 2024 amendé, le 15 janvier 2024. (Crédit : Haim Zach, GPO)

Les annonces faites par Netanyahu ces derniers jours font suite non seulement aux projets déclarés du ministère de la Défense concernant une politique de production locale renforcée, mais aussi à la publication par l’ancien ministre de la Défense Avigdor Liberman d’un programme de défense qui soulignait, entre autres, que « le stockage et les productions d’armes en Israël » devaient être étendus.

Des sources de l’industrie de la défense ont toutefois indiqué au Times of Israel qu’aucun dispositif n’avait été mis en place à ce jour pour créer de nouvelles lignes de production et qu’aucune instruction n’avait été donnée aux usines pour qu’elles développent leur capacité de production locale au lieu de s’appuyer sur les importations.

Un navire de guerre de la marine israélienne accompagne un navire américain transportant du matériel militaire vers Israël, le 9 novembre 2023. (Crédit : ministère de la Défense)

Netanyahu essayerait-il simplement de faire comprendre aux États-Unis qu’Israël ne souhaite pas continuer à dépendre de la bonté de l’actuel ou du prochain président ?

Peut-être, mais une telle décision présente de nombreux avantages au niveau local, notamment l’élargissement du cercle des employeurs de l’industrie de la défense, qui fournira du travail localement en période de difficultés économiques.

Un autre avantage est la capacité d’approvisionnement rapide en cas de guerre. Même si les États-Unis maintiennent en Israël d’énormes entrepôts d’armes dans le cadre de leur politique de « stocks de réserve de guerre pour les alliés – Israël », Israël n’est pas autorisé à utiliser les armes qui s’y trouvent sans l’autorisation explicite des États-Unis. Le volume considérable des livraisons d’armes depuis le début de la guerre laisse à penser que les entrepôts américains en Israël sont loin d’être suffisants pour répondre aux besoins réels en temps de guerre.

Un troisième avantage est que le développement de la production en Israël permettrait de dégager des fonds pour la défense. Moins Israël dépensera à l’étranger pour l’achat d’armes, plus il disposera de fonds pour l’achat de produits importants tels que les avions et les hélicoptères.

Quelle est la faisabilité d’un tel changement ?

Selon des sources du secteur, les trois principales entreprises de l’industrie aérospatiale, Israel Aerospace Industries (IAI), Rafael et Elbit, seraient en mesure de mettre en place de nouvelles lignes de production assez rapidement.

Elles pourraient être opérationnelles dès que la commande aura été passée et que les ressources nécessaires auront été fournies. Pour ce faire, le ministère de la Défense et son directeur général devront prendre les devants, car ce type d’initiative n’est généralement pas du ressort du cabinet du Premier ministre.

En ce qui concerne l’IAI, la question de la privatisation est à l’ordre du jour depuis un certain nombre d’années et, alors que les gouvernements intérimaires qui se sont succédé lors de cinq élections différentes ont eu du mal à la faire avancer, le directeur intérimaire de l’Autorité des entreprises publiques, Yaakov Quint, semble aujourd’hui prêt à s’y atteler.

Un avion atterrit en Israël avec du matériel militaire en provenance des États-Unis, le 20 octobre 2023. (Crédit : Autorisation)

Tomer a confié au Times of Israel qu’il soutenait cette initiative et qu’il ferait pression pour renforcer la concurrence sur le marché. L’expansion des lignes de production existantes et l’introduction de nouvelles lignes, a-t-il souligné, devraient s’étendre au-delà de l’IAI, parmi les entreprises locales tant grandes que petites.

Cet article a été traduit et adapté de la version originale en hébreu, publiée sur le site Zman Yisrael du Times of Israel.

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