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Le chef démocrate du Sénat américain appelle à l’organisation d’élections en Israël

L'appel du démocrate juif le plus influent des Etats Unis, et fidèle soutien d'Israël, a été condamnée par le Likud et saluée par Lapid ; l'administration Biden se distancie prudemment des ses propos

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le chef de la majorité au Sénat des États-Unis, Chuck Schumer, prendra la parole au Sénat le 14 mars 2024. (Crédit : Capture d’écran X)
Le chef de la majorité au Sénat des États-Unis, Chuck Schumer, prendra la parole au Sénat le 14 mars 2024. (Crédit : Capture d’écran X)

Le chef démocrate du Sénat américain, Chuck Schumer, a appelé jeudi à l’organisation d’élections en Israël, qualifiant le Premier ministre Benjamin Netanyahu « d’obstacle pour la paix ».

« Une coalition menée par Netanyahu ne correspond plus aux besoins d’Israël après le 7 octobre », date de début de la guerre avec le Hamas, a déclaré l’influent élu américain lors d’un discours. « Le monde a changé – et radicalement – et le peuple israélien est aujourd’hui étouffé par une vision gouvernementale figée dans le passé », a ajouté Schumer.

Chuck Schumer, chef de la majorité démocrate au Sénat et l’élu juif le plus haut-placé aux Etats-Unis, s’était jusqu’ici montré très prudent dans ses critiques contre Israël, qui mène une offensive de plus en plus contestée à Gaza.

« Je pense que le Premier ministre Netanyahu s’est égaré, en laissant sa survie politique passer avant l’intérêt supérieur d’Israël, en se prêtant à une coalition avec des gens d’extrême droite comme [le ministre des Finances] Bezalel Smotrich ou [celui de la Sécurité intérieure] Itamar Ben-Gvir », a affirmé le parlementaire démocrate depuis l’hémicycle du Sénat.

« Palestiniens extrémistes et Israéliens extrémistes ont le même objectif : du Jourdain à la mer Méditerranée, ils veulent chasser l’autre de ces terres », a ajouté Schumer.

« Si la coalition actuelle du Premier ministre Netanyahu reste au pouvoir dans l’après-guerre avec les mêmes politiques dangereuses et provocatrices qui mettent à l’épreuve les règles de conduite américaines en matière d’assistance, alors les États-Unis n’auront pas d’autre choix que de jouer un rôle plus actif dans l’élaboration de la politique israélienne en utilisant notre influence pour changer le cours actuel des choses » a poursuivi Schumer lors de son discours au Sénat.

Cinq mois après le début du conflit, Israël est à un « point critique », a estimé Chuck Schumer, assurant que « de nouvelles élections étaient la seule manière de permettre la tenue d’un processus décisionnel sain » sur l’avenir du pays.

Schumer est depuis longtemps un des piliers de la ligne pro-israélienne du Parti démocrate, même s’il devenu plus critique envers la politique de Jérusalem depuis que le pays penche à droite et que lui-même s’est hissé à la tête d’un parti qui penche vers la gauche.

Il est le plus haut responsable juif élu de toute l’histoire des États-Unis.

Avant ses commentaires cinglants sur le leadership de Netanyahu, Schumer a consacré une grande partie de son discours à souligner qu’il soutenait fermement le droit d’Israël à se défendre et qu’il s’irritait des critiques internationales sur l’effort de guerre de Jérusalem, qui, selon lui, ignoraient trop souvent les crimes du Hamas et son utilisation des civils de Gaza comme boucliers humains.

Pourtant, il a présenté Netanyahu comme l’un des quatre principaux obstacles à la paix, aux côtés du Hamas, du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et des Israéliens radicaux de droite.

Tant qu’ils ne seront pas retirés de l’équation, a déclaré Schumer, « il n’y aura jamais de paix en Israël, à Gaza et en Cisjordanie ».

« En tant que démocratie, Israël a le droit de choisir ses propres dirigeants, et nous devons le respecter. L’important, c’est que les Israéliens aient le choix. Il doit y avoir un nouveau débat sur l’avenir d’Israël suite au 7 octobre », a déclaré Schumer.

« À mon avis, la meilleure façon d’y parvenir est d’organiser des élections », a-t-il dit.

« Personne ne s’attend à ce que le Premier ministre Netanyahu fasse quoi que ce soit pour briser le cycle de la violence, pour préserver sa crédibilité sur la scène mondiale, pour travailler à une solution à deux États », a-t-il poursuivi. « Israël ne survivra pas s’il devient un paria. »

« Pour qu’il y ait un espoir de paix, Abbas doit démissionner et être remplacé par une nouvelle génération de dirigeants palestiniens qui travailleront à la réalisation de la paix avec un État juif. »

« Je me sens très responsable en ma qualité de Shomer Yisroel – de gardien du peuple d’Israël », a-t-il dit.

Schumer a assuré que si Israël resserrait son emprise sur Gaza et la Cisjordanie et créait un « État unique de facto », il ne devrait pas s’attendre à ce que le Hamas ou ses alliés déposent les armes. Cela pourrait même conduire, selon lui, à une guerre permanente.

Le Likud, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, s’est également attaqué au leader de la majorité au Sénat américain.

« Israël est une démocratie indépendante et fière qui a élu le Premier ministre Netanyahu, et non une république bananière », a fait remarquer le parti dans un communiqué.

« Le Premier ministre Netanyahu mène une politique déterminée qui est soutenue par une grande majorité de la population. »

« Contrairement aux propos de Schumer, le peuple israélien soutient une victoire totale sur le [groupe terroriste palestinien du] Hamas, rejette tout diktat international visant à établir un État terroriste palestinien, et s’oppose au retour de l’Autorité palestinienne à Gaza », a poursuivi le parti de Netanyahu, sans fournir de preuves.

« On attend du sénateur Schumer qu’il respecte le gouvernement élu d’Israël et qu’il ne l’affaiblisse pas. C’est toujours vrai, mais d’autant plus en temps de guerre. »

Le ministre membre du cabinet de guerre Benny Gantz, l’un des principaux rivaux politiques de Netanyahu qui détient une avance significative sur le premier ministre dans les sondages, a écrit sur X que les remarques de Schumer étaient inappropriées.

Benny Gantz, à gauche, membre clé du cabinet de guerre israélien, est accueilli par le chef de la majorité du Sénat, Chuck Schumer, pour une réunion privée au Capitole à Washington, le 5 mars 2024. (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite)

« Les États-Unis et Israël partagent des valeurs et des intérêts communs, et les citoyens d’Israël apprécient profondément la position claire des États-Unis en faveur d’Israël en ces temps difficiles », a écrit Gantz. « Le chef de la majorité au Sénat, Chuck Schumer, est un ami d’Israël et, bien qu’il se soit trompé dans ses remarques, il joue un rôle important dans l’aide apportée à l’État d’Israël, y compris en ces temps difficiles.

« Israël est une démocratie forte, et seuls ses citoyens détermineront sa direction et son avenir. Toute intervention extérieure dans ce domaine est incorrecte et inacceptable », a tweeté Gantz.

L’ambassadeur israélien Michael Herzog a également critiqué Schumer.

« Israël est une démocratie souveraine. Il est inutile – d’autant plus qu’Israël est en guerre contre l’organisation terroriste génocidaire du Hamas – de commenter la scène politique intérieure d’un allié démocratique. C’est contre-productif par rapport à nos objectifs communs », a déclaré Herzog par voie de communiqué.

Le chef des républicains du Sénat, Mitch McConnell, a déclaré au Sénat, immédiatement après les propos de Schumer, qu’Israël « mérite un allié qui agit comme tel » et que les observateurs étrangers « devraient s’abstenir de peser sur la balance ».

 

Le Parti démocrate a un problème anti-israélien, a déclaré McConnell. « Soit nous respectons leurs décisions, soit nous ne respectons pas leur démocratie », a-t-il déclaré.

Lors d’une retraite du parti démocrate en Virginie occidentale, le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, a qualifié le discours de Schumer « d’inapproprié ».

 

« Il est tout simplement inadmissible qu’un dirigeant américain joue un rôle aussi discordant dans la politique israélienne alors que notre allié le plus proche dans la région est engagé dans une bataille existentielle pour sa survie », a déclaré le républicain.

La Maison-Blanche a semblé prendre ses distances avec l’appel du chef de la majorité démocrate au Sénat.

« Nous savons que le dirigeant Schumer y est très attaché », a déclaré le porte-parole du Conseil de sécurité nationale des États-Unis, John Kirby, lors d’un briefing, affirmant que la Maison Blanche « le laissait libre de ses propos ».

« Nous continuons de veiller à ce qu’Israël ait le nécessaire pour se défendre tout en faisant tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter les pertes civiles », a conclu Kirby.

L’ancien ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, a également commenté la déclaration de Schumer, se disant dégoûté que « le chef de la majorité au Sénat prône publiquement un changement de régime au milieu d’une guerre »

Le chef de l’opposition israélienne, Yair Lapid, a, pour sa part, déclaré que l’appel à des élections en Israël pour remplacer le Premier ministre Benjamin Netanyahu de Schumer, était « la preuve que, les uns après les autres, [le Premier ministre] perdait les plus importants soutiens d’Israël aux États-Unis ».

Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, s’opposant au budget amendé de 2024 lors d’un débat à la Knesset, à Jérusalem, le 13 mars 2024. (Crédit : Noam Moskowitz/Bureau du porte-parole de la Knesset)

« Le pire, c’est qu’il le fait exprès », a dit Lapid, sans preuve.

« Netanyahu cause préjudice à l’effort national pour gagner la guerre et garantir la sécurité d’Israël. »

« Trahison »

« Alors qu’Israël continue de se battre contre des terroristes barbares, le démocrate le plus puissant du Congrès donne un coup de poignard dans le dos de l’État juif », a déclaré la Coalition juive républicaine par voie de communiqué, en réaction au discours du chef de la majorité au Sénat.

La Coalition juive républicaine a ajouté que Schumer « avait pris le petit guide d’Obama en 2015… et prononcé un discours dans lequel il exigeait que le gouvernement démocratiquement élu d’Israël soit évincé du pouvoir et remplacé par un autre, plus à son goût. »

« Le sénateur Schumer a dépassé les bornes. Il est scandaleux et inacceptable de s’immiscer ainsi dans la politique intérieure d’Israël en exigeant qu’un allié démocratique organise des élections selon notre calendrier, en particulier alors au moment où l’État juif se bat pour survivre. »

« Le sénateur Schumer a beau se présenter volontiers comme un ‘Shomer’ – un gardien – du peuple juif – il ne fait aucun doute que ses propos d’aujourd’hui sont une véritable ‘Shanda’ – une honte. »

Le chef de la majorité, le Sénateur Chuck Schumer, Démocrate de New York, arrive à Capitol Hill, Washington, le 18 décembre 2023. (Crédit : AP Photo/Mariam Zuhaib)

L’AIPAC a également réagi au discours de Schumer : « Israël est une démocratie indépendante qui décide elle-même de la tenue d’élections et choisit ses propres dirigeants »

« L’Amérique doit continuer à soutenir son allié Israël et veiller à ce qu’il dispose du temps et des ressources nécessaires pour gagner cette guerre. »

« Le Hamas porte l’entière responsabilité de ce conflit. L’espoir d’un avenir meilleur pour le Moyen-Orient commence par la défaite décisive du Hamas par Israël », a ajouté l’AIPAC, faisant écho aux commentaires de Netanyahu.

Halie Soifer, présidente du Conseil démocratique juif d’Amérique, a estimé que Schumer, a « fait quelque chose de grand » en appelant à des élections en Israël.

« Il a dit tout haut ce que pense l’écrasante majorité des Juifs américains pense tout bas en ce qui concerne notre engagement profond envers Israël et notre inquiétude quant à son avenir en tant qu’État sûr, juif et démocratique », écrit Soifer sur Twitter.

« Yasher koa’h [ndlt : bravo] à lui pour avoir fait preuve d’une telle clarté morale, d’une telle conviction et d’un tel leadership. »

Le sénateur John Fetterman, qui est de loin le démocrate le plus pro-israélien du Sénat depuis le 7 octobre, a déclaré qu’il est d’accord avec 99 % des propos tenus par Schumer.

Le sénateur John Fetterman, D-Pa, tient un petit drapeau israélien alors qu’il se dirige vers la chambre pour un vote, au Capitole à Washington, le 25 janvier 2024. (Crédit : J. Scott Applewhite/AP)

« Je respecte tout ce qu’il a dit ce matin et il n’est pas nécessaire que je sois d’accord avec 100 % de ce qu’il dit », a déclaré Fetterman, selon Jewish Insider.

Après des mois de soutien quasi inconditionnel à l’offensive israélienne, le président américain Joe Biden a lui aussi dû hausser le ton face à la crise humanitaire à Gaza.

Le dirigeant démocrate, candidat à sa réélection, fait face aux pressions d’une partie de son électorat.

Dans le Michigan, de nombreux Démocrates, parmi lesquels une forte proportion de membres de l’importante communauté arabo-américaine de cet Etat-clé, menacent de ne pas voter pour lui contre le Républicain Donald Trump, pourtant lui sans nuance dans son soutien à Israël.

L’AFP a contribué à cet article.

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