Israël en guerre - Jour 199

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Biden affirme que Netanyahu « fait plus de mal à Israël qu’il ne l’aide » 

Selon le président américain, l'entrée à Rafah est une "ligne rouge et il ne peut y avoir 30 000 morts de plus à Gaza" - mais il n'abandonnera jamais Israël et continuera à fournir des armes, a-t-il dit

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le président américain Joe Biden interviewé par MSNBC, le 9 mars 2024. (Crédit : Capture d'écran MSNBC)
Le président américain Joe Biden interviewé par MSNBC, le 9 mars 2024. (Crédit : Capture d'écran MSNBC)

Le président américain Joe Biden a indiqué samedi qu’il était prêt à retourner en Israël et même à s’exprimer devant la Knesset, afin d’inciter Jérusalem à modifier radicalement sa façon de mener la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.

Lors d’une interview percutante sur MSNBC, Biden a également souligné les vives inquiétudes des États-Unis concernant les morts de civils à Gaza. Il a affirmé que le Premier ministre Benjamin Netanyahu faisait plus de mal que de bien à Israël et à ses intérêts et il a qualifié de « ligne rouge » l’incursion prévue par l’armée israélienne dans Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.

Alors que les divergences entre Washington et Jérusalem se sont accrues au sujet de la guerre, certains experts de gauche ont exhorté Biden à contourner le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu et à s’adresser directement au peuple israélien – à la Knesset ou ailleurs – en tirant parti de son regain de popularité après son discours sur l’état de l’Union, et ce pour tenter de vendre la vision américaine de la fin de la guerre à Gaza.

Cette vision commence par une trêve prolongée garantie par un accord de libération des otages – une trêve suivie par l’aide apportée dans la reconstruction de Gaza par les pays arabes parties prenantes. Elle prévoit le retour d’une Autorité palestinienne (AP) restructurée pour gouverner l’enclave ; la normalisation des liens entre l’Arabie saoudite et Israël, la création d’une voie vers un État palestinien et le renforcement d’un alignement régional plus large contre l’Iran.

L’interviewer de MSNBC n’est pas entré dans ces détails, se contentant de demander au président américain s’il serait prêt à retourner en Israël et à s’adresser à la Knesset.

« Oui », a répondu Biden, sans plus de précisions.

À la question de savoir si ce serait à l’invitation de Netanyahu ou du président Isaac Herzog, Biden a répondu : « Je préfère ne pas en parler davantage. »

Interrogé sur le fait de savoir si sa réponse initiale signifiait que l’idée d’un discours à la Knesset avait été discutée avec ses collaborateurs, le président américain a répondu : « Cela ne veut rien dire. »

C’est la première fois que le président révèle son intention de prendre cette mesure d’envergure, lors d’une interview au cours de laquelle il a également continué à employer une rhétorique plus agressive à l’encontre d’Israël. Cette rhétorique s’est intensifiée à la suite d’un incident qui a fait de nombreuses victimes le 29 février, lorsque des dizaines de Palestiniens ont été tués alors qu’ils tentaient de collecter de l’aide humanitaire dans la ville de Gaza, où l’ordre public s’est effondré en raison des conditions désastreuses qui y règnent.

Explication de la remarque « Come to Jesus » relative à Netanyahu

Après son discours de jeudi sur l’état de l’Union, Biden a été surpris en train de dire à un législateur démocrate que Netanyahu et lui avaient besoin d’une réunion « Come to Jesus » – expression américaine pour parler d’une conversation franche – au sujet de la question humanitaire avec une situation qui reste préoccupante à Gaza.

« Il s’agit d’une expression utilisée dans le sud de mon État qui signifie ‘une rencontre sérieuse' », a déclaré Biden à MSNBC. « Je connais Bibi [Netanyahu] depuis 50 ans et il sait ce que j’ai voulu dire. »

Le président a réaffirmé qu’Israël avait « le droit de traquer le Hamas », mais que le Premier ministre israélien devait accorder plus d’attention aux civils innocents pris entre deux feux.

« Ignorer les vies perdues est contraire à ce que représente Israël, et je pense que c’est une grave erreur », a affirmé Biden.

Le président américain Joe Biden (à droite) accueilli par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à l’aéroport international Ben Gurion, le 18 octobre 2023. (Crédit : Evan Vucci/AP)

Le président a maintenu que Netanyahu « fait plus de mal à Israël qu’il ne l’aide » et a semblé répéter l’argument qu’il avait déjà avancé par le passé, à savoir que le Premier ministre est en train de perdre la bataille de l’opinion publique dans le monde entier, avant de passer à un autre point, des disgressions qui se sont produites à maintes reprises au cours de l’interview.

En ce qui concerne ses projets pour l’après-guerre, Biden a déclaré qu’il s’efforçait tout d’abord d’obtenir un cessez-le-feu de six semaines, si possible avant le Ramadan qui commence ce lundi.

« Nous devrions nous appuyer sur ce cessez-le-feu », a-t-il poursuivi, notant qu’il était en contact avec des dirigeants arabes, dont l’Arabie saoudite, qui sont « prêts à reconnaître pleinement Israël [et] à commencer à reconstruire la région ».

« C’est là l’essentiel : ce qui se passera après Gaza. C’est une décision difficile à prendre, mais il y a beaucoup à faire », a souligné Biden.

Netanyahu a rejeté la vision américaine, se vantant ouvertement et à de multiples reprises d’avoir longtemps bloqué les efforts visant à créer un État palestinien.

Le refus du Premier ministre de coopérer avec le projet d’un retour de l’AP à la tête de Gaza a conduit l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis à avertir qu’ils ne participeraient pas au plan avancé par Israël, qui prévoit qu’ils prendront part à la reconstruction de la bande de Gaza.

Les principaux collaborateurs de Biden ont averti en début de semaine le ministre de la guerre en visite, Benny Gantz, que Jérusalem pourrait bien finir par occuper indéfiniment la bande de Gaza sans aucune aide de la communauté internationale si elle ne commence pas à proposer une alternative viable au groupe terroriste palestinien du Hamas.

Lignes rouges ?

Ce que l’armée israélienne dit être des habitants de Gaza autour de camions d’aide dans la ville de Gaza, sur une image tirée d’une vidéo diffusée le 29 février 2024. (Crédit : Aline Manoukian/Armée israélienne/AFP)

Les responsables américains reconnaissent en privé que leurs plans pour Gaza dépendent de l’obtention d’un cessez-le-feu de six semaines dans les jours à venir.

Ces derniers jours, les responsables américains ont déclaré que le Hamas était responsable de l’échec actuel des négociations, alors même qu’Israël, pour sa part, a accepté le cadre d’un éventuel accord.

Toutefois, Biden a déclaré samedi à MSNBC que « le Hamas souhaiterait un cessez-le-feu total, car il aurait alors une meilleure chance de survivre et probablement de se reconstituer ».

Les négociations pour la libération des otages ont semblé se heurter à un mur en fin de semaine, mais Biden a indiqué que le chef de la CIA, Bill Burns, se trouvait dans la région et qu’il y avait encore une chance qu’un accord soit conclu d’ici le Ramadan.

Netanyahu et Gantz ont tous deux souligné que, tôt ou tard, Israël irait de l’avant avec son projet de mener une incursion terrestre majeure dans Rafah, où se trouvent les derniers bataillons du groupe terroriste palestinien.

Les États-Unis ont affirmé qu’ils ne soutiendraient pas une telle opération tant qu’Israël n’aurait pas présenté un plan d’évacuation massive des civils de cette dernière zone de Gaza où se réfugient plus de la moitié des 2,3 millions d’habitants de l’enclave. Les États-Unis affirment qu’Israël n’a toujours pas proposé un tel plan, bien que Jérusalem insiste sur le fait qu’elle n’ira pas de l’avant sans s’assurer que les civils sont en sécurité.

Aucune opération de ce type ne devrait avoir lieu dans l’immédiat, étant donné qu’Israël a massivement réduit la présence de ses troupes à Gaza après que des dizaines de milliers de réservistes ont passé plus de 100 jours d’affilée à combattre dans la bande de Gaza, réussissant à réduire considérablement les effectifs du Hamas, même si le groupe terroriste subsiste.

À la question de savoir si une opération israélienne à Rafah constituerait une « ligne rouge », Biden a répondu : « C’est une ligne rouge », sans ajouter la qualification habituelle concernant le plan d’évacuation massive exigé par Washington.

Le président américain Joe Biden (au centre) se dirigeant vers un système de défense anti-missile « Dôme de fer », lors d’une visite à l’aéroport Ben Gurion, à proximité de Tel Aviv, en Israël, le 13 juillet 2022. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Mais il a ensuite semblé rétropédaler en déclarant : « Je n’abandonnerai jamais Israël. La défense d’Israël demeure primordiale. Il n’y a pas de ligne rouge [qui] me conduirait à interrompre nos livraisons d’armes au point que les Israéliens n’aient plus le Dôme de fer [système de défense antimissile] pour les protéger. »

Il a ensuite paru revenir sur sa position, déclarant : « Il y a des lignes rouges qui, si elles sont franchies et qu’ils continuent […] », avant de se raviser et d’affirmer : « [Il] ne peut pas y avoir 30 000 morts palestiniens de plus en conséquence de la lutte contre le [Hamas]. »

« Il y a d’autres moyens de gérer le traumatisme causé par le Hamas », a-t-il déclaré.

Il a de nouveau rappelé que, lors de sa visite en Israël en octobre, il avait prêché la prudence au cabinet de guerre, demandant à ses membres de ne pas répéter les erreurs commises par les États-Unis après le 11 septembre 2001.

« Nous avons poursuivi [le chef d’Al-Qaïda, Oussama] ben Laden jusqu’à ce que nous l’attrapions, mais nous n’aurions pas dû aller en Irak et en Afghanistan. Ce n’était pas nécessaire. Cela a causé plus de problèmes que cela n’en a résolu », a affirmé Biden à MSNBC.

Il a fait remarquer que les membres du cabinet de guerre avaient réfuté cet argument et lui ont rappelé que les États-Unis avaient bombardé l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale.

Mais ces destructions ont entraîné la mise en place du droit humanitaire qui régit la guerre, a rappelé Biden, ajoutant qu’Israël devrait respecter ce cadre.

Le président a insisté sur le fait qu’il faisait tout ce qui était en son pouvoir pour acheminer davantage d’aide à Gaza, soulignant qu’il avait fait pression sur Israël pour qu’il ouvre l’un de ses points de passage vers le nord de la bande de Gaza, où l’aide est particulièrement absente, Jérusalem cherchant à empêcher une résurgence des activités du Hamas dans cette moitié de l’enclave.

Les États-Unis ont effectué cinq largages aériens de plus de 150 000 repas pour les habitants de Gaza au cours de la semaine dernière. Plusieurs Palestiniens ont été tués en début de semaine lorsque l’un des parachutes transportant cette aide ne s’est pas ouvert correctement et qu’il a atterri sur des civils à grande vitesse, bien que l’armée américaine affirme que ces victimes résultent de largages effectués par un autre pays.

Néanmoins, Biden a déclaré : « Nous allons éviter cela à l’avenir » et il a ajouté que les États-Unis continueraient à travailler avec leurs alliés arabes pour acheminer de l’aide à Gaza, car « la situation est désespérée. La nourriture, les médicaments, tout est nécessaire, et tout de suite ».

Dans son discours sur l’état de l’Union, Biden a annoncé le lancement d’une mission militaire américaine d’urgence visant à construire un corridor maritime entre Chypre et Gaza et une jetée temporaire afin de permettre l’acheminement de l’aide depuis la mer Méditerranée.

L’armée américaine a envoyé samedi un navire transportant les premiers équipements nécessaires à la mise en place de l’embarcadère. Selon le Pentagone, le projet prendra environ 60 jours et nécessitera l’intervention d’environ 1 000 soldats américains, mais aucun d’entre eux n’aura à accoster à Gaza. Biden a déclaré vendredi qu’Israël serait chargé de sécuriser l’embarcadère, qui pourra à terme acheminer des centaines de camions d’aide à Gaza chaque jour.

Décrypter les électeurs au vote « non engagé »

Le journaliste de MSNBC a ensuite demandé à Biden de répondre aux électeurs pro-palestiniens dans des États comme le Michigan, où plus de 100 000 électeurs ont voté « sans engagement » – l’équivalent du vote blanc – lors des primaires présidentielles démocrates du mois dernier, principalement pour protester contre le soutien du président à Israël dans la bande de Gaza. (Ce chiffre représente 13,2 % des électeurs, soit trois points de pourcentage de moins que lors des primaires démocrates de 2012.)

Biden a rejeté l’idée que de nombreux électeurs penseraient qu’Israël mène un génocide à Gaza et il a reproché aux médias de présenter ses détracteurs de cette manière. « Vous portez des jugements que vous n’êtes pas capables de porter. Ce n’est pas ce qu’ont dit tous ces [électeurs non engagés]. »

Dans un effort manifeste pour éviter de se les aliéner davantage, Biden a semblé sympathiser avec ce segment mécontent de l’électorat.

Un volontaire demandant aux gens de voter blanc, au lieu de voter pour le président américain Joe Biden, lors de l’élection primaire du Michigan, à l’extérieur de l’école primaire McDonald à Dearborn, le 27 février 2024. (Crédit : Jeff Kowalsky/AFP)

« Ce qu’ils ont dit, c’est qu’ils sont très contrariés, et je ne leur en veux pas d’être contrarié. Leurs familles sont là-bas. Il y a des gens qui meurent. Ils veulent que l’on fasse quelque chose. Ils disent, ‘Joe, fais quelque chose’. »

« C’est pourquoi je fais tout ce que je peux pour essayer d’arrêter cela », a-t-il ajouté.

L’interview de Biden a été diffusée quelques heures après celle de la vice-présidente des États-Unis, Kamala Harris, sur la chaîne CBS, dans laquelle elle a tenté d’établir une distinction entre les Israéliens et leur gouvernement, affirmant que les deux ne devaient pas être confondus.

Les Israéliens méritent la sécurité et les États-Unis continueront à « défendre la sécurité d’Israël et de son peuple », a déclaré Harris à la chaîne CBS lorsqu’on lui a demandé si Jérusalem risquait de perdre le soutien de Washington pour sa gestion de la guerre à Gaza, déclenchée par l’attaque terroriste du Hamas en Israël, le 7 octobre, au cours de laquelle près de 1 200 personnes ont été tuées et 253 ont été enlevées et emmenées de force dans la bande de Gaza.

Harris a établi une distinction entre les Israéliens et leur gouvernement lors d’une interview télévisée vendredi, affirmant qu’il ne fallait pas faire d’amalgame entre les deux.

« Il est important pour nous de faire la distinction, ou du moins de ne pas confondre le gouvernement israélien et le peuple israélien. Le peuple israélien a droit à la sécurité, tout comme les Palestiniens. Dans la même mesure », a répondu Harris à la chaîne CBS, lorsqu’on lui a demandé si Jérusalem risquait de perdre le soutien de Washington pour sa gestion de la guerre à Gaza, déclenchée par le massacre perpétré par le groupe terroriste palestinien en Israël le 7 octobre.

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