La Knesset a adopté lundi à l’unanimité une loi qui interdit l’industrie des options binaires d’Israël, une vaste arnaque à plusieurs milliards de dollars qui a volé des millions de victimes dans le monde entier pendant dix ans.

La loi, qui entrera en vigueur dans trois mois, est le résultat direct de l’enquête du Times of Israël sur la fraude, à commencer par un article publié en mars 2016, intitulé, « Les Loups de Tel Aviv : la vaste arnaque immorale des options binaires d’Israël exposée ».

La loi donne à toutes les entreprises d’options binaires trois mois pour cesser leurs opérations. Après ce délai, quiconque impliqué dans les options binaires sera passible de deux ans de prison.

Cinquante-trois députés ont voté la loi, aucun n’a voté contre.

L’industrie des options binaires, dont une partie a fermé ces derniers mois pendant que la législation était étudiée à la Knesset, est une entreprise israélienne qui s’est épanouie sans quasiment aucune intervention des forces de l’ordre depuis 2007.

Lee Elbaz (Crédit : LinkedIn)

Lee Elbaz (Crédit : LinkedIn)

Moins de 20 Israéliens ont été arrêtés pour fraude aux options binaires, et aucun n’a été mis en examen.

En septembre, le FBI a arrêté Lee Elbaz, PDG d’une entreprise d’options binaires, à son arrivée à l’aéroport JFK de New York.

« Nous nous inquiétons du mouvement BDS [Boycott, Désinvestissements et Sanctions contre Israël], a écrit la députée de Koulanou Rachel Azaria dans sa présentation de la loi. Cette industrie a un énorme impact sur la manière dont Israël est perçu dans le monde. Nos fonctionnaires participent à des conférences internationales et leurs collègues à l’étranger froncent les sourcils, à cause de cette industrie. »

La loi interdisant l’industrie des options binaires a pris forme quand Shmuel Hauser, le président de l’Autorité des titres israélienne (ATI), alerté de l’échelle de la fraude par le Times of Israël, a promis en août 2016 qu’il prendrait les mesures nécessaires pour réprimer l’arnaque.

Ce même mois, Natan Sharansky, le président de l’Agence juive pour Israël, avait appelé le gouvernement à fermer cette industrie « répugnante et immorale ». Le bureau du Premier ministre a appelé en octobre 2016 à son interdiction dans le monde dernier.

En réponse au reportage du Times of Israël, la commission du Contrôle de l’Etat de la Knesset, dirigée par la députée de Yesh Atid Karin Elharar, a organisé une série de sessions au début de l’année pour discuter des moyens de répression de la fraude. Une fois le projet de loi de Hauser rédigé et approuvé par la commission des Lois, il a été étudié lundi par la commission des Réformes de la Knesset, dirigée par Azaria, pour son approbation finale, malgré la vive opposition des acteurs clés de l’industrie et de leurs lobbyistes.

Une réunion de la commission des Réformes de la Knesset sur les options binaires, le 31 juillet 2017. (Crédit : Times of Israël)

Une réunion de la commission des Réformes de la Knesset sur les options binaires, le 31 juillet 2017. (Crédit : Times of Israël)

Dans un discours explosif devant la commission des Réformes en août, Gabi Biton, numéro deux de la police israélienne, avait déclaré que les caïds du crime israélien étaient responsables de l’industrie des options binaires, et que le crime organisé du pays s’était massivement enrichi et renforcé car les forces de l’ordre n’ont pas compris, pendant des années, l’étendue du problème.

« Nos yeux ont été ouverts », a dit Biton, chargé des enquêtes sur les fraudes financières et le blanchiment d’argent. « Ce que nous voyons ici, c’est une entreprise de crime organisé massive. Nous parlons de criminels à différents niveaux du crime organisé, jusqu’aux plus hauts niveaux. »

Il avait juré que « nous utiliserons tous les outils à notre disposition pour éliminer ce phénomène. »

Fred Turbide et son épouse Maria Chaves-Turbide (Crédit : autorisation)

Fred Turbide et son épouse Maria Chaves-Turbide (Crédit : autorisation)

Le Times of Israël a organisé le témoignage des victimes de la fraude devant la commission, notamment celui de la famille de Fred Turbide, un Canadien, père de quatre enfants, qui s’est suicidé en décembre après avoir perdu les économies de toute une vie, volée par une firme d’options binaires israélienne.

A son sommet, les options binaires brassaient entre cinq et dix milliards de dollars par an. Des centaines d’entreprises ont opéré en Israël, employant des milliers d’Israéliens, arnaquant des clients dans le monde entier.

Les entreprises frauduleuses trompent leurs victimes en leur faisant croire qu’elles proposent des investissements lucratifs à court terme, mais dans l’écrasante majorité des cas, les clients finissent par perdre tout leur argent, ou presque, et ce du jour au lendemain. Les vendeurs de ces entreprises cachent généralement leur localisation, mentent sur ce qu’ils vendent, et utilisent de fausses identités.

La loi adoptée lundi est une version amendée du projet de loi présenté cette année. Le projet de loi initial interdisait non seulement toute l’industrie des options binaires, mais aussi les entreprises vendant des produits de Forex et des CFD depuis Israël sans licence.

Le texte a ensuite été édulcoré pour ne s’appliquer qu’aux options binaires. Les critiques ont affirmé que cela créait une faille et que, une fois la nouvelle loi entrée en vigueur, les entreprises frauduleuses d’options binaires se contenteront de changer les produits qu’elles proposent et continueront à arnaquer leurs clients.

Certains anciens des options binaires ont commencé à se concentrer sur d’autres domaines, notamment la vente de diamants ou les monnaies cryptées. D’autres ont délocalisé leurs activités, notamment en Ukraine et à Chypre.