WASHINGTON (JTA) – Il y a une différence frappante entre les propositions concurrentes au Congrès au sujet de la résolution du mois dernier votée au Conseil de Sécurité de l’ONU qui condamne les implantations israéliennes.

Les deux résolutions non contractuelles du Congrès condamnent le Conseil de Sécurité et l’administration Obama pour son abstention et son refus d’exercer son droit de veto.

Mais la différence réside dans le fait que dans l’une des deux résolutions, les termes « deux États » n’apparaissent pas. Dans la seconde, la solution à 2 États figure en bonne place.

Les co-auteurs des projets n’ont pas beaucoup parlé publiquement de ces différences, mais ce que l’introduction simultanée indique, c’est qu’une bataille se met en place pour savoir si la politique américaine considère que la solution à 2 États est toujours d’actualité.

D’un côté, la communauté pro-israélienne réunit la gauche et les centristes et sont dirigés par l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) qui cherche à préserver la solution à 2 États comme un aboutissement viable pour Israël et les Palestiniens.

De l’autre, la minorité conservatrice et souvent orthodoxe de la communauté juive américaine compte dans ses rangs des proches du président élu Donald Trump. Ils veulent que la solution à 2 états soit éliminée pour pouvoir entamer l’annexion de la Cisjordanie.

L’AIPAC remporte ce premier round.

Les républicains ont programmé un vote pour jeudi sur cette résolution, qui a le soutien du lobby. Ed Royce, représentant pour la Californie et président de la House Foreign Affairs Committee et le représentant démocrate Eliot Engel pour New York en sont les co-auteurs.

Ed Royce, homme politique américain membre du Parti républicain, représentant pour la Californie.(Crédit : Wikipedia Commons)

Ed Royce, homme politique américain membre du Parti républicain, représentant pour la Californie.(Crédit : Wikipedia Commons)

L’autre résolution, proposée par le représentant pour la Floride Dennis Ross, coordinateur adjoint de la majorité à la Chambre des représentants et membre de l’équipe de transition de Trump, est en suspens et doit être examinée par la Commission des Affaires étrangères.

La solution à 2 États figure en bonne place dans la résolution de Royce-Engel, dès le second paragraphe : « Attendu que les États-Unis ont toujours soutenu une décision négociée qui conduirait à une solution à 2 États viables, avec d’une part l’État juif et démocratique d’Israël et d’autre part, l’État palestinien démocratique, qui vivraient côte-à-côte en paix et en sécurité ».

Cette résolution appelle l’ONU à demander l’abrogation ou la correction de la résolution 2334 du Conseil de Sécurité afin qu’elle « ne soit plus partiale et anti-Israël ».

Mais ne comptez pas sur l’autre résolution pour en faire autant. Trump a nommé David Friedman au poste d’ambassadeur américain en Israël. C’est un donateur important au mouvement des implantations et il a nommé Jason Greenblat au poste de représentant spécial en charge des négociations internationales. Ce dernier à déclaré que les implantations ne sont pas un obstacle à la paix. La famille de son gendre Jared Kushner a également financé certaines implantations.

Jared Kushner assiste à la première de “A Film Unfinished” au MOMA-Celeste Bartos Theater à New York, le 11 août 2010. (Crédit : Jason Kempin/Getty Images via JTA)

Jared Kushner assiste à la première de “A Film Unfinished” au MOMA-Celeste Bartos Theater à New York, le 11 août 2010. (Crédit : Jason Kempin/Getty Images via JTA)

De plus, le parti républicain a révisé le texte et a supprimé la référence aux 2 États. Le collecteur de fonds, Jeff Ballabon, a déclaré à Buzzfeed qu’au sein du parti républicain, « il faut justifier la notion de solution à 2 États ».

Ce n’est peut-être pas encore totalement vrai, mais les co-auteurs de la résolution qui s’oppose à celle de Royce font partie de la droite anti-establishment du parti. Ils ont remporté des victoires impressionnantes au cours des dernières années, et ont notamment soutenu le vainqueur à la présidence, Paul Ryan.

La résolution désapprouve celle de l’ONU et l’abstention de l’administration Obama, et ne fait pas mention de la solution à 2 États.

« Les deux États » ont été omis, a déclaré le porte-parole de Ross, parce que la résolution était plus ciblée.

« Cette résolution est une réponse très ciblée au vote de l’ONU, et condamne particulièrement l’instruction du président Obama au sujet de l’abstention et de l’abandon de notre allié le plus proche », a déclaré Joni Shockey au JTA.

La résolution de Royce met l’accent sur le soutien à Israël dans sa quête pour la paix. Celle de Ross se focalise sur l’alliance, soulignant que le Congrès « affirme son engagement envers l’État d’Israël comme un ami loyal et un allié fiable au Moyen-Orient ».

Des versions de ces résolutions de la Chambre des représentants devraient être présentées par le Sénat dans les jours qui viennent.

Ballabon a déclaré au JTA que la résolution de Ross était plus sensée, parce qu’elle s’attelait directement à la résolution 2334 votée au Conseil de Sécurité.

« Au lieu de se focaliser sur le vrai crime commis par la résolution 2334, à savoir l’abandon d’Israël et le fait d’avoir légitimé le nettoyage ethnique des juifs de leur pays d’origine, la résolution de Royce déplore le dommage causé par la solution à 2 États, le fantasme fétiche d’un État pacifique de l’OLP, » a-t-il écrit à JTA dans un e-mail.

Donald Trump et l'avocat David Friedman sortent de l'immeuble fédéral à laz suite d'une apparition devant le Tribunal des Faillites, le jeudi 25 février 2010 à n Camden, New Jersey. (Crédit : Bradley C Bower/Bloomberg News, via Getty Images / JTA)

Donald Trump et l’avocat David Friedman sortent de l’immeuble fédéral à laz suite d’une apparition devant le Tribunal des Faillites, le jeudi 25 février 2010 à n Camden, New Jersey. (Crédit : Bradley C Bower/Bloomberg News, via Getty Images / JTA)

Les administrations américaines démocrates et républicaines ont adhéré à la solution à 2 États depuis le début des années 2000. C’était la solution apportée par le président Bill Clinton à Camp David en 2000, et bien que George Bush semblait sceptique, il y a adhéré en 2002.

Trois cycles de négociations échoués, sous Clinton, Bush puis Obama ont quasiment réduit à néant les espoirs d’une concrétisation prochaine de la solution.

Pour que ceux qui veulent voir l’abolition de la solution à 2 États gagner, il faut surmonter un certain nombre d’obstacles conséquents. Les chefs du Congrès, même dans une période aussi polarisée que celle-ci, sont toujours à la recherche d’une tendance bipartite.

Quelles que soient les tensions qui ont opposé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président Barack Obama ces dernières années, les démocrates au Congrès se sont montrés favorables aux résolutions pro-Israël, tant qu’elles envisagent et soutiennent la solution à 2 États. Et les dirigeants républicains que sont Royce et le représentant pour la Californie Kevin McCarthy, le chef de la majorité qui a annoncé le vote de jeudi, seront toujours disposés à ajuster leur discours pour obtenir la majorité qui montrera qu’ils sont ouverts aux compromis.

De plus, le rôle de l’American Jewish Committee (AJC) témoigne de l’importance que l’establishment juif américain accorde à la solution à 2 États.

« Appeler un État palestinien démilitarisé et démocratique, vivant aux côtés d’Israël en paix et en harmonie n’est pas synonyme de réalisme », a déclaré David Harris, président de l’American Jewish Committee au JTA. « C’est du Moyen-Orient qu’il s’agit, après tout. Mais vu le peu d’options dont on dispose, cette approche semble faisable, et notamment si les caractères juif et démocratique d’Israël sont préservés pour les générations futures. »

Et puis il y a Netanyahu, qui adhère encore à la solution à 2 États, même si son parti et la coalition au pouvoir ont abandonné cette politique.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l'université hébraïque de Jérusalem, le 28 juillet 2009. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l’université hébraïque de Jérusalem, le 28 juillet 2009. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

David Makovsky, du Washington Institute for Near East Policy a déclaré que Netanyahu pourrait encourager l’administration Trump à conserver la solution à 2 États en ressuscitant l’approche de George W. Bush en 2004. Dans une lettre du 14 avril 2004 à Ariel Sharon, alors Premier ministre, Bush a reconnu que les blocs d’implantations aux frontières de 1967 resteront sous la souveraineté israélienne, et s’est opposé à l’agrandissement des implantations au-delà de la barrière de sécurité qui fractionne la Cisjordanie.

« Une réaffirmation de la lettre de Bush aiderait à l’établissement d’une politique américaine, à l’heure où l’administration américaine aura d’autres priorités », a expliqué Makovsy, ancien membre de l’équipe du département d’État qui a tenté de négocier un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens en 2013-14.

« Cela arrangerait Netanyahu et Trump et permettrait de conserver la viabilité des 2 États. »

Pourquoi Trump défierait-il ses plus proches conseillers juifs et parierait sur la solution à 2 États ? Trump a montré qu’il pouvait être imprévisible. Il a déclaré à plusieurs reprises durant sa campagne qu’il souhaitait régler cet épineux problème de politique étrangère.

Harris de l’AIPAC et Makovsky, dans des interviews distinctes, ont cité un autre facteur relatif au président-élu : il est incapable de résister à la tentation de résoudre un problème où tous les autres avant lui se sont révélés vaincus.

« C’est un éternel négociateur », a déclaré Harris, auteur du best-seller The Art of The Deal. « À un moment donné, il se laissera tenter par cet ultime défi. »

Le président américain élu Donald Trump à Bâton rouge, en Louisiane, le 9 décembre 2016. (Crédit : Don Emmert/AFP)

Le président américain élu Donald Trump à Bâton rouge, en Louisiane, le 9 décembre 2016. (Crédit : Don Emmert/AFP)