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Allemagne : Un commissaire à l’antisémitisme quitte l’extrême gauche après une résolution anti-Israël

Après 11 ans au sein de Die Linke, Andreas Büttner a remis sa démission en raison de la condamnation, par la formation, des "manifestations politiques actuelles du sionisme"

Le politicien allemand Andreas Büttner prête serment lors de la session du parlement régional après son élection au poste de commissaire à l’antisémitisme du Brandebourg, avec des membres de son parti Die Linke en arrière-plan, le 20 juin 2024. (Crédit: Soeren Stache/picture alliance via Getty Images/ via JTA)
Le politicien allemand Andreas Büttner prête serment lors de la session du parlement régional après son élection au poste de commissaire à l’antisémitisme du Brandebourg, avec des membres de son parti Die Linke en arrière-plan, le 20 juin 2024. (Crédit: Soeren Stache/picture alliance via Getty Images/ via JTA)

BERLIN (JTA) — Le commissaire à l’antisémitisme du Land allemand de Brandebourg a démissionné de son parti d’extrême gauche à la suite de l’adoption, dans la journée de dimanche, d’une résolution qui condamnait Israël.

Après onze ans passés au sein de Die Linke (La Gauche), Andreas Büttner est parti en raison du positionnement qui a été revendiqué par ses membres de la Basse-Saxe, dans l’ancienne Allemagne de l’Ouest. Mais ce départ a été également une affaire personnelle : Büttner a dit ne plus supporter le « harcèlement », selon ses propres termes, dont il a été victime au sein de son parti.

« Ce n’est plus possible. Et je ne peux pas continuer… sans trahir mes propres convictions », a écrit Büttner dans une déclaration adressée aux dirigeants de la faction. Une lettre qui a été transmise à la dpa, l’agence de presse allemande.

Die Linke est le successeur du Parti socialiste unifié d’Allemagne, le parti communiste qui était au pouvoir au sein de l’ancienne Allemagne de l’Est. Son programme est critique à l’égard du capitalisme et de l’OTAN. Die Linke a obtenu un résultat meilleur que prévu lors des élections nationales de l’année dernière, recueillant 9 % des voix malgré les tensions internes qui étaient entraînées par la question d’Israël et par la manière dont l’Allemagne est amenée à prendre en charge l’antisémitisme.

Selon des articles de presse qui ont été consacrés à cette démission, les dirigeants du parti dans le Brandebourg ont exprimé « leur grand regret et leur respect », et ils ont promis de continuer à lutter contre la haine antijuive aux côtés du commissaire.

« Ce n’est pas une question d’appartenance au parti », a écrit Stefan Wollenberg, le directeur-général de la formation dans le Brandebourg.

La décision de Büttner – à laquelle il réfléchissait depuis longtemps – a été prise suite à l’adoption d’une résolution qui a condamné les formes actuelles de sionisme, un texte qui a été présenté par la délégation des jeunes du parti en Basse-Saxe. Ses auteurs ont insisté sur le fait que la résolution — qui a été approuvée lors d’un congrès qui était organisé à Hanovre le week-end dernier — ne visait pas le sionisme en soi, mais uniquement les « manifestations politiques existantes du sionisme ».

Mais Büttner, qui a longtemps défendu Israël face au mépris de son parti, fustigeant l’antisémitisme sous toutes ses formes, a expliqué que le message porté par la résolution était sans équivoque.

Les résolutions qui condamnent Israël en qualifiant le pays « d’État génocidaire » et « d’État d’apartheid » ne sont « plus acceptables à mes yeux », a-t-il écrit dans sa lettre de démission. Il a critiqué la section du parti de Basse-Saxe qui, selon lui, s’est dangereusement rapprochée de la remise en cause du seul droit à l’existence d’Israël.

La lutte contre l’antisémitisme doit transcender les clivages politiques, a-t-il ajouté. « Ce que j’ai dû vivre au sein de mon propre parti pendant des années en est d’autant plus choquant à mes yeux », a-t-il continué dans son courrier, comme l’a rapporté le journal Tagesspiegel.

Büttner, ancien policier qui avait été élu en 2024 au poste de premier commissaire chargé de la lutte contre l’antisémitisme du Brandebourg, était en désaccord avec son parti depuis un certain temps au sujet de ses positionnements à l’égard d’Israël. S’écartant de la position officielle de sa formation, Büttner avait tout de suite apporté son soutien à la définition de l’antisémitisme qui avait été élaborée par l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), qui estime que certaines critiques d’Israël sont antisémites.

Des participants brandissent des pancartes du parti allemand Die Linke (La Gauche) sur lesquelles on peut lire « Liberté pour la Palestine – Mettons fin à l’occupation et au génocide » lors d’une manifestation sous le slogan « Tracez la ligne rouge avec nous : Ensemble pour Gaza ! » à Berlin, le 27 septembre 2025. (Crédit : RALF HIRSCHBERGER / AFP)

En 2025, des membres de son parti avaient tenté, en vain, de le faire exclure en raison de sa solidarité affichée avec Israël.

Büttner avait également été pris pour cible par des inconnus qui, en 2024, avaient vandalisé sa voiture, dessinant des croix gammées et d’autres symboles nazis sur la carrosserie. Au mois de janvier, un bâtiment situé dans sa propriété avait été incendié. Les personnes qui y avaient mis le feu avaient laissé un symbole du Hamas comme signature.

La nouvelle résolution, qui condamne aussi bien le Hamas qu’Israël, qualifie le terrorisme de conséquence de « l’occupation, de la privation de droits et de l’absence de perspectives ».

Elle rejette « le sionisme tel qu’il existe aujourd’hui » et reconnaît « l’ethnonationalisme et le sionisme politique comme des obstacles majeurs à un avenir pacifique pour tous les peuples de la région ».

Elle affirme qu’Israël et le Hamas « nourrissent des fantasmes d’anéantissement » l’un à l’égard de l’autre.

La résolution fait référence à « deux années de génocide » à Gaza ; elle appelle à « la fin de l’apartheid en Israël et dans les territoires occupés » et elle critique la prétendue instrumentalisation de l’antisémitisme « en vue d’ôter toute légitimité à la critique du sionisme politique, tel qu’il existe aujourd’hui ». Elle présente une liste d’exigences à l’égard d’Israël, mais aucune à l’égard du leadership palestinien ou du Hamas.

Israël – qui compte des parlementaires arabes israéliens – nie les accusations d’apartheid. L’État juif affirme tout mettre en œuvre pour éviter les victimes civiles lors des combats contre les groupes terroristes, comme le Hamas, qui lancent leurs attaques et qui mènent leurs opérations depuis des mosquées, des hôpitaux et des écoles, en utilisant la population comme bouclier humain.

Die Linke a de longs antécédents d’activisme anti-israélien : en 2010, des membres éminents du parti avaient pris part à la Flottille de la liberté pour Gaza, à bord du Mavi Marmara, que l’armée israélienne avait intercepté lors d’une opération qui avait coûté la vie à dix militants.

Des politiciens allemands avaient figuré parmi les personnes qui avaient été arrêtées et expulsées vers leur pays.

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