Après ses attaques contre l’AIPAC, El-Sayed cherche l’appui des démocrates pro-Israël
À l’issue d’une victoire serrée sur Haley Stevens, le candidat démocrate au Sénat appelle à l’unité, promet d’assurer la sécurité des Juifs tout en s’opposant à l’aide militaire à Israël
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JTA – Dès les 90 premières secondes de son discours de victoire prononcé mercredi à Détroit, Abdul El-Sayed a fustigé l’influence de l’AIPAC et invité sa rivale Haley Stevens, qui avait bénéficié du soutien financier massif du lobby pro-Israël, à faire campagne à ses côtés.
Cette transition brutale et quasi immédiate dans le discours du candidat fraîchement investi par les démocrates pour le Sénat du Michigan illustre la tâche colossale à laquelle sont confrontés les démocrates pour rapprocher les ailes pro-Israël et anti-Israël du parti à l’approche des élections de mi-mandat, qu’ils jugent décisives pour reprendre le contrôle du Sénat aux républicains.
Plus tard, El-Sayed a consacré une partie de son discours à la sécurité des Juifs du Michigan, encore ébranlés par sa réaction équivoque après l’attaque contre une synagogue de la banlieue de Détroit plus tôt cette année.
Au début de son intervention, le candidat démocrate a salué Mallory McMorrow, une autre prétendante à l’investiture démocrate qui s’était retirée très tôt de la course et qui l’avait présenté mercredi.
« Vous vous êtes attaquée au pouvoir de l’AIPAC », a-t-il déclaré. « Vous avez eu le courage de dire la vérité face à un pouvoir qui semble parfois invincible. »
À l’instar d’El-Sayed, McMorrow avait reproché à Stevens d’avoir accepté le soutien de donateurs liés à l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC).
À peine trois phrases plus tard, El-Sayed tendait pourtant la main à Stevens, dont la campagne avait bénéficié de plus de 30 millions de dollars de financements issus de réseaux pro-Israël, en l’appelant à unir leurs forces pour battre Mike Rogers, ancien membre de la Chambre des représentants et candidat républicain à la succession du sénateur démocrate sortant Gary Peters.
« Quelles que soient les divergences qui ont pu nous opposer pendant cette primaire », a-t-il déclaré à sa « collègue et amie » Haley Stevens, « elles pèsent bien peu au regard de ce qui nous unit : la conviction que, si nous voulons préserver notre démocratie, elle doit être au service des citoyens, et que nous devons tous nous rassembler pour faire en sorte que Mike Rogers n’entre jamais au Sénat des États-Unis ».
Stevens s’est inclinée avec moins d’un point d’écart, un résultat qui a infligé un sérieux démenti aux nombreux instituts de sondage qui la donnaient battue par une marge à deux chiffres. Les plus de 60 millions de dollars dépensés en sa faveur font de cette primaire la plus coûteuse de l’histoire des élections sénatoriales américaines.
Malgré l’étroite marge, Stevens a rapidement apporté son soutien à El-Sayed mercredi, imitée par le sénateur démocrate juif de New York Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate au Sénat, qui s’était fortement investi dans sa campagne.
« J’ai parlé avec Abdul il y a quelques instants pour lui assurer de mon total soutien afin que nous battions Mike Rogers en novembre », a écrit Stevens sur X.
Ce résultat extrêmement serré signifie qu’El-Sayed doit désormais convaincre les électeurs qui ont porté leurs suffrages sur Stevens. Parmi eux figurent de nombreux électeurs noirs, des modérés issus de la classe ouvrière de la région de Détroit, mais aussi des Juifs déstabilisés par ses attaques contre Israël et par son indifférence présumée face à la sécurité des Juifs.
Les républicains n’ont d’ailleurs pas tardé à faire savoir que l’hostilité d’El-Sayed envers Israël et ses soutiens – un thème qui a fini par dominer la primaire – serait l’un des principaux axes de leur campagne pour l’élection de novembre.
« C’est une excellente nouvelle pour le Parti républicain », a commenté mercredi le président américain Donald Trump sur Truth Social, le réseau social dont il est propriétaire. « El-Sayed, un communiste raté qui déteste les Juifs et Israël, est donné vainqueur face à la socialiste. »
El-Sayed, médecin et ancien responsable des services de santé d’un comté du Michigan, n’est pas communiste. Quant à Stevens, députée qui s’est fait connaître en défendant l’industrie automobile de son État après la crise de la fin des années 2000, elle n’est pas socialiste.
Dans son discours de victoire, El-Sayed a reconnu que la primaire avait parfois pris un tour particulièrement acrimonieux, les deux camps s’accusant mutuellement de racisme anti-arabe, de misogynie et d’antisémitisme.
« Aussi âpre, clivante et cynique qu’ait pu être la campagne menée contre nous, je veux que chacun comprenne qu’il y a aujourd’hui bien davantage de choses qui nous rassemblent, car la campagne que Mike Rogers, Donald Trump et leurs alliés républicains du mouvement MAGA sont déjà en train de lancer sera encore plus virulente », a-t-il déclaré.
WATCH:
Referencing the Hezbollah-inspired terrorist who attacked Michigan’s Temple Israel, left-wing Senate candidate Abdul El-Sayed says “hurt people do hurt people.”
“I also think it’s just critical for us to understand that hurt people do hurt people, and the circumstances… pic.twitter.com/VDkabJtkG2
— Washington Free Beacon (@FreeBeacon) April 9, 2026
El-Sayed a également semblé reconnaître que certains aspects de sa campagne avaient ébranlé les quelque 130 000 Juifs du Michigan, notamment sa déclaration selon laquelle « les personnes blessées font du mal aux autres », prononcée au lendemain de l’attaque au camion contre une synagogue pendant les heures d’accueil d’une école maternelle. L’auteur de l’attaque avait perdu des proches dans une frappe israélienne au Liban, et beaucoup ont vu dans les propos d’El-Sayed une manière de justifier l’attaque en en atténuant sa portée.
« Je tiens à ce que vous sachiez que mon engagement envers votre sécurité, mon engagement envers la sécurité des Juifs, est le même que celui que j’ai envers la sécurité de mes propres filles », a-t-il déclaré.
Il a également semblé reconnaître le droit des Juifs à l’autodétermination, une idée à laquelle il s’était jusqu’ici largement refusé. Il a remercié les « frères et sœurs juifs américains » qui ont soutenu sa campagne et qui, selon lui, « comprennent que l’autodétermination d’un peuple n’implique pas nécessairement de priver un autre peuple de la sienne ».
Même si cette déclaration s’inscrivait dans le cadre de sa défense du droit des Palestiniens à l’autodétermination, El-Sayed a jusqu’à présent refusé d’affirmer qu’Israël avait le droit d’exister en tant qu’État juif.
Il a également réaffirmé son engagement à réaffecter aux priorités nationales les fonds que les États-Unis consacrent à l’aide militaire à Israël.
« Je me suis constamment heurté au même discours : celui qui nous explique que nous ne pouvons pas investir dans ces enfants parce que leur argent devrait servir à priver d’autres enfants, à l’étranger, de leurs droits », a-t-il déclaré.
Son discours n’en demeurait pas moins émaillé de références à ses critiques envers Israël, qu’il accuse de commettre un « génocide » dans le cadre de la guerre à Gaza déclenchée par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023. Israël rejette catégoriquement ces accusations qui n’ont jamais été prouvées alors qu’elles se sont banalisées dans le discours des nombreux détracteurs d’Israël.
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