Disparition de Lindsey Graham, fervent allié d’Israël : la fin d’une époque ?
Le sénateur républicain avait organisé un voyage bipartisan en Israël après le 7/10 : « Si j’avais eu un avion plus grand, nous aurions probablement fait venir tout le Sénat »
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JTA — Le sénateur Lindsey Graham, Républicain de Caroline du Sud et l’un des soutiens les plus indéfectibles d’Israël au Congrès, est décédé subitement à l’âge de 71 ans.
Symbole du temps en lesquels le soutien à Israël et l’interventionnisme américain à l’étranger étaient caractéristiques des deux partis, Graham est aussi à l’origine de l’une des dernières manifestations de solidarité bipartisane envers Israël.
Dans les jours qui ont suivi le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023, il a organisé le déplacement de Républicains et de Démocrates en Israël, signe selon lui de la façon dont les Américains percevaient et soutenaient Israël.
« Dix pour cent du Sénat des États-Unis se trouve en Israël », avait déclaré Graham lors d’une conférence de presse à Tel-Aviv le 22 octobre 2023. « Dix pour cent du Sénat des États-Unis se trouve en Israël parce que cela nous tient à cœur. Cinq Républicains et cinq Démocrates. Si j’avais eu un avion plus grand, nous aurions sans doute fait venir tout le Sénat. »
Trois ans plus tard, plus personne ne pourrait organiser une telle démonstration de solidarité, et la mort de Graham signifie que le Sénat et le Parti républicain ont perdu l’une de leurs voix pro-israéliennes les plus ferventes, à un moment où le sentiment anti-israélien progresse dans les deux camps.
Pendant une trentaine d’années au Congrès, d’abord à la Chambre des Représentants puis au Sénat à partir de 2003, Graham a milité avec force en faveur de l’aide américaine à Israël, défendu une ligne dure face à l’Iran et rencontré à plusieurs reprises le Premier ministre Benjamin Netanyahu, tant en Israël qu’aux États-Unis.
La dernière visite de Graham en Israël remonte à février dernier, avant la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, une intervention dont il s’est attribué plus tard le mérite.
« Ils me disent des choses que notre propre gouvernement ne me rapporte pas », avait-il déclaré à l’époque au sujet des autorités israéliennes.
Les médias iraniens se sont réjouis de sa disparition, survenue une semaine après que des Iraniens pro-régime ont brandi des pancartes montrant une cible superposée à une photo de Graham, lors des funérailles de l’ayatollah Ali Khamenei, tué lors des premières attaques conjointes des États-Unis et d’Israël.
Graham a toujours soutenu avec conviction les actions militaires d’Israël en représailles aux attaques du Hamas, notamment lors de la guerre de Gaza, en 2014, et suite au pogrom du Hamas du 7 octobre 2023 qui a déclenché la guerre à Gaza et amorcé une période de déclin des soutiens à Israël.
Le 8 octobre 2023, il avait publié un communiqué appelant Israël à vaincre le Hamas « par tous les moyens » et, les semaines suivantes, il s’était fait remarquer en appelant Israël à « raser » l’enclave.
Graham a continué à promouvoir une solution à deux États alors qu’elle avait disparu des priorités américaines, mais il a su s’adapter pour coller aux tendances de son parti, volontiers isolationnistes et anti-israéliennes.
En 2025, il avait fait la une des journaux en faisant sienne l’idée de Netanyahu d’un plan visant à « réduire progressivement » l’aide américaine à Israël, affirmant que cela devrait se faire plus vite que le calendrier sur 10 ans proposé par Netanyahu. Ce printemps, il avait officiellement demandé à Israël de ne pas bombarder les raffineries de pétrole iraniennes.
Ce faisant, Graham a su naviguer entre deux alliés, Netanyahu et le président américain Donald Trump, mis sous pression en raison de la hausse du prix des carburants. Le sénateur s’était initialement opposé à l’ascension de Trump, se présentant même contre lui en 2015 avant les primaires républicaines de cette année-là, avant de devenir l’un de ses plus proches confidents et partisans.
Graham était de ces Républicains qui plaisent aux Juifs qui ne votent pas pour les Démocrates, et parfois même à ceux-là : il était un modéré soucieux de l’entente avec les Démocrates, à l’origine de solutions de compromis sur l’avortement et l’immigration.
L’arrivée au pouvoir de Trump a fait de Graham et d’autres Républicains modérés une espèce en voie de disparition.
Ces dernières années, il a beaucoup fait pour rassurer les Juifs Républicains déstabilisés par la montée de l’antisémitisme au sein de leur propre parti et consternés par l’avancée de l’extrême droite.
« Je fais partie de l’aile du Parti Républicain pour laquelle ‘Hitler c’est nul’ », avait-il déclaré l’an dernier au moment de la conférence de la Coalition juive républicaine, sous les acclamations.
« Nous allons nous battre dans l’arène politique », avait-il lancé à l’adresse des Républicains anti-Israël. « Je veux que le monde entier le sache : l’antisémitisme, les discours anti-Israël, la pensée anti-Israël ne sont pas la voie royale pour être élu sous les couleurs des Républicains. Au contraire, c’est ce qui fait perdre »
Dans les premiers temps, Graham avait donc fustigé Trump, qu’il avait qualifié de catastrophe pour le parti, même une fois sa nomination acquise, en 2016.
« Si nous nommons Trump, c’en sera fini de nous… et nous le mériterons », avait-il déclaré dans un tweet en mai 2016, alors même qu’un soutien majeur de Graham, le philanthrope pro-israélien Sheldon Adelson, s’apprêtait à conseiller aux Républicains de se rallier à Trump.
Par la suite, il s’est assez rapidement rallié à Trump, dont il est devenu un proche conseiller et un partenaire de golf habituel.
« Cela a évolué parce qu’il est président des États-Unis, qu’il m’a battu à plate couture et que je veux l’aider comme je peux, car cet homme a beaucoup à faire », avait déclaré Graham en 2018 dans le cadre de l’émission « Face the Nation », sur CBS.
Pourtant, il y a certaines lignes que Graham n’a jamais franchies : il a continué à militer, contre vents et marées, en faveur d’un appui américain de poids à l’Ukraine contre l’invasion russe de 2022, contre la préférence de Trump pour le régime de Poutine.
Quelques heures seulement avant sa mort, Graham se trouvait à Kiev pour coordonner les sanctions du Congrès contre la Russie.
Jamais marié et sans enfant, Graham remettait son mandat en jeu en novembre prochain.
Sa vision pour Israël s’inscrivait dans le cadre d’un large portefeuille allant de la direction de la commission du budget du Sénat, la mobilisation en faveur d’une réponse américaine plus ferme face à la Russie et, de manière générale, la promotion d’une politique étrangère interventionniste.
Au début des années 2000, Graham s’était associé au sénateur John McCain, Républicain de l’Arizona, et au sénateur Joe Lieberman, Démocrate juif, pour promouvoir une politique étrangère interventionniste forte.
Ceux qui se présentaient alors comme les « Tres Amigos » sont allés en zones de guerre pour faire passer l’image du caractère bipartite des interventions américaines dans les conflits étrangers, à une époque où les Démocrates — et une grande partie du pays — commençaient à s’en lasser. Graham était le dernier survivant de ce trio, précédé dans la mort par McCain en 2018 et Lieberman en 2024.
Ces hommes ont formé « un trio inséparable, fait des meilleurs amis qu’Israël et les amoureux de la liberté aient jamais eus au Sénat des États-Unis », a déclaré la Coalition juive républicaine dans un communiqué réagissant au décès de Graham.
« Nous sommes sûrs qu’ils l’ont accueilli aux portes du paradis — mais, comme nous tous, ils pensent qu’il est tragique qu’il les ait rejoints maintenant alors qu’il lui restait tellement à faire ici-bas. »
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