Endeuillé par le 7-Octobre, un entrepreneur aide des start-ups en échange d’hommages aux disparus
Lancé par Izhar Shay en hommage à son fils le sergent Yaron Shay, Next October aide les nouvelles entreprises, qui à leur tour préservent la mémoire des personnes tuées lors de l'invasion du Hamas et de la guerre à Gaza
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Durant les jours les plus sombres de la shiva, la période de deuil traditionnelle, alors qu’Izhar Shay pleurait la mort de son fils, le soldat Yaron Oree Shay, tué au combat contre les terroristes du Hamas le 7 octobre 2023, il s’est également promis d’œuvrer à préserver la mémoire de tous ceux qui ont perdu la vie lors du pogrom et de la guerre qui a suivi à Gaza.
À la recherche d’un moyen de perpétuer le « caractère unique » de son enfant qui aurait de surcroît du sens, l’ancien ministre des Sciences et de la Technologie et sa famille ont lancé un projet ambitieux visant à commémorer directement l’esprit des soldats israéliens tombés au combat, ainsi qu’à aider à la reconstruction de l’économie ravagée par la guerre.
Le fruit de leurs réflexions, Next October, aide à financer et à soutenir les entreprises en phase de démarrage qui acceptent de commémorer à perpétuité l’une des quelque 2 000 personnes tuées lors du pogrom du 7-Octobre et de la guerre qui a suivi. En deux ans, le projet a ainsi recruté 450 start-ups, donnant un coup de pouce significatif à ces entreprises, tout en veillant à ce que les victimes soient commémorées de différentes manières.
Certaines entreprises ont par exemple invité leurs employés à faire du bénévolat en mémoire de la personne qu’elles ont adoptée. D’autres ont décidé de parrainer des événements commémoratifs ou des collectes de fonds. Une entreprise a donné à l’un de ses produits le nom de la victime à qui elle avait choisi de rendre hommage. Une autre a ajouté son nom au conseil consultatif de l’entreprise sur un dossier de présentation.
« Quatre-cent-cinquante familles savent désormais que la mémoire de leurs proches reste vivante grâce aux initiatives, programmes et projets mis en place par ces start-ups pour se souvenir d’eux, pour les commémorer, transmettre leur message et perpétuer leurs actions », a déclaré Shay.
Ce projet est l’une des centaines d’initiatives lancées par des familles endeuillées qui tentent de répondre à la question délicate de savoir comment commémorer leurs proches après l’attaque sanglante menée par le Hamas dans le sud d’Israël, qui a tué plus de 1 200 personnes et ravagé des communautés entières. La guerre de deux ans qui a suivi le pogrom a également coûté la vie à des centaines de civils et de soldats de l’armée israélienne.
Interrogé par le Times of Israel quelques jours avant le deuxième anniversaire du meurtre de son fils, Shay, serial-entrepreneur, a raconté qu’avec sa femme Hila, passionnée de technologie, et les trois frères et sœurs de Yaron, ils avaient d’abord, en réaction aux atrocités commises le 7-Octobre, choisi d’aider une nouvelle start-up qui rendrait à son tour hommage à Yaron, en intégrant ses histoires et ses souvenirs au cœur de son projet.
Ce capital-risqueur s’est toutefois, et très rapidement, rendu compte que l’essence même du projet ne se limitait pas à soutenir une seule start-up en mémoire de Yaron. Il s’agissait de « créer et mettre en relation autant d’initiatives que nécessaire pour rendre hommage à toutes les victimes de cette guerre, soldats et civils ».
« Pour chaque soldat tombé au combat, pour chaque bébé tué, pour chaque personne âgée… pour tous ceux qui ont perdu la vie ce jour-là, nous allons créer ou soutenir une grande start-up innovante qui pourra changer le monde de nombreuses façons, mais qui commémorera aussi la vie de ces victimes », a expliqué Shay. « Une start-up contactera la famille d’une victime afin d’en savoir plus sur qui elle était, quels étaient ses rêves, ses aspirations, ses passions et ses qualités. »
De quelques personnes réfléchissant dans un jardin, Next October s’est développé, jusqu’à compter aujourd’hui 90 bénévoles et analystes, dont beaucoup sont engagés dans le délicat processus de mise en relation entre une start-up et une famille en deuil.
Parmi les partenaires qui ont rejoint le projet, on trouve des entreprises et des sociétés de capital-risque comme Meta, OurCrowd, Pitango, Silvertech Ventures, TLV Partners et Ibex Investors.
Les entreprises qui rejoignent le projet bénéficient d’un mentorat, ainsi que d’une aide pour trouver des investisseurs ou des opportunités commerciales.
« Même si Next October est né du chagrin et de la douleur ainsi que de notre histoire personnelle, notre idée est de créer de l’espoir et de construire un monde meilleur après le 7-Octobre, grâce aux célèbres vertus d’Israël que sont la résilience, l’optimisme et l’esprit d’entreprise », a souligné Shay.
« Next October n’est pas seulement tourné vers Israël. Ce projet est également un message adressé au monde entier, pour lui dire que même après que les terroristes du Hamas sont venus détruire et éliminer tout ce que nous représentons, nous continuons à vivre et à mener nos activités, et nous construisons un monde meilleur que nous allons fonder sur l’innovation israélienne. »
Shay, originaire du kibboutz Ein Hashlosha, l’une des nombreuses communautés attaquées le 7-Octobre, avait plusieurs décennies d’expérience dans l’écosystème technologique israélien avant d’entrer à la Knesset, en 2019, sous les couleurs du parti HaMahane HaMamlahti-Khakol Lavan de Benny Gantz. Il a occupé le poste de ministre des Sciences et des Technologies à partir de mi-2020 et jusqu’à ce que son parti quitte le gouvernement, en 2021. Il a ensuite quitté la politique pour retourner dans le secteur privé.
Au matin de l’invasion meurtrière, Yaron, 21 ans, combattant dans la brigade du Nahal de l’armée israélienne, était l’un des trois soldats qui ont tenté de repousser les terroristes infiltrés dans la zone du kibboutz Kerem Shalom, à l’extrême sud de la frontière d’Israël avec la bande de Gaza.
Yaron a été tué alors qu’il défendait le kibboutz, contribuant à éliminer des dizaines de terroristes, ainsi qu’à repousser leur attaque. Si plusieurs maisons de la communauté du kibboutz Kerem Shalom ont subi d’importants dommages, aucun habitant n’a en revanche été assassiné ou enlevé vers Gaza.
Les actes héroïques de son fils bien-aimé, que la famille appelait affectueusement « Noni », ont permis, raconte Shay, de protéger des centaines de personnes qui doivent ainsi leur vie aux courageux soldats de son unité.
« Les terroristes avaient prévu de pénétrer dans le kibboutz pour violer, torturer, brûler, tuer autant d’habitants que possible, et kidnapper des personnes pour les emmener à Gaza », a indiqué Shay. « Les soldats ont sauvé la vie d’enfants, de bébés, de personnes âgées et de tous ceux qui se trouvaient au kibboutz pour célébrer la fête de Simhat Torah. »
« Yaron a malheureusement perdu la vie lors de cette bataille », a déploré Shay. Il décrit son fils comme un leader charismatique, un personnage plein d’esprit, passionné de sport et de musique, qui jouait du piano depuis 12 ans. Avant de s’engager dans l’armée, Yaron servait comme bénévole auprès d’enfants en difficulté sociale et économique, dans le sud de Tel Aviv, a ajouté Shay.
Située à Tel Aviv, la start-up Pery, qui a développé une application de conseils basée sur l’IA destinée aux parents d’enfants diagnostiqués avec un trouble déficitaire de l’attention avec hyper-activité, a décidé d’honorer Yaron. Elle a choisi de lui consacrer une partie de ses bureaux, dans lesquels sont exposées des photos et des anecdotes à sa mémoire. D’autres initiatives ont été mises en place, notamment l’organisation d’événements commémoratifs avec la famille endeuillée et le lancement de campagnes communautaires reflétant les valeurs défendues par Yaron.
« L’an dernier, les employés de la start-up se sont rendus dans une communauté au sud de Tel Aviv pour aider des enfants issus de familles en difficulté financière, dans laquelle Yaron avait été bénévole au cours de son année sabbatique, avant d’être appelé sous les drapeaux », explique Shay. « Et comme Yaron était passionné de musique, ils ont distribué à leurs employés une playlist de ses chansons préférées sur Spotify. »
La majorité des entreprises qui participent au projet en sont au stade du démarrage ou aux toutes premières phases de financement. Next October ne finance pas directement les start-ups participantes, mais elle les aide d’autres manières, notamment en les mettant en relation avec des investisseurs clés, en mesure de les soutenir et d’influencer leur parcours.
« Nous déployons beaucoup d’efforts et d’énergie pour aider et soutenir ces start-ups en les encadrant, en les présentant à des investisseurs et en leur offrant des opportunités commerciales », a poursuivi Shay. « Chacune de ces start-ups est une entreprise à part entière, qui emploie des personnes, qui étend son empreinte, qui développe et exporte des produits, qui génère des impôts et d’autres avantages qui contribuent au PIB israélien. »
La mobilisation prolongée des réservistes, parmi lesquels beaucoup travaillent dans des entreprises technologiques locales, a posé un défi à l’ensemble de l’économie israélienne, et en particulier aux start-ups en phase de démarrage, qui ont rencontré des difficultés pour obtenir les financements indispensables à leur survie ainsi que pour maintenir leurs activités quotidiennes malgré le manque de personnel.
Chaque start-up qui rejoint le projet garde le nom qu’elle a choisi, et s’engage à assumer la responsabilité de perpétuer la mémoire d’un soldat tombé au combat. Pour ce faire, elle doit organiser des initiatives commémoratives et raconter son histoire au monde entier. Les entreprises sont filtrées, sélectionnées et choisies selon les mêmes critères que toute autre start-up en Israël, a précisé Shay.
Les start-ups, dans l’écosystème technologique israélien, sont le moteur des futures fusions et acquisitions, des recettes fiscales et de la création d’emplois. Les travailleurs du secteur des technologies représentent plus d’un tiers de l’ensemble des impôts sur le revenu collectés, soulignant le rôle central et crucial de ce secteur dans la relance d’une économie affaiblie par deux années de guerre.
La start-up israélienne de biotechnologie Avertto constitue, pour Shay, un parfait exemple de réussite de Next October.
Avertto a choisi d’honorer la mémoire d’Amit Mann, une secouriste de 22 ans, assassinée par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023 lors de l’attaque de la clinique du kibboutz Beeri, où elle soignait des blessés. En hommage à Amit Mann, la start-up a décidé de donner son nom à son premier produit commercialisé, un dispositif portable permettant de détecter les premiers signes d’un accident vasculaire cérébral, sauvant ainsi des vies.
« Ainsi, symboliquement, chaque fois que le dispositif conçu par la start-up contribue à sauver la vie d’une personne, c’est comme si Amit elle-même sauvait une vie, comme elle l’a fait le jour où elle a héroïquement sacrifié sa propre vie pour sauver celle des autres », a confié Shay.
D’ici l’an prochain, Shay en est convaincu, Next October sera en mesure de doubler le nombre de start-ups participant à l’initiative. Elles seront alors 900. Il restera encore des centaines d’autres noms à commémorer, même si le cessez-le-feu actuel est maintenu.
« Next October sera meilleur, et cela ne dépend que de nous », a-t-il promis.
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