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Reportage

Kfar Aza, en deuil et dans l’incertitude, marque le deuxième anniversaire du 7 octobre

Les habitants du kibboutz se sont rassemblés devant l'arsenal où de violents combats avaient eu lieu pendant le pogrom du 7 octobre, cherchant une voie à suivre tout en espérant la libération de leurs deux derniers otages

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

  • Cérémonie commémorative du deuxième anniversaire du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, au kibboutz Kfar Aza, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
    Cérémonie commémorative du deuxième anniversaire du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, au kibboutz Kfar Aza, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
  • Les membres de Kfar Aza lors d'une cérémonie marquant les deux ans du pogrom commis par le Hamas, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
    Les membres de Kfar Aza lors d'une cérémonie marquant les deux ans du pogrom commis par le Hamas, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
  • La route menant à la frontière de Kfar Aza, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
    La route menant à la frontière de Kfar Aza, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
  • Un mémorial pour Omer Zadikevitch à Kfar Aza, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
    Un mémorial pour Omer Zadikevitch à Kfar Aza, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
  • Une explosion à Gaza, vue depuis Kfar Aza en Israël, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
    Une explosion à Gaza, vue depuis Kfar Aza en Israël, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
  • Une femme allume des bougies pour les membres de l'équipe de sécurité de Kfar Aza, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
    Une femme allume des bougies pour les membres de l'équipe de sécurité de Kfar Aza, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
  • L'entrée de la maison de Sivan Elkabets et Naor Hasidim, à Kfar Aza, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
    L'entrée de la maison de Sivan Elkabets et Naor Hasidim, à Kfar Aza, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Les visages des morts et des disparus sont affichés sur les murs, à Kfar Aza. Sur certains bâtiments, les images sont entourées d’impacts de balles et d’éclats d’obus. Des notes griffonnées viennent encadrer d’autres clichés, des notes laissées par les premiers intervenants sur les façades dans les jours qui avaient suivi le massacre du 7 octobre 2023 dans le kibboutz.

Certains de ces messages indiquent la date à laquelle les secouristes avaient inspecté les maisons à la recherche de corps sans vie. A l’entrée de l’appartement d’un jeune couple, quelqu’un a ainsi écrit au marqueur noir : « Des restes humains sur le canapé ».

« Nous sommes dans un no man’s land« , s’exclame Barbara Cohen, une résidente du kibboutz, après une cérémonie qui a marqué le deuxième anniversaire du pogrom en tout début de matinée. « Je ne pense pas que beaucoup de gens aient réellement pris conscience de ce qui nous est arrivé, parce que nous avons toujours l’impression que ce n’est pas fini ».

Les résidents du kibboutz se sont retrouvés à cette cérémonie qui a débuté alors qu’il faisait encore nuit. Ils ont observé une minute de silence à 6 h 29, heure à laquelle une salve de roquettes avait marqué le début de l’attaque sanglante lancée par les hommes armés du Hamas. Des bruits troublent le recueillement : celui d’explosions à Gaza et le bourdonnement d’un drone militaire qui vole au-dessus des têtes.

Kfar Aza avait été l’une des communautés les plus durement touchées lors du pogrom. Pendant l’assaut, 250 terroristes environ avaient envahi cette communauté paisible, qui accueille 950 habitants. Les assaillants avaient pris le contrôle des lieux en l’espace d’une heure, tuant 62 résidents et 18 membres de l’équipe de sécurité. Ils avaient pris 19 civils en otage. Les forces israéliennes avaient eu des difficultés à atteindre le secteur plusieurs heures durant, laissant les habitants faire face à la situation seuls.

A LIRE : Les terroristes ont pris Kfar Aza en une heure, mais il a fallu des jours à Tsahal pour le reprendre

La cérémonie – à laquelle ont assisté les habitants du kibboutz et des militaires – a été organisée à l’arsenal de Kfar Aza, devant ce bâtiment qui abritait les armes qui étaient utilisées par l’équipe de sécurité de la communauté. Certains des combats les plus violents s’étaient produits à l’extérieur et sept membres de l’équipe de sécurité avaient été tués. Leurs photos, leurs noms et leurs histoires sont aujourd’hui affichés sur des pancartes qui ont été accrochées au mur du bâtiment, au-dessus d’un banc et d’une rangée de pots de fleurs. Lors de la cérémonie de mardi, les membres du kibboutz se sont étreints devant ces photos. Ils ont allumé des bougies et ont déposé des bouquets de fleurs.

Après la brève cérémonie, les habitants se sont dispersés dans la communauté pour allumer des bougies en souvenir des défunts et des otages. Ici, presque chaque maison a dorénavant son histoire à raconter. Là, des terroristes avaient tué deux parents, laissant leurs jumeaux en bas âge seuls pendant plus de 12 heures. Sur cette pelouse, un fils avait trouvé le corps sans vie de son père. Là-bas encore, un membre de l’équipe de sécurité, qui avait été blessé, était parvenu à appeler son épouse avant de succomber à ses blessures.

Des personnes allument des bougies pour Aviv Baram, membre de l’équipe de sécurité de Kfar Aza, à l’endroit où il est mort, à Kfar Aza, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Des mémoriaux improvisés ont été installés ici et là pour rendre hommage aux victimes. À l’endroit où le surfeur Omer Zadikevitch avait été tué, devant son domicile, une planche de surf est appuyée contre un arbre, sur laquelle sont inscrits son nom et un message : « On ne peut pas assassiner l’âme d’une personne », un message qui a été écrit à la main.

Originaire du Royaume-Uni, Cohen vivait à Kfar Aza depuis 37 ans et elle était responsable des jardins de la communauté. Sa maison avait été gravement endommagée lors du pogrom du 7 octobre et elle vit pour le moment au kibboutz Ruhama, à quelques kilomètres vers l’ouest, là où résident désormais la plus grande partie des réfugiés de Kfar Aza.

Elle déclare que la communauté est encore plongée dans l’incertitude, notamment parce que deux de ses membres, les frères jumeaux Gali et Ziv Berman, sont toujours retenus en otages à Gaza. Leurs images sont partout : sur des affiches, sur des tee-shirts, sur une tour voisine qui domine la cérémonie.

Les images des otages Gali et Ziv Berman, à Kfar Aza, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

« Les gens ne se sentiront pas capables d’aller de l’avant tant qu’ils ne seront pas de retour », dit Cohen, debout devant le « quartier de la jeune génération » de Kfar Aza, où vivaient les deux frères. Sur les 37 habitants de ce quartier, 11 avaient été assassinés et sept avaient été kidnappés et emmenés dans la bande de Gaza.

« C’est difficile d’espérer » la conclusion d’un accord sur les otages qui ouvrirait la porte au retour des jumeaux, ajoute Cohen. « Je ne veux pas me faire de faux espoirs, mais s’ils reviennent à la fin de la semaine, ce sera un miracle. Ce sera vraiment un miracle, et alors peut-être pourrons-nous recommencer à avancer ».

Barbara Cohen, à Kfar Aza, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Il y a toujours des débris empilés devant les portes du quartier où vivaient les jeunes, et toujours les mêmes pancartes, à l’entrée des appartements, qui indiquent qui a été tué dans chaque logement.

Les parents de Sivan Elkabets ont transformé son appartement détruit en un « musée » en souvenir de leur fille et de son petit ami, Naor Hasidim, qui avait également perdu la vie lors de l’attaque sanglante. Sur le mur, une conversation WhatsApp, imprimée sur papier, a été accrochée. Elle retrace les échanges entre Elkabets, son père et sa mère, révélant la manière dont ils avaient réagi à l’attaque sanglante au fur et à mesure qu’elle se déroulait, communiquant par SMS pour rester discrets. Dans le premier message, peu après 7 heures du matin, Elkabets avait dit à son père de « verrouiller toutes les portes ».

« Nous entendons énormément de coups de feu ici, que se passe-t-il ? », avait-elle écrit après neuf heures du matin. Quelques heures plus tard, elle avait confié à sa famille qu’elle était cachée sous son lit, ajoutant : « Ils sont à ma fenêtre ». Elle avait demandé à ses parents s’ils allaient bien. Dans l’après-midi, les messages envoyés par son père et sa mère étaient restés sans réponse.

L’entrée de la maison de Sivan Elkabets et Naor Hasidim, à Kfar Aza, le 7 octobre 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Juste à l’extérieur de l’appartement se trouvait la porte que les terroristes avaient utilisée pour ramener leurs otages à Gaza – la bande de Gaza étant visible derrière.

Le village était autrefois une communauté idyllique et soudée, avec des buissons de fleurs qui bordaient les trottoirs et des fresques colorées peintes sur les abris antiaériens. Il porte désormais les stigmates d’une vie qui s’est interrompue, à l’avenir incertain. Un vélo d’enfant est posé à côté d’une porte, recouvert de poussière, et la toile d’un trampoline pour enfants disparaît sous un lourd amas de feuilles mortes. Certaines maisons sont en cours de rénovation et des matériaux de construction sont posés sur les pelouses. Des bénévoles aident la communauté à se reconstruire.

A d’autres égards, la vie continue. Les fleurs continuent de s’épanouir et les fruits poussent sur les arbres. Pendant la cérémonie commémorative, le soleil s’est levé, l’obscurité s’est dissipée et le ciel est devenu orange. La foule, face à un drapeau israélien en berne, a chanté l’hymne national israélien, « Hatikvah », ou « L’espoir » à la fin de ce rassemblement solennel.

Seules quelques familles ont fait leur retour au kibboutz – difficile de dire combien d’autres feront de même.

« Nous voulons pouvoir revenir ici, mais nous devons être en sécurité. Nous devons nous sentir en sécurité. Notre bulle a éclaté. Nous croyions tout ce que l’armée nous disait, que nous étions en sécurité, que nous étions protégés, et tout ça a été détruit à jamais, il faut tout réparer », s’exclame Cohen.

Cohen s’efforce de remettre en état ses jardins et elle vient travailler au kibboutz cinq jours par semaine. Pendant les combats, des chars ont traversé la communauté, détruisant de nombreuses plantes. Sa maison endommagée est en cours de rénovation.

Elle déclare qu’au premier anniversaire de l’attaque, « nous étions encore sous le choc », ajoutant qu’à l’occasion de ce deuxième anniversaire, « les choses ne sont pas plus faciles ».

« Ce n’est pas comme si on pouvait se dire : ‘Bon, c’est la deuxième année. Allez, on se bouge’. Ce n’est pas le cas. Nous sommes bloqués », explique-t-elle. « Cette année, toutes ces choses commencent lentement à remonter à la surface, et je pense que ce sera probablement aussi le cas pour le troisième anniversaire. Mais j’espère que pour le troisième anniversaire, nous serons dans une situation différente. J’espère que nous pourrons commencer à reconstruire, que nous pourrons recommencer à penser à l’avenir ».

« Nous sommes une communauté forte et nous voulons reconstruire. Nous voulons pouvoir revenir ici », affirme-t-elle.

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