Pour prendre un nouveau souffle, Beyahad vire vers le centre libéral-sioniste
En dévoilant sa liste lors d'un rassemblement survolté, le parti de Bennett parie sur une équipe expérimentée et promet le service militaire universel pour gagner des soutiens
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Les tambours ont résonné et les chants ont retenti, dimanche soir, lorsque des dizaines de jeunes militants vêtus de t-shirts bleus assortis se sont pressés dans la salle pour le dévoilement de la liste de BeYahad pour la Knesset.
L’événement a pris des airs de meeting de campagne lorsque Naftali Bennett a présenté les candidats qu’il a dit prêts à « réparer » Israël dès leur premier jour au gouvernement.
La liste dévoilée peu de temps avant la date butoir de mardi, en vue de l’élection du 27 octobre prochain, met fortement l’accent sur l’expérience avec deux ex-Premiers ministres, des parlementaires et anciens ministres, des hauts fonctionnaires et militaires de haut rang, sans compter des militants réservistes et personnalités affectées par le pogrom du 7-Octobre.
M. Bennett les a décrits à plusieurs reprises comme des « hommes et femmes d’action » — des professionnels prêts à réparer ce que le parti qualifie d’années de gouvernance incompétente.
Mais l’événement a également permis de se faire une image plus claire de ce que Beyahad est devenu, politiquement parlant. Plusieurs mois après le retour de M. Bennett en politique avec l’ambition de rassembler une large coalition jusqu’à la droite mécontente, son alliance avec Yair Lapid et le récent essor du parti Yashar, de Gadi Eisenkot, ont dramatiquement reconfiguré ce projet.
L’événement de dimanche laisse à penser que BeYahad ne souhaite plus reconquérir les électeurs de droite mais prendre soin de l’électorat qui est le sien, à savoir des Israéliens centristes, libéraux-sionistes, animés par le service militaire et national, un gouvernement compétent, une commission d’enquête d’État sur le 7-octobre et la fin des exemptions systématiques de conscription pour les Haredim.
Ce n’est pas un petit électorat. Pour ce qui est de savoir s’il est assez nombreux pour concrétiser les ambitions de M. Bennett, c’est une autre question.
La composition de la liste reflète à n’en pas douter l’argument du parti selon lequel l’expérience est l’antidote aux échecs de ces dernières années.
M. Bennett et M. Lapid occupent les deux premières places, suivis de Keren Terner, ex-directrice générale des ministères des Finances et des Transports, Merav Ben Ari, députée de Yesh Atid et cheffe de file de l’opposition et Liran Avisar Ben-Horin, ex-directrice générale du ministère des Communications.
Plus bas se trouvent d’anciens parlementaires et ministres, judicieusement mêlés à des novices en politique dont l’identité publique a été transformée par le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023 et la guerre qui s’en est suivis : des militants réservistes, des survivants et des proches de victimes.
Parmi eux se trouve l’ex-général de Tsahal, Noam Tibon, devenu célèbre après avoir mené une mission, le 7-octobre, pour sauver son fils, le journaliste d’Haaretz Amir Tibon, sa belle-fille et leurs deux jeunes enfants, attaqués dans leur maison du kibboutz Nahal Oz.
Cette diversité confère à Beyahad une liste à la fois expérimentée en politique et fine connaisseuse de l’administration d’avant le 7-Octobre et façonnée par tout ce qui s’est produit depuis.
Le message qui lie les deux est difficile à manquer : l’État a failli, et voici les personnes qui savent comment le réparer.
« Nous avons la meilleure équipe dirigée par Naftali Bennett, qui a été un excellent Premier ministre », a déclaré au Times of Israel Noam Tibon, sixième sur la liste, lors de l’événement de lancement dimanche.
« Cette liste de candidats est composée de personnes qui ont toutes accompli quelque chose dans leur vie. Nous avons un programme de travail ; les gens prendront leurs fonctions et commenceront à travailler. »
Omer, bénévole de 22 ans venu de Tel-Aviv et revêtu d’un t-shirt bleu, estime que Beyahad a « plus d’expérience et les succès politiques les plus évidents ». En parlant du gouvernement Bennett-Lapid, qui a dirigé le pays de 2021 à 2022, et la vingtaine de programmes politiques que Beyahad dit avoir préparée, il affirme : « Ce ne sont pas des gens qui entrent en politique et ont tout à apprendre ». « Ce sont des personnes venues pour changer les choses et réparer. »
Cette forte expérience politique pourrait ne pas être l’atout électoral que Beyahad imagine.
L’argument du parti est simple et, après les échecs des dernières années, intuitif : le gouvernement actuel est plein de personnes qu’il estime incompétentes et non qualifiées, la solution consistant à les remplacer par des personnes qui ont déjà légiféré, géré des ministères, commandé des soldats et qui comprennent le fonctionnement de l’appareil d’État.
Pourtant, on le sentiment que l’électorat est avide de figures perçues comme extérieures au système politique, surtout depuis le 7-octobre.
L’ascension rapide de M. Eisenkot, par exemple, est dans une certaine mesure le fruit de son image d’homme direct, franc et honnête, et non d’homme politique chevronné. Bien qu’il ne manque pas d’expérience — il a été chef d’État-major de Tsahal et ministre dans le cabinet de guerre du Premier ministre Benjamin Netanyahu —, il n’est pas connu pour ses prouesses législatives.
L’attrait qu’il exerce sur la population israélienne met en lumière le distinguo qui existe entre l’expérience à la tête de grandes institutions et celle de politicien professionnel, et questionne la réalité de l’avantage que présente le fait d’aligner des candidats qui connaissent très bien la Knesset.
Un parti qui a trouvé son ancrage politique
Si la composition de la liste de BeYahad révèle le type de politiciens que le parti estime plébiscité par les Israéliens, la foule présente ce dimanche offrait un portrait tout aussi révélateur des électeurs qu’il semble désormais viser.
L’événement semblait incontestablement libéral et tel-avivien : jeune, laïc et fortement opposé à l’actuel gouvernement et à sa politique, mais pas nécessairement à l’aise avec la gauche politique représentée par le parti HaDemocratim, de Yair Golan.
C’est un ancrage politique nettement différent de celui que M. Bennett a occupé pendant une grande partie de sa carrière et du vaste électorat qu’il espérait initialement rassembler au moment de son retour en politique.
Ancien chef du parti sioniste-religieux Foyer Juif et autrefois champion du mouvement des implantations, M. Bennett bénéficiait autrefois d’une forte base à droite. Une grande partie de ces soutiens s’est évaporée en 2021 lorsqu’il a tiré parti du soutien à la formation de droite Yamina pour prendre la tête d’un gouvernement comprenant à la fois le parti de gauche Meretz et le parti islamiste Raam, de Mansour Abbas, dans le cadre d’une large coalition mise sur pieds avec l’aide de M. Lapid.
Lorsque M. Bennett est revenu en politique, cette année, il semblait vouloir s’appuyer sur le soutien à cette coalition tout en attirant fortement les électeurs déçus par le Premier ministre Benjamin Netanyahu mais fermement à droite.
Ce pari, risqué, supposait qu’il reste suffisamment d’électeurs à droite qui ne lui en veuillent pas de s’être allié avec Abbas, et suffisamment à gauche que ses positions de droite ne dérangent pas.
Pendant un temps, la stratégie a fonctionné, propulsant M. Bennett en tête des premiers sondages, mais elle a commencé à s’effriter depuis l’entrée en lice de M. Eisenkot, qui offre aux déçus de centre-droit une alternative, sans le passif de M. Bennett.
En mai dernier, la décision prise par M. Bennett de s’unir avec le parti Yesh Atid de M. Lapid, qui oscillait alors autour du seuil d’éligibilité de 3,25 %, a également fait plus de mal que de bien, selon les analystes politiques.
Les sondages de mai créditaient en effet BeYahad de près de 25 sièges, ce qui le plaçait au coude-à-coude avec le Likud. Aujourd’hui, les sondages le créditent de la moitié des sièges de mai, loin derrière le Likud et le parti Yashar de M. Eisenkot.
Rien, lors de l’événement de dimanche, ne donnait l’impression que le parti s’efforçait de convaincre les électeurs de droite sceptiques de revenir vers M. Bennett.
Au contraire, la campagne semblait avoir accepté l’idée que cette bataille se jouait désormais ailleurs, et s’orientait vers l’électorat qui s’est fédéré autour de BeYahad, à savoir des centristes libéraux-sionistes attachés au service militaire et national, à un gouvernement compétent et des institutions fonctionnelles, et qui exigent à la fois des comptes pour le 7-octobre et une conscription militaire universelle.
Ce qui signifie que sa principale bataille ne s’engage pas contre le Likud, mais contre Yashar.
Sans avoir perdu un fils au combat ou avoir le torse couvert de décorations, comme M. Eisenkot, M. Bennett et M. Lapid ont malgré tout fait du service militaire un terrain de bataille central pour regagner du terrain sur Yashar.
Présents en grand nombre sur la liste, les réservistes ont été longuement applaudis sur scène, comme l’a été la promesse de M. Bennett de mettre fin aux exemptions de conscription pour les Haredim et de les intégrer à la vie économique.
M. Tibon a décrit cette question comme la ligne de démarcation la plus nette entre le parti Yashar de M. Eisenkot et BeYahad.
M. Eisenkot appelle à une augmentation significative de l’enrôlement des Haredim sans toutefois exiger un service universel et a fait des ouvertures en direction du Shas, gardant ouverte la possibilité d’intégrer le parti ultra-orthodoxe dans une future coalition.
« Enrôler les Haredim et mettre un terme au refus de servir. Ceux qui ne font pas leur service ne percevront pas un shekel de l’État », a déclaré M. Tibon. « Nous ne formerons pas de gouvernement avec les [partis] haredim, et nous mettrons fin aux autonomies Haredim. »
« Quand [Eisenkot] parle de coalition avec le Shas, il parle de 30 % d’enrôlement », a-t-il ajouté. « Nous disons, comme l’a dit Bennett que s’ils ne font pas leur service, ce ne sera pas à mes frais. Ils doivent tous faire leur service. »
Ce distinguo est révélateur des paris électoraux différents que font désormais ces deux formations politiques.
M. Eisenkot tente de maintenir le projet de rassemblement jusqu’à la droite mécontente, un électorat potentiellement important que M. Bennett semblait jusque-là le mieux placé pour capter.
En mars dernier, un sondage de la chaîne N12 révélait que près de 40 % des électeurs du Likud n’avaient pas l’intention de voter pour leur parti aux prochaines élections. Nombre d’entre eux sont en colère au sujet des questions que BeYahad a rappelées dimanche, à savoir l’obsession du gouvernement pour entériner de larges exemptions de service militaire pour les hommes haredim et son refus d’établir une commission d’enquête d’État sur le 7-Octobre, ce que souhaite une majorité d’Israéliens, comme le montrent les sondages.
BeYahad, contrairement à Yashar, semble de plus en plus disposé à tracer des lignes dures — enrôlement universel, pas de partis haredim — qui s’alignent confortablement sur les valeurs de l’électorat libéral-sioniste présent dimanche, même si elles laissent moins de place à la large coalition de centre-droit que M. Bennett a pu imaginer par le passé.
Pour des militants comme Omer, qui a rejoint le mouvement de jeunesse de BeYahad peu de temps après que M. Bennett et M. Lapid ont annoncé leur alliance, en mars dernier, le parti est le seul dans lequel il se sente « politiquement chez lui ».
« J’étais à un événement à Jaffa et je me suis dit : « Waouh, c’est ma maison politique, c’est là que je dois aller — ne serait-ce que par devoir civique » », explique Omer, qui a fini son service militaire en février dernier et se prépare à entamer des études de premier cycle à l’université de Tel-Aviv.
Mais l’énergie juvénile de la salle est peut-être trompeuse.
Les sondages de ces dernières années ont montré avec insistance que les jeunes Israéliens juifs penchaient plus à droite que les précédentes générations, nombre d’entre eux étant particulièrement attirés par le parti Otzma Yehudit d’extrême droite du ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir.
Omer ne s’inquiète pas de ce décalage, pas plus que du recul de BeYahad dans les sondages, affirmant que ni l’un ni l’autre ne reflètent l’enthousiasme du terrain.
« Je crois que nous sommes dans la juste voie : les sondages peuvent monter et descendre, mais même si nous ne sommes pas premiers dans les sondages, nous sommes actuellement la force politique la plus significative », conclut-il.
« Je suis certain que BeYahad va gagner et réussir. »
Cette confiance n’était pas difficile à trouver, dans cette salle comble, dimanche soir. La question de savoir si elle ira au-delà est une toute autre histoire.
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