Le calme a de nouveau régné ici, pour un moment. A Tel Aviv et Ashdod, à Yehud et Beer Sheva. Pas de sirènes dans le centre, dans le sud, ou dans le nord. Même à Gaza, aucune explosion, aucun bombardement ou attaque israélienne. Pendant
trois jours. La population était occupée à enterrer les cadavres et à extirper les corps ​​des bâtiments.

Puis à 8 h, vendredi matin, le calme a été rompu.

Les objectifs annoncés par le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son gouvernement au début de l’opération Bordure protectrice il y a un mois étaient d’affaiblir le Hamas, et de rétablir un calme durable pour la population israélienne.

Ou alors, comme le Premier ministre l’a lui-même dit, « le calme en réponse au calme. » En date de vendredi, le Hamas était très affaibli, mais certainement pas tout à fait calmé.

Il se peut que dans les prochains jours, le Hamas se contente d’attaques « symboliques », en grande partie sur le Sud, afin de prouver à la population de Gaza qu’il n’est pas brisé.

Dans le même temps, il a déclaré sa volonté de poursuivre les pourparlers de cessez-le-feu. C’est son premier objectif pour l’instant : défier l’Egypte, qui pose pour condition à la reprise des négociations la cessation des hostilités.

Réaction officielle d’Israël : Il ne discutera pas sous les roquettes.

Le deuxième but du Hamas est d’obtenir un port ouvert à Gaza. Les porte-parole de son aile militaire maintiennent qu’il n’y aura pas de cessez-le-feu de longue haleine sans port. Pourquoi un port ? Ce sera le symbole que le blocus a été brisé. Même si le port sera supervisé par des responsables internationaux ou de l’Autorité palestinienne, le Hamas le présenterait comme une percée, un véritable exploit justifiant les pertes et les dévastations du mois passé.

Le port serait aussi un lien vers le monde extérieur, sans devoir passer par l’Egypte. Même avec la réouverture du passage de Rafah, le Hamas dépendrait toujours des Egyptiens. Pas avec un port (bien qu’Israël, bien sûr, puisse toujours contrôler l’accès maritime).

Netanyahu et le Hamas veulent une période de calme réel, mais rien de plus. Ni un accord de paix sérieux qui nécessiterait d’importantes concessions. Ni, encore moins Netanyahu, une escalade vers une guerre à grande échelle.

Dès l’instant où il est revenu au pouvoir en 2009, Netanyahu dirige Israël selon une stratégie claire : le calme. Pas la paix, à Dieu ne plaise. Et pas non plus la guerre. Juste un calme général, sans prétention, qui permettrait à son gouvernement de survivre sans prendre de décisions politique ou diplomatique trop difficiles.

Selon la politique suivie par Netanyahu et ses acolytes, s’il n’existe pas de solution à la question palestinienne, elle peut néanmoins être gérée.

L’intention du Premier ministre, inspirée par l’establishment de la défense, est de maintenir le calme avec les Palestiniens en Cisjordanie, par presque tous les moyens possibles : concessions occasionnelles, maintien de la coopération sécuritaire avec l’Autorité palestinienne et minimisation des frictions avec la population palestinienne locale.

En ce qui concerne Gaza, d’autre part, même avec un ennemi dangereux appelant ouvertement à la destruction d’Israël, une romance étrange et secrète s’est développée. Apparemment, il était facile pour Jérusalem d’affronter cet ennemi, le Hamas, qui ne cache pas son désir de rayer Israël de la carte, et exemptait Netanyahu de devoir prendre des décisions difficiles sur des compromis territoriaux.

Le Hamas a clairement indiqué depuis 2012 qu’il n’était pas intéressé par une escalade contre Israël. En effet, le Hamas, après la fin de l’opération Pilier de défense en novembre de cette année, s’attelait à maintenir le calme. Il arrêtait des membres d’autres organisations qui tentaient de tirer des roquettes sur Israël, et empêchait une escalade de toute sorte.

Israël sous Netanyahu aimait bien cet arrangement. Il y avait là une organisation avec laquelle il n’avait pas besoin de négocier, mais avec qui il pourrait passer des accords. Et c’est ainsi qu’est née la réalité étrange qui a prévalu de novembre 2012 jusqu’à juillet 2014 – pas de paix, pas de guerre contre Gaza. Juste le calme.

Mais vint l’enlèvement et le meurtre de trois adolescents israéliens en Cisjordanie le 12 juin.

Jusqu’à cet incident dramatique, Israël avait refusé d’intégrer ce que sa « maîtresse » de Gaza faisait derrière son dos.

Certes, nous étions au courant des tunnels, de l’acquisition de roquettes à moyenne et longue portée, et de plans d’attentats. Mais la stratégie du « calme par-dessus de tout » a donné lieu à des tactiques choisissant d’ignorer tout cela afin d’éviter l’escalade.

Même l’armée avait une tendance à considérer le Hamas comme un parti relativement modéré qui empêchait Gaza de tomber dans des mains de djihadistes encore plus extrémistes.

Quand Israël avait vent de groupes terroristes rebelles ignorant les instructions du Hamas et d’attaques à la roquette planifiées contre Israël, les informations étaient transmises à l’Egypte, qui à son tour, avertissait le Hamas pour que ses hommes contrecarrent ces lancements.

Parfois, il coopérait, parfois, il ne tenait pas compte de l’information.

Lorsque le Hamas ignorait ces avertissements, Israël procédait à une opération punitive extrêmement limitée. Un avion décollait vers une attaque contre un camp d’entraînement ou un poste de commandement du Hamas, et passait beaucoup de temps dans les airs.

Une fois qu’Israël avait vérifié qu’il n’y avait pas de membres du Hamas dans la région, ou même de gens tout court, l’avion tirait un missile ou deux sur la cible. Les dégâts étaient parfois importants, mais aucun des membres du Hamas n’étaient tués.

Aussi bizarre que cela puisse paraître, c’était la politique israélienne, y compris de l’armée, envers le Hamas et ses hommes, même après des tirs intermittents de roquettes sur Israël.

Mais après que le Hamas a signé son pacte d’union avec le Fatah, il s’est senti plus libre de prendre des risques et a souhaité se replacer au centre de la scène arabe. C’est le processus entamé le 12 juin, avec l’enlèvement des trois adolescents israéliens au Gush Etzion.

Hossam Kawasmeh, le commandant de la cellule responsable de l’assassinat de Naftali Fraenkel, Gil-ad Shaar et Eyal Yifrach, a reçu une aide financière du Hamas à Gaza.

Le frère de Hossam, comme je l’ai signalé plus tôt cette semaine, était un prisonnier du Hamas libéré d’une prison israélienne dans le cadre de l’affaire Gilad Shalit, déporté à Gaza.

Alors qu’Israël cherchait les tueurs et arrêtait des dizaines de membres du Hamas en Cisjordanie, une escalade lente et régulière contre Israël s’est produite à Gaza. Au début, un filet de roquettes tirées par les groupes voyous, suivies d’une attaque plus agressive de groupes alliés du Hamas. Après que l’armée israélienne a tué accidentellement un membre du Hamas à la frontière, l’organisation elle-même a commencé à tirer des roquettes sur Israël.

Difficile de dire si le Hamas suivait un plan avec un début et une fin. Peut-être l’organisation souhaitait-elle une escalade limitée. Il est peu probable qu’elle ait compris qu’elle s’immergerait dans un mois de combats acharnés contre Israël, d’où elle sortirait meurtrie, sans aucune réalisation sur le terrain, et avec Gaza en ruine.

Où en est Israël ?

Le conflit ne peut, à ce stade, laisser les profondes cicatrices du type de la deuxième guerre du Liban en 2006 sur le pays. Les performances de Tsahal ont été raisonnables, parfois même bonnes. L’armée a rempli les objectifs qu’elle s’était fixés. Le front intérieur n’a pas montré de signes de rupture.

Pourtant, il semble que nous soyons de retour au point où nous étions avant le début de l’opération Bordure protectrice, hormis les 30 tunnels du Hamas pulvérisés, au prix douloureux de 64 soldats de Tsahal. Le Hamas est toujours debout à Gaza, ne souhaite pas d’escalade dans un avenir proche, mais ses capacités militaires ne feront que s’améliorer avec le temps, et il aura sûrement la possibilité de choisir la date de la prochaine attaque.

Il semble que la seule façon de changer quelque chose dans cette équation (en dehors de la conquête de la bande) serait qu’Israël entame un processus politique avec l’Autorité palestinienne. Israël ne peut faire grand-chose face au Hamas, sauf l’ébranler dans la sphère diplomatique, en lui offrant tout – un port, un aéroport, une levée du blocus, un laissez-passer hebdomadaire pour le parc d’attractions de Tel Aviv… en échange d’un désarmement de la bande de Gaza et de la destruction du reste des tunnels.

En d’autres termes, laisser les dirigeants du Hamas choisir entre le Gaza souterrain qu’ils ont construit et la vie en surface. Le Hamas pourrait dire non, et Israël gagnerait quelques points.

Mais s’il veut vraiment atteindre le Hamas, l’affaiblir de l’intérieur et dans l’opinion publique, le gouvernement israélien pourrait renouveler les pourparlers de paix, même au détriment d’un gel de la construction dans les implantations.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’est avéré être un partenaire dans la lutte contre le terrorisme et la stabilisation de la région ces derniers mois.

Même le gouvernement de technocrates qu’il a établi, soutenu par le Hamas, paraît soudain aux yeux d’Israël comme une entité avec laquelle il peut travailler.

Mais pour être plus réaliste, la stratégie de Netanyahu de chercher le calme ne changera pas de sitôt. Netanyahu ne veut pas vraiment affaiblir considérablement le Hamas, ni reprendre des négociations qui l’obligeraient à faire des concessions territoriales.