Une plaque frappée du salut des Oustachis, ces Croates pro-nazis, a été réinstallée jeudi dans l’est du pays, l’association d’extrême-droite à l’origine de l’initiative ayant juste accepté de la retirer des alentours du camp d’extermination de Jasenovac.

En novembre 2016, l’organisation d’anciens paramilitaires, HOS, avait suscité l’indignation en Croatie en dévoilant cette plaque marquée du salut « Za dom spremni » (« Prêts pour la patrie »), à proximité immédiate du camp, l' »Auschwitz croate ».

Les responsables d’HOS avaient expliqué qu’ils entendaient saluer la mémoire de onze de leurs membres, tués au début de la guerre d’indépendance de la Croatie contre les forces serbes (1991-95). Ils arguent que le « Za dom spremni » figure sur leur blason.

Les Serbes, les associations juives, la gauche et les organisations anti-fascistes, avaient dénoncé une provocation. La passivité des autorités croates avait également été critiquée, leurs adversaires y voyant le signe d’une indulgence coupable du gouvernement mené par le HDZ (divisé entre centre droit et nationalistes), contre la résurgence de l’idéologie pro-nazie et ultra-nationaliste en Croatie.

Jeudi, HOS a retiré la plaque de Jasenovac, mais pour la déplacer à une dizaine de kilomètres, tout près de la ville de Novska, a constaté l’AFP.

« Personne ne peut toucher à ça », « nous avons atteint notre but », avait déclaré peu auparavant aux journalistes à Zagreb, Ivan Friscic, un des responsables d’HOS. Lors de cette conférence de presse, des militants ont lancé à plusieurs reprises le « Za Dom Spremni », a constaté une journaliste de l’AFP.

« Tolérer ce salut oustachi (…) n’est pas acceptable pour nous. Pas seulement à Jasenovac. partout en Croatie », a déclaré à l’AFP le leader de la minorité serbe de Croatie, Milorad Pupovac.

Andrej Plenkovic (Crédit : wikimedia commons/euranet_plus/CC BY SA 2.0)

Andrej Plenkovic (Crédit : wikimedia commons/euranet_plus/CC BY SA 2.0)

Le Premier ministre Andrej Plenkovic, représentant de l’aile centriste du HDZ, a évoqué fin 2016 un problème « délicat » et insisté sur la nécessité d’aboutir à « une solution légale ». Jeudi, il a estimé que le déplacement de la plaque était un « premier pas ».

« Le deuxième, une étape cruciale, sera la mise en place d’une réglementation systématique et claire sur l’utilisation des symboles et des insignes des régimes totalitaires », a-t-il poursuivi.

Les estimations du nombre de victimes à Jasenovac, où des personnes ont été tuées à l’aide de marteaux, de couteaux et de pierres, varient d’environ 82 000 selon le musée du camp à 700 000 selon les sources serbes. Le musée du Mémorial de l’Holocauste à Washington l’évalue à 100 000.

Le camp avait été mis en place en 1941 par le régime oustachi pronazi qui a exterminé des centaines de milliers de Roms, de Serbes, de juifs et des Croates anti-fascistes.