LOS ANGELES (JTA) – C’est l’un des paradoxes des relations arabo-juives en Israël : certains des meilleurs films représentant les Palestiniens comme des outsiders sont réalisés par des cinéastes juifs. De même, des réalisateurs palestiniens dressent souvent des images plus équilibrées de leurs « occupants » juifs que ne le font certains cinéastes juifs israéliens pratiquant l’auto-lacération.

Le premier phénomène est prégnant dans “A Borrowed Identity » – Une identité d’emprunt, film du réalisateur vétéran Eran Riklis.

L’intrigue tourne autour d’Eyad, un brillant adolescent palestinien d’une petite ville de Cisjordanie. Il reçoit une bourse pour étudier à l’Académie des arts et des sciences d’Israël, prestigieuse école privée de Jérusalem.

Eyad rechigne à l’accepter au début, mais son père – qui a passé plus de deux ans dans les prisons israéliennes – le pousse à le faire.

« Tu pourras être le premier Palestinien à construire une bombe atomique », encourage-t-il son fils. « Tu pourras être meilleur que les Juifs dans tous les sens. »

Donc Eyad s’inscrit, mais rien n’est facile pour lui. Il déjeune et étudie seul. Certains de ses camarades de classe se moquent de son accent arabe.

Une discussion en classe sur la guerre de 1948 devient inconfortable, et dans un autre débat, Eyad lance que même les écrivains israéliens les plus perspicaces, comme Amos Oz et AB Yehoshua, dressent le portrait des personnages arabes comme des objets de fantaisie sexuelle ou des « signifiants de l’altérité ».

Eyad se lie avec deux de ses camarades de classe. Yonatan, également « autre », sa dystrophie musculaire l’obligeant à naviguer dans l’espace scolaire dans un fauteuil roulant. Et la libre Naomi, qui enseigne à Eyad l’argot hébreu.

Naomi et Eyad commencent à se fréquenter, et quand la mère de Naomi le découvre, elle est horrifiée.

« Dis-moi que tu es lesbienne, » dit-elle à sa fille. « Dis-moi que tu as un cancer, mais ne me dis pas que tu fréquentes un garçon arabe. »

Le script a été écrit par le populaire et controversé auteur israélo-arabe Sayed Kashua ; le film s’inspire de son roman autobiographique. (La vie de Kashua est parallèle à celle d’Eyad ; il a fréquenté une école privée juive à Jérusalem et est diplômé de l’Université hébraïque.)

Kashua est célèbre en Israël pour ses perçantes observations dans sa chronique hebdomadaire dans Haaretz, ainsi que pour être le créateur de la série populaire israélienne « Avoda Aravit » [Travail arabe].

Finalement, Eyad quitte l’école, partiellement pour permettre à Naomi de se réconcilier avec ses parents et pour permettre à la jeune fille de passer un contrôle de sécurité pour un emploi dans les services de renseignements de l’armée israélienne. Il commence à travailler dans un restaurant de Jérusalem et apprend d’un collègue plongeur, également un Arabe, que seuls les Juifs peuvent se qualifier pour le statut de serveur.

« La meilleure chose que tu peux faire est de mourir et demander à Allah de te renvoyer en tant que Juif », conseille le plongeur à Eyad. En dire plus risque de gâcher l’intrigue.

Le personnage complexe d’Eyad est brillamment interprété par Tawfeek Barhom, acteur israélo-arabe de 24 ans. L’objet de son amour est Danielle Kitzis, une Américaine qui a immigré en Israël avec ses parents.

Riklis, pilier du cinéma israélien depuis 30 ans, a souvent porté son objectif sur les relations israélo-palestiniennes, avec des films primés comme « La Fiancée syrienne », « Lemon Tree » et « Zaytoun ». En hébreu, « Une identité d’emprunt » (ainsi que le livre original) est intitulé « Aravim Rokdim » [Des Arabes qui dansent].

Dans une interview réalisée à travers Skype, Riklis donne une explication plus sophistiquée pour le titre.

Les personnages Naomi (Danielle Kitzis) et Eyad (Tawfeek Barhom) sortent ensemble en secret (Crédit : Autorisation de Strand Releasing)

Les personnages Naomi (Danielle Kitzis) et Eyad (Tawfeek Barhom) sortent ensemble en secret (Crédit : Autorisation de Strand Releasing)

« Je vois l’histoire comme une danse entre les identités ou, si vous voulez, une ‘danse de la vie’, deux pas en avant et un en arrière », image le directeur.

Mais Riklis ajoute : « Le film est ouvert à l’interprétation, comme la vie elle-même… Ceci est un film sur la recherche, au bout du compte, tout est ouvert, tout peut encore arriver. »

Il s’agit de la trajectoire réelle de Kashua. Après s’être fait son nom en Israël en tant que journaliste et écrivain, Kashua a surpris ses fans l’an dernier en annonçant que la vie en Israël était devenue « trop » pour lui et qu’il acceptait un poste à l’Université de l’Illinois.

Riklis espère que Kashua finira par revenir en Israël, mais souligne la complexité des relations arabo-juives.

« Je travaille avec des Arabes tout le temps. Il est facile de nouer des relations avec eux, mais un tir de missile peut tout changer. »