Les négociations de coalition ont débuté jeudi à la Knesset. Elles sont menées par le Likud qui entame une première tentative officielle de concocter une coalition avec les différents partenaires potentiels qui ont des intérêts divergents.

Des responsables du parti de Netanyahu rencontrent les équipes de négociation de chaque partenaire potentiel de la coalition pour entendre leurs attentes pour le prochain gouvernement.

Chaque parti a deux heures pour présenter ses premières exigences. L’équipe du Likud va passer jeudi pas moins de 11 heures à écouter et discuter les demandes des autres partis.

C’est le début d’un processus éreintant pour tous les intéressés – mais d’une importance critique. Alors que les politiciens d’Israël se concentrent naturellement sur les portefeuilles en jeu, les négociations de coalition concernent bien plus que des postes.

Il y est également question de législation. Chaque partenaire potentiel de la coalition cherche à obtenir du Likud une promesse écrite dans leurs accords bilatéraux pour faire avancer leurs lois favorites.

Pour certains parlementaires de droite, cela signifie promouvoirt la loi dite « de l’État juif » qui était restée en panne lorsque le gouvernement précédent est tombé en décembre dernier.

Cela signifie également promouvoir des propositions pour changer les relations entre la Knesset et la Haute cour de justice, en donnant au système politique plus de poids dans les nominations des juges (un terrain où la Haute Cour elle-même et le Barreau d’Israël ont actuellement la majorité), et en donnant au Parlement le pouvoir d’outrepasser certaines décisions constitutionnelles dès qu’il peut rassembler une majorité suffisamment large.

Pour Naftali Bennett, le président du parti HaBayit HaYehudi, cela signifie l’obtention de garanties que la coalition soutiendra une sorte de résolution sur des revendications de propriété liées à certaines implantations construites sur des terres de provenance discutable.

Cela signifie également une proposition de loi qui va considérablement augmenter les impôts sur les dons des gouvernements étrangers aux organisations politiques israéliennes – une mesure très controversée, chère à la droite.

Pour le parti Koulanou de Moshe Kahlon, cela signifie s’assurer que les réformes qu’ils propose pour abaisser les prix des logements et le coût de la vie feront partie des lignes directrices fondamentales de la coalition.

Pour les partis ultra-orthodoxes, cela signifie veiller à ce que la loi sur l’incorporation universelle adoptée lors de la précédente législature soit affaiblie ou annulée.

Et pour Yisrael Beitenu, cela signifie la transformation en loi du mantra electorale d’Avigdor Liberman : « la peine de mort pour les terroristes ». Cette promesse de campagne, Liberman le savait bien, n’a pratiquement aucune chance d’être mise en œuvre, mais le parti peut faire mine de l’exiger.

En de simples termes politiques, toutes ces questions, et d’autres, peuvent ainsi être décidées avant que le gouvernement ne soit formé et avant que la 20e Knesset ne se prononce par un seul vote.

Et les négociations de coalition sont aussi un combat sur d’importantes quantités de fonds publics. Les ultra-orthodoxes veulent rétablir les niveaux antérieurs de financement qui jadis coulaient des caisses de l’Etat vers leurs établissements éducatifs. HaBayit HaYehudi veut s’assurer de nouveaux fonds pour la construction dans les implantations et les infrastructures en Cisjordanie par le biais d’institutions telles que la Division de l’implantation. Et ainsi de suite.

En fin de compte, l’accord de coalition sera composé de cinq accords bilatéraux entre le Likud et tous ses partenaires de la coalition – Yisrael Beitenu, HaBayit HaYehudi, Yahadout HaTorah, Shas et Koulanou – et un sixième document fixant des « lignes directrices » et les valeurs de la coalition.

Fondamentalement, ces accords ont la force d’un contrat juridique, un statut qui a déjà résisté à un contrôle judiciaire, et c’est la principale raison pour laquelle les pourparlers sont si féroces. Quoi que l’on obtienne dans un accord de coalition, on peut raisonnablement s’attendre à le voir mis en œuvre par le nouveau gouvernement.

Fauteuils

Bien sûr, la répartition des ministères et des commissions n’est pas non plus à prendre à la legère. Les ministres ont une influence profonde sur la politique et peuvent faire passer d’importants budgets vers des domaines qui reflètent leurs priorités, alors que les présidents des commissions parlementaires ont souvent le pouvoir d’accélérer ou d’enterrer des législations.

Même à ce stade précoce, celui des discussions informelles et de rares fuites à se mettre sous la dent, il est possible de discerner certaines des caractéristiques et des lignes de fracture politiques du gouvernement naissant à partir des combats sur les maroquins ministériels.

L’obsession du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour la stabilité et la continuité crève déjà l’écran. Dans tous les gouvernements qu’il a dirigés, il a toujours préféré laisser les ministres à leur poste si cela était possible.

C’est la raison pour laquelle Netanyahu a proposé mercredi – mais pas promis, insiste le Likud – que le deputé Yaakov Litzman de Yahadout HaTorah revienne au ministère de la Santé et que son collègue de parti Moshe Gafni préside la commission des Finances, des fonctions que tous deux ont remplies dans un passé récent.

Cette non-promesse a irrité Moshe Kahlon de Koulanou et révélé un autre élément-clé du nouveau gouvernement : contrairement à Yair Lapid qui est devenu ministre lors de son premier mandat parlementaire, Moshe Kahlon n’est pas un néophyte.

Alors que Lapid avait presque entièrement ignoré la présidence des commissions de la Knesset dans ses exigences lors des pourparlers pour la coalition – ne comprenant apparemment pas à quel point elles sont décisives – Kahlon, qui a siégé trois fois à la Knesset et fut un brillant ministre, est désireux de sécuriser l’ensemble du pipeline des finances publiques afin de contrôler tous les leviers dont il aura besoin pour faire passer ses réformes en douceur et efficacement.

Il a déjà obtenu la promesse de Netanyahu qu’il obtiendra le ministère des Finances. A présent, il vise le contrôle de la commission des Finances. Un ministre des Finances d’un parti minoritaire (Koulanou ne dispose que de 10 sièges dans une Knesset qui en compte 120, un rapport de forces qui sera reflété dans sa représentation dans les différentes commissions parlementaires) qui ne contrôle pas la présidence de la commission des Finances pourrait voir ses initiatives entravées et vidées de sens.

Koulanou a donc annoncé jeudi matin qu’ils ne participerait pas au round d’ouverture des négociations avec le Likud pour protester contre l’attribution d’un poste tellement crucial à Gafni, avant même que les pourparlers n’aient commencé.

C’est une crise qui risque de se dégrader. Koulanou peut en sortir gagnant, puisque Netanyahu a besoin de lui pour assurer une majorité stable à sa coalition de droite.

D’autres leçons émergentes sont aussi plus évidentes. Par exemple, les résidents des implantations chercheront le contrôle des organes gouvernementaux de construction en Cisjordanie.

Un HaBayit HaYehudi rétréci peut perdre le contrôle du ministère du Logement dans le prochain gouvernement, reconnaissent les dirigeants du parti. Mais le parti espère capturer au lasso, dans tout accord qu’il signera, la Division de l’Implantation, l’organisme qui construit les implantations, actuellement sous l’autorité du Bureau du Premier ministre.

Les élections de 2015 ne sont pas encore terminées. Le nouveau Parlement a été élu le 17 mars ; le nouveau Premier ministre a été officiellement désigné le 25.

Mais les ministres, l’ordre du jour parlementaire pour les prochaines années et les valeurs qui guideront le nouveau gouvernement ne seront déterminés que dans les prochaines semaines.