Le conflit avec les Palestiniens est l’un des grands absents des débats de cette campagne pour les législatives du 17 mars.

Alors que Gaza s’enfonce dans la crise humanitaire depuis la guerre de 2014 et que les Palestiniens saisissent des instances diplomatiques et judiciaires internationales, la question est néanmoins traitée dans les programmes des partis.

L’Union sioniste a un plan. Yisrael Beitenou a un plan. HaBayit Hayehudi a un plan. Meretz a un plan. Même le parti centriste Yesh Atid a un plan. Mais le Likud, qui a gouverné Israël pour plus de la moitié d’une décennie, n’a pas de programme clair sur la façon de traiter la question palestinienne.

En matière de politique étrangère, les différents partis qui composent le paysage politique d’Israël sont en grande partie sur la même longueur d’ondes : la menace nucléaire iranienne doit être évitée et les liens avec les États-Unis et l’Union européenne doivent être renforcés. Et ne serait-il pas merveilleux de pouvoir sortir de l’isolement international dans lequel Israël se trouve et freiner les efforts visant à le boycotter?

Quand il s’agit des Palestiniens, toutefois, les programmes des partis susceptibles de former la 20ème Knesset diffèrent fortement sur ce point, bien que le processus de paix, ou plutôt l’absence de celui-ci, n’a pas été un thème dominant de la campagne électorale.

Voici un aperçu des différentes positions.

Likud

Le gouvernement de coalition du Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu, dominé par son parti de droite le Likud, a mené durant neuf mois des négociations avec les Palestiniens sous l’égide de Washington, jusqu’à leur échec en avril 2014.

En pleine campagne, une déclaration attribuée au Likud disait que Netanyahu était revenu sur une déclaration acceptant l’idée d’un Etat palestinien. Le bureau du Premier ministre a démenti un tel retour en arrière.

Le Likud est traditionnellement contre un Etat palestinien car il refuse de revenir aux frontières de 1967 et de rendre Jérusalem-Est annexée et occupée, dont les Palestiniens veulent faire leur capitale. Le Likud, comme l’Etat d’Israël, considère l’intégralité de la Ville sainte comme « capitale éternelle et indivisible » d’Israël.

Une porte-parole du Likud a dit à l’AFP que toute « concession, en ce moment » aux Palestiniens n’était « tout simplement pas pertinente ».

L’Union sioniste

Le principal concurrent du Likud, l’alliance de centre gauche emmenée par le travailliste Isaac Herzog, assure qu’il s’appuiera sur la Ligue arabe pour revenir aux négociations avec les Palestiniens.

L’Union sioniste milite pour « un Etat palestinien démilitarisé », l’annexion par Israël des blocs d’implantations en Cisjordanie, Jérusalem comme « capitale éternelle du peuple juif » et des relations économiques renforcées avec les Palestiniens.

Yesh Atid

Yesh Atid (centre), dirigé par l’ex-ministre des Finances Yaïr Lapid, soutient le création d’un Etat palestinien démilitarisé via un « accord régional » avec les pays arabes et l’annexion des blocs d’implantations de Cisjordanie.

Il se dit prêt à des « échanges de territoires » et à geler la construction d’implantation le temps des négociations, mais n’abandonnera pas Jérusalem-Est.

Il refuse le droit au retour des réfugiés palestiniens et de leurs descendants, chassés en 1948 et 1967 – une disposition cruciale des propositions palestiniennes (et arabes) de paix.

HaBayit HaYehudi

Le parti nationaliste religieux du ministre de l’Economie Naftali Bennett s’oppose « à tout Etat palestinien », mais ne veut pas non plus d’une solution à un Etat, Israël, qui absorberait la population palestinienne.

Ces deux possibilités, assure sa profession de foi, « présentent un vrai danger pour l’existence même d’Israël ».

Bennett s’était opposé au dernier round de négociations avec les Palestiniens, qu’il a décrit comme un « éclat d’obus dans les fesses ».


Liste commune arabe

La Liste commune, qui représente les Arabes israéliens, les descendants des Palestiniens restés sur leur terre à la création d’Israël en 1948 (environ 20 % de la population d’Israël aujourd’hui), est celle qui accorde la plus large place à la question palestinienne.

Elle réclame la fin de l’occupation israélienne des territoires palestiniens et de Jérusalem-Est ainsi qu’un Etat de Palestine dans les frontières de 1967 aux côtés d’Israël.

Elle rejoint les exigences de la direction palestinienne et réclame le droit au retour des réfugiés.

Yisraël Beiteinou

Le parti de l’ultra-nationaliste ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman veut un accord de paix régional avec les pays arabes et non bilatéral avec les Palestiniens.

Israël Beitenou ne s’oppose pas à un Etat palestinien. Il prévoit même d’y envoyer les Arabes israéliens « qui s’identifient aux Palestiniens » et qui perdraient nationalité et droits en Israël.

Il milite pour des échanges de territoires et même de populations entre certains territoires peuplés d’Arabes israéliens et les colonies de Cisjordanie.

Koulanou

« Quelle est la question la plus importante pour vous, la fin du conflit ou de la fin du mois ? », demande un clip de la campagne de Koulanou, indiquant que ce parti centriste place les questions socio-économiques avant les problèmes diplomatiques.
Ainsi, le fondateur du parti Moshe Kahlon – qui vise le ministère des Finances – ne parle pas beaucoup de la question palestinienne, faisant valoir que, pour le moment, il n’y a pas de partenaire à Ramallah avec lequel des négociations de paix sérieuses seraient envisageables.

Ancien ministre du Likud, Kahlon s’opposait à l’époque aux concessions territoriales mais  il semble aujourd’hui accepter la solution à deux Etats, aussi longtemps que les intérêts d’Israël passent avant.
« Nous avons toujours affirmé que nous serons à la table des négociations et nous sommes toujours prêts à entamer des pourparlers sur un statut final », a déclaré Michael Oren, l’homme du parti en charge des questions diplomatiques. « Nous devons jeter les bases d’un futur accord de statut final. »

En attendant, le gouvernement doit commencer à créer une « réalité de deux Etats » sur le terrain, en limitant la construction de grands blocs, tout en améliorant les conditions de vie des Palestiniens, affirme Oren.

Shas

Dans la campagne actuelle, la maison politique des juifs ultra-orthodoxes séfarades a choisi de se concentrer sur des sujets socio-économiques et de ne pas s’attarder sur les questions diplomatiques. Aryeh Deri président du parti a déclaré qu’il soutiendrait le Premier ministre Netanyahu et a indiqué qu’à l’heure actuelle il n’y avait pas de partenaire fiable du côté palestinien. Mais il est connu pour ses positions moins bellicistes que son rival, l’ancien président du Shas et actuel leader de Yahad, Eli Yishai.

Adina Bar-Shalom, la fille du chef spirituel du mouvement Ovadia Yosef, a déclaré cette semaine que Deri exhorterait avec force à signer un accord de paix avec les Palestiniens si le Shas rejoignait la coalition. « Nous ne voulons pas d’un Etat binational, affirme-t-elle. Beaucoup de sang a été versé (…). La seule alternative est deux Etats pour deux peuples. » » Yosef est célèbre pour avoir statué qu’il était permis de rendre des terres pour la paix et a autorisé Deri à voter en faveur des Accords d’Oslo.

Yahadout HaTorah

Cette faction ultra-orthodoxe ashkénaze, qui comprend le hassidique Agoudat Yisrael et le non-hassidique (plutôt ‘lituanien’) Degel Hatorah, se concentre exclusivement sur les questions socio-économiques, en particulier celles qui affectent directement son électorat, comme les allocations familiales.

Sur la base de leur croyance que les Juifs ne doivent pas revendiquer la souveraineté sur la Terre Sainte, avant l’arrivée du messie, de nombreux ultra-orthodoxe ne reconnaissent pas effectivement le gouvernement sioniste d’Israël. Par conséquent, cette liste, dirigée par Yaakov Litzman, un partisan de Gerer Rebbe, n’a pas de position unanime sur des questions telles que le processus de paix, bien que la plupart des députés ont tendance à pencher vers la droite sur la question palestinienne, et ont voté contre les accords d’Oslo et le désengagement de Gaza.

Meretz

Dirigée par Zehava Gal-On, Meretz est le seul parti sioniste qui revendique fièrement le fait d’être de gauche. Reconnaissant que les négociations bilatérales avec les Palestiniens n’ont pas réussi à produire les résultats escomptés au cours des deux dernières décennies, son programme affirme qu’ « une nouvelle approche est nécessaire » – se référant à un accord régional de paix global, sous l’égide du monde arabe.

Meretz appelle donc à un accord fondée sur l’Initiative de paix arabe, qui, selon le parti, aboutirait à la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, à des échanges de terres mutuellement convenues et à un Israël en sécurité et renforcé comme « Etat juif et démocratique ». Selon le programme du parti, il y aura deux capitales pour deux Etats à Jérusalem – « un espace urbain unifié avec une souveraineté politique divisée ». Le parti prône en outre un gel immédiat et inconditionnel de toute construction d’implantations, y compris dans les blocs existants et à Jérusalem-Est, « qui viole le droit international ».

Yahad

Ce nouveau parti, qui vise les ultra-orthodoxes et les juifs nationaux-religieux, est sans doute la liste la plus belliciste susceptible d’entrer dans la 20ème Knesset. Les deux premières places de la liste sont occupées par son fondateur, Eli Yishai, et par l’ancien du HaBayit HaYehudi,le député Yoni Chetboun, qui tous deux rejettent avec véhémence l’éventualité de faire des concessions territoriales aux Palestiniens. « Nous allons continuer à agir pour organiser le statut juridique de tous les territoires en Judée et en Samarie [Cisjordanie] pour les mettre sur la voie de la souveraineté, parce que c’est la nôtre. Il n’y a pas d’hésitations, pas de doutes », a déclaré la semaine dernière Chetboun sur la plate-forme de Yahad.

En outre, le fait que Baruch Marzel fasse partie du parti place Yahad à l’extrême droite de l’échiquier politique. (Marzel appartient au parti ultra-nationaliste orthodoxe Otzmah Yehudit, qui a conclu une entente avec Yahad destiné à aider les deux parties à passer le seuil électoral de 3,25 %. Après les élections, les deux partis devraient se diviser en deux factions distinctes.)

Marzel est un partisan déclaré du rabbin Meir Kahane, dont le mouvement politique a été interdit en raison de son extrémisme anti-arabe. Marzel, originaire de Boston, défend l’idée connue en Israël sous le nom de « transfert » – chasser tous ceux qui sont considérés comme des « ennemis » de la souveraineté du peuple juif sur la Terre d’Israël. « Le jour où nous intérioriserons cette idée et dirons au monde que cette terre appartient au peuple juif, nous commencerons à appliquer la souveraineté partout et à commencer à construire partout », a-t-il déclaré au Times of Israel le mois dernier. « C’est tout. C’est mon programme diplomatique ».