Dans son livre, Rachel Goldberg-Polin évoque avec acuité la perte de son fils Hersch
« When We See You Again » nous plonge dans "l'Avant et l'Après" de la vie de la mère de Hersh Goldberg-Polin, jeune homme de 23 ans pris en otage par des terroristes du Hamas et assassiné en captivité
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Tout au long des 272 pages de « When We See You Again », les mémoires bruts et brûlants de Rachel Goldberg-Polin, le lecteur a le cœur qui se serre et l’âme en peine.
Dans ce livre, elle revient sur les deux années qui ont suivi le 7 octobre 2023, lorsque son fils aîné, Hersh Goldberg-Polin, avait été enlevé dans un abri par des terroristes du Hamas, alors que ses amis et lui s’étaient rendus à la rave Nova, qui avait été organisée dans le désert. Ce jour-là, plus de 1 200 personnes avaient été massacrées lors de ce pogrom commis dans le sud d’Israël, et 251 personnes avaient été enlevées puis séquestrées dans la bande de Gaza.
Hersh Goldberg-Polin, 23 ans, a été assassiné par ses ravisseurs le 29 août 2024.
Immédiatement après l’attaque et l’enlèvement de Hersh, la famille a livré un incroyable combat pour le faire libérer, devenant l’un des visages de la lutte en faveur des otages sur la scène internationale – un statut qui les amènera à s’entretenir avec des chefs d’État ou de gouvernement.
Goldberg-Polin est la principale voix de ce livre, qui est sorti le 21 avril aux éditions Random House avec une postface de son mari, Jon Polin, mais elle en est aussi la lectrice, dans sa version audio. La version en hébreu sortira en mai prochain.
Ce n’est pas la première fois que Goldberg-Polin évoque la mue qu’elle a opérée entre sa vie « bien rangée et confortable, en camaïeu de beige » de femme au foyer et enseignante, et celle de mère qui a donné de la voix aux quatre coins du monde.
« When We See You Again » parle de cette lutte, de la rupture brutale provoquée par l’enlèvement de son fils, entre « L’Avant » et « L’Après », comme elle l’écrit en lettres majuscules.
« L’Avant » fourmille de moments délicieux, telle cette évocation de l’enfant unique qu’elle était, à Chicago, adorée de ses parents et grands-parents. Elle se remémore les colonies de vacances dans le nord du Michigan et sa volonté d’approfondir son judaïsme.
Elle parle aussi de sa vie avec Polin, lui aussi originaire de Chicago, qu’elle rencontre lorsqu’elle est jeune adulte avant de l’épouser à Jérusalem, des premières années de leur vie de couple à Berkeley, en Californie, puis à Richmond, en Virginie, et de leur décision de retourner vivre en Israël pour élever leurs enfants à Jérusalem.
Ses souvenirs sont d’une grande précision, de la forme des orteils de Hersh à ses aisselles malodorantes en passant par ses cheveux bruns en bataille et leur relation mère-fils. Elle revient sur des moments précis de leur vie de famille, comme leurs promenades du vendredi soir jusqu’à la synagogue, et elle parle de Mme Carlton, la professeure préférée de Hersh au CP.
Nous, lecteurs, faisons connaissance avec Hersh, et c’est un cadeau que sa mère nous offre.
Goldberg-Polin est drôle et pleine d’autodérision, se demandant à plusieurs reprises si telle ou telle situation a pu faire d’elle une mauvaise mère.
C’est la partie du livre qui se lit facilement.
Mais on ne peut pas échapper aux passages douloureux, disséminés ici et là, lorsqu’elle évoque l’immense chagrin qui est le sien depuis le 7-Octobre, date à laquelle Hersh a été enlevé, puis la douleur insoutenable lorsque Hersh a été tué en août 2024, touché à six reprises par ses ravisseurs, son corps décharné, ses cheveux couverts de poudre.
Goldberg-Polin a cette incroyable conscience – qu’elle avait peut-être avant tout cela – qui lui permet d’écrire avec puissance au sujet de la catastrophe qui s’est déroulée le 7-Octobre et qui s’est terminée 330 jours plus tard (un chiffre qui revient constamment) avec le meurtre de son fils dans un tunnel de Gaza, aux côtés de cinq autres otages, « Les Six Magnifiques », comme elle les appelle.
La langue de Goldberg-Polin est riche et unique en son genre, capable d’inventer de nouvelles façons de dire la douleur.
« On est obligé d’avoir de l’espoir », a-t-elle répété pendant les mois de captivité de Hersh. Elle y ajoute aujourd’hui de nouvelles images et expressions, comme le « camion à 18 roues qui les a écrasés de chagrin », son statut de « mère d’un fils décédé » ou le fait d’être « pleine de douleur ».
Ses références sont d’une grande variété, de la Bible au Talmud en passant par des philosophes et des rabbins, mais aussi Jean Valjean des « Misérables », la psychiatre Elisabeth Kubler-Ross et un autre père endeuillé et auteur, David Grossman. Elles lui servent à décrire et tenter de comprendre cet énorme chagrin.
Elle parle sans cesse de son mari, Jon, et de ses deux filles, Leebie et Orly, ainsi que de ses amis et de ses proches, dont elle ne donne que le prénom, jamais le nom de famille, que ce soit la rabbin Angela (Buchdahl) ou le président américain (Joe Biden).
On sait déjà beaucoup de choses sur elle mais ces choses prennent une dimension nouvelle et serrent le cœur quand on prend conscience de l’ampleur de ce qui est arrivé à ces parents et à d’autres et dont, comme elle le dit elle-même, on ne sort jamais vraiment.
Comme elle l’écrit, ses proches et elle ont des réponses différentes au « pourquoi », allusion à une citation du psychologue autrichien et survivant de la Shoah Viktor Frankl, qui revêt désormais une signification toute particulière pour elle et ses proches depuis la captivité de Hersh dans les tunnels de Gaza.
Hersh aimait à dire à ses compagnons d’infortune, pour leur remonter le moral et les aider à tenir, « Quand on a un « pourquoi », on peut vivre avec n’importe quel « comment » ».
Citant « L’homme à la recherche de sens », Hersh avait fait de cette philosophie un instrument de survie, jour après jour, encourageant ses compagnons, dans les tunnels, à voir surtout les raisons de vivre. L’ex-otage Or Levy, qui avait brièvement connu Hersh en captivité, avait fait part de ses échanges avec Hersh lorsqu’il a rencontré les Goldberg-Polin, après sa libération.
Goldberg-Polin dit qu’elle ne sait pas encore quel est le « pourquoi » de sa famille ; ils ne comprennent pas, « d’où cette douleur qui ne passe pas ».
Malgré tout, aussi torturée qu’elle soit par ce qui est arrivé à son fils, elle est bien décidée à revenir de l’autre côté et « trouver son chemin ».
C’est tout ce que nous leur souhaitons.
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