De Drancy à Auschwitz : Justine Decourselle court contre l’oubli
Face à « l’antisémitisme qui revient », cette infirmière a relié les deux camps en un peu plus d’un mois
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Justine Decourselle, 26 ans, a récemment démissionné de son poste d’infirmière dans un Ehpad pour se lancer dans une course mémorielle. Du 13 avril au 15 mai, la jeune femme a ainsi relié Drancy à Auschwitz au pas de course, soit 1 500 kilomètres en 33 jours, soit l’équivalent d’un marathon par jour.
Son parcours n’a pas été choisi au hasard. Elle a suivi les anciennes voies de chemin de fer empruntées par les convois de déportation, et plus particulièrement le trajet exact du convoi 71. Le 13 avril 1944, il y a 82 ans, 1 499 déportés quittaient le camp de Drancy pour celui d’Auschwitz, parmi lesquels Ginette Kolinka, Simone Veil, Marceline Loridan-Ivens, ainsi que 34 des 44 enfants d’Izieu. À leur arrivée au camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz, 1 112 personnes ont été gazées. Seuls 117 femmes et 56 hommes sont revenus. Aucun des 300 enfants.
Drancy, plaque tournante de la politique de déportation du régime collaborationniste de Vichy, est ainsi devenu le point de départ symbolique de cette « course contre l’oubli ».
Tout au long de son périple, Justine Decourselle a partagé son expérience sur les réseaux sociaux. Elle confie notamment : « Parfois je craque, je pleure ». Mais malgré l’épuisement, elle a poursuivi sa route en pensant « à celles et ceux qui n’ont pas survécu ».
En chemin, la jeune femme a rencontré d’autres personnes engagées pour le souvenir des déportés, des officiels saluant son initiative, des anonymes souhaitant lui témoigner leur soutien.
Si aucun membre de sa famille n’a été déporté, Justine Decourselle explique être sensible à l’histoire de la Shoah. « Je suis touchée depuis longtemps par l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale », confie-t-elle. Elle dit également voir « l’antisémitisme qui revient ». « J’ai l’impression qu’on n’a pas appris de l’Histoire ».
Elle évoque aussi les résidents de l’Ehpad où elle travaillait auparavant. « L’un d’eux est très âgé, il a plus de 100 ans. Il a connu Jean Moulin. Certains de ses proches sont partis en déportation. Son histoire m’a émue ».
Afin de matérialiser son passage tout au long du trajet, Justine Decourselle a également déposé des galets du souvenir réalisés en amont par des élèves ou des citoyens rencontrés lors d’actions de sensibilisation.
Parmi les soutiens marquants de son initiative figure Ginette Kolinka, qui avait 19 ans lorsqu’elle s’était retrouvée dans l’un des wagons à bestiaux du convoi 71. Avec une pointe d’humour, la survivante de la Shoah plaisante : « Notre train n’était pas très confortable, mais c’était moins fatigant que ce qu’elle va faire, elle ».
Ginette Kolinka juge la jeune femme « courageuse ». Selon elle, pas tous les non-Juifs se souviennent de la Shoah. « Peut-être que ce qu’elle fait va rappeler à ceux qui ont oublié que ça a existé », dit-elle.
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