Génocide: Des experts demandent à un collectif de retirer leurs accusations envers Israël
Ils sont 170 à demander à l'International Genocide Scholars Association de revenir sur ses propos biaisés et provocateurs, lui reprochant de faire de la politique à renfort de "violence morale"
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Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Plus de 170 spécialistes des questions de génocide, de droit international, de la Shoah et de l’antisémitisme ont exigé vendredi que l’International Genocide Scholars Association [NDLT : Association internationale des spécialistes du génocide] (IAGS) annule une résolution publiée cette semaine contre Israël.
Lundi dernier, dans une annonce abondamment relayée par les médias, qui ont présenté l’association comme un collectif d’autorités en la matière, l’IAGS a déclaré qu’Israël était coupable de génocide à Gaza au regard du droit international.
Suite à l’adoption de cette résolution, l’IAGS a été critiquée en raison de sa politique d’adhésion très laxe, du manque de transparence au niveau du contenu et de l’adoption de la résolution, sans compter ses citations, omissions et interprétations du droit.
Vendredi, un autre groupe, se faisant appeler Scholars for Truth About Genocide, a publié une déclaration reprenant ces critiques, signée à ce jour par 178 personnes et institutions, soit davantage que la résolution de l’IAGS. L’IAGS compte environ 500 membres, dont 129 ont voté – 86 % en faveur de la résolution.
« Le génocide est le crime le plus grave de toute l’humanité ; le fait de diluer ses normes juridiques à des fins idéologiques est une forme de violence morale. Cela déshonore la mémoire des victimes, induit le grand public en erreur sur les atrocités commises actuellement et compromet les initiatives prises pour prévenir de futures atrocités », peut-on lire dans le communiqué de vendredi.
La déclaration est accompagnée du nom et de la profession de ses signataires, contrairement à la résolution de l’IAGS, dépourvue du nom de ses rédacteurs et signataires.
L’IAGS a confirmé jeudi qu’elle comptait dans ses rangs des membres qui n’étaient pas des experts de la question.
Dans sa riposte de vendredi à l’IAGS, Scholars for Truth About Genocide reproche à l’association d’avoir « endormi la dissidence » avant le vote.
En effet, avant l’adoption de la résolution, la direction de l’IAGS avait annoncé qu’une assemblée publique serait organisée de façon à ce que les membres puissent discuter de la mesure, avant de faire machine arrière, selon des courriels communiqués au Times of Israel. Il n’y a donc pas eu de discussion en interne sur la résolution avant le vote, malgré les demandes de certains membres.
Selon la déclaration de vendredi, le Hamas est la seule et unique partie au conflit à répondre légalement à la définition du génocide pour les exactions commises en Israël en octobre 2023, en raison de « l’intention de détruire, en tout ou en partie, les Juifs et les Israéliens ».
L’IAGS a accusé Israël d’être responsable de tous les décès enregistrés à Gaza, alors même que le Hamas utilise des infrastructures civiles, « un moyen pour lui de se dédouaner de ses propres actions », peut-on lire dans le communiqué.
« L’IAGS ne dit à aucun moment que cette guerre pourrait prendre fin si le Hamas libérait tous les otages qu’il continue de détenir illégalement à Gaza et déposait les armes », lit-on dans le communiqué.
Les experts ont également relevé que la résolution de l’IAGS affirmait qu’Israël avait mené des « attaques aveugles et délibérées » contre des civils alors que c’est l’attitude du Hamas qui en a fait des cibles légitimes au regard du droit international.
La déclaration conteste par ailleurs le bilan humain de l’IAGS, qui ne fait pas le distinguo entre civils et hommes armés.
L’IAGS a par ailleurs déformé une déclaration de la Cour internationale de justice en affirmant qu’Israël avait vraisemblablement commis un génocide.
Le chef de la Cour internationale de justice avait fait savoir que cette interprétation de la décision de la Cour était incorrecte et que la Cour n’avait jamais dit qu’Israël avait vraisemblablement commis un génocide, signale Scholars for Truth About Genocide.
Par ailleurs, l’IAGS a ignoré la jurisprudence établie sur le génocide, peut-on lire dans le communiqué. Selon la Cour internationale de justice, pour être coupable de génocide, le schéma des actions d’un État doit ne laisser aucun doute quant-au fait que le génocide était la seule et unique intention de l’État. Lorsqu’un État, à l’instar d’Israël, agit en vertu du principe de légitime défense, il ne peut pas être condamné pour génocide.
« Il est important de ne pas détourner les critères de droit du génocide pour des questions idéologiques ou de préjugés », déclare le communiqué.
« Les spécialistes de la Shoah et du génocide peuvent légitimement s’inquiéter de la conduite d’Israël à Gaza sans pour autant dénigrer les principes de droit conçus pour protéger les populations contre ces crimes. »
Les Scholars for Truth About Genocide ont exigé que l’IAGS « revienne sans délai sur sa résolution ».
« Le fait de laisser circuler de telles demi-vérités revient à fouler aux pieds les principes essentiels du droit et de ce qu’est une véritable expertise. Cela fait de cette Association une farce et cela sape les bases de l’intégrité des études sur le génocide, jusqu’au sens même du crime », indique le communiqué notamment signé par Eli Rosenbaum, ancien procureur chargé des crimes de guerre au ministère de la Justice et ancien chef des enquêtes spéciales, Jeffrey Mausner, ancien procureur chargé des crimes de guerre nazis au ministère de la Justice, Benny Morris, historien israélien de renom, Alan Dershowitz, éminent avocat, et Izabella Tabarovsky, grande spécialiste de l’antisémitisme soviétique.
D’autres critiques de la résolution de l’IAGS signalent que des groupes d’activistes ont réinterprété la définition juridique du génocide pour mieux accuser Israël et qu’une responsable de l’ONU est bien connue pour son antisémitisme.
Après la publication de la résolution sur Gaza par l’IAGS lundi, des militants pro-Israël ont découvert que l’association était en fait ouverte à qui le voulait, à condition de débourser 30 dollars. Des experts de la question se sont effectivement inscrits et d’autres ont créé des comptes fantaisistes comme le membre « Adolf Hitler » ou les membres enregistrés sous des noms de personnages de Star Wars ou de leur animal de compagnie.
Selon ces militants, le fait que l’association soit ouverte à tous fait qu’elle ne peut pas être considérée comme un organisme universitaire de premier plan.
Les médias ayant titré sur la résolution de l’IAGS sont muets sur ses procédures d’adhésion.
Réponse interne de l’IAGS
L’IAGS a répondu aux critiques dans un message interne envoyé à ses membres jeudi dernier.
La réponse, à laquelle a eu accès le Times of Israel, souligne le « fort intérêt » et la couverture médiatique « positive » générés par la résolution sur le génocide à Gaza, et assure que la résolution a été publiée conformément aux statuts et pratiques de l’association.
International Association of Genocide Scholars responds to criticism in a message to its members from the executive board pic.twitter.com/GeFZsvuA1T
— Luke Tress (@luketress) September 4, 2025
Elle condamne par ailleurs la « campagne consistant à spammer nos membres » avec de fausses identités, expliquant avoir décidé de bloquer temporairement toute nouvelle adhésion.
Le conseil d’administration a par ailleurs retiré de l’affichage l’annuaire public des membres de l’association, selon lui pour des questions tenant à la protection de ses membres, peut-on lire dans le communiqué. Par ailleurs, le conseil d’administration s’est dit victime de harcèlement par courriel ainsi que sur les réseaux sociaux.
L’association n’a pas l’intention de renoncer à son ouverture au grand public, se disant « conçue pour accueillir tous ceux qui souhaitent travailler aux questions relatives au génocide », qu’ils soient « artistes, activistes, universitaires indépendants, universitaires du courant majoritaire, communautés marginalisées et survivants ».
« L’objectif est aussi de laisser s’exprimer ceux qui n’ont pas forcément de doctorat, d’affiliation institutionnelle officielle ou tout simplement les moyens d’accéder à une « éducation conventionnelle », laquelle privilégie souvent l’expertise des pays du Nord. Il s’agit de tordre le cou aux privilèges de ceux qui se trouvent dans leur tour d’ivoire », indique le communiqué.
La déclaration ne dit rien des critiques de fond sur le contenu de la résolution ou le manque de transparence qui a présidé à son adoption.
la Communauté du Times of Israël !







