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Canada, Royaume-Uni et Australie reconnaissent un « État indépendant et souverain de Palestine »

L'Autorité palestinienne se réjouit ; "Aucun État palestinien ne sera créé à l'ouest du Jourdain" , dit Netanyahu ; le Forum des Familles d'otages déplore une reconnaissance sans conditions préalables

Le Premier ministre canadien Mark Carney s'exprime lors d'une conférence de presse après une réunion du cabinet consacrée aux négociations commerciales avec les États-Unis et à la situation au Moyen-Orient, au National Press Theatre à Ottawa, Ontario, Canada, le 30 juillet 2025. (Crédit : Dave Chan/AFP)
Le Premier ministre canadien Mark Carney s'exprime lors d'une conférence de presse après une réunion du cabinet consacrée aux négociations commerciales avec les États-Unis et à la situation au Moyen-Orient, au National Press Theatre à Ottawa, Ontario, Canada, le 30 juillet 2025. (Crédit : Dave Chan/AFP)

Le Premier ministre canadien Mark Carney et le Premier ministre australien Anthony Albanese ont annoncé, dimanche, la reconnaissance par leurs pays d’un État palestinien indépendant en amont de l’Assemblée générale des Nations unies.

Dans son annonce, Carney a indiqué que « le gouvernement israélien actuel s’efforce méthodiquement d’empêcher la création d’un État palestinien ».

« Le Canada reconnaît l’État de Palestine et propose son partenariat pour construire un avenir pacifique tant pour l’État de Palestine que pour l’État d’Israël », a ajouté Carney.

De son côté, Albanese a noté que la reconnaissance par son pays de « l’État indépendant et souverain de Palestine » reflète « l’engagement de longue date de l’Australie en faveur d’une solution à deux États, qui a toujours été la seule voie vers une paix et une sécurité durables pour les peuples israélien et palestinien ».

Il a souligné que « l’organisation terroriste du Hamas ne doit jouer aucun rôle en Palestine ».

Quelques minutes après, le Premier ministre britannique Keir Starmer leur a emboîté le pas en annonçant la reconnaissance de l’État palestinien par Londres.

Dans une déclaration, Starmer a affirmé que cette décision s’inscrivait dans le cadre d’un processus visant à mettre un terme au conflit à Gaza et à promouvoir une paix durable entre Israël et les Palestiniens.

« Aujourd’hui, afin de raviver l’espoir de paix pour les Palestiniens et les Israéliens ainsi que l’espoir d’une solution à deux États, le Royaume-Uni reconnaît officiellement l’État de Palestine », a-t-il écrit sur le réseau social X.

« Le Hamas est une organisation terroriste brutale. Notre appel en faveur d’une véritable solution à deux États est à l’opposé de leur vision de haine », a-t-il déclaré.

Il a insisté sur le fait que la solution à deux États « n’est pas une récompense pour le Hamas, car elle signifie que le Hamas ne peut avoir aucun avenir, aucun rôle dans le gouvernement, aucun rôle dans la sécurité ».

« Nous avons déjà sanctionné le Hamas et nous irons plus loin », a-t-il promis.

« J’ai donné pour instruction de sanctionner d’autres personnalités du Hamas dans les semaines à venir. »

Le Premier ministre britannique Keir Starmer lors d’une conférence de presse conjointe avec le président américain Donald Trump (absent) à l’issue de leur rencontre à Chequers, à Aylesbury, dans le centre de l’Angleterre, le 18 septembre 2025. (Crédit : Andrew Caballero-Reynolds/AFP)

Dans le même temps, il a noté que « la crise humanitaire provoquée par l’homme à Gaza atteint de nouveaux sommets ».

Il a expliqué que « les bombardements incessants et croissants de Gaza par le gouvernement israélien, l’offensive de ces dernières semaines, la famine et la dévastation sont tout à fait intolérables. Des dizaines de milliers de personnes ont été tuées, dont des milliers alors qu’elles tentaient de se procurer de quoi se nourrir et de l’eau. Ces morts et ces destructions nous horrifient tous ».

« Cela doit cesser », a-t-il poursuivi.

Des propos auxquels la dirigeante du Parti conservateur britannique Kemi Badenoch a riposté, dans la foulée, estimant que cette reconnaissance était « absolument désastreuse » et qu’elle constituait une véritable récompense accordée au Hamas pour ses actes terroristes.

La députée britannique Kemi Badenoch s’exprime après avoir été élue nouvelle chef du Parti conservateur, parti d’opposition, à Londres, le samedi 2 novembre 2024. (Crédit : AP Photo/Alberto Pezzali)

Dans une publication qui a été publiée sur X, Badenoch a réagi à l’annonce : « Catastrophique. Absolument catastrophique. Nous allons tous regretter le jour où cette décision a été prise. »

« Récompenser le terrorisme sans imposer aucune condition au Hamas. Cette décision abandonne les otages à leur sort à Gaza, et ne permet en rien de faire cesser les souffrances des innocents pris dans cette guerre », a-t-elle déploré, rejoignant ainsi les critiques formulées par Israël à l’égard de cette décision.

Les annonces faites par les pays occidentaux ont fortement réjoui l’Autorité palestinienne.

Le dirigeant de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a évoqué « une étape nécessaire vers une paix durable dans la région ».

« Son Excellence a salué la reconnaissance par le Royaume-Uni de l’État indépendant de Palestine, affirmant qu’il s’agissait d’une étape importante et nécessaire vers la réalisation d’une paix juste et durable, conformément à la légitimité internationale », a déclaré le bureau d’Abbas dans un communiqué.

La ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, Varsen Aghabekian Shahin, a estimé que les pays qui se sont engagés dans cette reconnaissance venaient de franchir une étape irréversible préservant la solution à deux États et rapprochant les perspectives d’indépendance et de souveraineté palestiniennes.

« Le moment est venu. Demain sera une date historique sur laquelle nous devrons nous appuyer. Ce n’est pas terminé », a commenté Shahin devant les journalistes réunis à Ramallah.

« Cette initiative nous rapproche de la souveraineté et de l’indépendance. Elle ne mettra peut-être pas fin à la guerre demain, mais c’est un pas en avant, un pas sur lequel nous devons nous appuyer et que nous devons amplifier », a-t-elle continué, faisant référence à la campagne militaire menée depuis près de deux ans par Israël contre le Hamas à Gaza.

Des réactions qui ont fortement contrasté avec celles qui sont suivi ces annonces en Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a indiqué que la réponse d’Israël à ces initiatives sera donnée après son retour des États-Unis, la semaine prochaine.

« J’ai un message clair à adresser aux dirigeants qui reconnaissent un État palestinien après l’horrible massacre du 7 octobre : vous offrez une énorme récompense au terrorisme », a déclaré Netanyahu dans une déclaration vidéo.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu en conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 15 septembre 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

« Cela n’arrivera pas », a-t-il poursuivi. « Aucun État palestinien ne sera créé à l’ouest du Jourdain »-. »

Netanyahu s’est vanté en disant que sous sa direction, Israël « a multiplié par deux le nombre d’implantations juives en Judée-Samarie, et nous continuerons sur cette voie ».

« La réponse à la récente tentative de nous imposer un État terroriste au cœur de notre territoire sera donnée après mon retour des États-Unis », a ajouté Netanyahu. « Attendez. »

De son côté, le ministère des Affaires étrangères a fait savoir qu’Israël « rejette catégoriquement » la reconnaissance d’un État palestinien par le Royaume-Uni « et certains autres pays », en parlant d’une « récompense pour le Hamas ».

« Les dirigeants du Hamas eux-mêmes l’admettent ouvertement : cette reconnaissance est le résultat direct, le ‘fruit’ du massacre du 7 octobre », a poursuivi le ministère sur le réseau X.

« Ne laissez pas l’idéologie djihadiste vous dicter votre politique. »

La déclaration officielle qui a été faite par le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie « ne fait que déstabiliser davantage la région et compromet les chances de parvenir à une solution pacifique à l’avenir », a poursuivi le ministère sur le réseau social X.

Pour Israël, cette reconnaissance « non seulement récompense le plus grand massacre de Juifs depuis la Shoah perpétré par une organisation terroriste appelant à l’anéantissement d’Israël et agissant en ce sens, mais également renforce le soutien dont bénéficie le Hamas ».

Le statut d’État doit rester un sujet final, et ne doit pas être dissocié de la paix, a affirmé le ministère, ajoutant que l’Autorité palestinienne n’avait pas mis fin à ses incitations à la violence, à la récompense des terroristes, et qu’elle n’a pas lutté de manière proportionnée contre le terrorisme. Et de marteler : « L’Autorité palestinienne fait partie du problème. Elle ne fait en revanche pas partie de la solution ».

« Israël n’adhèrera à aucun texte déconnecté et illusoire qui tenterait de lui imposer des frontières indéfendables », a promis le ministère des Affaires étrangères.

« Les gesticulations politiques uniquement destinées à séduire un électorat national ne sont d’aucune utilité pour le Moyen-Orient. Elles sont même nuisibles. Si, au contraire, les signataires de cette déclaration souhaitent réellement stabiliser la région, ils devraient plutôt se concentrer sur la pression à exercer sur le Hamas pour qu’il libère les otages et dépose immédiatement les armes. »

Les déclarations qui ont été faites par le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie ont toutes insisté sur le fait que que le Hamas ne devrait jouer aucun rôle dans la gouvernance et la sécurité futures de ce pays.

De son côté, le chef de l’opposition Yair Lapid a reproché au gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu ces reconnaissances, affirmant qu’une administration compétente aurait empêché une telle situation.

« La reconnaissance unilatérale d’un État palestinien par la Grande-Bretagne, l’Australie et le Canada est un désastre diplomatique, une mesure néfaste et une récompense pour le terrorisme », a-t-il indiqué dans un communiqué. « Un gouvernement israélien efficace aurait pu empêcher cela grâce à un travail intelligent et sérieux, grâce à un dialogue diplomatique professionnel et grâce à une diplomatie publique appropriée ».

Le chef de l’opposition et président du Yesh Atid, le député Yaïr Lapid, assiste à une conférence du parti Yesh Atid à Tel Aviv, le 1ᵉʳ septembre 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« Le gouvernement qui nous a infligé la pire catastrophe sécuritaire de notre histoire nous inflige aujourd’hui la crise diplomatique la plus grave que nous ayons jamais connue », a-t-il déploré.

Reconnaître un État palestinien après le 7 octobre « ne fait finalement qu’encourager le Hamas, prolonger la guerre, éloigner les perspectives d’un accord sur les otages et envoyer un message clair de soutien à l’Iran et à ses proxies« , a commenté Benny Gantz, président du parti Kakhol Lavan-HaMahane HaMamlahti. « Si vous cherchez à promouvoir la paix et la stabilité au Moyen-Orient, chers leaders occidentaux, et non à céder aux pressions politiques intérieures, alors il faut exercer des pressions maximales sur le Hamas pour le déterminer à renoncer au pouvoir et le pousser à libérer les otages avant toute autre chose », a noté le politicien centriste dans un message paru sur X, en anglais.

Le président de la Knesset, Amir Ohana, s’exprimant lors d’une session plénière à la Knesset, à Jérusalem, le 17 février 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le président de la Knesset, Amir Ohana, a également critiqué Starmer, diffusant une photo montrant le Premier ministre britannique avec la légende : ‘Un apaisant moderne qui a choisi le déshonneur ». Le ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar, a pour sa part appelé Israël à exercer sa souveraineté en Cisjordanie en réponse à la « déclaration insignifiante qui empeste l’antisémitisme et la haine d’Israël » de la part du Royaume-Uni.

Même son de cloche chez le ministre d’extrême droite de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, qui a annoncé qu’en réponse à la reconnaissance d’un État palestinien par les trois pays, il soulèvera la question de l’annexion de la Cisjordanie lors de la prochaine réunion du cabinet.

Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, prend la parole lors d’une cérémonie à l’Académie nationale de police de Beit Shemesh, le 15 septembre 2025. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

« La reconnaissance par le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie d’un État ‘palestinien’ comme récompense pour les terroristes meurtriers de l’unité Nukhba, nécessite des contre-mesures immédiates », a affirmé Ben Gvir, qui a demandé « l’application immédiate de la souveraineté en Judée-Samarie [le nom biblique des régions connues collectivement sous le nom de Cisjordanie] et au démantèlement complet de l’Autorité « palestinienne ».

La force Nukhba est l’unité d’élite du Hamas qui avait commis le pogrom du 7 octobre 2023, qui avait ensanglanté le sud d’Israël.

« J’ai l’intention de soumettre une proposition concernant l’application de la souveraineté lors de la prochaine réunion du cabinet », a-t-il annoncé.

Yitzhak Wasserlauf, membre du parti Otzma Yehudit, à la tête du ministère du Néguev, de la Galilée et de la Résilience nationale, a apporté son soutien au chef de sa formation.

« La terre d’Israël appartient exclusivement au peuple d’Israël – il n’y a pas de peuple palestinien et pas d’État palestinien », a-t-il dit.

Le ministre du Néguev, de la Galilée et de la Résilience nationale, Yitzhak Wasserlauf, en séance plénière à la Knesset à Jérusalem, le 30 septembre 2024 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90).

Les membres extrémistes du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu ont appelé à l’annexion du territoire contesté en réponse à la reconnaissance d’un état palestinien par les puissances occidentales. Au début du mois, le ministre des Finances Bezalel Smotrich a dévoilé une proposition visant à annexer 82 % de la Cisjordanie afin d’empêcher la création d’un État palestinien.

Peu après, alors qu’il signait un accord visant à faire avancer un plan controversé d’expansion des implantations, Netanyahu a déclaré : « Il n’y aura pas d’État palestinien ; cet endroit nous appartient ».

Le Forum des familles des otages et des disparus a également condamné ces reconnaissances « inconditionnelles », a-t-il dit, d’un État palestinien par le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie, « sans tenir compte du fait que 48 otages sont toujours retenus par le Hamas ».

« En tant que familles souhaitant profondément le retour de la paix dans la région, nous sommes convaincus que toute discussion sur la reconnaissance d’un État palestinien doit être subordonnée à la libération immédiate de tous les otages », a déclaré le forum, parlant à ce sujet « d’impératif moral et humanitaire ».

Des manifestants brandissant avec des pancartes lors d’une manifestations anti-gouvernement appelant à des actions concrètes pour conclure un accord de libération des otages retenus par le Hamas à Gaza depuis le 7 octobre 2023, devant la résidence du Premier ministre, à Jérusalem, le 5 avril 2025. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

Le forum a exhorté les autres pays à « agir de manière responsable, et à s’assurer que toute discussion sur ‘l’après’ ne débute qu’une fois nos proches de retour à nos côtés ».

« Nous voulons la fin de cette guerre, nous voulons le retour en sécurité de tous les otages, et nous voulons une paix durable, qui profite à nos deux peuples », a-t-il poursuivi, précisant que toute autre initiative « encourage effectivement le terrorisme, tout en légitimant le pogrom du 7 octobre ».

« Accorder de telles récompenses politiques sans s’assurer du retour de nos 48 proches représente un échec catastrophique du leadership sur les plans politique, moral et diplomatique, de nature à gravement nuire à tous les efforts déployés pour les ramener tous chez eux », a estimé le forum.

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