7 octobre : Les premières conclusions de l’enquête du Shin Bet sur ses manquements
L'agence, qui pointe surtout les autres organisations, appelle à "une volonté de changement dans le cadre de l’interface politique-sécurité, sinon les échecs pourraient se reproduire à l’avenir"
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L’agence de sécurité Shin Bet a publié mardi un résumé de ses enquêtes sur ses manquements lors de l’attaque du groupe terroriste Hamas du 7 octobre 2023. L’organisation a surtout pointé du doigt des causes externes qui l’ont empêché de lancer l’alerte, comme une répartition floue des responsabilités avec Tsahal, une politique gouvernementale à l’égard de Gaza jugée au fil des ans trop défensive et son inaptitude à contrer un ennemi armé comme le Hamas.
Les conclusions du Shin Bet, tout en détaillant les échecs et en affirmant qu’il aurait pu déjouer l’attaque s’il avait agi différemment, pointent largement la responsabilité vers d’autres organisations, laissant entendre que les gouvernements successifs avaient adopté des politiques pas assez offensives à l’égard du Hamas, notamment en évitant de cibler les dirigeants du groupe terroriste comme l’agence l’aurait préconisé.
Les enquêtes ont été menées en interne par chaque unité du Shin Bet ainsi que par une équipe externe d’anciens hauts fonctionnaires de l’agence et d’autres experts, qui ont fourni une série d’observations, de conclusions et de recommandations.
De nombreuses conclusions restent classifiées, car elles révéleraient les outils et méthodes confidentiels du renseignement du Shin Bet, a précisé l’agence.
L’enquête a indiqué que le Shin Bet n’avait pas réussi à donner l’alerte en amont de l’attaque à grande échelle du Hamas du 7 octobre – les signaux d’avertissement reçus par le Shin Bet dans la nuit du 6 au 7 octobre n’ayant pas donné lieu à des mesures significatives.
Si une petite équipe d’officiers d’élite du Shin Bet et de la police déployée à la frontière de Gaza avant l’assaut a réussi à participer aux combats, elle n’a pas pu empêcher l’attaque massive du Hamas.
« Les échecs organisationnels ont été minutieusement examinés et des leçons ont été tirées et continuent d’être tirées », a poursuivi le Shin Bet.
L’enquête a assuré que le Shin Bet n’avait pas sous-estimé le Hamas. Au contraire, l’agence a dit avoir « une profonde compréhension de la menace, et avait à sa disposition des initiatives et une volonté de la contrecarrer ».
Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer pourquoi le Shin Bet n’a pas réussi à donner l’alerte :
– Les plans d’invasion terrestre du Hamas, obtenus par Tsahal dans un document connu sous le nom de « Murs de Jéricho », n’ont pas été gérés correctement pendant plusieurs années, et les plans n’ont pas été transformés en un scénario pour lequel l’armée et le Shin Bet se sont entraînés.
– Alors que le Hamas est passé d’un petit groupe terroriste à une force militaire à part entière, la répartition des responsabilités entre Tsahal et le Shin Bet n’est pas claire pour déterminer quelle agence israélienne devrait donner l’alerte en cas de guerre.
– L’objectif du Shin Bet consistait à déjouer les attaques terroristes. Ses méthodes n’étaient pas applicables à un ennemi qui se comportait comme une armée.
– Pendant la nuit du 6 au 7 octobre, il y a eu des lacunes dans le « traitement des informations et l’intégration des renseignements » et un manque de « fusion » avec les renseignements de Tsahal. Des opérations n’ont pas non plus suivi le protocole habituel,
– Il y a eu des lacunes dans le travail de supervision des renseignements.
– L’évaluation était que le Hamas essayait d’entraîner la Cisjordanie encore plus dans le terrorisme mais qu’il n’était pas intéressé à le faire dans la bande de Gaza.
– Le Shin Bet avait une « compréhension erronée » de la capacité de la barrière frontalière israélienne avec Gaza et de la capacité de Tsahal à réagir.
– Les intentions présumées du Hamas n’ont pas été suffisamment remises en question lors des évaluations.
Il y avait relativement peu de renseignements, notamment en raison de la liberté d’action limitée au sein de la bande de Gaza.
L’enquête du Shin Bet suggère également plusieurs raisons qui ont permis au Hamas de renforcer ses forces pour l’assaut du 7 octobre et de décider de mener l’attaque :
– La politique d’Israël vis-à-vis de Gaza était de maintenir des périodes de calme, ce qui a permis au Hamas de renforcer massivement ses forces.
– Le flux d’argent du Qatar vers Gaza et son acheminement vers l’aile armée du Hamas.
– Une érosion continue de la dissuasion israélienne.
– Une tentative de traiter une organisation terroriste en s’appuyant sur le renseignement et des mesures défensives, mais en évitant d’avoir recours à des initiatives offensives.
– Le poids cumulé des violations israéliennes sur le mont du Temple, l’attitude envers les prisonniers palestiniens et le sentiment que la société israélienne était affaiblie.
Dans une déclaration, le chef du Shin Bet Ronen Bar a déclaré que l’agence « n’a pas empêché le massacre du 7 octobre » et « en tant que chef de l’organisation, je porterai ce lourd fardeau sur mes épaules pour le reste de ma vie ».
« L’enquête a révélé que si le Shin Bet avait agi différemment, tant dans les années qui ont précédé l’attaque que la nuit où elle a eu lieu – tant au niveau professionnel qu’au niveau de la direction – le massacre aurait été évité. Ce n’est pas le niveau que nous attendions de nous-mêmes, ni celui que le public attendait de nous. »
« L’enquête montre que le Shin Bet n’a pas sous-estimé notre rival – au contraire, il a pris l’initiative, est passé à l’offensive et a essayé d’étouffer la menace dans l’œuf – mais malgré tout cela, nous avons échoué. »
Une véritable enquête sur les échecs nécessite une investigation plus large qui englobe également les contacts et la coopération entre les éléments sécuritaires et politiques, a souligné Bar.
« Le chemin vers la guérison, comme le souligne le rapport, exige un vaste processus de clarté et de vérité. J’ai donc demandé à la commission d’enquête et au haut commandement de l’agence d’enquêter et de discuter non seulement des raisons de l’échec de l’agence, mais aussi d’examiner de manière approfondie tous les processus de travail pertinents de l’organisation, dans le cadre d’une leçon à tirer et d’une opportunité de changement global. Mais cela exige également une volonté de changement dans le cadre de l’interface politique-sécurité, sinon les échecs pourraient se reproduire à l’avenir. »
« Je crois que cette organisation est forte, stable, humble et que ses valeurs sont encore plus professionnelles qu’elles ne l’étaient à la veille du massacre », a-t-il conclu.
Le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a ensuite vivement critiqué le chef du Shin Bet, en affirmant que les conclusions de l’enquête interne qu’il a ordonnée sur l’échec de l’agence à empêcher l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 « ne répondent à aucune question ».
« Les conclusions de l’enquête du Shin Bet ne sont pas à la hauteur de l’immense échec de l’agence et de son chef », lit-on dans un communiqué attribué au « cercle » de Netanyahu.
Le communiqué affirme que Bar a « complètement échoué » à contrer la menace du Hamas en général et que le 7 octobre, il a « mal interprété le tableau des renseignements » et s’est fait une idée erronée du niveau de menace qu’il représentait, arguant que le Shin Bet avait soutenu jusqu’à l’invasion que le groupe terroriste voulait préserver le calme.
Il soutient que le 1er octobre, Bar a recommandé des concessions civiles au Hamas en échange du calme et a mis en garde contre le fait de cibler les dirigeants du Hamas. Il ajoute que dans un document du 3 octobre, Bar a écrit que le Hamas cherchait à éviter une série de combats contre Israël et voyait un potentiel de stabilité si Gaza se voyait offrir un horizon économique positif.
Il affirme que le Shin Bet n’a pas mentionné ni traité le plan des « murs de Jéricho » du Hamas, « même si le Shin Bet était au courant du plan depuis 2018 », et accuse Bar de ne pas avoir réveillé Netanyahu dans la nuit du 6 au 7 octobre, « la décision la plus élémentaire et la plus naturelle qu’il soit ».
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