Après les mesures prises par Israël en Cisjordanie, Washington dit s’opposer à l’annexion
Huit États musulmans, alliés et adversaires, qualifient la décision du cabinet de sécurité d'illégale et "d'escalade dangereuse" ; selon l'UE, c'est un "pas dans la mauvaise direction"
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Dans un communiqué publié lundi, la Maison Blanche a réitéré son opposition à l’annexion de la Cisjordanie par Israël et a souligné l’importance de maintenir la stabilité dans le territoire, en réponse à l’approbation par le cabinet de sécurité israélien d’une série de mesures visant à étendre l’emprise de Jérusalem sur les zones que les Palestiniens espèrent voir constituer leur futur État.
« Le président Trump a clairement déclaré qu’il ne soutenait pas l’annexion de la Cisjordanie par Israël », peut-on lire dans le communiqué attribué à un responsable de la Maison Blanche et envoyé aux journalistes qui avaient demandé des commentaires sur la décision prise dimanche par le cabinet de sécurité.
« Une Cisjordanie stable garantit la sécurité d’Israël et correspond à l’objectif de cette administration d’instaurer la paix dans la région », a ajouté le responsable.
Ce communiqué ne condamne pas directement ni ne mentionne les mesures approuvées par Israël, qui semblent violer les Accords d’Oslo en étendant les pouvoirs administratifs de Jérusalem à des zones de Cisjordanie censées être sous le contrôle de l’Autorité palestinienne (AP).
Annoncées dimanche par le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, et le ministre de la Défense, Israel Katz, après avoir été approuvées par le cabinet de sécurité, ces mesures comprennent l’autorisation pour les Israéliens juifs d’acheter directement des terres en Cisjordanie et le transfert de l’autorité sur les permis de construire pour les implantations juives à Hébron – la plus grande ville palestinienne de Cisjordanie – de l’AP à Israël.
Cette réforme renforce également le contrôle israélien sur deux sites religieux majeurs du sud de la Cisjordanie : le Tombeau de Rachel, près de Bethléem, et le Tombeau des Patriarches, à Hébron.
Dans son communiqué publié lundi, la Maison Blanche n’a pas non plus précisé si les États-Unis avaient fait part de leurs inquiétudes au gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu concernant cette décision.
Elle a déjà publié des communiqués tout aussi vagues appelant à la stabilité en Cisjordanie, en réponse aux décisions controversées d’Israël d’étendre la présence juive dans ce territoire.
Il y a un an, à son retour au pouvoir, Trump avait indiqué qu’il envisageait d’exprimer son soutien à l’annexion de la Cisjordanie par Israël.
Mais alors qu’Israël semblait envisager cette mesure, les alliés arabes des États-Unis ont exprimé leur inquiétude, indiquant que cela pourrait compromettre leur volonté d’aider à la gestion de Gaza après la guerre, car cela réduirait considérablement les chances d’une solution à deux États.
En réponse, Trump a annoncé en septembre qu’il ne « permettrait » pas à Israël d’annexer la Cisjordanie.
Le mois suivant, la Knesset a néanmoins adopté deux résolutions symboliques exprimant son soutien à cette initiative, ce qui a provoqué la colère de l’administration américaine, en particulier du vice-président, JD Vance, qui se trouvait alors dans le pays.
Israël a continué à mettre en œuvre une série de mesures qui, selon les observateurs, équivalent à une annexion de fait. Cependant, Jérusalem a évité de prendre des mesures officielles dans ce sens.
Fin décembre, lors de la dernière rencontre entre Netanyahu et Trump aux États-Unis, les collaborateurs du président américain ont fait part de leurs inquiétudes concernant la situation en Cisjordanie, s’inquiétant en particulier de la violence incontrôlée d’extrémistes juifs, de l’expansion des implantations et du blocage par Israël de plusieurs milliards de dollars de recettes fiscales de l’AP, ce qui a conduit le gouvernement basé à Ramallah au bord de l’effondrement, avait alors déclaré un responsable américain au Times of Israel.
Israël retient une partie de ces fonds, correspondant, selon lui, au montant des allocations versées par l’AP aux familles des prisonniers palestiniens incarcérés pour atteinte à la sécurité en Israël et aux terroristes morts. En février, le dirigeant de l’AP, Mahmoud Abbas, a signé un décret mettant fin au système de paiements aux prisonniers du « Pay-to-Slay » (payer pour tuer), mais Israël a rejeté cette initiative.
Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, retient également une partie des recettes fiscales qui, selon lui, correspondent au montant des fonds utilisés par l’AP pour payer les fonctionnaires de Gaza, qui, selon Jérusalem, risquent de parvenir au groupe terroriste palestinien du Hamas.
À l’époque, Trump avait publiquement reconnu ses désaccords avec Netanyahu concernant la Cisjordanie, mais avait refusé d’en dire davantage, insistant sur le fait que le Premier ministre finirait par « faire ce qu’il faut ».
Les deux dirigeants doivent se rencontrer à nouveau mercredi, mais la discussion devrait principalement porter sur l’Iran. La question de Gaza devrait également être abordée, car Trump cherche à faire avancer son plan de paix pour cette région, et Washington craint que les tensions en Cisjordanie ne compromettent les efforts de l’administration pour stabiliser la bande de Gaza.
La réaction américaine à la décision prise dimanche par le cabinet fait suite à une avalanche de condamnations internationales, qui ont été beaucoup plus directes dans leur désapprobation des mesures prises en Cisjordanie. Parmi celles-ci figuraient des déclarations de la plupart des pays arabes et musulmans, de l’Union européenne (UE) et des Nations unies.
Mardi, le Royaume-Uni a rejoint le concert de voix internationales appelant Israël à revenir sur la série de mesures visant à étendre son contrôle sur la Cisjordanie.
« Le Royaume-Uni condamne fermement la décision prise hier par le cabinet de sécurité israélien d’étendre le contrôle israélien sur la Cisjordanie », a déclaré le gouvernement britannique.
« Toute tentative unilatérale visant à modifier la composition géographique ou démographique de la Palestine est totalement inacceptable et irait à l’encontre du droit international. Nous appelons Israël à revenir immédiatement sur ces décisions », a ajouté le gouvernement britannique.
Les envoyés allemands à Jérusalem et à Ramallah se sont joints au concert de critiques internationales.
« La décision d’Israël d’autoriser l’achat de terres privées et de transférer certaines parties de l’administration en Cisjordanie viole le droit international et constitue un obstacle supplémentaire à la solution à deux États », a écrit Anke Schlimm, cheffe du bureau de représentation allemand à Ramallah, sur le réseau social X.
Elle a ajouté que « la Cisjordanie fait partie intégrante d’un futur État palestinien ».
Steffen Seibert, l’ambassadeur allemand en Israël, a partagé le message de Schlimm, et a indiqué qu’il « partageait pleinement » son avis en ajoutant que « les décisions du cabinet de sécurité contreviennent aux obligations d’Israël en vertu du droit international ».
Le ministère canadien des Affaires étrangères a déclaré que le pays « condamnait fermement » cette décision.
« Ces mesures contreviennent au droit international, compromettent les perspectives de paix et sapent la viabilité d’un État palestinien », a déclaré Affaires mondiales Canada dans un communiqué.
« Nous appelons Israël à revenir sur cette décision et à mettre immédiatement fin à l’expansion des implantations. »
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