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La Knesset adopte en première lecture 2 projets de loi sur l’annexion de la Cisjordanie

Le Likud sanctionne Yuli Edelstein pour avoir voté en faveur de la proposition, rejette la législation comme étant une « provocation » de l'opposition

Des ouvriers palestiniens travaillent sur un chantier de construction à Maale Adumim, en Cisjordanie, le 29 février 2024. (Crédit : Menahem Kahana / AFP)
Des ouvriers palestiniens travaillent sur un chantier de construction à Maale Adumim, en Cisjordanie, le 29 février 2024. (Crédit : Menahem Kahana / AFP)

Mettant le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans l’embarras, les députés de droite ont voté mercredi en faveur de l’adoption, en première lecture, d’un projet de loi qui appliquerait la souveraineté israélienne à toutes les implantations de Cisjordanie, ainsi qu’un autre projet de loi plus limité visant à annexer une grande ville-implantation, et ce, malgré l’opposition du Premier ministre et de son parti, le Likud.

Le texte doit encore passer trois lectures supplémentaires avant de pouvoir être promulgué. Il sera désormais transmis à la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset pour un examen approfondi. Il est très improbable que Netanyahu autorise l’adoption de ces deux projets de loi.

Tous les députés du Likud, à l’exception d’un seul, ont boycotté le vote. Yuli Edelstein a rompu les rangs pour voter en faveur du texte, donnant ainsi la voix décisive qui a permis au projet de loi d’être adopté de justesse, par 25 voix contre 24. Dans une déclaration publiée à l’issue du vote, Edelstein a déclaré qu’il soutenait cette mesure car « la souveraineté israélienne dans toutes les régions de notre foyer national est à l’ordre du jour », appelant « toutes les factions sionistes à voter en faveur ».

En réaction, le Likud a décidé de démettre Edelstein de son poste au sein de la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset, a confirmé un porte-parole du législateur au Times of Israel.

Cette adoption intervient alors que le vice-président américain JD Vance effectue une visite en Israël. La décision pourrait provoquer une crise avec l’administration Trump, qui s’est opposée à toute annexion.

Parrainé par le député d’extrême droite Avi Maoz (Noam), unique membre de son parti, le projet de loi stipule que « l’État d’Israël appliquera ses lois et sa souveraineté dans les régions des implantations en Judée-Samarie, afin d’établir le statut de ces régions comme partie intégrante de l’État souverain d’Israël ».

Le texte poursuit : « Le Saint, béni soit-Il, a donné au peuple d’Israël la Terre d’Israël. L’implantation sur la Terre d’Israël est une forme de rédemption et de renaissance nationale ; c’est elle qui fait prospérer la Terre d’Israël après deux mille ans d’exil. En appliquant la souveraineté à la Judée et à la Samarie, nous accomplissons une correction attendue depuis longtemps. Puisque le gouvernement tergiverse, notre rôle, en tant que membres de la Knesset, est de l’accomplir. »

Le chef du parti Noam, Avi Maoz, s’exprimant lors d’une réunion de faction à la Knesset à Jérusalem, le 12 décembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le projet de loi a été soutenu par les partis d’extrême droite Otzma Yehudit et HaTzionout HaDatit, membres de la coalition, tandis que le parti d’opposition Yahadout HaTorah, qui faisait jusqu’à récemment partie de la coalition, était divisé en deux camps.

Dans une interview accordée au Times of Israel, Motti Babchik, conseiller principal du président de Yahadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf, a déclaré que la faction Agudat Yisrael avait soutenu le projet de loi afin de mettre en évidence l’hypocrisie du gouvernement de droite de Netanyahu, dont de nombreux ministres ont récemment appelé à l’annexion.

Dans un communiqué, la faction Degel HaTorah a déclaré qu’elle voterait contre la mesure, arguant que « les propositions visant à déclarer la souveraineté à l’heure actuelle nous mettent en conflit avec les pays du monde, et en particulier avec les États-Unis ».

Le député du Likud Yuli Edelstein, présidant une réunion de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, à Jérusalem, le 21 juillet 2025 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les législateurs appartenant au parti ultra-orthodoxe Shas n’étaient pas présents lors du vote, tandis que les députés du parti d’opposition Yesh Atid se sont opposés au projet de loi.

Le ministre de l’Éducation Yoav Kisch (Likud) s’est prononcé contre le projet de loi en amont du vote, déclarant aux législateurs que, bien qu’il soit « un fervent partisan de l’application de la souveraineté », la question ne peut être avancée par le biais de projets de loi de l’opposition et que le gouvernement « mènera à la souveraineté en collaboration avec nos partenaires américains ».

Un autre projet de loi vise à annexer Maale Adumim

Un autre projet de loi d’annexion, plus limité, présenté par le président du parti d’opposition Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a également été adopté en première lecture par 32 voix contre 9. Ce texte prévoit d’appliquer la souveraineté israélienne à l’implantation de Maale Adumim, en Cisjordanie.

Le président du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, lors de la séance plénière de la Knesset, le 22 octobre 2025. (Crédit : Dani Shem-Tov/ Bureau du porte-parole de la Knesset)

Liberman a déclaré devant le plénum que la meilleure façon de faire avancer l’annexion était de procéder par étapes limitées, affirmant que « Maale Adumim constitue le consensus le plus large au sein de la société israélienne. En termes d’application de la souveraineté, il vaut mieux opter pour le consensus national le plus large [tel que] Maale Adumim, Ariel, Gush Etzion et la vallée du Jourdain ».

« La coalition a tenté d’arrêter et d’étouffer cette initiative, mais elle a échoué », s’est-il ensuite vanté. « Ils ont fui l’assemblée plénière pour éviter de voter, mais Yisrael Beytenu n’a pas abandonné, et ensemble, nous avons réussi. »

Fiers partisans

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s’est dit « fier » que son parti Otzma Yehudit ait « voté en faveur de la souveraineté en ce jour historique ».

S’adressant à ses partenaires de coalition au sein du Likud, le ministre ultranationaliste a déclaré qu’il comprenait « qu’il y ait des pressions sur vous, des pressions internationales. Mais le gouvernement de droite fait ce qui est juste pour les habitants de l’État d’Israël. Et ce qui est juste pour les habitants de l’État d’Israël, c’est la souveraineté dès maintenant. »

L’avancement des projets de loi a également été salué par le Conseil de Yesha, l’organisme qui chapeaute les implantations de Cisjordanie, qui a déclaré qu’il « attendait des membres du Likud à la Knesset qu’ils se joignent à ce processus et fassent avancer le plan de souveraineté conformément à l’esprit du parti ».

Le chef de l’opposition, Yair Lapid, prend la parole lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 28 juillet 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le fait que « ce soit l’opposition qui fasse pression en faveur de la souveraineté est inacceptable », a déclaré Israel Ganz, président du Conseil Yesha, appelant « la coalition à la Knesset et le gouvernement à assumer la responsabilité de ces lois et à faire progresser la souveraineté totale dès que possible ».

Le chef de l’opposition Yair Lapid et le président du parti Kakhol lavan Benny Gantz ont tous deux voté en faveur du projet de loi de Liberman, s’attirant les critiques de l’organisation de gauche La Paix maintenant, qui les a accusés d’aller à l’encontre des souhaits de leur base électorale et de lancer « une attaque politique contre l’administration Trump et nos autres amis dans le monde, qui met également en péril le fragile cessez-le-feu ».

S’adressant au Times of Israel sous couvert d’anonymat, une source de l’opposition s’est vantée que « l’opposition a dicté l’ordre du jour aujourd’hui, provoqué des fissures dans la coalition, montré à quel point le Premier ministre est faible, et clairement fait comprendre à tout le monde qu’il existe un gouvernement minoritaire en Israël et que c’est là le rôle de l’opposition ».

Provocation politique

Le Likud a condamné l’approbation préliminaire par la Knesset du projet de loi, la qualifiant de « provocation… visant à nuire à nos relations avec les États-Unis et aux grandes réussites d’Israël dans la campagne » à Gaza.

« Nous renforçons chaque jour les implantations par des actions, des budgets, des constructions et le développement industriel, et non par des mots », a indiqué le parti, ajoutant que « la véritable souveraineté ne se gagnera pas par une loi symbolique destinée au protocole, mais en travaillant concrètement sur le terrain et en créant les conditions politiques nécessaires à la reconnaissance de notre souveraineté, comme cela a été fait sur les hauteurs du Golan et à Jérusalem ».

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, montrant une carte de la Cisjordanie lors d’une conférence de presse, au ministère des Finances, à Jérusalem, le 3 septembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les membres de la coalition de Netanyahu ont ouvertement exprimé leur soutien à des mesures d’annexion en réaction à la reconnaissance d’un État palestinien par les puissances occidentales le mois dernier. Début septembre, le ministre des Finances Bezalel Smotrich a publiquement appelé à annexer 82 % de la Cisjordanie, alors même que les Émirats arabes unis avertissaient qu’une telle mesure signifierait la fin de l’intégration d’Israël au Moyen-Orient.

D’autres membres éminents du cabinet, notamment le ministre de la Justice Yariv Levin et le ministre de la Défense Israel Katz, se sont également montrés en faveur de l’annexion. Cet été, la Knesset a approuvé à une écrasante majorité une motion non contraignante en faveur de l’application de la souveraineté israélienne en Cisjordanie.

Cependant, Trump a exclu une telle mesure, déclarant le mois dernier qu’il ne permettrait pas à Israël d’annexer la Cisjordanie, ce qui a incité les alliés de la coalition de Netanyahu à insister pour que le Premier ministre ignore Washington.

Le bureau du Premier ministre craint que les efforts visant à annexer la Cisjordanie ne déclenchent une crise diplomatique avec Washington, a rapporté la semaine dernière la chaîne publique Kan.

L’idée d’appliquer la souveraineté en Cisjordanie est extrêmement populaire et « il existe aujourd’hui une majorité à la Knesset en faveur de l’annexion », a déclaré jeudi un membre de la coalition au Times of Israel.

Le ministre de la Sécurité nationale d’extrême-droite, à droite, et Limor Son Har-Melech s’expriment après la destruction d’un verger illégalement planté par un résident d’implantation en Cisjordanie, à côté de Shiloh, le 15 février 2023. (Capture d’écran/Douzième chaîne; Used in accordance with Clause 27a of the Copyright Law)

« Si cette question ne figure pas à l’ordre du jour, c’est parce que Netanyahu a clairement indiqué qu’il ne soutiendrait rien de tel. On peut dire que c’est à cause de Trump », a expliqué la source. « On peut dire que c’est à cause de sa propre crainte d’un isolement mondial ou d’une guerre régionale, ou qui sait ce qu’il pense. Mais s’il y avait un vote à bulletin secret à la Knesset aujourd’hui, une majorité serait certainement favorable à l’annexion. »

Dimanche, la commission ministérielle chargée des lois a refusé de donner suite à un projet de loi sur l’annexion présenté par la députée Otzma Yehudit Limor Son Har-Melech.

Interrogée la semaine dernière sur le fait de savoir si elle craignait que l’adoption d’une loi sur l’annexion ne crée des problèmes entre Jérusalem et Washington, Har-Melech a répondu : « Avec tout le respect que je dois au président Trump, le peuple d’Israël est maître et souverain sur sa propre terre, et le rôle du président des États-Unis est de veiller à ce que cela reste ainsi, et non, Dieu nous en préserve, le contraire. »

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