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Opinion

Aujourd’hui, la guerre a pris fin. Aujourd’hui, tout commence

À l'occasion des Shloshim de Ran Gvili, le dernier des otages israéliens à être rapatrié, la nation se trouve à un tournant historique, pleurant ses morts tout en se reconstruisant ; nous avons déjà connu ça

Un ruban jaune, symbole de l'attente du retour des otages, tagué sur un trottoir. (Crédit : Times of Israel)
Un ruban jaune, symbole de l'attente du retour des otages, tagué sur un trottoir. (Crédit : Times of Israel)

Aujourd’hui marque les Shloshim de Ran Gvili, soit le trentième jour depuis son enterrement à Meitar, le 28 janvier 2026.

Ran Gvili avait 24 ans le 7 octobre 2023. Il était chez lui, en congé maladie de l’unité spéciale de patrouille de la police Yassam. Il devait se faire opérer de sa clavicule cassée lors d’un accident de moto survenu quelques semaines auparavant.

Lorsque les messages WhatsApp ont commencé à arriver tôt ce matin-là, Ran Gvili a enfilé son uniforme et a dit à son père qu’il rejoignait son unité, malgré son épaule blessée. Comme l’explique son père Itzik Gvili, « quand Ran prend une décision, rien ne peut l’arrêter ».

Deux heures plus tard, il se trouvait pris dans un échange de coups de feu avec des terroristes du Hamas, près du kibboutz Alumim, puis deux heures après, il se trouvait à l’hôpital Shifa de Gaza-City.

Il existe une photo, mais elle ne permet pas de savoir s’il était vivant ou mort. Il a fallu plusieurs mois pour qu’un comité composé de médecins, de médecins légistes, d’agents des services de renseignement et de rabbins, après avoir étudié des enregistrements vidéo et des rapports des services de renseignement, détermine avec certitude que Ran Gvili n’avait pas survécu à cette journée.

Il aura fallu près de deux ans pour qu’il soit ramené chez lui, dernier otage à revenir. On dit qu’il a été le premier à quitter sa maison lorsque la guerre a éclaté et le dernier à rentrer.

La guerre est racontée à travers Ran Gvili.

Des milliers de personnes sont venues assister à ses funérailles dans le petit cimetière situé à l’extérieur de Meitar ; le président et le Premier ministre étaient présents. Il y avait des chanteurs, des écrivains, des rabbins, des journalistes, ainsi que de nombreuses personnes venues simplement rendre un dernier hommage. Devant toutes ces personnes, Talik Gvili, la mère de Ran, s’est adressée à son fils :

« Rani, tu es parti pour défendre tout le monde, [et] ils méritaient tous ton sacrifice. Sept cents soldats t’ont cherché ; sept cents soldats t’ont trouvé ; sept cents soldats t’ont ramené à la maison. Il n’y a rien de tel dans le monde entier. Les yeux pleurent amèrement, mais le cœur est heureux. »

C’était il y a trente jours.

Selon le Rambam Maïmonide, les personnes en deuil ne doivent pas se faire couper les cheveux, repasser leurs vêtements, se marier, « trouver de la joie en compagnie d’autres personnes » ou voyager à l’étranger pour affaires pendant une période de trente jours. C’est une liste étrange. Elle suggère donc que, pendant ces trente premiers jours, les choses ordinaires et joyeuses sont interdites : coupes de cheveux, chemises propres, amour et rires. Ce n’est qu’après ces trente jours que les choses reprennent leur cours normal.

Pendant les 873 jours qui se sont écoulés depuis le 7-Octobre, nous avons été dans ces trente premiers jours de deuil pour quelqu’un tué dans cette guerre, jusqu’à aujourd’hui, la fin des Shloshim de Ran Gvili. Pour la première fois depuis tous ces jours, nous pouvons commencer à faire des choses normales : laver nos vêtements, nous faire couper les cheveux, déclarer notre amour, retrouver des amis pour boire un verre.

Ce qui fait que, selon moi, nous sommes aujourd’hui aussi proches que possible de la fin de la guerre à Gaza.

Un pays à construire

Israël est né dans la guerre et chacune de ses guerres s’est terminée différemment. Le 24 février 1949, alors que Yigal Yadin se rendait à Rhodes pour signer un accord d’armistice avec l’Égypte, David Ben Gurion rédigea une longue note dans son journal intime dans laquelle il écrivit notamment :

« Les pourparlers de Rhodes seront décisifs… Nous devons planifier l’accueil de 800 000 immigrants en quatre ans. Il y a tant de questions à se poser : combien d’usines industrielles seront nécessaires, quels types d’industries seront développées, quelles terres allons-nous peupler, combien d’argent sera nécessaire, quel équipement sera nécessaire, que [voulons-nous] importer et exporter ? »

La note se poursuit avec de nombreux détails sur la nécessité de construire des usines, des routes, de trouver de la main-d’œuvre, des logements, des financements, des scientifiques, des armes, ainsi que sur la nécessité d’adopter des lois (notamment pour encourager les naissances).

C’est ainsi que s’est terminée la Guerre d’Indépendance, avec des listes de tâches frénétiques et une ruée vers la planification, la formation, le déménagement, l’organisation, la collectivisation, l’absorption, le pavage, le drainage, l’irrigation, le transport, la culture, la forge, la fabrication, la construction, l’établissement, la plantation, la récolte, la colonisation, l’enrôlement, la législation, la réglementation, la codification, l’administration, la garde et la patrouille.

Et tout cela malgré des pertes considérables : un Israélien sur cent a été tué. Il n’y a personne qui n’ait pas connu quelqu’un qui ait été tué. Pourtant, le deuil a été vécu de manière très privée. Les journaux ont évité de publier les avis de décès. Les blessés étaient partout, mais personne ne les remarquait vraiment. Cette guerre a causé tant de souffrances (aggravées, bien sûr, par les effets persistants de la Seconde Guerre mondiale en Europe), mais la plupart du temps, on n’en parlait pas, on ne les reconnaissait pas, on ne les prenait pas en compte.

On pensait qu’il n’y avait pas de temps pour tout cela.

Il y avait un pays à construire.

1967 : Triomphe et doute

Dix-huit ans plus tard, la Guerre des Six Jours s’est achevée par un silence stupéfait face à la victoire.

Au cours des mois d’angoisse qui ont précédé la guerre, beaucoup de gens ici craignaient que le pays ne survive pas à une attaque simultanée à grande échelle.

À la fin de la guerre, l’angoisse existentielle a laissé place au soulagement et à la joie.

La photo du Grand Rabbin de l’armée israélienne Shlomo Goren, soufflant dans un shofar au mur Occidental le 7 juin 1967, était affichée partout dans les stands de falafels, et la proclamation de Motta Gur, « Le mont du Temple est entre nos mains », passait en boucle à la radio.

Des propositions ont été faites pour ériger un arc de triomphe de trente étages. Certains proposaient même de creuser une nouvelle « Porte du Retour » dans les remparts de la Vieille Ville. Ou encore pour transférer le siège des Nations unies à Jérusalem. Le poète Natan Alterman a écrit : « Le peuple est ivre de joie. »

Deux livres d’une importance durable ont été publiés peu après la fin de la Guerre des Six Jours.

L’un, intitulé Tout : les frontières de la paix de la Terre d’Israël, était un recueil d’écrits de certains des plus grands poètes, essayistes, professeurs et hommes politiques d’Israël. Ils affirmaient, à l’instar de Natan Alterman qui avait écrit dans Maariv une semaine après la fin de la guerre : « Ce qui importe dans cette victoire, c’est qu’elle a effectivement effacé la différence entre l’État d’Israël et la Terre d’Israël. C’est la première fois depuis la destruction du Second Temple que toute la Terre d’Israël est entre nos mains. »

Ce livre est devenu un document fondateur du Mouvement pour un Grand Israël, un groupe d’intellectuels, d’activistes, de professeurs et de poètes, pour la plupart sionistes laïcs, qui voyaient dans la reprise de la Vieille Ville, de la Cisjordanie et de Gaza l’œuvre de Dieu, ou du moins l’accomplissement ultime des objectifs du sionisme.

L’autre livre publié à la fin de la Guerre des Six Jours était différent.

Intitulé Le Septième Jour (« Soldiers Converse: Moments of Listening and Introspection »), il s’agit d’une transcription révisée et organisée par de jeunes intellectuels du kibboutz de discussions entre de jeunes hommes de ce dernier, de retour de la guerre. Amos Oz a écrit que ce projet était une tentative « d’exprimer de manière authentique ce que ressentent les personnes de retour de la guerre ».

Oz a fait remarquer que « les gens ne sont pas revenus heureux de cette guerre. Il y a une détresse que ceux qui écrivent dans les journaux ne saisissent pas ».

Il conclut : « Ce n’est peut-être pas un grand service rendu au moral national, mais c’est un petit service rendu à la vérité. »

Cet ouvrage a choqué les gens. Il n’était ni léger, ni joyeux, ni fier, ni triomphant. Il s’agissait plutôt d’un récit empreint de mélancolie, de confusion et de culpabilité. L’un des jeunes combattants du kibboutz raconte avoir été chargé de mener à bien une « évacuation ».

« … c’était comme si vous preniez un Arabe qui avait ses racines dans son village et que vous en faisiez un réfugié, vous l’expulsiez simplement de là, et ce n’était pas seulement une ou deux ou trois personnes… et quand vous voyez tout un village se diriger comme des moutons vers l’endroit où vous les emmenez, sans aucune résistance, vous comprenez le sens du mot ‘Shoah’. »

Les soldats du kibboutz qui s’expriment dans le livre s’inquiètent d’avoir vu et fait des choses mauvaises et terribles. Ils étaient troublés, et la joie officielle des cérémonies gouvernementales ainsi que les récits incessants à la radio sur les actes héroïques accomplis par les soldats dans leurs jeeps, leurs chars et leurs avions ne faisaient qu’accroître leur trouble.

À la surprise générale, Le Septième Jour fut un best-seller ; plus de 150 000 exemplaires furent vendus, soit un pour 20 habitants du pays à l’époque, ce qui suggère que la Guerre des Six Jours s’est terminée sur des sentiments plus mitigés que ce que l’on pourrait croire en se contentant de prêter attention aux défilés, aux albums de la victoire et aux discours des politiciens.

Le Septième Jour disait quelque chose que les autres ne disaient pas, et c’était quelque chose que beaucoup de gens avaient besoin de dire et d’entendre.

C’est ainsi que la Guerre des Six Jours s’est terminée : dans l’exultation, le triomphe et l’espoir. Mais aussi dans le doute, le malaise et l’inquiétude que notre confiance pieuse était peut-être quelque peu déplacée.

Protestation et responsabilité

Il y a une histoire comme celle-ci à raconter à propos de la fin de chaque guerre que nous avons connue. Quatre mois après la fin des combats de la Guerre de Kippour, un officier de réserve récemment démobilisé, Motti Ashkenazi, qui commandait le seul des 22 avant-postes de la Ligne Bar Lev à ne pas être tombé aux mains des Égyptiens, installa une petite table et une chaise en face du bureau du Premier ministre dans la fraîcheur de Jérusalem. Il s’entoura de pancartes grossièrement marquées et exigea que les politiciens qui avaient laissé se produire cette guerre désastreuse soient tenus pour responsables.

En moins d’une semaine, des milliers de personnes se sont jointes à sa protestation. Un nouvel immigrant russe lui a apporté une bouteille de vodka « pour qu’il ait chaud dans ce froid ». Les habitants du moshav Beit Zayit lui ont apporté une caisse de pommes ; des professeurs et des étudiants de l’Université hébraïque, située à proximité, sont venus le soutenir ; quelqu’un a présenté une pétition de soutien signée par 3 500 personnes. Finalement, Golda Meïr a démissionné de son poste de Première ministre. Cette guerre s’est terminée avec le sentiment que nous avions été abandonnés, que nos dirigeants n’étaient pas ceux que nous pensions qu’ils étaient.

La seule guerre à laquelle j’ai participé, la Première Guerre du Liban, a commencé juste après la fin de mes études universitaires, juste avant mon appel sous les drapeaux, et s’est terminée 18 ans plus tard, alors que j’étais sur le point d’obtenir un poste permanent, et juste avant l’âge de la retraite des réservistes du Corps d’Infanterie, fixé à 40 ans.

À ce moment-là, la guerre avait duré la moitié de ma vie. Elle a pris fin grâce à une femme nommée Rachel Ben Dor, spécialiste du Talmud à l’Université hébraïque et mère d’un soldat en poste au Liban. Elle a déclaré qu’elle en avait assez d’attendre que l’on vienne frapper à sa porte. « J’ai commencé à dire à tous ceux qui voulaient bien m’écouter que nous devions agir maintenant, plutôt que de pleurer plus tard. »

Ben Dor a formé un groupe qu’elle a nommé « Les Quatre Mères », en référence aux quatre matriarches bibliques, affirmant que le moment était venu de mettre fin à une guerre qui avait commencé avant même que la plupart des soldats qui la combattaient ne soient entrés à la maternelle.

Chaque fois qu’un soldat mourait au Liban, son groupe organisait une veillée commémorative. Elle écrivait des éditoriaux. Elle passait d’un studio de télévision à l’autre. Elle organisait des seders de Pessah pour mettre fin à la guerre.

Avant les élections de 1999, Les Quatre Mères ont obtenu des candidats au poste de Premier ministre – Benjamin Netanyahu et Ehud Barak – qu’ils s’engagent à mettre fin à la guerre au Liban s’ils étaient élus.

Le fait que 80 % de la population souhaitait désormais la fin de la guerre a joué en leur faveur. En 1999, Barak a été élu et, moins d’un an plus tard, le dernier char de Tsahal quittait le Liban sur son ordre.

Et lorsque la guerre a pris fin, cela a été un mystère pour beaucoup d’entre nous. Nous ne comprenions pas pourquoi elle avait éclaté. Pourquoi tant de gens étaient-ils morts ou blessés pendant toutes ces années ? Cela semblait futile et inutile. Cependant, à la fin de la guerre, j’ai ressenti que celle-ci avait montré que les déclarations des généraux et des politiciens n’étaient pas nécessairement immuables. L’idée selon laquelle il n’y avait pas de place pour la critique lorsqu’il s’agissait de l’armée avait disparu. En fin de compte, une enseignante du Talmud et mère de famille, ainsi que les personnes qu’elle avait rassemblées, avaient contraint Tsahal à battre en retraite.

Prêt

Et tout cela – les guerres du passé et la façon dont elles se sont terminées – me préoccupe aujourd’hui, à l’occasion des Shloshim de Ran Gvili, qui marquent la fin de notre terrible guerre à Gaza. Comment cette guerre va-t-elle se terminer ?

Neuf jours après le 7-Octobre, un mariage a eu lieu à Yad Binyamin. Le marié, Yonatan Peretz, avait été blessé au combat près de Nahal Oz. Son frère Daniel était porté disparu. Le mariage a failli ne pas avoir lieu. Après de nombreuses discussions au chevet de Yonatan à l’hôpital Soroka, lui et sa fiancée, Galia, ont décidé de se marier sans Daniel.

Sous la houppa, le père de Yonatan et Daniel, le rabbin Doron Peretz, a parlé « de la lumière et de l’obscurité, de la douleur et de la peur, et de la gratitude ». Il a proposé une nouvelle interprétation du texte de l’Ecclésiaste, Kohelet, en nous disant : « Pour tout, il y a un temps… un temps pour naître, un temps pour mourir, un temps pour pleurer, un temps pour rire, un temps pour se lamenter, un temps pour danser. »

« Peut-être que tous ces moments ne sont pas différents. Peut-être que tout cela se produit en même temps », a déclaré le rabbin Peretz.

C’est ce que l’on ressent en ce moment.

Comme après 1948, il y a une grande envie d’agir, et tout autour de nous, les choses avancent. À Tel Aviv, où je vis, les grues sont partout. Les chantiers longtemps retardés, battent leur plein 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Partout, de nouveaux projets, de nouveaux programmes universitaires et de nouvelles initiatives municipales voient le jour. Les partis politiques reprennent vie. L’organisation des prochaines élections législatives est en cours. Au bout de la rue, un nouveau café et une nouvelle librairie viennent d’ouvrir.

Il y a tant à faire.

Parallèlement à tout cela, il y a maintenant, comme après la Guerre des Six Jours, le sentiment que quelque chose d’historique vient de se produire, quelque chose qui nous changera à jamais. Et, comme en 1967, des conversations difficiles ont lieu partout entre les soldats au sujet de ce qu’ils ont fait, de ce que nous avons fait pendant la guerre.

Et comme après la Guerre de Yom Kippour, il y a un sentiment diffus que, lorsque nous en avions le plus besoin, nous n’avions pas les dirigeants dont nous avions le plus besoin.

Et comme après le Liban, il y a le sentiment que ce qui s’est passé dans les rues – les veillées, les manifestations – a fait la différence, peut-être même toute la différence.

Après l’enterrement de Ran Gvili, le général Gal Hirsch, qui a été le coordinateur du gouvernement pour les négociations sur les otages et les disparus, a déclaré au journal Haaretz que toutes les manifestations « Ramenez-les à la maison maintenant » pendant la guerre avaient causé de « très, très grands dommages » car elles avaient donné au Hamas l’impression qu’il avait de quoi continuer, et avaient maintenu le gouvernement sur la défensive, le forçant à se concentrer en permanence sur les otages.

Les déclarations de Gal Hirsch ont irrité de nombreuses personnes qui, comme moi, participaient chaque semaine aux veillées.

Mais Gal Hirsch avait raison : nous avons effectivement mis le gouvernement sur la défensive. Il avait également raison de dire que certains membres du Hamas ont interprété les veillées « Ramenez-les à la maison maintenant » comme un signe que l’État d’Israël était divisé et que notre volonté était sur le point de s’effondrer. Les Quatre Mères de la guerre du Liban étaient, dans cette guerre, des milliers de mères — et de pères, de sœurs et de frères — et nous voyons maintenant qu’elles ont une nouvelle fois fait la différence, comme l’a dit Gal Hirsch. Sans ces manifestations, la guerre serait peut-être encore en cours et certains otages seraient toujours à Gaza.

Partout autour de nous, on voit des signes de retour à la vie.

L’autre jour, en ma qualité de membre du Conseil municipal de Tel Aviv-Jaffa, j’ai rencontré dans le café de la librairie Tolaat Sefarim une jeune femme qui, pendant la guerre, a lancé « Minyan : A Home for Bold, Edgy Jewish Culture and Creativity » (Minyan : un foyer pour la culture et la créativité juives audacieuses et avant-gardistes), une sorte de salon juif du vendredi soir. Depuis la fin de la guerre, le projet a explosé. Des centaines de personnes souhaitent venir boire du vin, apprendre et discuter jusque tard dans la nuit. Elle a besoin de plus d’espace. La ville peut-elle l’aider ?

Après la réunion, j’ai fait le tour des tables de livres dans la boutique et, dans la section poésie, j’ai trouvé une pile d’une cinquantaine d’exemplaires d’un livre dont le titre était écrit en arabe et dont la traduction en hébreu était inscrite en dessous : Pleurer deux fois au bord du fleuve, de Husam Maarouf, un poète originaire de Gaza-City.

En feuilletant un exemplaire, j’ai trouvé des poèmes sur la guerre en arabe avec une traduction en hébreu. Un poème d’une ligne intitulé « Débris » disait : « Qui nettoiera les débris qui se sont accumulés dans nos propres corps à cause de cette guerre ? » D’autres clients, un à ma droite et un à ma gauche, feuilletaient le livre de Husam Maarouf.

La semaine dernière, des amis à nous qui vivent ensemble depuis vingt ans se sont mariés. Le marié a déclaré que ce moment était « l’occasion de faire une déclaration, de prendre position, pour l’espoir, pour l’optimisme, pour l’amour ». Et nous l’avons tous ressenti.

Le philosophe Avi Sagi vient d’écrire un livre intitulé There Is Hope: A Philosophical Existential Journey (« Il y a de l’espoir : un voyage philosophique existentiel »). Bien que ce livre soit un voyage à travers les mondes de la littérature, de la poésie, de la philosophie et de la pensée juive, l’auteur conclut finalement que l’acte d’espérer consiste simplement à décider de se lever le matin et de reprendre le cours de notre vie quotidienne.

Se relever du deuil et de la perte commence au moment où, malgré tout ce que nous avons traversé, nous décidons de nous lever, d’aller travailler et de mener une vie normale. C’est la première manifestation de l’espoir, qui se répandra ensuite dans nos rêves, nos prières et nos aspirations à réparer le monde. C’est ce qui montre qui nous sommes vraiment, ce qu’est l’humanité.

Aujourd’hui, lors des Shloshim de Ran Gvili, vous pouvez le ressentir. Nous nous levons, nous allons travailler, nous vivons notre vie. Telle est l’espérance que nous portons, prête à s’étendre à nos rêves, à nos prières et à nos aspirations à réparer le monde – le Tikkoun Olam.

À propos de l’auteur

Noah Efron est membre du Conseil municipal de Tel Aviv-Jaffa, représentant le parti vert Hayarok BaMerkaz, et président de la commission sur le Pluralisme et de la commission sur l’Environnement et la Durabilité. Efron anime « The Promised Podcast » sur TLV1. Il est également président du programme d’études supérieures en sciences, technologie et société à l’université Bar Ilan. Il a beaucoup écrit sur les liens entre la science, la technologie, la religion et la politique. Son plus grand regret est de ne pas être Nora Ephron.

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