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L’anti-sionisme peut déboucher sur l’antisémitisme, rappelle le maire de Minneapolis

Interrogé sur la hausse du sentiment anti-Israël chez les démocrates, Jacob Frey répond s’inquiéter que "les gens n’osent pas dire à leurs propres partisans ce qu’ils ne veulent pas entendre"

Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, s'exprimant lors du sommet national des dirigeants du Conseil juif démocrate d'Amérique, à Washington, le 13 mai 2026. (Crédit : Joseph Strauss/la JTA)
Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, s'exprimant lors du sommet national des dirigeants du Conseil juif démocrate d'Amérique, à Washington, le 13 mai 2026. (Crédit : Joseph Strauss/la JTA)

Mercredi, lors d’un événement organisé par le Conseil juif démocrate américain, Jacob Frey, le maire juif de Minneapolis, a dénoncé certaines critiques à l’encontre d’Israël.

Lors de la conférence nationale du Conseil juif démocrate américain (JDCA) à Washington, Frey a raconté s’être rendu dans une épicerie locale peu après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, le 7 octobre 2023.

« Le tout petit rayon casher, qui proposait du houmous et peut-être un autre produit, avait été avec la phrase : ‘Pourquoi soutenez-vous le génocide ?’ », a-t-il raconté.

« Et il s’agissait uniquement du rayon casher, ce n’était même pas le rayon israélien. »

Frey a poursuivi : « Même si les gens disent, et ont souvent dit : ‘Non, nous parlons des sionistes, pas des Juifs’ – eh bien, bon nombre de ces mêmes personnes associent le sionisme au judaïsme. On ne peut pas jouer sur les deux tableaux en même temps. »

Il a conclu que « l’on peut à la fois croire en l’État d’Israël et le soutenir, tout en s’opposant à certains des actes horribles que [le Premier ministre israélien Benjamin] Netanyahu a commis ».

Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, s’exprimant lors d’une conférence de presse après avoir remporté un troisième mandat lors de l’élection à scrutin préférentiel de la ville, à Minneapolis, le 5 novembre 2025. (Crédit : Abbie Parr/AP)

Ces commentaires, qui faisaient suite à une question du public, étaient les plus détaillés de Frey sur Israël, et les premiers depuis qu’il s’était retrouvé sous le feu des projecteurs nationaux, plus tôt cette année, pour avoir défié la politique d’immigration agressive de l’administration Trump dans sa ville.

Le fait que Frey, 44 ans, ait décidé de participer au sommet national des dirigeants du JDCA était en soi à noter, car il est une étoile montante relativement jeune au sein du parti démocrate dont les membres, en particulier l’aile progressiste et les jeunes électeurs, sont très critiques à l’égard d’Israël. Le JDCA promeut une relation solide entre les États-Unis et Israël, ainsi qu’une solution à deux États au conflit israélo-palestinien.

Interrogé sur les sentiments anti-Israël au sein de son parti, Frey a répondu qu’il estimait que les démocrates devaient davantage contenir les opinions marginales au sein de leur formation.

« C’est facile pour moi, et c’est très facile pour les démocrates, de critiquer la droite », a-t-il déclaré.

« J’ai toute une équipe qui m’a soutenu quand j’ai dit : ‘Fichez le camp de Minneapolis.’ Ce n’était pas difficile à faire, c’était simplement ce que je ressentais. Ce qui est plus difficile, c’est de dire à son propre camp, parfois à ses propres amis : ‘Vous savez quoi, vous êtes allés trop loin.’ »

« Ce qui m’inquiète profondément en ce moment, c’est que les gens n’ont pas le courage de dire à leur propre camp ce qu’ils ne veulent pas entendre », a-t-il ajouté.

Interrogé lors d’une interview accordée à la fin de la session sur la question de savoir si les démocrates devraient faire campagne aux côtés de personnalités telles que le streamer progressiste Hasan Piker, un fervent détracteur d’Israël qui a fait l’objet d’accusations d’antisémitisme, Frey a répondu à la Jewish Telegraphic Agency qu’il ne connaissait ni le débat autour de Piker ni ses positions.

Frey a toutefois déclaré qu’il s’opposait aux tests de loyauté et à la diabolisation pratiqués par des personnes situées aux deux extrémités du spectre politique.

« Je suis mal à l’aise avec cette attitude : ‘Rejoignez-nous, prononcez ce mot, dites cette phrase, sinon on va vous couvrir de goudron et de plumes – publiez ce message ou prononcez exactement ce terme sur scène, sinon on vous considérera comme un méchant’ », a-t-il déclaré.

Des agents fédéraux américains près du lieu où Alex Pretti a été abattu, à Minneapolis, le 24 janvier 2026. (Crédit : Abbie Parr/AP Photo)

Si Frey a obtenu le soutien des progressistes lors de son bras de fer avec le Service de l’immigration et des douanes des États-Unis (ICE), l’agence fédérale qui a mené des raids pendant des semaines à Minneapolis au début de l’année, il s’est déjà heurté à cette aile politique sur la question d’Israël. En 2024, il avait bloqué une résolution de son conseil municipal appelant à un cessez-le-feu à Gaza, la qualifiant de « résolution partiale qui ajoute davantage de division à une situation déjà tendue ».

Mercredi, Frey et la trésorière du JDCA, Beth Kieffer Leonard, ont principalement discuté de la présence de l’ICE à Minneapolis et de la réponse de Frey.

Il a également invoqué l’identité juive pour justifier sa détermination à « mettre un terme » aux agissements de l’ICE afin que d’autres villes ne soient pas prises pour cible de la même manière, en citant la valeur de la réparation du monde.

« En tant que juifs, nous avons l’obligation, par le biais du tikkoun olam [réparation du monde], de nous battre pour cela, de rendre le monde meilleur, de guérir les gens et de reconnaître que lorsqu’ils s’en prennent à l’un d’entre nous, c’est à nous tous qu’ils s’en prennent », a-t-il déclaré.

Interrogé sur Israël et l’anti-sionisme lors de la séance de questions-réponses, Frey s’est étendu sur sa foi en l’État d’Israël ainsi que sur ses critiques à l’égard de son gouvernement.

« On peut reconnaître l’importance d’un lieu de paix et de refuge, un lieu où des centaines de milliers, voire des millions de réfugiés ont immigré en Israël – provenant à la fois des pays ‘ashkénazes’ [d’Europe de l’Est], mais aussi d’Irak, d’Iran et du Yémen – un lieu très métissé sur les plans ethnique et culturel », a déclaré Frey.

« On peut reconnaître que l’histoire est complexe. Qu’il y a des domaines où nous pouvons, collectivement en tant que juifs, nous améliorer. Où les politiques peuvent être améliorées. »

Frey a ajouté qu’il était un opposant farouche à Donald Trump mais qu’il croyait en l’Amérique, et a déclaré qu’il devrait en être de même avec Netanyahu et Israël.

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