En 1975, Chaim Herzog a donné un vibrant discours à l’assemblée générale de l’ONU, rejetant sa résolution qui déclarait que le sionisme était un racisme.

Aujourd’hui, 40 ans après, l’historien récompensé Simon Sebag Montefiore décrit ce discours comme « l’un des meilleurs discours du 20e siècle ».

Il sait de quoi il parle : un livre de 2013 que Sebag Montefiore a publié « Speeches that changed the world » (Des discours qui ont changé le monde) comprend le discours d’Herzog, aux côtés de personnages comme Jésus et Churchill.

La résolution 3379 de l’assemblée générale de l’ONU votée en 1975 a été promue par les blocs arabes et soviétiques dans le cadre d’une campagne diplomatique destinée à isoler Israël.

Bien que la résolution anti-Israël ait été dénoncée par les pays occidentaux démocratiques qui s’y sont opposés, elle a été adoptée le 10 novembre 1975 par 72 voix pour, 35 contre (et 32 abstentions) à la suite d’un débat féroce.

Herzog, qui avait refusé à se mettre sur la défensive pendant le débat, a déclaré : « Pour nous, le peuple juif, ce n’est qu’un épisode transitoire dans une histoire riche et remplie d’évènements ». Il a plus tard affirmé que les soutiens de la résolution étaient motivés par les « deux grands démons » – « la haine et l’ignorance ».

Dans une rhétorique éloquente, le discours d’Herzog a couvert la longueur de l’histoire de l’antisémitisme, cité la Bible et des médias contemporains, et décrit le « destin tragique » des autres minorités religieuses au Moyen-Orient.

« Au cours des siècles, il a incombé à mon peuple d’être l’agent de test de la décence humaine, l’aune de la civilisation, le creuset dans lequel les valeurs humaines durables doivent être testées. Le niveau d’humanité d’une nation peut invariablement être jugé par son comportement envers sa population juive. Cela a toujours commencé avec les juifs mais n’a jamais fini avec eux », avait prévenu Herzog.

Quarante ans après la ratification de la résolution, il a été demandé à Sebag Montefiore dans un récent entretien pourquoi il pensait que le discours d’Herzog était l’un des grands discours de l’Histoire.

« La première raison est simplement que c’est un exemple superbe de rhétorique, qui mérite une place parmi les grands discours, certainement les grands discours du 20e siècle. Tout d’abord simplement pour une question d’appréciation esthétique et littéraire du choix des mots, la simplicité, le message, la clarté », a déclaré Sebag Montefiore.

L'historien Simon Sebag Montefiore (autorisation)

L’historien Simon Sebag Montefiore (autorisation)

« Mais la deuxième chose est que c’est un discours très important qui brille réellement avec une argumentation contre l’antisémitisme et contre le racisme. Donc je pense que ce discours montre vraiment une position brillante et une argumentation brillante contre l’antisémitisme largement répandu qui est en croissance constante même dans le monde d’après la Seconde Guerre mondiale », a déclaré l’historien.

‘Une fois encore, le discours d’Herzog est extrêmement pertinent et même urgent’

« La troisième raison est à propos de notre propre époque aujourd’hui. Il se trouve, alors que nous parlons en 2016, que ce discours n’a jamais été plus pertinent. Autour de nous, nous voyons des tentatives pour délégitimer Israël, une sorte d’antisémitisme caché et secret croissant dans plusieurs pays, souvent à droite mais aussi à gauche. Et une fois encore, le discours d’Herzog est extrêmement pertinent et même urgent », a-t-il déclaré.

Dans son discours, Herzog a déclaré aux délégués de l’ONU que c’était eux qui seraient jugés par l’Histoire sur leur vote sur le sujet du « racisme antisémite et anti-juif ». C’était, a déclaré Herzog, le futur de l’ONU qui était en jeu, ayant été « traînée à son point le plus bas de discrédit par une coalition de despotes et de racistes ».

« Pour nous, le peuple juif, a-t-il conclu, ce n’est rien de plus qu’un morceau de papier, et nous devrions le traiter ainsi », avant de déchirer la résolution en deux.

L'ambassadeur des Etats-Unis aux Nations Unies Daniel P. Moynihan s'adresse à l'assemblée générale le 10 novembre 1975 aux Nations unies à New York. (Crédit : UN Photo/Teddy Chen)

L’ambassadeur des Etats-Unis aux Nations Unies Daniel P. Moynihan s’adresse à l’assemblée générale le 10 novembre 1975 aux Nations unies à New York. (Crédit : UN Photo/Teddy Chen)

A l’époque, la résolution avait profondément divisé l’ONU. L’ambassadeur britannique Ivor Richard l’avait décrite comme « présentée capricieusement et poursuivie sans raison », tandis que l’ambassadeur américain Patrick Moynihan avait déclaré que les Etats-Unis « ne reconnaissaient pas, ne se sentaient pas obligés par, et n’approuveraient jamais cet acte infâme ».

Seize ans après, l’assemblée générale avait voté dans le cadre de la résolution 46/86 de l’assemblée générale de l’ONU l’abrogation de la résolution de 1975 – pour la deuxième fois de son histoire.

Herzog, né à Belfast, a été le sixième président d’Israël de 1983 à 1993. Il s’est exprimé à l’ONU avec l’autorité morale de celui qui a personnellement libéré les camps de concentration nazis, ayant été officier de renseignements de combats dans l’armée britannique pendant qu’elle se frayait un chemin à travers l’Europe.

‘Je suis profondément troublé par une croyance empoisonnée croissante mais également cachée qui se répand dans notre culture en Occident’

Selon Sebag Montefiore, dont les livres sur Staline et Jérusalem ont été des best-sellers et ont recueilli de prestigieuses récompenses, les leçons du discours d’Herzog sont maintenant plus pertinentes que jamais.

« Je suis profondément troublé par une croyance empoisonnée croissante mais également cachée qui se répand dans notre culture en Occident. Souvent c’est une sorte d’antisémitisme dissimulé dans l’antisionisme, et c’est exactement ce dont parle Herzog », a déclaré Sebag Montefiore.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon (au centre), aux côtés de l'ambassadeur israélien à l'ONU Danny Danon (à gauche) et le secrétaire d'Etat américain John Kerry, à un évènement spécial intitulé "La bataille pour le sionisme aux Nations unies". Sont également présents sur la photo (de gauche à droite) : le président du comité juif américain David Harris; Samantha Power, représentante permanente des Etats-Unis à l'ONU; Isaac Herzog, dirigeant du Parti travailliste israélien, et Michael Herzog, le 11 novembre 2015. (Crédit : UN Photo/Mark Garten)

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon (au centre), aux côtés de l’ambassadeur israélien à l’ONU Danny Danon (à gauche) et le secrétaire d’Etat américain John Kerry, à un évènement spécial intitulé « La bataille pour le sionisme aux Nations unies ». Sont également présents sur la photo (de gauche à droite) : le président du comité juif américain David Harris; Samantha Power, représentante permanente des Etats-Unis à l’ONU; Isaac Herzog, dirigeant du Parti travailliste israélien, et Michael Herzog, le 11 novembre 2015. (Crédit : UN Photo/Mark Garten)

En novembre, la mission permanente d’Israël à l’ONU, avec l’association Yad Chaim Herzog et le comité juif américain, a organisé un évènement pour marquer le 40e anniversaire de la résolution de l’ONU.

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon et le secrétaire d’Etat américain John Kerry ont assisté à l’évènement et s’y sont exprimés, ainsi que le chef de l’opposition israélienne Isaac Herzog. Le général (de réserve) Michael Herzog, le président du conseil mémoriel Chaim Herzog et le fils de Chaim était également présent.

Sebag Montefiore a déclaré qu’il accueillait les efforts à haut niveau pour marquer l’anniversaire du discours d’Herzog.

« Je suis très heureux que [le discours] ait été célébré par le secrétaire général des Nations unies et je veux faire tout ce que je peux pour être certain qu’il soit largement lu aujourd’hui », a déclaré Sebag Montefiore.