Pendant un mois cet été, des éclats de rire, des chansons pop haredim et des chansons classiques ont été entendus dans une colonie perdue du Zhytomyr Oblast dans l’ouest de l’Ukraine.

Dans la région embourbée par la guerre et les conflits, le Camp Yeka, un raccourci de Yekatrinoslav (car la colonie est aussi connue sous le nom de Dnepropetrovsk, la ville où le camp se situait à l’origine) a permis aux enfants juifs qui vivent dans ce pays d’Europe de l’Est ravagé par la guerre d’avoir un répit divertissant.

Un groupe de garçons faisant partie des Chabad hassidiques est venu en Ukraine pour diriger le camp pour les enfants cet été. Ces garçons sont soit en fin d’adolescence ou ont une vingtaine d’année. Ils ont accueilli 100 garçons entre 6 et 17 ans de 15 villes différentes d’Ukraine et de Crimée.

Pendant un mois, les campeurs, beaucoup d’entre eux viennent de villes en ligne de front du conflit comme Donetsk et Kharkov, ont pu profiter d’une pause loin des tensions qui existent dans la région depuis le mois de février.

L’Ukraine connaît des tumultes depuis la fin de l’année dernière quand des manifestations ont entraîné une série d’évènements qui s’est conclue avec l’éviction du président en février. Cette éviction a, à son tour entraîné, des affrontements entre les forces du gouvernement et les séparatistes pro-russes.

Ce conflit a pris la vie de milliers de vie ces six derniers mois, et ne semblait donner aucun signe d’essoufflement alors que l’Ukraine fêtait les 23 ans de son indépendance le mois dernier.

Mais pendant un mois, la plus grande source de stress pour les petits vacanciers était de savoir s’ils allaient réussir à battre l’équipe adverse au football.

Chaim Leiter d’Efrat en Israël, 22 ans, a dirigé le camp cette année. Il explique que même s’il s’est occupé de la direction du camp pendant des années, cette année il a reçu plus d’intérêt des familles qui souhaitaient envoyer leurs enfants pour qu’ils puissent passer du précieux temps en dehors de la guerre.

Les synagogues et les centres juifs envoient leurs enfants au camp Yeka (Crédit : Autorisation)

Les synagogues et les centres juifs envoient leurs enfants au camp Yeka (Crédit : Autorisation)

Dans la lignée du mode opératoire de Chabad, les jeunes hommes comme Leiter ou des animateurs en chef comme Yisroel Eichenbatt voyagent à travers le monde pour diriger le camp Yeka depuis 2000.

Les centres juifs et les synagogues des villes ukrainiennes ont envoyé leurs enfants pour un mois de natation, de sports et d’activités culturelles juives.

Mais cette année a été différente.

Avec la crise, Leiter pensait avec inquiétude qu’il y aurait moins d’inscriptions. Il était persuadé que la bombe dans une synagogue ukrainienne et les tirs sur le maire juif de Kharkov quelques mois auparavant dissuaderaient les parents d’envoyer leurs enfants.

Mais cela n’a pas été le cas : les inscriptions avant le début de la colonie ont explosé. De plus, en général, malgré le nombre d’inscrit, il y a toujours moins d’enfants qui se présentaient le premier jour. Mais cette année, tous les enfants inscrits étaient présents et sont restés.

« Les enfants se sentaient en sécurité au camp. Personne ne voulait partir », raconte Leiter. « Chaque année, il y a des enfants qui partent plus tôt. Soit parce que la maison leur manque ou parce qu’ils manquent à leur Babushka (grand-mère) qui les veulent à la maison. Mais cette année, personne n’est parti. Chaque enfant est resté jusqu’à la fin ».

Les campeurs commencent la journée en s’alignant. Ils récitent ensuite les prières shacharit du matin. Leur petit déjeuner est composé de pain, de salade, d’œufs et de Kasha. Leiter explique que c’est un luxe pour la plupart d’entre eux car ils viennent de familles pauvres.

La journée est remplie d’activités telles que la natation, des championnats de sports, des activités manuelles. On leur apprend aussi les textes juifs et à cuire la Khala [pain de Shabbat] – activité qui se transforme souvent en bataille de farine.

Maxim Yesipovich, un campeur de la région de Krivoy Rog, explique que le meilleur moment de la colonie était « l’emploi du temps génial, les petits voyages et les supers animateurs ».

Leiter affirme que la colonie en elle-même n’est pas si différente que celle des années précédentes.

« Nous étions coupés de ce qui se passait dans les autres régions. Quand l’avion de la Malaysia Airlines a été abattu, nous ne l’avons appris que beaucoup plus tard », raconte-t-il.

Malgré la distance, la crise était quand même un peu dans la tête des campeurs et les animateurs racontent qu’une forte ambiance patriotique régnait. Les enfants chantaient des chansons ukrainiennes et ont décoré leurs T-Shirts et les kippahs, lors des travaux manuels, avec des drapeaux ukrainiens et des « Slava Ukrayini » ou « Gloire à
l’Ukraine ».

« Si un enfant voulait se moquer d’un autre enfant », raconte Leiter, « il le traitait
de ‘séparatiste’ ».

Eichenblatt raconte que cette année, il y avait une atmosphère particulière dans la colonie. « Chaque année, c’est bien. Mais cette année, c’était incroyable », décrit-il.
« Les enfants étaient tellement contents d’être là ».

La colonie ne demande que 800 hrivna ukrainien (60 à 68 dollars en fonction de l’inflation) au moment de l’inscription car la plupart des enfants viennent d’orphelinats ou de familles pauvres.

Les organisateurs comptent principalement sur les subventions des organisations locales comme la Fédération des communautés juives du CIS et la Communauté juive de Dnepropetrovsk. Ils s’appuient aussi sur les donations des Etats-Unis pour couvrir les dépenses.

Cette année les animateurs ont lancé des campagnes de collecte de fonds dans leur pays d’origine en Angleterre, aux Etats-Unis, en Israël et au Venezuela. Ils ont collecté des fonds en vendant des t-shirts et en faisant du démarchage téléphonique. Beaucoup d’animateurs donnent aussi de leur poche.

A la fin de la colonie de vacances, la Fédération des communautés juives du CIS qui est le propriétaire du terrain où vit la colonie, a transformé les lieux en un centre de réfugiés pour les familles juives qui fuient les zones de danger.

Pendant un mois, les enfants font comme s'ils ne vivaient pas sous les bombardements (Crédit : Autorisation)

Pendant un mois, les enfants font comme s’ils ne vivaient pas sous les bombardements (Crédit : Autorisation)