Israël pourrait avoir commis des « crimes de guerre » en Syrie – ONU
Une enquête indique que 49 Syriens, dont deux enfants, étaient détenus en juin en Israël ; Jérusalem dénonce cette enquête et nie toute prétention territoriale
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GENÈVE — Une commission des Nations unies chargée d’enquêter sur la Syrie a fait part mardi de sa profonde inquiétude face aux opérations militaires menées par Israël en territoire syrien. Elle a averti que certaines de ces actions, notamment la détention de civils, pourraient relever de crimes de guerre.
Lors d’un point sur la situation présenté au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, la commissaire Fionnuala Ní Aoláin a indiqué que les opérations militaires israéliennes dans le sud de la Syrie étaient désormais « de plus en plus régulières et institutionnalisées », avec des incursions terrestres, des patrouilles, des raids et des perquisitions récurrents affectant la population civile.
En réponse, la mission israélienne à Genève a accusé la commission de se livrer à une « campagne anti-israélienne », précisant que Jérusalem n’avait aucune ambition territoriale en Syrie.
« [Israël] maintient une zone tampon temporaire, qui couvre 0,1 % du territoire syrien, et qui vise à protéger ses citoyens contre des menaces avérées pour leur sécurité », a-t-elle expliqué dans un communiqué.
La Syrie tente de se reconstruire près de deux ans après que l’ancien président Bachar al-Assad a été renversé par des rebelles menés par un groupe djihadiste dirigé par l’actuel président syrien, Ahmed al-Sharaa.
Les soldats israéliens ont pénétré dans une zone tampon patrouillée par l’ONU après la chute du gouvernement d’Assad en décembre 2024, une mesure qu’Israël a qualifiée de temporaire et d’essentielle pour sécuriser sa frontière pendant la transition politique.
Depuis, Israël a mené des centaines de frappes contre des infrastructures militaires syriennes et s’est emparé de nouvelles positions plus à l’intérieur du territoire syrien. Le gouvernement de Damas et les Nations unies ont estimé que ce déploiement violait la souveraineté syrienne, ainsi que l’accord de désengagement qui avait été signé en 1974 à la suite de la guerre de Kippour de 1973.
Israël, qui avait initialement qualifié Sharaa de terroriste mais qui mène désormais des pourparlers directs avec son administration, a fait valoir que ses opérations en Syrie étaient indispensables pour empêcher les groupes terroristes d’envahir le nord d’Israël, comme le Hamas l’avait fait dans le sud depuis la bande de Gaza, le 7 octobre 2023.
D’après la Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie mise en place par l’ONU, les mesures prises par Israël comprennent la mise en place de postes de contrôle temporaires et d’infrastructures militaires fixes sur le territoire syrien, notamment dans les provinces méridionales de Qouneitra et de Deraa.
« La Commission est profondément alarmée par la persistance des violations commises par Israël », a fait savoir Ní Aoláin au Conseil, faisant état de la « perplexité » exprimée par les habitants face aux actions israéliennes, alors que le pays est en pleine reconstruction.
En juin, la Commission avait recensé 49 Syriens, dont deux enfants, détenus par l’armée israélienne sur le territoire syrien et qui auraient été transférés de l’autre côté de la frontière, a-t-elle ajouté.
« De tels actes pourraient être assimilés à des crimes de guerre », a noté Ní Aoláin.
Dans un communiqué publié en marge de la session, la Commission a indiqué que certains détenus étaient maintenus au secret – une situation préoccupante, pouvant laisser craindre des actes de torture ou de mauvais traitements.
Elle a souligné que l’activité militaire israélienne avait provoqué le déplacement de la population, et a présenté la présence d’Israël dans la région comme une « occupation agressive ».
La commission a par ailleurs déclaré partager l’avis du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, selon lequel ces violations de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Syrie étaient inadmissibles et devaient prendre fin.
Le représentant de la Syrie a salué les conclusions de la commission. Il a réaffirmé l’engagement de Damas à coopérer avec les mécanismes des droits de l’Homme des Nations unies, sans pour autant renoncer à demander des comptes pour les exactions commises par l’ancien gouvernement.
Le délégué syrien a également condamné les opérations militaires israéliennes, jugeant qu’Israël violait le droit international et l’accord de désengagement de 1974.
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