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Pourquoi le financement US du Dôme de fer perd du terrain des deux côtés de l’échiquier politique

Le financement de ce système antimissile purement défensif allait autrefois de soi, mais depuis le 7-Octobre, la gauche progressiste, les partisans de la rigueur budgétaire et les sionistes libéraux veulent y mettre fin

Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez tenant une conférence de presse, au Capitole, à Washington, le 25 mars 2026. (Crédit : J. Scott Applewhite/AP)
Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez tenant une conférence de presse, au Capitole, à Washington, le 25 mars 2026. (Crédit : J. Scott Applewhite/AP)

JTA — Un nombre croissant de personnalités progressistes de premier plan, dont le principal lobby libéral pro-Israël, se sont prononcés contre le maintien du financement américain du système de défense israélien « Dôme de fer ».

Dimanche, le président de J Street, Jeremy Ben-Ami, a rejoint les députés Alexandria Ocasio-Cortez et Ro Khanna, ainsi que le candidat démocrate juif au Congrès, Brad Lander, pour s’opposer à l’affectation de fonds budgétaires futurs aux systèmes de défense israéliens.

Ce financement ne suscitait guère de controverse par le passé, le système de défense antimissile « Dôme de fer » ayant reçu des éloges quasi unanimes – y compris de la part de certaines des personnalités qui s’opposent aujourd’hui au soutien américain – pour son rôle dans la protection des civils israéliens. Pas plus tard qu’en septembre, un projet de loi visant à approuver un financement supplémentaire pour le Dôme de fer a été adopté à la Chambre des représentants avec seulement neuf voix contre.

Aujourd’hui, ce consensus a évolué à la suite de la guerre contre le groupe terroriste du Hamas à Gaza et de la guerre conjointe américano-israélienne contre le régime iranien, toutes deux profondément impopulaires, en particulier parmi les démocrates – alors même que le Dôme de fer a récemment fait ses preuves lors d’un test à haut risque, aux côtés des autres systèmes de défense aérienne israéliens, lorsque l’Iran a tiré des centaines de missiles balistiques sur des cibles israéliennes.

Certains progressistes qui s’opposent désormais à ce financement estiment qu’Israël n’en a pas besoin.

« Avec un PIB par habitant supérieur à celui de pays comme le Royaume-Uni, la France et le Japon, Israël est tout à fait capable de financer sa propre défense – tout comme le font déjà les autres alliés riches des États-Unis », a écrit Ben-Ami dimanche sur le blog de J Street.

Jeremy Ben-Ami, président de J Street, lors du 39ᵉ Congrès sioniste, à Jérusalem, le 28 octobre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

« Pourquoi les contribuables américains devraient-ils continuer à subventionner le budget de défense d’un allié prospère, en particulier à un moment où les États-Unis sont confrontés à leurs propres pressions budgétaires importantes ? »

Ben-Ami a ajouté que les États-Unis devraient continuer à vendre le Dôme de fer et d’autres systèmes de défense à Israël. Il a également fait valoir que la fin du soutien américain à ces systèmes de défense serait une aubaine pour Israël.

« Les partisans d’Israël, dont beaucoup ont été élevés dans l’idée que le peuple juif souhaite simplement qu’Israël soit traité comme tous les autres pays, devraient se réjouir de cette évolution », a osé Ben-Ami.

« Les avantages d’une aide financière disproportionnée aujourd’hui sont contrebalancés par le préjudice causé à Israël lorsque ce soutien financier devient un facteur de division dans la politique américaine. »

Les positions politiques en ligne de J Street ont été mises à jour ce mois-ci pour indiquer que le groupe « demande désormais la suppression progressive des subventions financières américaines à l’armée israélienne » d’ici 2028. Il affirme toutefois continuer à soutenir le Dôme de fer : « Mettre fin à ces subventions financières ne signifie pas que les États-Unis doivent cesser de vendre le Dôme de fer à Israël, mais que l’État hébreu doit payer pour ces systèmes. »

Début avril, Ocasio-Cortez a elle aussi fait valoir qu’Israël pourrait financer son propre système de défense, pour des raisons différentes toutefois.

« Conformément à mon bilan de vote à ce jour, je ne soutiendrai pas le Congrès s’il envoie davantage d’argent des contribuables et d’aide militaire à un gouvernement qui ignore systématiquement le droit international et le droit américain », a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.

La représentante de New York, figure de proue du « Squad [brigade] », un groupe de progressistes anti-Israël du Congrès, et potentielle candidate à la présidence en 2028, a fait cette annonce lors d’un forum local des Democratic Socialists of America (DSA).

Les représentantes démocrates Cori Bush (Missouri) et Rashida Tlaib (Michigan) s’exprimant lors d’une conférence de presse après l’évacuation d’un campement anti-Israël à l’université George Washington et l’arrestation de manifestants, au Capitole, à Washington, le 8 mai 2024. (Crédit : Jose Luis Magana/AP)

Par leurs arguments, Ben-Ami et Ocasio-Cortez se démarquent clairement d’un autre slogan populaire parmi les antisionistes, selon lequel Israël ne devrait pas disposer d’un Dôme de fer, car les Palestiniens n’ont pas d’équivalent, ou parce que ce système de défense antiaérienne contribuerait indirectement aux campagnes de bombardement israéliennes.

Les députées Ilhan Omar et Rashida Tlaib, ainsi que le groupe antisioniste Jewish Voice for Peace (JVP) et les DSA, ont fait valoir des arguments similaires, ces derniers déclarant l’an dernier : « À l’instar d’autres systèmes d’interception financés par les États-Unis, le Dôme de fer a encouragé Israël à envahir ou à bombarder pas moins de cinq pays différents au cours des deux dernières années. »

Après l’assaut barbare et sanglant d’Israël par le groupe terroriste du Hamas le 7 octobre 2023, au cours duquel plus de 1 200 personnes ont été massacrées et 251 autres enlevées vers la bande de Gaza, Israël a lancé une campagne militaire dévastatrice à Gaza, visant à anéantir le Hamas. Le pays a également riposté aux tirs de missiles du Hezbollah au Liban et des Houthis au Yémen en frappant les infrastructures terroristes dans ces pays. L’État hébreu a également lancé des attaques préventives contre le régime iranien, qui cherche ouvertement, avec ses proxys terroristes, à mettre fin à l’existence d’Israël, ainsi que contre les intérêts iraniens en Syrie.

Certains observateurs attentifs des relations entre les États-Unis et Israël ont déclaré que le fait de transformer le Dôme de fer en monnaie d’échange politique révélait des préjugés plus profonds allant dans le même sens.

« Le Dôme de fer est un système purement défensif. Il ne peut tout simplement pas être utilisé pour menacer, nuire ou riposter. Son seul but est de sauver des vies », a déclaré Ron Hassner, titulaire de la chaire d’études israéliennes à l’Université de Californie à Berkeley, à la Jewish Telegraphic Agency.

« Quand on me demande si l’antisémitisme est synonyme d’antisionisme, je cite souvent les attaques antisionistes contre le Dôme de fer pour montrer que l’antisionisme est pire que l’antisémitisme », a-t-il ajouté.

« Les antisémites cherchent à nuire aux Juifs. Les antisionistes, eux, cherchent à empêcher les Juifs de se défendre contre le danger. »

« Les antisémites cherchent à nuire aux Juifs. Les antisionistes, eux, cherchent à empêcher les Juifs de se défendre contre le danger. »

Ilan Saltzman, professeur d’études israéliennes à l’Université du Maryland, a déclaré à la JTA qu’il considérait la position de J Street comme « un peu plus nuancée » et moins extrême que celle adoptée par certains législateurs.

Une corvette de classe Saar 6 équipée d’une batterie de missiles Dôme de fer patrouillant au large d’Eilat, le 10 février 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

« Ils ne réclament pas la fin de toute l’aide militaire américaine à Israël », a souligné Saltzman à propos du groupe, rappelant une autre position politique selon laquelle J Street soutient la vente « de capacités de défense contre les missiles balistiques et aériens à courte portée à Israël ».

Selon lui, J Street cherche plutôt « à renforcer la surveillance des actions d’Israël en général et de l’utilisation des capacités militaires soutenues par les États-Unis en particulier ».

« Ils affirment qu’il est possible d’être juif américain tout en ayant une vision très critique du gouvernement israélien, en particulier de l’actuel, et qu’il est important de maintenir un lien entre les États-Unis et Israël, mais que celui-ci ne peut aller au-delà du respect des valeurs et de la loi américaines en matière d’usage de la force militaire », a-t-il ajouté à propos de J Street.

Le revirement d’Ocasio-Cortez concernant le Dôme de fer était notable, car elle avait essuyé par le passé des critiques de la gauche pour ne pas s’être opposée à son financement. En plus d’avoir voté en faveur de ce financement en septembre, elle s’est opposée à une mesure présentée par l’ancienne députée républicaine Marjorie Taylor Greene visant à le réduire, tout en votant « présent » sur un projet de loi de 2021 visant à financer le Dôme de fer et d’autres capacités militaires israéliennes.

Son annonce a déclenché une nouvelle vague de candidats progressistes se distanciant du Dôme de fer.

Khanna, un représentant californien qui envisage également de se présenter à la présidence en 2028, s’oppose désormais lui aussi au financement de ce système de défense, avançant l’argument selon lequel Israël devrait pouvoir le financer lui-même.

« Nous ne devrions pas les subventionner, surtout compte tenu de leurs violations flagrantes des droits de l’Homme », a-t-il déclaré.

Des candidats au Congrès engagés dans des primaires très suivies affirment également qu’ils s’opposeront au financement du Dôme de fer, notamment Lander, l’ancien contrôleur financier juif de la ville de New York qui se présente contre le député juif new-yorkais Dan Goldman.

Le comité d’action politique de J Street a apporté son soutien à Goldman dans cette course.

Lander a été un fervent partisan de la campagne victorieuse de l’anti-Israël Zohran Mamdani à la mairie de New York ; Mamdani a également soutenu l’opposition d’Ocasio-Cortez au financement du Dôme de fer.

« La politique étrangère américaine envers Israël doit changer, et elle doit subordonner son soutien au respect des droits de l’Homme et du droit international », a déclaré Lander, qui se définit comme un sioniste libéral, au comité de rédaction du New York Times la semaine dernière.

À l’instar de certains de ses alliés, Lander a également invoqué les lois Leahy, qui stipulent que le soutien militaire américain ne doit être accordé qu’aux pays respectant le droit international en matière de droits de l’Homme.

Le contrôleur de la ville de New York, Brad Lander, s’exprimant contre Israël lors d’un rassemblement organisé par des Juifs de gauche, à New York, le 4 août 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Michael Blake, candidat de gauche face au représentant new-yorkais pro-Israël Richie Torres, s’est également opposé au financement du Dôme de fer lors d’un récent débat. Pour sa part, parallèlement, Torres a réaffirmé son soutien au financement du Dôme de fer, publiant dimanche un communiqué passionné en sa faveur.

« De plus en plus de candidats réclament la suppression du financement des systèmes de défense antimissile comme le Dôme de fer – alors que des millions de civils israéliens sont confrontés à un barrage constant de roquettes, de drones et de missiles balistiques », a déclaré Torres.

« Je ne me joindrai jamais à ce mouvement, quelle que soit l’opportunité politique qu’il puisse présenter. »

Affirmant que « même le pacifiste le plus convaincu au monde ne devrait avoir aucune objection au Dôme de fer », Torres a souligné que le seul objectif de ce système est d’empêcher que des civils d’être tués.

« Retirer le financement du Dôme de fer n’apporterait pas la paix. Cela ne désamorcerait pas le conflit, ne mettrait pas fin à la guerre et ne sauverait pas de vies. Cela ne servirait qu’un seul objectif : faire davantage de victimes civiles », a-t-il conclu.

Ritchie Torres, un démocrate de la Chambre des représentants des États-Unis, prenant la parole lors d’une audience de la commission de la Chambre sur la sécurité intérieure au Capitole, à Washington, le 20 juillet 2022. (Crédit : AP Photo/Amanda Andrade-Rhoades)

Eylon Levy, ancien porte-parole du gouvernement israélien, a fait valoir que le Dôme de fer avait retardé le conflit contre le Hamas à Gaza.

« Si nous n’avions pas eu le Dôme de fer, nous n’aurions pas supporté vingt ans de tirs de roquettes depuis Gaza et attendu le 7-Octobre pour éliminer la menace du Hamas », a-t-il écrit sur le réseau social X.

« Si les roquettes du Hamas avaient atteint leurs cibles, nous aurions été contraints de nous lancer dans une guerre totale il y a bien longtemps. Attention à ce que vous souhaitez. »

Le sénateur juif progressiste de Californie Scott Wiener, qui a qualifié les actions d’Israël à Gaza de « génocide » et se présente à la succession de Nancy Pelosi au Congrès, a déclaré lors d’un récent débat qu’il continuerait à soutenir le financement du Dôme de fer. Ce débat a eu lieu après l’annonce par Ocasio-Cortez qu’elle ne soutenait plus le financement de ce système de défense antimissile.

Le sénateur de l’État de Californie Scott Wiener lors d’un événement organisé pour Halloween dans le cadre de sa campagne électorale à San Francisco, samedi 26 octobre 2024. (Crédit : AP Photo/Jeff Chiu)

Israël rejette toute accusation de « génocide », affirmant que les terroristes du Hamas se sont infiltrés parmi la population civile et ont installé des infrastructures civiles dans des mosquées, des hôpitaux et des écoles, tandis qu’Israël fait de son mieux pour éviter les victimes civiles.

« Je soutiens le Dôme de fer. Je pense toutefois qu’il y a une distinction claire », a déclaré Wiener, contrairement à l’un de ses adversaires, Saikat Chakrabarti, ancien chef de cabinet d’Ocasio-Cortez, qui a affirmé : « L’argent destiné à la défense peut être utilisé pour des armes offensives. »

Les progressistes avancent également un autre argument clé : le Premier ministre Benjamin Netanyahu a lui-même promu l’idée de réduire la dépendance financière d’Israël vis-à-vis des États-Unis au cours de la prochaine décennie. Le sénateur Lindsey Graham, un allié de poids de Netanyahu au sein du parti républicain, a soutenu cet appel et déclaré que cet objectif pourrait être atteint plus rapidement.

Des systèmes de défense antimissile ciblant des missiles balistiques iraniens au-dessus de Tel Aviv, le 15 juin 2025. (Crédit : Matanya Tausig/Flash90)

« Les alliés de Netanyahu à la Knesset viennent d’approuver un budget de défense de 45 milliards de dollars, et le Premier ministre a lui-même affirmé son intérêt à se retirer du protocole d’accord avec les États-Unis en janvier », a écrit Ocasio-Cortez dans son message, faisant référence au protocole d’accord définissant l’aide américaine à Israël.

Saltzman, pour sa part, interprète la déclaration de Netanyahu différemment, soulignant qu’elle a été faite dans le contexte des projets plus larges du président américain Trump en matière de droits de douane.

« Netanyahu voulait montrer à Trump qu’il comprenait la ligne générale de la nouvelle administration, qu’il était en phase avec les nouvelles orientations de la Maison Blanche et qu’il était tout à fait disposé à s’y adapter », a-t-il précisé.

« C’était du pragmatisme politique. »

Mais à gauche, et ailleurs, ce nouveau pragmatisme politique autour du Dôme de fer pourrait consister à envisager son financement sous l’angle de la « normalisation » des relations avec Israël – ou à le traiter comme les États-Unis traitent les autres pays, en lui accordant une aide relativement limitée.

« À travers tout le spectre politique, une opinion se fait de plus en plus courante : les relations entre les États-Unis et Israël devraient être ‘normalisées’ », a écrit Ben-Ami.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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