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Retour sur la séance houleuse du dernier débat dit « des 40 signatures » à la Knesset

Le Premier ministre nie que la position internationale d'Israël se soit effondrée, attribue les critiques à l'antisémitisme, vante ses liens avec Donald Trump et Vladimir Poutine, défend sa demande de grâce ; Yaïr Lapid l'exhorte à reconnaître sa culpabilité et à démissionner

Montage photos (de gauche à droite) : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'un débat dit "des 40 signatures", dans la salle plénière de la Knesset, le 8 décembre 2025 ; le chef de l'opposition et chef du parti Yesh Atid, le député Yaïr Lapid, dirigeant une réunion de faction de la Knesset, à Jérusalem, le 1ᵉʳ décembre 2025. (Crédits : Chaïm Goldberg/Flash90 ; Yonatan Sindel/Flash90)
Montage photos (de gauche à droite) : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'un débat dit "des 40 signatures", dans la salle plénière de la Knesset, le 8 décembre 2025 ; le chef de l'opposition et chef du parti Yesh Atid, le député Yaïr Lapid, dirigeant une réunion de faction de la Knesset, à Jérusalem, le 1ᵉʳ décembre 2025. (Crédits : Chaïm Goldberg/Flash90 ; Yonatan Sindel/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est prononcé lundi en faveur du projet de loi controversé visant à réglementer les exemptions du service militaire pour les Haredim. C’est au cours d’un débat animé à la Knesset, qu’il a défendu pour la première fois ce projet, affirmant qu’il permettrait à des milliers de réservistes d’être relevés de leurs obligations militaires.

Lors d’un débat dit « des 40 signatures », un mécanisme parlementaire qui permet à l’opposition d’obliger le Premier ministre à se présenter une fois par mois, Netanyahu a défendu non seulement ce projet de loi, mais aussi sa gestion de la guerre à Gaza, les relations étrangères d’Israël et ses propres démêlés judiciaires, en réponse aux députés qui accusent son gouvernement d’avoir causé de graves dommages diplomatiques et nationaux par ses politiques en temps de guerre.

Netanyahu a répondu à ce que l’opposition a qualifié « d’effondrement de la position internationale d’Israël », affirmant qu’Israël restait dominant sur les plans diplomatique, militaire et économique malgré ses deux années de guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas, soulignant ses liens avec les dirigeants mondiaux et défendant des politiques controversées allant de sa demande de grâce à ses projets de commission d’enquête sur le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023.

Il a qualifié le projet de loi récemment révisé de « début d’un processus historique visant à intégrer les Haredim dans Tsahal », accusant l’opposition d’avoir fait avancer un « projet de loi des déserteurs », une expression utilisée par les détracteurs pour décrire la proposition de son gouvernement.

« C’est vous, et non nous, qui avez présenté le projet de loi sur les exemptions militaires », a-t-il déclaré, ajoutant que le texte de son gouvernement permettrait d’atteindre des objectifs de conscription « trois à quatre fois supérieurs » à ceux proposés par le gouvernement éphémère de l’ancien Premier ministre Naftali Bennett et de l’actuel chef de l’opposition Yaïr Lapid.

« La loi régit le statut des étudiants en yeshiva. Le monde de la Torah nous protège depuis des milliers d’années et continuera de le faire tout en enrôlant la population haredi », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprimant lors d’un débat dit des « 40 signatures » dans la salle plénière de la Knesset, le 8 décembre 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

En se prononçant en faveur de ce projet de loi, le Premier ministre a exprimé pour la première fois son opinion sur la nouvelle loi proposée par Boaz Bismuth, président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, visant à réglementer la conscription des ultra-orthodoxes étudiant en yeshiva. L’opposition et plusieurs membres de la coalition ont critiqué le projet de loi actuellement débattu en commission, affirmant qu’il présentait des lacunes et prévoyait des sanctions inefficaces qui n’encourageraient pas l’enrôlement.

Au cours de l’année écoulée, les dirigeants haredim ont fait pression pour l’adoption d’une loi permettant à une grande partie de leurs électeurs d’échapper à l’armée, après que la Cour suprême a jugé illégales les exemptions générales du service militaire accordées de manière informelle pendant des décennies aux ultra-orthodoxes étudiants à plein temps en yeshiva.

On estime actuellement à environ 80 000 le nombre d’hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans qui sont aptes au service militaire mais ne se sont pas enrôlés. Tsahal a déclaré avoir un besoin urgent de 12 000 recrues, en raison de la pression exercée sur les forces permanentes et de réserve dans le contexte de la guerre en cours contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza et d’autres défis militaires.

Netanyahu a assuré que le projet de loi proposé allégerait le fardeau des réservistes et augmenterait la conscription parmi la population ultra-orthodoxe. Il a affirmé que « pour chaque bataillon régulier supplémentaire issu de la population haredi, dix bataillons de réserve seraient libérés », ce qui, selon lui, conduirait à la démobilisation massive de centaines de bataillons de réserve.

La police arrêtant un homme ultra-orthodoxe lors d’une manifestation contre l’enrôlement des Haredim dans l’armée israélienne, devant un centre de recrutement militaire, à Jérusalem, le 12 novembre 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

S’exprimant après Netanyahu, Lapid a accusé le Premier ministre et ses alliés d’éviter délibérément les discussions en commission afin de se distancier du projet de loi. Il a promis que celui-ci ne serait adopté sous aucune forme et a affirmé que l’opposition le combattrait par tous les moyens.

« Plus fort que jamais »

Après avoir essuyé une série de critiques cinglantes de la part des membres de l’opposition, Netanyahu a ouvert son discours en raillant le sujet du débat, qualifiant l’affirmation selon laquelle la position internationale d’Israël s’est effondrée à cause de la guerre de « déconnexion de la réalité » et insistant sur le fait « qu’Israël est aujourd’hui plus fort que jamais ».

« C’est la puissance la plus forte du Moyen-Orient, et dans certains domaines, c’est une puissance mondiale », a déclaré le Premier ministre.

Des terroristes du Jihad islamique palestinien et du Hamas recherchant les restes des otages mortss, à Beit Lahiya, dans le nord de la bande de Gaza, le 3 décembre 2025. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP Photo)

« C’est le résultat direct de la manière dont nous avons mené la Guerre de la Renaissance » a-t-il poursuivi, utilisant le nom donné à la guerre à Gaza approuvé par le gouvernement en octobre.

« C’est également le résultat d’une bonne gestion de l’économie israélienne, une économie qui bat tous les records », a ajouté Netanyahu, soulignant la vigueur du shekel et les investissements étrangers.

« Le ratio dette/PIB d’Israël est inférieur à celui de la plupart des pays européens, inférieur à celui des États-Unis… et ce, après deux ans de guerre. »

« De nombreux États à travers le monde et de très nombreux dirigeants mondiaux nous sollicitent », a déclaré Netanyahu, avant de reconnaître que « des défis subsistent ».

Il a affirmé que la colère mondiale envers Israël pour sa conduite de la guerre contre le Hamas à Gaza, ainsi que pour ses restrictions à l’aide humanitaire et les allégations de protection insuffisante des civils pris dans les combats, étaient toutes imputables à un antisémitisme généralisé, plutôt qu’aux actions d’Israël ou à l’inefficacité de sa diplomatie publique – ou hasbara.

« Des vagues d’antisémitisme déferlent sur l’Occident en raison de deux facteurs : d’une part, la présence de minorités musulmanes radicales dans presque tous les pays, en premier lieu en Europe, et d’autre part, l’incitation à l’antisémitisme sur les réseaux sociaux, amplifiée par les gouvernements et les organisations antisionistes », a déploré le Premier ministre.

« Nous luttons contre cet antisémitisme partout dans le monde », a-t-il poursuivi, soulignant l’allocation sans précédent par le gouvernement d’environ 2,35 milliards de shekels au ministère des Affaires étrangères « pour lutter contre cette propagande ».

« Je pense que nous devons lutter contre cela avec de nouvelles méthodes », a ajouté Netanyahu, tout en insistant sur le fait que « nous devons nous concentrer sur nos formidables réalisations ».

Des manifestants anti-gouvernement brandissant une banderole sur laquelle il est écrit : « État de droit, PAS, le règne de Netanyahu » défilant sur la rue Begin jusqu’à la place Habima, à Tel Aviv, le 6 décembre 2025. (Crédit : Lior Segev/Mouvement de protestation pour la démocratie)

Dans le même temps, Netanyahu a souligné l’importance de la position diplomatique d’Israël, évoquant la visite du chancelier allemand Friedrich Merz cette semaine, une visite qui, selon lui, avait été sollicitée par ce dernier. Il a également évoqué sa prochaine rencontre avec le président américain Donald Trump, le 29 décembre, aux États-Unis, annoncée par son bureau peu avant le débat dit « des 40 signatures », affirmant que les États-Unis restaient le plus proche allié d’Israël.

Il a réitéré son affirmation selon laquelle « nous sommes sur le point d’achever la première phase » du plan en vingt points de Trump pour Gaza, ajoutant que « nous nous concentrons désormais sur la prochaine mission : démanteler les armes du Hamas et démilitariser la bande de Gaza ». Il a souligné que les efforts se poursuivaient pour ramener le dernier otage encore retenu à Gaza, le sergent-chef Ran Gvili, déclarant : « Nous n’abandonnerons pas cette mission sacrée qui consiste à ramener Rani à la maison. »

Netanyahu s’est également targué de ses liens étroits avec le président russe Vladimir Poutine, largement critiqué en Occident pour son invasion de l’Ukraine. Après avoir été pour ainsi dire gelés pendant des années, les liens entre Jérusalem et Moscou se sont réchauffés ces derniers mois, Poutine et Netanyahu s’étant entretenus à plusieurs reprises au téléphone pour discuter de questions régionales liées à Gaza, à la Syrie et à l’Iran.

« Nous entretenons des contacts permanents avec une autre puissance mondiale, la Russie. Je m’entretiens régulièrement avec le président Poutine, et cette relation personnelle de longue date sert nos intérêts vitaux. Y compris aujourd’hui, notamment face aux tentatives visant à nous empêcher de défendre notre frontière nord », a-t-il ajouté sans donner plus de détails, mais affirmant : « Évidemment, cela n’arrivera pas. »

Le président russe Vladimir Poutine arrivant pour une cérémonie de remise de prix marquant la Journée de l’unité nationale, au Kremlin, à Moscou, le 4 novembre 2025. (Crédit : Maxim Shipenkov/Pool/ AFP)

Poutine a exhorté Netanyahu à respecter « l’intégrité territoriale » de la Syrie, où Tsahal contrôle une zone tampon et où la Russie maintient d’importants moyens militaires et des systèmes de défense aérienne.

Le Premier ministre a également abordé les questions controversées liées à sa récente demande de grâce auprès du président Isaac Herzog dans le cadre de son procès pour corruption, ainsi que les efforts visant à mettre en place une commission d’enquête sur le 7-Octobre.

Faisant référence à sa demande de grâce, Netanyahu a réitéré son affirmation selon laquelle l’intérêt du pays exigeait que son procès soit suspendu.

« Il existe ici un véritable dilemme entre le désir de continuer à dénoncer l’injustice et la persécution, d’une part, et les besoins nationaux, dont vous ne connaissez qu’une partie, les défis en matière de sécurité et les opportunités majeures sur lesquelles je travaille, d’autre part », a-t-il déclaré.

Il a toutefois ajouté : « Si ça se fait, ça se fait, et si ça ne se fait pas, ça ne se fait pas. »

Lapid : Reconnaissez votre culpabilité et rentrez chez vous

Dans sa prise de parole, Lapid a exhorté le Premier ministre à « reconnaître sa culpabilité, accepter [que ce crime relève de la] turpitude morale et rentrer chez lui », avertissant que toute autre solution « déchirerait le pays ».

Les crimes qualifiés de « turpitude morale » exigent généralement que l’auteur se retire de la vie publique.

Le chef de l’opposition Yaïr Lapid lors d’un débat dit des « 40 signatures » dans la salle plénière de la Knesset, le 8 décembre 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

« Sans aveu [de culpabilité] et sans [acceptation du fait que le crime constituait] une turpitude morale, ce n’est pas une grâce, c’est une récompense. Cela signifie que pour ceux qui détiennent le pouvoir, les lois ne s’appliquent tout simplement pas », a-t-il déclaré.

Le chef de l’opposition a également raillé la volonté de la coalition de créer sa propre commission d’enquête sur le 7-Octobre, plutôt qu’une commission d’État, qualifiant cela de farce qui revient à « enquêter sur vous-mêmes ».

Le mois dernier, le gouvernement a décidé de mener sa propre enquête sur les défaillances entourant l’invasion et le pogrom perpétrés par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7-Octobre, plutôt que de mettre en place la commission d’enquête nationale traditionnellement constituée pour enquêter sur les catastrophes majeures.

Netanyahu s’oppose fermement à la création d’une telle commission sur le 7-Octobre, la journée la plus meurtrière pour les Juifs depuis la Shoah et la pire catastrophe de l’histoire moderne d’Israël, en dépit de sondages qui indiquent régulièrement qu’une nette majorité d’Israéliens y sont naturellement favorables, y compris les familles des otages et des personnes assassinées lors de l’assaut barbare et sanglant.

« La création de la commission et sa composition seront assurées à parts égales par la coalition et l’opposition », a assuré Netanyahu lors de son allocution.

« Qui pourrait s’opposer à cela ? Seulement quelqu’un qui ne souhaite pas révéler la vérité. »

Il a ajouté qu’il s’agirait d’une « commission d’enquête indépendante qui jouira d’une large confiance publique » et que « ce sera un défi difficile à relever ».

« Tout le monde sera mis au défi. »

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