Service militaire : Le chef du Shas agite la menace d’une « révolte fiscale » des Haredim
Suite à l'annonce par la procureure générale de la fin des crédits d'impôts pour les dons faits aux yeshivas abritant des réfractaires, Aryeh Deri dit que les partis ultra-orthodoxes servent de "punching-ball" au gouvernement
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Il se pourrait que les ultra-orthodoxes d’Israël refusent sous peu de payer leurs impôts, a annoncé dimanche le chef du parti Haredi Shas, Aryeh Deri, suite à l’annonce par la procureure générale, Gali Baharav-Miara, de la fin des déductions fiscales pour les donateurs qui financent les yeshivas abritant des réfractaires au service militaire.
Dans un communiqué, les services de la procureure générale ont fait savoir que — conformément à une décision de la Cour Suprême rendue il y a un peu plus d’un mois appelant à imposer des sanctions financières aux insoumis — ils avaient consulté l’Administration fiscale, l’Autorité israélienne des corporations et le ministère des Finances afin de mettre en œuvre cette mesure. En vertu de celle-ci, ces yeshivas ne seront plus éligibles à l’article 46 de l’ordonnance sur l’impôt sur le revenu, laquelle accorde des exonérations d’impôt sur les dons caritatifs.
« Il n’est pas possible de financer indirectement les activités d’institutions de la Torah dans lesquelles étudient des élèves soumis au service militaire et qui n’ont pas régularisé leur situation auprès des autorités militaires, en accordant un crédit d’impôt en vertu de l’article 46 de l’ordonnance », soulignent les services de la procureure générale dans un document explicitant cette décision.
Il s’agit là de la dernière mesure en date destinée à punir les ultra-orthodoxes réfractaires au service militaire en les privant d’avantages financiers et sociaux, à moins qu’ils ne s’enrôlent dans l’armée.
Les critiques du gouvernement à l’encontre de Baharav-Miara et de sa décision ne se sont pas fait attendre.
Deri, dont le parti Shas est l’un des deux partis ultra-orthodoxes élus à la Knesset, a fustigé une procureure générale « anarchiste » et annoncé que ses tentatives pour réprimer les réfractaires « poussaient les ultra-orthodoxes à bout, et les conduiraient à une révolte fiscale, à une rupture avec la police et à un profond fossé avec les autorités de l’État ».
« Ceux qui ont à coeur l’avenir de ce pays doivent s’opposer à cette folie », a martelé Deri en adressant son plaidoyer au Premier ministre Benjamin Netanyahu ainsi qu’à son parti, le Likud, sans oublier les partis d’extrême droite Otzma Yehudit et HaTzionout Hadatit.
Réitérant la menace souvent brandie de rompre l’accord conclu entre les partis Haredim et la droite israélienne si le problème n’était pas réglé, Deri a prévenu qu’il était « inconcevable » que le Shas et Yahadout HaTorah deviennent « le punching-ball de ce gouvernement ».
Son indignation a trouvé un écho chez le ministre de la Justice, Yariv Levin, qui a appelé le gouvernement et la coalition à « s’unir » et « mettre fin à cette anarchie judiciaire discriminatoire ».
Le secrétaire du gouvernement, Yossi Fuchs, a lui aussi critiqué la décision de la procureure générale, estimant que les tactiques actuelles utilisées pour tenter d’enrôler les hommes Haredim, à savoir les interpellations et sanctions économiques, ne feraient que produire l’effet inverse.
Ces tentatives, a déclaré Fuchs, « conduiront en fin de compte à une baisse du recrutement des ultra-orthodoxes au sein de Tsahal, à la transformation de l’ensemble du public Haredi en faction de Jérusalem (un groupe extrémiste qui organise régulièrement des manifestations tumultueuses contre la conscription des étudiants de yeshiva) et, à Dieu ne plaise, à une guerre civile ».
Depuis l’entrée en vigueur, en 2024, de l’arrêt de la Cour suprême mettant fin aux reports de service militaire pour les étudiants de yeshiva, le gouvernement a cessé de verser les subventions aux crèches dans lesquelles sont inscrits des enfants de réfractaires et de financer les yeshivas ultra-orthodoxes pour les étudiants aptes à l’enrôlement dans Tsahal. Cela a mis fin de facto aux subventions dont bénéficiaient un grand nombre d’étudiants du Talmud à temps plein.
Les parlementaires ont toutefois continué de verser des milliards de shekels aux écoles ultra-orthodoxes et ils examinent actuellement un projet de loi visant à annuler la suppression des subventions pour les crèches.
Dimanche soir, à l’occasion d’une conférence rabbinique, le rabbin Dov Lando, dirigeant spirituel de la faction Degel HaTorah du parti Yahadout HaTorah, s’en est violemment pris à ceux qui entendent supprimer les subventions des yeshivas, affirmant qu’ils s’inscrivaient « dans la lignée des persécuteurs de la Torah ».
La révolte fiscale des Haredim risque de s’avérer inefficace. Cette population compte certes pour 14 % de la population en âge de travailler mais n’a généré que 4 % des recettes fiscales israéliennes en 2023, alors qu’elle coûte des milliards au gouvernement et alourdit chaque année de plusieurs milliers de shekels la charge fiscale des redevables non Haredim, selon une étude de 2025 de l’Institut israélien de la Démocratie.
Quelques jours plus tôt, le président de Degel HaTorah (l’une des deux factions qui composent le parti Yahadout HaTorah), Moshe Gafni, avait donné ordre aux représentants locaux du parti au sein des conseils régionaux de ne plus travailler avec les forces de l’ordre suite à l’interpellation de plusieurs réfractaires.
Ces deux dernières années, l’armée a envoyé des dizaines de milliers d’ordres d’incorporation à des membres de la communauté ultra-orthodoxe dont l’exemption du service militaire a été révoquée suite à un arrêt de la Cour suprême de 2024. La plupart d’entre eux ont ignoré ces ordres, ce qui en a fait des réfractaires susceptibles de sanctions et d’interpellation.
En avril dernier, la Cour suprême a donné instruction au gouvernement de mettre en oeuvre ces sanctions à l’encontre des ultra-orthodoxes réfractaires et a appelé l’État à engager de « réelles poursuites pénales ». Elle a motivé ses injonctions, s’appuyant sur le fait que le gouvernement n’avait pas mis en œuvre un précédent arrêt de novembre 2025 exigeant l’adoption de mesures d’exécution contre les ultra-orthodoxes ne s’étant pas présentés à l’armée après avoir reçu leur ordre d’incorporation.
Tsahal a récemment appelé l’attention sur le manque de soldats de combat – une situation de plus en plus grave au sein de l’armée d’active -, l’épuisement extreme des soldats et la crainte que l’armée de réserve ne « s’effondre » si les réformes législatives nécessaires ne sont pas menées à bien par le gouvernement.
Jeremy Sharon a contribué à cet article.
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