Tucker Carlson discute de « ces juifs sionistes » avec l’antisémite notoire Nick Fuentes
L’ancien présentateur de Fox News s’aligne avec les opinions du négationniste de la Shoah contre Israël et fustige les chrétiens sionistes "contaminés par un virus cérébral"
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JTA – Tucker Carlson était déterminé à arriver au bout des pensées de Nick Fuentes. C’est pourquoi il a décidé d’inviter sur son talk-show en ligne ce nationaliste blanc et antisémite déclaré.
Il raconte le cheminement de sa décision : « Tout le monde va dire : ‘Tu es un nazi, tu es comme Fuentes’ », a confié l’ancien présentateur vedette de Fox News dans son émission de mardi. « Mais je me suis dit : Fuentes ne va pas disparaître. Ben Shapiro a tenté de l’étouffer dans son berceau à l’université, et aujourd’hui il est plus influent que jamais. »
C’est ainsi que les deux hommes se sont rencontrés – et que leur conversation a porté, « tout naturellement », sur les Juifs et sur la question de savoir s’il était juste de leur attribuer tous les maux.
Fuentes, dont la plateforme n’a cessé de croître depuis l’assassinat de son grand rival conservateur Charlie Kirk, a exposé ses convictions sans détour. Lorsqu’on lui a demandé qui, dans le mouvement conservateur, devait être « éliminé », il a répondu, « Ces Juifs sionistes. »
Cette interview, annoncée depuis des semaines, s’inscrit dans un contexte de montée de l’antisémitisme et des discours anti-Israël à droite. Les deux hommes comptent des millions d’adeptes. Carlson, qui entretient des liens étroits avec l’entourage du président américain Donald Trump, est devenu un critique virulent d’Israël et a déjà offert une tribune à des négationnistes de la Shoah.
Fuentes, de son côté, a lancé une offensive d’extrême droite contre les conservateurs traditionnels, faisant de l’antisémitisme le pilier central de sa rhétorique – une idéologie que de plus en plus de jeunes militants conservateurs adoptent également. Sur YouTube, les commentaires les plus populaires de cet épisode de deux heures regorgeaient de mèmes antisémites.
Carlson a toutefois cherché, avec prudence, à se distinguer de l’antisémitisme plus explicite de son invité, tout en affichant un alignement général avec les positions de Fuentes sur Israël.
« La question des ‘Juifs’ ne m’intéresse pas particulièrement, mais je m’intéresse beaucoup à la question de la politique étrangère », a affirmé Carlson à un moment donné, en mimant des guillemets avec ses doigts. Plus tard, il dira à Fuentes que, « dès que quelqu’un dit : ‘En fait, ce sont les Juifs’, ça va d’abord à l’encontre de ma foi chrétienne. Je n’y crois pas et je n’y croirai jamais. Point final. Et ensuite, c’est juste une façon de se discréditer. C’est là que je me suis dit : ‘Ce type bosse pour le gouvernement.’ »
En réponse, le jeune homme, qui ouvre ses émissions en ligne America First avec des animations illustrant des théories du complot sur les Juifs, a exposé sa conviction fondamentale : selon lui, le « néoconservatisme », une idéologie à laquelle il s’oppose, est de nature juive, car il privilégie l’allégeance à Israël plutôt que les principes conservateurs traditionnels.
« Quand on parle des Juifs, on ne peut pas vraiment dissocier Israël, les néoconservateurs et tout ce dont vous parlez de ce qui relève du caractère juif – l’ethnicité, la religion, l’identité », a expliqué Fuentes à Carlson. Tout en reconnaissant que certains Juifs s’opposent à Israël, il a ajouté qu’au sein de ses ennemis dans le camp conservateur, « je vois le caractère juif comme le dénominateur commun ».
« Ce sont des apatrides », a poursuivi Fuentes. « Ils sont inassimilables. Ils résistent à l’assimilation depuis des milliers d’années. Et je pense que c’est une bonne chose. Et maintenant, ils ont ce territoire en Israël. Il y a un profond attachement religieux à l’État. C’est lié à leur identité. » Le néoconservatisme moderne, a-t-il ajouté, est né selon lui des « Juifs de gauche frappés de plein fouet par la réalité lorsqu’ils ont vu l’attaque surprise de la guerre du Yom Kippour ».
Fuentes a néanmoins insisté sur le fait qu’il ne déteste pas tous les Juifs. « Je ne veux pas passer pour ce genre de personne, mais mon meilleur ami est juif », a-t-il déclaré, ajoutant que son « assistant » l’était aussi (sans qu’il soit clair s’il s’agissait de la même personne). Il a ensuite mêlé sa compréhension des inquiétudes des Juifs américains, dont certaines ont été exprimées par des personnalités de premier plan de la communauté juive, au vieux trope de la double loyauté.
« Si vous êtes juif en Amérique, c’est presque rationnel, d’un point de vue politique, de dire : ‘Je suis une minorité religieuse et ethnique. Ce n’est pas vraiment ma patrie. Ma patrie ancestrale est en Israël’ », a déclaré Fuentes. « Ils ont cette communauté internationale, transfrontalière, extrêmement organisée, qui fait passer ses propres intérêts avant ceux du pays où ils vivent. »
Au-delà même d’Israël, Fuentes a également tenté de présenter le judaïsme comme étant incompatible avec la tradition européenne à laquelle aspire la droite américaine contemporaine. « Ils détestent les Romains parce que les Romains ont détruit le Temple », a-t-il affirmé. « En tant qu’Américains et Blancs, ce ne sont pas nos convictions. »
Selon Fuentes, sa radicalisation s’explique par un premier engouement pour les idées de conservateurs juifs influents, suivi d’une rébellion contre celles-ci. Israël, insiste-t-il, a été son point de rupture.
Ben Shapiro, Mark Levin et Dennis Prager étaient ses héros de droite au lycée, a raconté Fuentes ; il reprenait les arguments de Shapiro dans les débats et faisait partie d’un groupe Facebook de jeunes fans de PragerU. En 2017, alors qu’il était étudiant en première année d’université, il est tombé dans l’orbite du Daily Wire, la société de médias de Shapiro, après qu’un débat contre le président progressiste de son université est devenu viral. Fuentes allait bientôt abandonner ses études pour se consacrer à plein temps aux médias conservateurs.
Très vite, a-t-il raconté, il a commencé à se méfier des positions pro-israéliennes de Shapiro. Lorsqu’un membre du personnel lui a demandé s’il souhaitait participer à un voyage en Israël, il a répondu : « Non, je pense que j’ai tout ce qu’il me faut ici, en Amérique… » Et c’était un peu un présage.
Plus tard, a-t-il ajouté, il défiait ouvertement les membres du Daily Wire. « Je leur demandais, pourquoi on donne tout cet argent à Israël ?’ Et il me répondaient que la manière dont je posais la question était antisémite. »
Mais Fuentes, selon ses propres souvenirs, « était sincèrement curieux. Je voulais comprendre. Y avait-il une vraie raison ?… Beaucoup de ces néoconservateurs juifs ont eu un rôle déterminant dans le déclenchement de la guerre en Irak. »
Lorsque le Daily Wire a balayé ses questions sur Israël, raconte-t-il, cela l’a conduit à rompre avec le conservatisme traditionnel et à se lancer en solo, en défendant des formes plus subtiles de théorie du complot sur le prétendu contrôle exercé par les Juifs.
Se comparant à Shapiro, Fuentes a déclaré qu’il ne vient « pas d’un milieu étrange. Je viens d’une famille normale. Mes parents sont catholiques. » (Ces dernières semaines, Shapiro et plusieurs personnalités conservatrices ont averti que les discours complotistes à tonalité antisémite gagnaient du terrain dans leurs rangs.)
Même s’il est devenu un fidèle partisan de Trump à l’approche de l’élection de 2016, Fuentes affirme avoir rompu avec les conservateurs lorsqu’il a soutenu la décision du président Barack Obama de s’abstenir – plutôt que de soutenir – une résolution du Conseil de sécurité national condamnant les implantations israéliennes en Cisjordanie.
« Fox News et tous les conservateurs pro-israéliens l’ont aussitôt taxé d’antisémite : ‘Il déteste les Juifs ! C’est un antisémite ! Il déteste Israël !’ », raconte Fuentes. « C’était hypocrite. Exactement comme lorsqu’un conservateur ose parler de race et se fait traiter de raciste, ou aborder le féminisme et se fait traiter de sexiste. Tout ce qu’Obama avait fait, c’était respecter la position américaine sur la Cisjordanie, la même depuis 1967 : nous ne soutenons pas les implantations. J’ai dit : en quoi est-ce antisémite de simplement être cohérent avec notre politique étrangère ? »
Sur la question d’Israël, Carlson a déclaré qu’ils étaient d’accord.
« J’ai toujours pensé qu’il était sain de critiquer et de remettre en question notre relation avec Israël, car elle est insensée et nous nuit », lui a répondu Carlson. « Nous n’en tirons aucun bénéfice. Je suis totalement avec vous sur ce point. » Il a également fustigé les sionistes chrétiens de droite qu’il soutenait autrefois, et notamment l’ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee, qui, selon lui, ont été « contaminés par ce virus cérébral ».
Abordant ensuite la guerre à Gaza, Carlson a ajouté que « l’une des raisons pour lesquelles je suis en colère à propos de Gaza, c’est que la position israélienne est que tous ceux qui vivent à Gaza sont des terroristes du simple fait de leur naissance, y compris les femmes et les enfants. Ce n’est pas une vision occidentale. C’est une vision orientale. Ce n’est pas chrétien. C’est totalement incompatible avec le christianisme et la civilisation occidentale. Quand ils disent, ‘Oh, nous sommes les défendeurs de la civilisation occidentale’, je leur réponds, ‘Non, vous ne l’êtes pas ! Pas avec cette attitude.’ ».
Les deux hommes se sont accordés sur certains Juifs qu’ils disent respecter, notamment Glenn Greenwald, un critique iconoclaste d’Israël venu de la gauche, qui a récemment accueilli Fuentes dans son propre podcast, ainsi que l’apôtre Paul.
Fuentes a indiqué qu’il souhaitait voir Ye, le rappeur superstar connu pour avoir affiché son admiration pour le nazisme, devenir président. Il a raconté qu’au cours d’un dîner en 2022 à Mar-a-Lago, auquel assistaient également Ye et Donald Trump, ce dernier aurait déclaré à son sujet : « Ce type est un dur à cuire. Je l’aime bien. » (Trump a ensuite affirmé ignorer l’identité de Fuentes ce soir-là.)
Invité à exposer ses convictions les plus profondes, Fuentes s’est exécuté, dépeignant une vision d’une Amérique future dont les Juifs n’auraient pas le droit d’hériter.
« Nous devons être de droite. Nous devons être chrétiens. Et, dans une certaine mesure, nous devons être pro-Blancs », a-t-il déclaré. « Non pas pour exclure tous les autres, mais pour reconnaître que les Blancs ont ici un héritage particulier, en tant qu’Américains. »
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