Londres – Une année après la cérémonie d’investiture du grand rabbin de Grande-Bretagne, Ephraim Mirvis a déclaré à la foule, qui comptait 4 500 personnes, qu’il n’aurait pas pu prédire qu’il serait nécessaire d’organiser une manifestation contre l’antisémitisme.

En réponse à la recrudescence des actes antisémites enregistrée au Royaume-Uni, une manifestation s’est tenue dimanche devant la Cour royale de justice de Londres.

« Nous demandons une tolérance zéro vis-à-vis de l’antisémitisme », scande Mirvis.

A l’époque des meurtres des trois étudiants de yeshiva en Cisjordanie, « nous n’avions pas saisi à l’époque que l’antisémitisme atteindrait un niveau aussi élevé dans le monde et au Royaume-
Uni ».

Appelant à la fin de toute forme de préjudices, dont l’islamophobie, Mirvis souligne que la communauté juive est « tenue en haute estime » en Grande Bretagne.

Organisée par la Campaign Against Anti-Semitism (CAAS) [campagne contre l’antisémitisme], des intervenants comme Mirvis, Maajid Nawas, cofondateur de Quilliam Foundation, et Douglas Murray, directeur-adjoint d’Henry Jackson Society ont également prononcé des discours lors de la manifestation.

CAAS, « colère » en hébreu, a été créée suite à la décision de la salle de spectacle Tricycle de refuser d’accueillir le Festival du film juif britannique sous prétexte qui était financé par l’ambassade israélien.

La manifestation a reçu l’approbation de toutes les communautés. Organisée indépendamment, elle a été soutenue par les principales institutions de la communauté juive britannique , à savoir le Board of Deputies of British Jews [Conseil des représentants des Juifs britanniques] et le Jewish Leadership Council (JLC) [le Conseil des dirigeants juifs]. Les deux institutions avaient envoyé des représentants à l’évènement.

Les dirigeants de la Synagogue unie, le Mouvement pour le judaïsme réformé et la Congrégation juive espagnole et portugaise ont prononcé un discours lors de la manifestation, qui a été aussi approuvée par Masorti Judaism et Liberal Judaism.

« Nous sommes entre amis. Nous avons le soutien de nos dirigeants confessionnels et nationaux. Une menace contre les Juifs est considérée comme une menace contre la société », explique Mirvis.

Des manifestants avec des panneaux Zéro tolérance (Crédit : Autorisation/Adam Arnold)

Des manifestants avec des panneaux Zéro tolérance (Crédit : Autorisation/Adam Arnold)

L’objectif de la manifestation était de « demander une tolérance zéro vis-à-vis de l’antisémitisme en vertu de la loi britannique », déclare,  le porte-parole de CAAS Jonathan Sacerdoti au Times of Israel. « Tout acte antisémite auquel on assiste dans nos rues, sur Internet, et contre la propriété juive doit être poursuivi en vertu de la loi britannique ».

Ces actes sont déjà illégaux, explique Sacerdoti, « mais nous constatons un sentiment dans la communauté, à savoir qu’il n’y a pas assez de poursuite
engagée » à l’encontre des actes antisémites.

« En tant que groupe minoritaire au Royaume-Uni, nous méritons la protection de la loi. En tant que citoyens britanniques fiers, nous reconnaissons que ce n’est pas seulement un problème juif mais un problème britannique si une minorité n’est pas protégée par la loi au point qu’elle ne se sente pas en sécurité dans son propre pays », souligne Sacerdoti.

Contrairement à d’autres nations européennes, la Grande Bretagne a toujours été relativement exempte d’actes antisémites, en particulier d’actes violents. De plus, la lutte contre l’antisémitisme bénéficie de l’appui des dirigeants politiques britanniques.

Dans un article paru dans le Jewish Chronicle, la secrétaire d’Etat à l’Intérieur Theresa May (responsable de la politique intérieure et de la sécurité) écrit :

« La Grande Bretagne a une grande réputation, dont elle est fière, celle d’être une nation où le peuple est libre de parler et de pratiquer la religion en vertu de la loi. Donc, laissez-moi être très claire : il n’y a absolument aucune place dans notre pays pour l’antisémitisme. Quelle que soit la forme qu’il prend – attaques physiques, des graffitis insultants, ou de vils commentaires publiés sur Internet – qui visent une personne ou un groupe en raison de leur race, leur religion ou leur croyance, est quelque chose contre laquelle nous devons tous nous opposer ».

Mais il y a aussi le fait, qu’aujourd’hui, « la communauté juive britannique souffre d’une crise de confiance », explique Eylon Aslan-Levy, la directrice de National Council of the Union of Jewish Students [le Conseil national de l’union des étudiants juifs] et membre du Conseil des représentants des Juifs britanniques.

Pour cette seule année, le Community Security Trust (CST), l’institut de veille de l’antisémitisme de la communauté juive, a enregistré une augmentation notable du nombre de crimes de haine perpétrés contre le peuple juif en Grande Bretagne.

Entre janvier et juin de cette année, le CST a enregistré 304 incidents antisémites dans le pays, ce qui constitue une augmentation de 36 %, comparée à la même période en 2013.

Ce chiffre inclut une augmentation de 35 % des propriétés juives endommagées dont les synagogues et les cimetières et une augmentation de 34 % des « comportements injurieux » qui comprennent « des graffitis antisémites sur des propriétés non juives, une lettre de haine, des agressions verbales et des incidents sur les réseaux sociaux qui n’impliquent pas de menaces directes ».

Avec le début de l’opération Bordure protectrice, ce chiffre a connu une nette recrudescence.

Les chiffres les plus récents du CST montrent que pour le mois de juillet, 240 incidents antisémites ont été enregistrés par l’organisation.

Ces chiffres du mois de juillet 2014 se placent derrière le mois de janvier 2009 qui coïncide avec l’opération Plomb durci. Dix à vingt personnes ont été arrêtées et d’autres cas font l’objet d’une enquête.

troupes de l'armée israélienne pendant l'opération Bordure protectrice (Crédit : Unité des porte-paroles de l'armée)

troupes de l’armée israélienne pendant l’opération Bordure protectrice (Crédit : Unité des porte-paroles de l’armée)

« Les Juifs britanniques, comme les autres d’ailleurs, vont continuer à subir des attaques antisémites à cause d’évènements à l’étranger et des tendances idéologiques mondiales », explique le directeur en communication de Community Security Trust, Mark Gadner.

L’existence de CAAS n’est pas seulement une réaction à une tendance sociétale, qui est étayée par les statistiques, mais c’est aussi une réponse au sentiment et à la peur de l’antisémitisme dans la communauté.

C’est aussi une manifestation du mécontentement ressenti par les Juifs britanniques envers le comportement des institutions officielles lorsqu’ils font face à la recrudescence des incidents antisémites enregistrés.

A la manifestation, il y a eu des sifflets quand les représentants du Conseil des représentants des Juifs britanniques – le président Vivian Winema et la vice-présidente Laura Marks – sont sur l’estrade pour s’exprimer. Marcus Dysh du Jewish Chronicle a tweeté que les personnes criaient des critiques comme « vous devez faire plus », « démissionnez » et « honte ».

Le Times of Israel a été témoin de deux confrontations entre Wineman et les manifestants, dont l’une dans un café après la fin de l’événement.

Vivian Wineman (Crédit :autorisation)

Vivian Wineman (Crédit :autorisation)

« Les gens du peuple sont tellement déçus », a indiqué un homme à Wineman. Il a aussi souligné les efforts des organisations de Friends of Israel [les Amis d’Israël] dans tout le pays et qui sont indépendantes du Conseil, se plaignant des dirigeants de la communauté qui n’écoutent jamais les inquiétudes de la population.

Mais ces critiques ne sont pas exclusives et sont à double tranchant.

Les autres voix de la communauté se demandent pourquoi les institutions officielles de la communauté ont accordé leur soutien aussi rapidement à une organisation qui n’a pas de direction élue, qui ne rend pas de comptes – et qui par conséquent, ne représente personne.

Dans son blog pour le Times of Israel, l’auteur et l’universitaire Stephen Games a affirmé que comme la communauté ne sait quasiment rien des personnes qui dirige le CAAS, « j’ai peur, de ce fait, que la manifestation ne soit un plongeon dans l’inconnu et que nous autres – ceux qui vont y assister et ceux qui n’y assisteront pas – devront faire face à des conséquences inconnues ».

« Nous reconnaissons que ce rassemblement de personnes, en dehors de toutes structures organisées ou d’une communauté, a clairement attiré beaucoup de personnes », explique Sacerdoti.

« Nous faisons campagne pour une cause qui en vaut la peine, et qui inquiète vraiment le peuple juif britannique ».