Lors de la longue conférence de presse sur l’accord nucléaire avec l’Iran, le président américain, Barack Obama, a déclaré mercredi qu’il espérait que la décision du Congrès sur l’accord serait « fondée sur les faits – et non sur la politique, pas sur le positionnement, pas sur le fait que ce soit un accord que je vous présente, par opposition à un président républicain, ne reposant pas sur du lobbying, mais sur la base de l’intérêt des États-Unis d’Amérique ».

Alors même qu’il prononçait ses mots, la Maison Blanche organisait déjà sa propre campagne de lobbying – exerçant toute la pression de 1600 Pennsylvania Avenue sur une poignée de législateurs qui devraient déterminer le sort d’un accord qui est le fruit de 21 mois de négociations.

Cette semaine, l’homme de pointe de l’administration sur Capitol Hill est le vice-président Joe Biden. Dans un rare – mais pas tout à fait sans précédent – geste, Biden se trouvait physiquement aux côtés du président Obama lorsqu’il a fait son annonce mardi matin alors qu’un accord avait été conclu.

Mercredi Biden, qui n’a pas été un acteur majeur dans les négociations avec l’Iran jusqu’à présent, est devenu le premier fonctionnaire de l’administration à se rendre à Capitol Hill après l’accord.

Il a parlé avec les démocrates à la Chambre des représentants dans un effort pour présenter les points positifs de l’accord souligné par l’administration, qui est censé être conçu pour empêcher l’Iran d’obtenir une arme nucléaire en échange d’un allègement des sanctions globales.

La réunion de mercredi était probablement un échauffement pour jeudi, lorsque Biden devrait s’entretenir avec les démocrates du Comité des relations étrangères au Sénat.

Il y a 46 démocrates au Sénat, mais l’administration est susceptible d’être plus préoccupée par 27 d’entre eux.

D’après les déclarations faites immédiatement après l’annonce de l’accord, The Hill, le site politique de Washington, n’a compté que cinq sénateurs démocrates : Dick Durbin, Dianne Feinstein, Martin Heinrich, Jack Reed et candidat à la présidentielle Bernie Sanders – qui voteront avec certitude « oui » pour l’administration.

Treize autres démocrates sont considérés comme pouvant soutenir la position de l’administration – mais les intentions des 27 autres démocrates et celle d’un indépendant reste incertaines. Certains, comme le sénateur Robert Menendez, pourraient rejeter l’accord, mais la quasi-totalité reste encore indécise, et ont souligné qu’ils attendent toujours d’en savoir plus sur l’accord.

En vertu de la loi actuelle, le Congrès peut voter une résolution d’approbation ou de désapprobation sur l’accord, considéré comme la pierre angulaire de l’héritage de la politique étrangère du président Obama.

Qu’un vote de désapprobation ou d’approbation ait lieu, le président est susceptible de perdre par une majorité simple.

Mais si la résolution est une résolution de désapprobation, Obama sera en mesure d’opposer son veto – chose qu’il a assuré qu’il ferait. Le véritable défi pour l’administration se posera à ce moment-là, quand les républicains du Sénat vont essayer de pousser les 13 démocrates à voter contre l’accord, afin de passer outre le veto présidentiel.

L’administration a envoyé Biden pour s’assurer que suffisamment de Démocrates consolident la position de l’administration pour soutenir tout veto présidentiel qui se profile.

En plus de cela, les membres du Comité des relations étrangères du Sénat sont parmi ceux qui sont susceptibles de voter rapidement une résolution d’approbation ou de désapprobation sur l’accord. Les résolutions sont censées provenir de la puissante commission – qui est présidée par le sénateur Bob Corker, qui a écrit la législation ayant permis au Congrès d’obtenir le droit de voter sur l’accord en premier lieu.

En plus d’être un nouveau visage de l’administration pour tenter d’influencer le Congrès, Biden est un membre du Sénat expérimenté qui est populaire auprès des démocrates centristes et des cercles pro-israéliens dans la capitale.

C’était Biden qui, après tout, a été envoyé lors des festivités israéliennes le Jour de l’Indépendance à l’ambassade au printemps dernier, alors que c’était une période particulièrement tendue dans les relations entre Jérusalem et l’administration Obama.

C’est lui qui s’est présenté pour allumer la menorah au National Mall en décembre. C’était Biden qui s’est adressé aux Fédérations juives de l’Amérique du Nord ce printemps, lors de leur conférence annuelle.

Lorsqu’il s’adresse à des groupes juifs, le vice-président souligne souvent sa préoccupation pour la sécurité d’Israël en racontant une anecdote personnelle.

Très jeune, il avait rencontré ‘La’ très maternelle Premier ministre de l’époque, Golda Meir. Au cours de cette rencontre, Meir a révélé Biden que l’arme secrète d’Israël était le fait que les Israéliens « n’ont nulle part où aller ».

Un visage plus familier sur l’Iran, le secrétaire d’Etat John Kerry, se rendra également à Capitol Hill la semaine prochaine pour démontrer son appui à l’accord devant les membres des deux parties. Mais la presse de lobbying de l’administration, qui a commencé avec des conversations avec les législateurs clés avant même que l’accord ne soit signé, ne s’arrêtera pas là.

Le conseiller adjoint en sécurité nationale, Ben Rhodes, devrait rencontrer un petit groupe de législateurs démocrates juifs jeudi matin pour discuter de l’affaire. Rhodes, comme Biden, est un choix stratégique. Le fils d’une mère juive, Rhodes est un confident Obama qui a écrit le discours du président lors de sa visite en Israël en 2013.

Il a également servi d’agent de liaison de toutes sortes entre le président et les juifs du Congrès – qui tous sauf l’un d’entre eux sont démocrates.

Lors de la course au discours controversé du Premier ministre Benjamin Netanyahu devant le Congrès début mars, Rhodes a été dépêché pour rencontrer les membres juifs de la Chambre des représentants, prétendument pour discuter des négociations alors en cours en Iran, mais en réalité pour discuter du discours de Netanyahu.

Et les fonctionnaires de l’administration devraient également poursuivre un processus qu’ils ont déjà commencé – organiser des têtes à têtes avec les dirigeants du Congrès clés, tels que le sénateur démocrate Chris Coons qui est indécis.

Ces 28 indécis devraient être au cœur de la plupart des efforts de lobbying dans la semaine à venir, à la fois par l’administration et ses alliés et ses adversaires parmi une multitude d’organismes.

L’énergie, l’influence, le temps ou l’argent seront dépensés sans la moindre économie dans ce qui promet d’être l’un des plus grands défis de l’administration depuis l’adoption de la Loi sur les soins abordables – un effort qui peut se réduire à une poignée de sénateurs et à leurs choix.