7-Octobre : la propagande anti-Israël a surpris l’Occident, estime un auteur canadien
Dans « The Hidden Hand », Warren Kinsella affirme que « l'indignation spontanée » de la rue est en fait le fruit du travail d'acteurs étatiques et d'agitateurs professionnels
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TORONTO — Juste après le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023, Warren Kinsella a remarqué ce en quoi il a vu la signature d’une campagne de propagande professionnelle.
En sa qualité de stratège politique canadien avec des dizaines d’années d’expérience à son actif auprès de cellules de crise pour conseiller des Premiers ministres et des campagnes électorales au Canada, aux États-Unis et en Israël, Kinsella défend cette thèse dans son dernier ouvrage « The Hidden Hand: The Information War and the Rise of Antisemitic Propaganda » (NDLT : La Main invisible : Guerre de l’information et montée de la propagande antisémite).
Selon Kinsella, le Hamas et ses réseaux, ainsi que leurs partisans occidentaux, disposaient de milliers de comptes actifs sur les réseaux sociaux, de banderoles de protestation déjà prêtes et d’éléments de langage traduits en plusieurs langues bien avant que l’armée israélienne ne riposte, suite au carnage.
Kinsella estime que ce qui semble être une réaction spontanée de la rue, en Occident et sur les réseaux sociaux, est en fait une opération politique coordonnée entre des acteurs étatiques et des agitateurs professionnels.
Dans son tout nouvel ouvrage, il affirme que la haine des Juifs a été instrumentalisée par des États hors-la-loi et des organisations extrémistes qui emploient des méthodes modernes de communication, telles que l’organisation et la synchronisation des messages, les paiements en espèces et la formation logistique.
Ces acteurs diffusent des slogans comme « Du fleuve à la mer » et « Globalisez l’Intifada » si vite et si uniformément qu’ils ne peuvent pas être qualifiés d’organiques, estime Kinsella.
Et, ajoute-t-il, les démocraties occidentales avaient alors à peine commencé à réagir.
« Juste après le 7-Octobre, j’ai regardé autour de moi et j’en suis rapidement venu à la conclusion que ce que je voyais était une campagne politique organisée, quelque chose de professionnel conçu pour propager cette odieuse haine des Juifs, de l’État juif et de la démocratie occidentale », explique au Times of Israel Kinsella, résident de Prince Edward County, dans l’Ontario. « J’en ai parlé à des connaissances que j’ai dans divers milieux politiques, et ils ont tous eu la même réaction. »
En octobre 2023, « il y a eu des milliers de manifestations, partout dans le monde, avec exactement les mêmes slogans », poursuit Kinsella, qui est également chroniqueur pour le Toronto Sun et fondateur du Daisy Consulting Group.
Aux yeux de Kinsella, il s’agit soit d’ « une sacrée coïncidence », soit de la preuve d’une action planifiée et centralisée et la conclusion à laquelle il est parvenu est au cœur de son livre, corroborée par le témoignage de la directrice du renseignement américain, Avril Haines, qui estime que l’Iran a financé et encouragé les manifestations anti-israéliennes.
« Les méchants », poursuit-il, « ont des moyens illimités et des armées de propagande », avec lesquels ils ont convaincu les Occidentaux qu’Israël est un « État d’apartheid » et un « État colonial suprémaciste blanc bien décidé à en finir avec une minorité non blanche impuissante ».
Le documentaire de Kinsella, « The Campaign » (NDLT : La Campagne) — qui complète ce livre — a été projeté pour la première fois à Toronto le 30 mars dernier, et le mois dernier, il a été diffusé à Tel Aviv lors du plus grand festival du film documentaire d’Israël, Docaviv, ainsi qu’aux parlementaires canadiens.
Kinsella a écrit sur les réseaux sociaux que 21 personnes s’étaient « éclipsées » lors de la projection à Tel Aviv — à commencer par une femme originaire du kibboutz Beeri, très durement touché le 7-Octobre, avec 101 civils et 31 membres du personnel de sécurité assassinés et 32 otages enlevés vers la bande de Gaza.
« Je ne savais pas quoi dire », a écrit Kinsella sur son fil Facebook.
« Le documentaire contient de très nombreuses images dérangeantes — y compris des séquences du Hamas d’atrocités qui ont eu lieu à Beeri. Je ne savais pas quoi lui dire, alors j’ai présenté mes excuses. Elle m’a dit que ce n’était pas nécessaire et m’a remercié d’avoir réalisé le documentaire… Elle a dit qu’il était difficile pour beaucoup d’Israéliens de revivre les événements atroces de cette journée — et les choses cruelles qui se sont produites un peu partout dans le monde dans les jours qui ont suivi. Elle a fermé les yeux dans les moments les plus durs.. Et elle m’a encore remercié. »
Du Hamas aux fanatiques d’Aryan Nations
Kinsella a passé plus de 30 ans, sur le terrain, à lutter contre la haine.
Il a notamment affronté des fanatiques d’Aryan Nations — qui lui ont braqué un fusil sur la poitrine —, a eu droit à des alertes à la bombe et des projets d’attentats à la bombe incendiaire, a été attaqué en justice par des négationnistes de la Shoah et a aidé à mettre des propagandistes néo-nazis derrière les barreaux.
Ses précédents ouvrages, « Unholy Alliances » et « Web of Hate », documentent l’évolution de l’extrême droite, passée des gangs de rue aux réseaux en ligne.
Le livre évoque le nom de Marc Ginsberg, directeur de la Coalition for a Safer Web, un organisme de surveillance en ligne dont le siège se trouve à Washington et qui affirme que l’Iran et le Qatar ont rémunéré des manifestants et des organisateurs professionnels et financé des actions de lobbying de haut niveau pour diffuser des messages conçus pour s’attirer la sympathie des députés, de la population et des médias.
Kinsella est d’avis que cette campagne a particulièrement bien fonctionné sur les campus universitaires, là où des organisations pro-palestiniennes marginales avaient tissé des réseaux. Elle a d’autant mieux pris, selon lui, que les plus jeunes générations connaissent très mal la Shoah et Israël.
« C’est un peu trop tard. [Les jeunes] s’informent sur l’actualité, ainsi que sur l’histoire, via le prisme de TikTok ou de X, lesquels offrent un reflet déformé de la réalité », explique Kinsella.
Le livre avance également que l’argent, la formation, le soutien juridique et le cadrage narratif ont permis de faire de haines marginales des mouvements de grande ampleur.
Kinsella détaille, par exemple, le cas d’une section locale de l’Arab Resource and Organizing Center (AROC) qui a aidé dles élèves d’un lycée d’élite de San Francisco « avant, pendant et après leur débrayage », en leur apportant des éléments de langage, une formation aux médias, des pancartes et même des slogans en arabe.
Le livre cite l’Anti-Defamation League, qui voit en l’AROC le « vecteur infatigable d’un militantisme anti-Israël virulent et extrémiste, porteur de clichés antisémites ».
À Victoria, en Colombie-Britannique, affirme le livre, un groupe appelé le Plenty Collective a dépensé près de 20 000 dollars chaque mois en frais liés aux manifestations, y compris des fonds versés directement à des « militants » pour leur participation à des rassemblements anti-Israël.
Le livre allègue également que le Plenty Collective a reçu directement des fonds de la Victoria Foundation, une organisation caritative établie et partiellement financée par des fonds publics, ainsi que du Belfry Theatre, une organisation sans but lucratif qui a servi à faire transiter des fonds reçus de cette même Victoria Foundation.
Le même schéma s’est répété ailleurs.
Les militants arrivaient à bord de camionnettes de location, déchargeaient de coûteuses pancartes imprimées par des professionnels – lesquelles coutent jusqu’à 100 dollars l’unité -, installaient de la nourriture et des boissons et distribuaient des scripts et des numéros d’urgence juridique en cas d’arrestation.
Des organisateurs portant des gilets réfléchissants et équipés de talkies-walkies orchestraient les slogans et les prises de photos. Dans certains cas, des groupes extérieurs « seraient de A à Z les manifestations », explique Kinsella.
Il existe des « infrastructures politiques mises en place pour que ces personnes anti-Israël et pro-Hamas soient bien soutenues ».
Un Occident endormi depuis des dizaines d’années
Kinsella affirme que les démocraties occidentales « n’accordent pas suffisamment d’attention à la façon dont [leur] argent est utilisé », alors que les agitateurs savent y faire, en se positionnant systématiquement « à la limite » de ce qui est permis, sans jamais verser dans la criminalité.
Ce qui a changé depuis le 7-octobre, estime-t-il, ce n’est pas le contenu de la haine, mais sa portée et son impunité.
Selon le cabinet d’expertise numérique Cyabra, l’analyse des réseaux sociaux suite au 7-octobre a permis de découvrir que 20 % des contenus pro-Hamas provenaient de faux comptes ou de comptes inauthentiques, écrit Kinsella.
« Le problème », ajoute-t-il, « c’est que les grandes plateformes de réseaux sociaux ne respectent pas leurs propres conditions d’utilisation. Elles sont censées veiller à ce que les gens ne se servent pas de l’anonymat dont ils jouissent pour faire du mal, diffamer ou propager le racisme, l’antisémitisme et la haine. »
Les germes de la prolifération dont nous sommes témoins, écrit Kinsella, ont sans doute été plantés il y a plus de 30 ans. Au début des années 1990, le consultant Gary Wexler avait rencontré Ameer Makhoul, directeur exécutif d’Ittijah, un réseau d’organisations non gouvernementales palestiniennes fondé en Israël en 1995.
Makhoul avait alors exposé un projet détaillé prévoyant que des militants palestiniens s’organisent sur les campus du monde entier, y recrutent des militants universitaires et obtiennent des fonds de la part de l’Union européenne, des gouvernements arabes et de riches donateurs.
« Nous obtiendrons une couverture médiatique plus importante que jamais », aurait conclu Makhoul, comme le rappelle Wexler dans le livre de Kinsella.
Makhoul a été arrêté par le Shin Bet en 2010 ; dans le cadre d’un accord de plaider-coupable, il a reconnu avoir espionné pour le compte du groupe terroriste libanais du Hezbollah. Il a été condamné par le tribunal de Haïfa à une peine de 10 années de prison, dont une avec sursis.
Le succès de ces messages de haine est tel qu’Israël a beaucoup de retard à rattraper, estime Kinsella.
« J’aime Israël. J’aime le peuple israélien, mais ils ont fait un mauvais travail et ont échoué à dire combien Israël est beau, tolérant et pluriel », souligne Kinsella.
« Il faut montrer à ces jeunes qu’Israël est en fait un pays démocratique, pluriel, pluraliste et tolérant, cerné par des tyrannies et des dictatures. »
« Depuis 1948, et surtout les guerres qui se succèdent dans le droit fil du 7-Octobre, ils n’ont tout simplement pas eu le temps de se mobiliser contre cette propagande guerrière », conclut-il.
« C’est le moment de s’en occuper, car, comme on le voit dans les démocraties occidentales, Israël est en train de perdre la guerre de l’information. »
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